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ils le jugent à propos et demeurent non dans leurs colleges, mais en ville. De ce genre sont Edimbourg, Leyde, Göttingue, Genève. Dans d'autres, enfin, il y a une combinaison des deux systèmes : les élèves ne sont pas libres, mais ils ne sont pas non plus cloîtrés; beaucoup d'absurdités de la philosophie scolastique, sinon toutes, sont supprimées; le premier grade est pris après quatre ans d'immatriculation. Telles sont les Universités d'Oxford, de Cambridge et de Dublin...'. »

Dans quelle mesure les Universités contribuaient-elles au progrès ou à la diffusion des connaissances humaines au dix-huitième siècle? Goldsmith répond : « Nous leur attribuons trop ou trop peu d'influence. Les uns voient en elles les seuls endroits où l'on puisse faire avancer les sciences; d'autres en nient l'utilité même pour l'éducation. -- Les deux idées sont également erronées. La science progresse surtout dans les villes populeuses où souvent le hasard s'unit au travail pour le faire avancer; les membres de cette grande Université, si j'ose l'appeler ainsi..., étudient la vie, non la logique, et ont le monde pour correspondant. C'est toujours dans les temps de plus profonde ignorance qu'on a fondé le plus grand nombre d'universités. Les progrès récents de la science ne sont guère adoptés dans les collèges que quand ils ont été admis partout ailleurs. Et il est bon qu'il en soit ainsi; il faut soigneusement éviter d'enseigner aux jeunes générations des conjectures pour des vérités. Quoiqu'on ait vu trop souvent les professeurs s'opposer aux progrès de la science, une fois qu'ils sont acquis, ce sont les gens les plus propres à les répandre. C'est dans les collèges que l'on apprend le mieux les éléments du savoir; c'est dans le monde qu'on le cultive le mieux. Un trop long séjour dans les écoles nous rend instruits, mais non sages. » Goldsmith voudrait qu'on quittàt l'Université vers l'âge de vingt et un ans2.

Je ne puis ici commenter ces réflexions. Il est certain que les Universités du dix-huitième siècle n'ont pas contribué dans une large mesure au progrès des connaissances humai. nes; la part des Sociétés savantes, en France surtout, a été plus belle.

1. Ibid., t. III, p. 523. 2. Ibid., t. III, PP.

522-523.

Une des questions qui préoccupent le plus notre écrivain est celle de savoir quels sont les moyens les plus propres à faire travailler les étudiants. Si, au sens étymologique du mot, étudiant veut dire homme qui étudie, nous savons que ce mot a été souvent bien détourné de sa signification primitive; il veut dire aussi jeune homme qui n'est ni ouvrier, ni soldat, ni commis de magasin, qui n'étudie pas, mais se livre à des récréations plus ou moins variées et coûteuses, suivant l'argent de poche que lui octroient ses parents et son crédit auprès des fournisseurs et des usuriers; il est enfin tout simplement le masculin d'étudiante. Ces trois significations se mêlent et se confondent perpétuellement.. C'est notre constant souci, à nous professeurs, de ramener le mot à son sens étymologique. Pour ce faire, Goldsmith croit à l'efficacité des examens : ce sont les examens qui contraignent les élèves à travailler. « L'enseignement par des cours, comme à Edimbourg, peut faire des étudiants des savants...,s'ils jugent à propos de le devenir; mais les examens, comme ceux d'Oxford, les rendront souvent instruits contre leur propre gré. Edimbourg ne fait que disposer l'étudiant à recevoir la science; Oxford la lui donne effectivement'. »

Il est tout à fait opposé à l'exigence d'une longue scolarité. « L'habileté professionnelle s'acquiert plus par la pratique que par les études théoriques. Deux ou trois ans peuvent suffire pour apprendre les éléments d'une science. » Il en conclut qu'il vaut mieux délivrer les diplômes aussitot que les étudiants sont en mesure de les obtenir, sans exiger

un séjour prolongé à l'Université, d'autant mieux que ce séjour retarde pour les travailleurs le moment de jouir des a vantages que doit leur procurer leur labeur? Cette

d'eux

1. Ibid., l. III, pp. 52-525. 2. Ibid., pp. 523-524.

thèse a été rarement populaire parmi les professeurs d'Universités. Nous lui opposons volontiers les inconvénients d’études hatives. Et comment admettre que le temps passé à nous entendre puisse être du temps perdu ? L'assiduité aux cours, à la bonne heure; voilà ce que nous désirons avant tout. Il nous faut des auditeurs et nous ne voulons pas prêcher dans le désert. Les opinions soutenues par Goldsmith ont pourtant trouvé quelques défenseurs, même en France; je citerai entre autres un homme politique dont on ne parle plus guère aujourd'hui, M. Raudot (de l'Yonne). M. Raudot a joué à plusieurs reprises, dans nos assemblées législatives, le rôle ingrat de Cassandre. On peut ne pas partager toutes ses idées, mais il n'est guère possible de méconnaître la droiture de ses intentions, l'étendue de ses connaissances et la netteté de ses argumentations. Il s'étend assez longuement sur le sujet qui nous occupe dans son livre De la décadence de la France'. « En vain, écrit-il, aurait-on appris parfaitement la médecine ou le droit, en étudiant les meilleurs livres de science, en recevant des leçons théoriques et pratiques des hommes les plus habiles, professeurs libres; en vain aurait-on les connaissances d'un d’Aguesseau ou d’un Vicq-d'Azyr, on ne peut être admis à passer des examens et à prouver que l'on mérite le diplôme de médecin ou d'avocat si l'on ne peut prouver avant tout qu'on s'est fait inscrire pendant des années aux cours de l'école officielle. — Tous ces jeunes étudiants, aux passions ardentes, exilés de leurs familles, livrés à eux-mêmes dans de grandes villes, foyers de corruption, et dont l'ardeur pour le plaisir s'augmente par leur agglomération, se trouvent ainsi souvent, de par la loi, à l'école du libertinage, de la paresse, de la politique turbulente d’estaminet, au lieu d’ètre à l'école de la science, des bonnes moeurs et des études fortes et sévères. »

Ce que les Universités doivent surtout redouter, d'après Goldsmith, c'est la richesse, mère de l'indolence. Ces dotations de toutes sortes, que de magnifiques fondations offrent comme primes aux jeunes gens dans les Universités anglaises, « enrichissent la prudence plus souvent qu'elles ne récom pensent le talent. » Il compare l'homme dont la jeunesse s'écoule dans la tranquillité que lui procurent les succès universitaires à un liquide qui ne fermente jamais et qui reste par conséquent toujours trouble. « Les talents médiocres sont souvent récompensés dans les collèges par une existence facile. Les candidats pour de semblables bénéfices regardent fréquemment leur succès comme un brevet d'indolence pour l'avenir, de sorte qu'une vie commencée dans l'étude et le travail se continue souvent dans l'aisance et le luxe!. » « Dans les Universités étrangères, ajoute-t-il, j'ai toujours observé que les richesses et la science étaient en proportion inverse; la stupidité et l'orgueil croissent avec l'opulence. Un jour, causant avec Gaubius de Leyde, je mentionnai le collège d'Edimbourg. Il se plaignit de ce que les étudiants anglais, qui venaient autrefois à son Université, se rendissent mainte nant à Edimbourg, et le fait le surprenait d'autant plus que Leyde avait d'aussi bons maîtres que jamais, excellents dans leurs spécialités respectives. Il conclut en demandant si les professeurs étaient riches à Edimbourg? Je répondis que le salaire d'un professeur y était rarement supérieur à 30 livres par an. « Pauvres gens, dit-il, je désirerais vivement qu'ils « fussent mieux rémunérés; jusqu'à ce qu'ils soient riches, « nous ne pouvons plus nous attendre à voir des étudiants « anglais à Leyde?. » Mesurant le mérite à la pauvreté, quelle considération Goldsmith n'aurait-il pas professée pour les Universités provinciales en France au début du vingtième siècle! En quelle estime surtout n'eût-il pas tenu notre Académie des Sciences toulousaine!

1. Troisième édition, pp. 87 et suiv.

1. Ibid., t. III., p. 301.

2. Ibid., t. III., pp. 501-502. Leyde n'avait en tout, quand Goldsmith v passa, que quatre étudiants anglais. La vie y était très chère, et la plupart des professeurs y travaillaient fort peu. Lettre au Rév! Thomas Contarine, 1754, t. I, p. 429.

L’ACTION POPULAIRE

ET LES

PRIMES AUX DÉNONCIATEURS DANS LE DROIT GREC

PAR M. Cu. LÉCRIVAINI.

Dans ses Lois ?, Platon établit plusieurs fois des primes aux dénonciateurs; par exemple contre la violation des règlements sur les lots, l'auteur d'une paris touche la moitié de l'amende; l'esclave obtient sa liberté quand il dénonce par la privuciş la découverte d'un trésor ou les mauvais traitements infligés aux père et mère; le dénonciateur obtient toute l'amende infligée aux parents d'une victime qui tolèrent la présence du meurtrier dans des lieux fréquentés ; quand le tuteur qui a négligé les intérêts du pupille est condamné au quadruple de l'estimation, la moitié revient au pupille, l'autre moitié au dénonciateur; l'esclave ou le métèque qui a dénoncé la vente de denrées falsifiées obtient tout le produit de la confiscation. Les Lois de Platon sont un mélange de droit réel et de droit imaginaire. On va voir que sur ce point particulier il a souvent reproduit la législation d'Athènes et d'autres villes.

A l'époque historique, dans le droit pénal de la Grèce,

1. Lu dans la séance du 9 mars 1905. 2. 5, 745 A; 11, 914 A ; 932 D; 928 C; 917 C; 9, 868 B.

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