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envers les autres.

Dans l'explication qui la suit, on applique à la liberté naturelle ce qui ne convient qu'à la liberté civile: on transporte à la loi civile toute seule la force d'obliger, qui appartient encore plus à la loi divine, et qui n'appartient même à la loi civile, que parce qu'elle l'emprunte de la loi divine. Zaleucus, Carondas, tous les législateurs de l'antiquité plaçoient à la tête de leur code la reconnoissance d'un Dieu protecteur de l'ordre social: nos législateurs métaphysiciens déposent le germe de l'athéisme dans le préambule de leur constitution.

L'homme n'a jamais été sans lois. Avant qu'il existât des sociétés politiques, il étoit sous les lois de la nature et de la religion. Ces lois ne sont pas son ouvrage: il a le pouvoir physique, mais non le pouvoir moral, ou le droit de les enfreindre: il ne peut s'y soustraire, sans se dépraver et se rendre malheureux.

Dans l'état de société, après les lois immuables de la nature et de la religion, les droits et les devoirs du citoyen sont fixés par la loi de son pays. C'est elle qui lui donne un père, en scellant le contrat qui unit les auteurs de ses jours: elle qui protège

son enfance, qui conserve, et défend son patrimoine. Il croit, il s'instruit, il se forme à l'abri de la loi; et parvenu à l'âge des devoirs, il se voit obligé à la soumission, au double titre de la justice et de la reconnoissance.

Cependant, sous l'empire de cette triple loi, l'homme demeure libre. Car il peut faire tout ce qui n'est défendu ni par la raison, ni par la loi civile, et c'est en siste la liberté: elle s'étend,

par les lois qui la restreignent.

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„toyen pouvoit faire ce que la loi défend, dit l'Auteur de l'Esprit des lois, il n'auroit » plus de liberté, parce que les autres auroient tout de même ce pouvoir. " દ C'est pour être libres, disoit Cicéron, que nous sommes esclaves des lois. Legum denique idcirco omnes sumus servi, ut liberi esse possimus.

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Les lois de la nature et de la religion défendent notre liberté contre nos propres passions, les lois civiles la protègent contre les passions des autres. L'affranchissement de toute loi n'est donc pas la liberté, c'est la licence: et où règne la licence, la liberté n'est plus. Il est fâcheux, disoit un sénateur par lant du vertueux, mais foible Nerva, de vivre sous un prince qui ne laisse à personne la

liberté de faire ce qu'il veut; mais il l'est bien davantage de vivre sous celui qui

laisse à tous la liberté de tout faire.

Dans l'esprit du sage, l'idée de la liberté se joint toujours à celle de la soumission. Mais dans l'esprit du vulgaire, ce nom ne réveille jamais que les idées de l'indépendance et de l'impunité. C'est un mot de ralliement pour tous ceux qui portent impatiemment le joug des lois; et dans une nation, où les moeurs et les opinions sont également corrompues, toutes les classes de la société, celles même à qui l'ordre public assure des avantages distingués, renferment une foule de mécontens qui se laissent prendre à cet appât usé, les uns par ignorance, par imbécillité, par séduction; les autres par ambition, et dans la coupable espérance de partager les débris de l'autorité légi

time.

C'étoit donc, de la part des prétendus législateurs de la France, un attentat manifeste contre l'ordre public, que de se proclamer les restaurateurs de la liberté. Dèslors, il étoit évident, et la suite n'a que trop prouvé que cette liberté dont ils flattoient la multitude, n'étoit que la subversion de tou

tes les lois, et de toutes les autorités. S'ils n'eussent voulu qu'assurer la liberté légitime, et la défendre des atteintes du pouvoir arbitraire, il n'eût pas été besoin d'invoquer la populace pour une réforme que le Roi se montroit plus jaloux d'accorder, que la nation ne paroissoit empressée de l'obtenir. Le voeu et les justes doléances de la nation étoient consignés dans les cahiers des trois ordres. En leur imprimant le sceau de la loi, le Roi eût affermi la liberté publique, sans ébranler l'autorité souveraine, et la France eût été sauvée les seuls principes de sa Constitution.

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Mais ce n'est ni le salut de la Patrie, ni la réforme des abus que veulent un Catilina, un Jean de Leyde, un Mazanielle, un d'Orléans, un Mirabeau. Le cri de la liberté, dans leur bouche, est un appel à la révolte, et la révolte un moyen d'établir leur propre domination. Ut imperium evertant, libertatem praeferunt: si everterint, ipsam aggredientur. (*) :

Revenons aux vraies notions de la liberté, et pour ne pas tomber dans les erreurs qui naissent de l'abus des termes, distin

(*) Tacite.

'souvent pour des intérêts bien étrangers à ceux de l'Etat.

J'observerai encore qu'il faut distinguer la liberté personnelfe de la liberté civile. Un coupable, où un accusé que l'on emprisonne, en observant toutes les formres juridiques, perd sa liberté personnelle, et non sa liberté civile. C'est ce qu'on a voulu exprimer, en gravant le mot liberté sur la porte des prisons d'une république d'Italie.

Puisqu'il ne peut y avoir de difficulté relativement à la liberté naturelle, et à la liberté civile, la question se réduit à savoir si, par un droit naturel à l'homme, et en vertu du pacte social, tout citoyen, sous un gouvernement légitime, peut prétendre à la liberté politique.

Tout le système de la Révolution française porte sur ce principe, emprunté du Contrat social de Rousseau, que la liberté politique, telle que je l'ai définie, est pour tous les hommes un droit naturel, inaliénable, imprescriptible; qu'il n'est point de milieu entre la condition d'esclave, et l'état de citoyen; et que l'on ne peut se dire citoyen, si l'on n'est pas membre du Souve rain, et si l'on n'a pas en cette qualité, une

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