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donner toute l'attention qu'une affaire, si déli. cate et si considérable par ses suites, paroît exiger de sa part. J'osel'en conjurer par sa piété éminente, par ses hautes vertus, par son ardent amour pour l'Eglise, par l'édificalion qu'Elle a portée dans tous les caurs pendant son séjour dans la Capitale de la France, enfin par les souvenirs profonds qu'Elle y a laissés de sa bonté paternelle et de sa touchante affabilité.

En adoptant la mesure si canonique, et si conforme à l'esprit de condescendance dont l'Eglise est animée, que j'ai eu l'honneur d'exposer à Votre Sainteté, Elle forcera les ennemis de la Religion et de ses Ministres à rendre un nouvel hommage à la pureté de son zèle et de ses vertus. Au lieu que son refus d'y condeseendre serviroit de prétexte à ces mêmes ennemis

pour répandre d'odieuses calomnies, et affoiblir par ce moyen, trop usité dans nos temps malheureux, la Religion dans l'esprit des peuples ; et il seroit à craindre que cette ivraie, jetée à dessein dans le champ du Père de famille, où le bon grain a tant de peine à croître, n'achevât de l'étouffer.

Prosterné aux pieds de Votre Sainteté, plein d'amour et de vénération pour la Chaire émi

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nente de Pierre, j'invoque humblement sa Bénédiction apostolique pour moi et pour le troupeau qui m'est confié.

Très-Saint-Père,
De Votre Sainteté,
Le très-humble, très-obéissant et

très-dévoué fils et serviteur, Signé - + Louis-Matthias, Archevêque de

Tours.

Paris, le 4 Août, 1809.

BULLES.

LETTRE DE L'ÉVÊQUE DE METZ,
NOMMÉ A L'ARCHEVÊCHÉ D'AIX,
A N. S. P. LE PAPE PIE VII.

TRÈS-SAINT-PÈRE,

Si Votre Sainteté connoissoit l'état de la Religion en France, si Elle savoit combien les efforts réunis des Evêques et du Gouvernement sont nécessaires dans les Diocèses pour y conserver la foi, pour'y réparer les ruines du Sanctuaire, pour y maintenir les principes religieux et les bonnes meurs, Elle n'hésiteroit pas de faire cesser la viduité des

Eglises qu’Elle regarderoit, dans les circonstances actuelles, comme la plus grande des calamités.

Ne croyez pas, T'rès-Saint-Père, qu'ayant accepté ma nomination à l'Archevêché d'Aix, après avoir néanmoins fait part à l'Empereur de tous les motifs et de tous les veux qui m'attachoient au Siége de Metz, je parle ici le langage de l'intérêt personnel. Dieu m'est témoin des regrets et des peines que j'éprouve de m'éloigner de ce Siége; mais l'intérêt qui me presse , c'est celui même de l'Eglise de J.-C. et de son Chef visible.

La viduité des Eglises ne peut en effet avoir lieu dans l'état des choses, sans qu'il en résulte des maux incalculables. L'urgence des besoins ne sauroit s'exprimer. Tous les Diocèses manquent de Prêtres ; les vacances des Paroisses se multiplient chaque jour, et la foi des peuples est trop languissante pour qu'elle puisse supporter, sans défaillir entièrement, le défaut d'un premier Pasteur.

Il ne faut rien moins que la présence de l'Evêque pour activer tous les genres de bien dans un Diocèse, pour y créer des Maisons Cléricales, ou les y maintenir. Tout relard dans cette partie de l'administration seroit suivi de

nouvelles ruines pour le Sanctuaire. Il existe entre les nouveaux Clercs et les Prêtres exerçant le Saint Ministère, une lacune de plus de vingt ans; car à compter de l'année 1788, pendant laquelle a commencé la Révolution, jusqu'à l'année présente où les Clercs formés depuis le Concordat se présentent à peine pour la prêtrise, il ne s'est pas écoulé moins de vingtdeux ans. Or, si la viduité des Eglises mettoit de nouveaux obstacles à l'instruction ecclésiastique, la défection dans le Sanctuaire seroit absolue; les Paroisses demeureroient sans Pasteurs ; l'Evangile de J.-C. ne seroit plus enseigné; les enfans ne seroient plus cathéchisés ; les Sacremens ne seroient plus administrés ; le Sacrifice d'expiation pour les vivans et pour les morts ne seroit plus célébré, et les Fidèles appelleroient en vain sur eux les sept dons du Saint-Esprit.

Maintenant donc, Très-Saint-Père, je tombe à vos genoux avec tous mes Collègues dans l'Episcopat, et je vous demande grâce pour l'Eglise de France, que vous avez engendrée de nouveau par le Concordat en la foi de Jésus-Christ.

Ah! ne consultez que vous-même et vos entrailles paternelles ! et si de grandes épreu

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pas ?

ves pèsent sur vous, nous vous conjurons d'en alléger le poids par votre miséricorde. Les malheurs temporels qui vous ont successivement accablé, nous touchent et nous pénètrent. Mais hélas ! comment le Père commun des Fidèles ne seroit-il pas lui-même touché et pénétré des malheurs spirituels qui tombent sur les peuples ? Comment , s'il lui est donné d'en faire cesser la cause, ne le feroit-il

Voudroit-il condamner successivement les peuples à la faim et à la soif de la parole de Dieu , les priver de la participation aux Sacremens, et tarir pour eux la source même des gråces, en tarissant celle de l'Episcopat d'où ces grâces découlent?

Ils seroient aveugles les hommes qui, mettant en oubli la morale de l'Evangile, ne rougiroient point d'insinuer à Votre Sainteté qu'il lui convient d'en agir ainsi. Non , TrèsSaint-Père, votre cour est loin d'une pareille politique. Vous lui préférerez, en ce jour, celle de vos Cardinaux, de vos Evêques les plus éclairés sur les vrais intérêts de la Religion et sur ceux du Saint-Siége.

C'est de Paris que leurs lettres vous sont adressées ; c'est de là que, jetant un regard sur la France comme sur les divers pays de

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