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acquis au Roi par l'extension de la Régale, à décider si l'inflexibilité du Pape sur cet objet de pure temporalité, fut plus conforme au véritable esprit de l'Eglise que la soumission des Évêques.

La seconde remarque historique du Canoniste Romain, qu'il emprunte, comme la première, de l'Archevêque de Valence Roccaberti, auteur de vingt-quatre volumes in-folio sur l'infaillibilité du Pape, est que l'on peut douter si la Déclaration de 1682 eut l'assentiment de tous les Évêques de France : Il si contentò di quel numero de? Vescovi, che l'an. gustia del tempo permetteva.

Le doute du Rédacteur est fondé : 1° Sur.ce que tous les Évêques de France n'étoient pas présens à la Délibération ; 2° sur ce qu'il n'est pas dit que

leur adhésion fut unanime : Coma muni, non verò unanimi consensu. Probablement cet Ecrivain et l'Archevêque Roccaberti ont ignoré que les Assemblées du Clergé ne furent jamais composées de la totalité des Evêques Français, mais d'un certain nombre d'Evêques et de Députés du second Ordre, chargés par les Assemblées Diocésaines, par les Assemblées Métropolitaines, des pouvoirs et des instructions de leurs Collègues. Ils ont pụ ignorer eneore que, de toutes les Assemblées régulières du Clergé de France, celle de 1687 a été la plus nombreuse.

Quant à l'observation sur la différence du consentement unanime et du consentement commun, nous sommes encore à concevoir comment des Auteurs graves ont pu se méprendre sur le sens d'une expression consacrée par le style conciliaire, et par le langage de toute l'antiquité ecclésiastique.

De cette observation minutieuse et fausse, le Canoniste Romain passe à la manière dont fut reçue, dans ce qu'il appelle l'Eglise, la doctrine contenue dans la Déclaration de 1682. Un Professeur de Louvain, nommé Dubois, dit eet Eerivain , l’Arehevêque de Valence Roccaberti, les Cardinaux Sfondrate et Daguirre, l'ont eensurée comme hérétique, ou approchante de l'hérésie : Come eretica, a come prossima all' eresia ; et une foule d'autres Théologiens, qu'il est inutile de citer, l'ont qualifiée aussi sévèrement : e tanti altri eke è superfluo il referire. Des Pères Augustịns de Flandres, des Récollets d'Allemagne nt donné aux quatre Propositions du Clergé les qualifications d'erronées, téméraires, hépéliques : la qualified di erronee, temerarie, eretiche. Le Primat de Hongrie, dans une Lettre pastorale, les a déclarées dangereuses pour la foi : pericolose alla fede; et finalement l'Inquisition d'Espagne les a censurées en 1683 comme schismatiques, erronées, et approchantes de l'hérésie : Schiematiche, erronee , prossime all eresia.

Sur quoi il est bon de remarquer : Premièrement, que

les Théologiens du dix-septième siècle, cités par le Canoniste Romain, en infligeant leur censure aux quatre Propositions, n'ont fait aucune distinction en faveur de la première, qui établit l'indépendance de la Puissance temporelle, quoique personne aujourd'hui, même à Rome , n'ose en contester la vérité.

En second lieu, que le Canoniste Romain, loin de s'élever contre la rigueur de ces Notes théologiques, donne une approbation pleine et entière à l'application qui en est faite aux quatre Propositions du Clergé.

Enfin, que le même Canoniste les approuve d'autant plus qu'elles seront plus rigoureuses, comme on le voit, lorsqu'il parle des Pères Augustins de Flandres, et des Pères Récollets d'Allemagne. Ceux-là, dit-il, appesantirentencore plus la main sur les quatre Propositions du

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Clergé, par les qualifications qu'ils leur donnèrent : E questi caricarono più la mano, dando alle quattro Proposizioni del Clero la qualifica di erronee , temerarie , eretiche. Ah! sans doute, le Saint-Siége, centre et modèle de l'exactitude théologique, n'a aucune part à la pétulance arbitraire de telles expressions. Caricarono più la mano ! Comme si des Théologiens pouvoient, à leur gré, appesantir la main, ou la rendre plus légère, lorsqu'ils soumettent à leur examen des propositions qui leur déplaisent.

C'est d'après des Notes théologiques si témérairement appliquées à la Doctrine contenue dans la Déclaration de 1682, que le Canoniste Romain veut que les Cardinaux et le Souverain Pontife jugent quelle sera la Doctrine des Professeurs et des Elèves de nos Séminaires : Ben si rileva qual dovrà essere la Dottrina dei Professori nei Seminari, e la Dottrina di quelli che saranno ne' Seminari educati.

Nous pourrions dire sans injustice, et sans nous écarter de l'exactitude théologique, que ceux qui infligent à une Doctrine permise dans l'Eglise des Notes aussi violentes, s'exposent eux-mêmes à la juste sévérite del’Eglise. Nous pourrions ajouter avec Melchior Canus, Ultramontain zélé, mais qui étoit justement choqué du ton tranchant de certains Docteurs Scho. lastiques, que ce sont des téméraires fortement agités par un vent impétueux' : Temeritate quádam et repentino quasi vento agitatos. Disons simplement avec Bossuet, que, lorsqu'il s'agit de Jugemens doctrinaux, la tranquille majesté du Siege Apostolique plane constammentau-dessus de la région des orages, etqu'elle ne lui a pas même permis, dans cette occasion, de déclarer fausse ou suspecte une Doctrine qui excitoit tant de clameurs.

Le Mémoire Italien cite le Pape Innocent XI comme ayant annullé la Déclaration et les quatre Articles, par sa réponse en forme de Bref, qui commence par ces mots : Paterno Charitati, et qu'il adressa aux Evêques de l'Assemblée de 1682 : Innocenzo XI, nella citata risposta a i Vescovi adunati nell Assemblea, annulla tutti gli Atti, etc. : rescindimus et cassamus quæ in vestris comitiis acta sunt, Or, non seulement Innocent XI ne dit pas un seul mot, dans son Bref du 11 Avril 1682 , des qnatre Articles et de la Déclaration; mais de plus il ne la connoissoit pas à cette époque, ainsi que nous l'avons déjà remarqué. Dans ce

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