Page images
PDF
EPUB

Bref, il s'occupe uniquement de l'affaire de la Régale, des Actes émis à cette occasion , et de ceux qui pourront l’étre par la suite : Rescin- . dimus et cassamus quoe in istis vestris comitiis acta sunt in negotio Regalice, cum omnibus indè secutis , et quo in posterùm attentari contigerit; et l'on a bien droit d'observer qu'après avoir connu la Déclaration de 1682, il garda le silence pendant plus de sept ans, c'est-à-dire, jusqu'à sa mort arrivée en 1689.

Alexandre VIII, ajoute le Mémoire, a protesté, par son Bref Inter multiplices , contre la Déclaration et les quatre Articles, qu'il annulle et désapprouve; riprova ed annulla. Le Canoniste auroit pu ajouter qu'Alexandre VIII les casse ; car le mot cassamus se trouve dans le Bref Inter, multiplices.

Mais la nature même de ces clauses, et d'autres semblables, qui n'ont rien de dogmatique, prouve clairement qu'elles ne tombent que sur la forme extérieure de la Déclaration; et que la Doctrine contenue dans les quatre Articles n'en a pas reçu la moindre atteinte. Ces clauses sont appliquées indistinctement par le Bref à des Edits du Roi, à des Arrêts du Parlement, à d'autres Actes de l'autorité séculière, et à la Déclaration du Clergé. Or, on ne proteste pas contre une hérésie, mais on l'anathématise. On ne casse pas une Doctrine fausse ou suspecte, mais on défend de l'enseigner. On n'annulle pas une proposition dangereuse pour la foi, ou mal sonnante, mais on prémunit les fidèles contre le sens captieux qu'elle peut recevoir. Le bon sens, la propriété du langage, et la pratique constante du Saint-Siège démontrent la nécessité du discernement de ces expressions, lorsqu'il s'agit de statuer sur le fond d'une Doctrine quelconque. : En lisant le Bref Inter multiplicés, il est facile d'appercevoir que la Déclaration de 1682 déplaisoit fort au Pape Alexandre VIII ; mais heureusement la question n'est pas de savoir si elle lui a déplu, ou non. Il a pu croire, d'après les relations infidelles, d'après les exagérations des Théologiens d'Espagne, de Hongrie, de Rome et d'Italie, que cette Déclaration étoit, dans l'intention du Clergé de France, un Décret Synodal concernant la foi. Sous ce point de vue très-faux, mais

que

rendoient plausibleà ses yeux les écrits violens qui furent publiés à cette époque, étant de plus assailli au moment de sa mort par les elameurs des ennemis de la France, Alexandre VITI a pu protester contre le prétendu Décret, le casser et l'annuller; mais il a protesté, sans toucher le moins du monde à la doctrine, à la vérité des propositions qu'il renferme.

Il s'est trompé, sans doute, sur le fait important dont il s'agit. Il s'est trompé, et si l'Ultramontanisme venoit à relever cette expression comme peu respectueuse pour le Saint-Siége, je la justifierois en avouant que je l'ai empruntée du savant et pieux Cardinal Bellarmin, lorsqu'il parle de la condamnation du Pape Honorius par le sixième Concileæcuménique. Les Pères du sixième Synode, dit Bellarmin, d'après Jean de Turre-Cremata,'« ont à la vérité con» damné le Pape Honorius, mais sur de fausses

informations, et ils ont erré dans leur juge» ment : » Patres sextæ Synodi damnasse quidem Honorium, sed ex falså informatione, ac proindè in eo judicio errasse. (De Rom. Pontif. L. IV. Cap. XI.)

Résumons, et concluons que, malgré la Protestation d'Alexandre VIII contre la Déclaration de 1682, les quatre Articles et la Doctrine qu'elle contient sont à l'abri de toute censure émanée de lui. Nous avons vu qu'à bien plus forte raison, il en étoit de même d'Innocent XI. De ces faits qui sont sans réplique, il suit que le Canoniste Romain a cité mal à propos ces deux Papes, pour montrer de quelle manière la Doctrine du Clergé de France fut reçue dans l'Eglise : Come sia stata ricevuta la Dottrina compresa in questa Dichiarazione.

Ce n'est pas sans doute le Vénérable Pape Pie VI qu'on auroit dû représenter comme s'étant écarté de la modération de ses Prédécesseurs, au sujet de la Déclaration de 1682. On a essayé de le faire dans divers Ecrits publiés en Angleterre et en Italie. Mais je m'empresse de convenir que le Canoniste Romain a usé de beaucoup d'adresse, pour ne pas encourir directement un reproche aussi grave.

Il se contente de rapporter lextuellement, , et sans y ajouter la moindre réflexion,

les deux paragraphes bien connus de la Bulle Auctorem fidei du 28 Août 1794, où il est question des deux Brefs d'Innocent XI et d'Alexandre VIII. De sorte que si en effet ces deux Papes ont laissé intacte la Doctrine de la Déclaration de 1682, Pie VI ne sera pas censé l'avoir condamnée plus que ses Prédécesseurs; et si au contraire, comine le prétend ce Canoniste, Innocent XI et Alexandre VIII ont condamné la Doctrine de la Déclaration, on n'aura pas lieu d'accuser Pie VI d'avoir été plus rigide qu'eux.

Encore une fois, la maneuvre du Canoniste est fort habile. Il présente équivalemment à ses lecteurs la majeure et la mineure d'un syllogisme régulier dans sa forme, et leur laisse le soin d'en tirer la conséquence. Voici la majeure de l'argument : Innocent XI et Alexandre VIII ont improuvé, par leurs Brefs, la Déclaration de 1682, et la Doctrine qu'elle renferme. Voici maintenant la mineure: Pie VI approuve et renouvelle par la Bulle Auctorem fidei, les deux Brefs rendus par ses Prédéces seurs au sujet de la Déclaration. La consequence est facile à tirer. Donc Pie VI improuve lui-même la Déclaration de 1682, et la Doctrine qu'elle renferme. Il est difficile d'être un plus habile logicien que le Canoniste de Rome. Reste à voir ce qu'on doit penser de la majeure et de la mineure de son argument.

Nous avons montré précédemment qu'Innocent XI, dans son Bref: Paternae Charitati, D'avoit

pas fait, ni voulu faire la moindre alt. lusion à la Déclaration de 1682, ni àla doctrine de ses quatre Articles. Les dates en font foi, et d'ailleurs il suffit de le lire pour en être pleinement convaincu,

Nous avons montré qu'Alexandre VIII , dans son Bref Inter multiplices , ne proteste

« PreviousContinue »