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l’Europe, nous voyons clairement combien il importe au bien de la Religion que Votre Sainteté fasse cesser la viduité des Eglises, au prix de tous les sacrifices.

Daignez considérer, Très-Saint-Père , que tout ce que nous avons en France, de biens, de revenus, de protection pour l'Eglise Catholique, nous le devons à l'Empereur qui nous gouverne, et que Genève, appelée cidevant la Rome des Protestans, le

pays

de Bade, celui de Wirtemberg, la Saxe, la Hollande, toutes les parties Protestantes de l'Allemagne lui doivent le libre exercice du Culte Catholique. C'est par la force de ses Décrets que nous rétablissons les Presbytères et les Eglises, et que nous pourvoyons à la décence du Culte public; nous lui devons l'entretien de nos Chapitres, de nos Curés, de nos Desservans ; c'est de lui

c'est de lui que nous tenons nos Mai- . sons Episcopales et Cléricales, nos moyens temporels d'existence , six mille Bourses pour nos Cleres, et l'exemption de la Conscription militaire pour tous les aspirans à l'Etat Ecclésiastique. Nous lui devons le rétablissement de toutes les Sæurs Hospitalières de Charité, l'approbation de plusieurs autres Institutions religieuses pour les personnes du sexe, les belles fondations d'Ecouen et de Saint-Denis, et de six Maisons d'Orphelines de la Mèré de Dieu : les Frères des Ecoles Chrétiennes n'existent que par lui. J'en dis autant des quatre Maisons de Trapistes. Les trois Congrégations des Missionnaires qui fleurissoient déjà, reprendroient une seconde vie si Votre Sainteté s'entendoit avec Sa Majesté. Que de biens naitroient en foule de cet heureux accord! Ces biens seroient à l'infini; c'est en ce moment que nous serions plus grandement protégés que jamais, et que vous recevriez, Très-SaintPère, en biens spirituels, ce que nous ne pourrions vous rendre en biens temporels, en sorte que le triomphe assuré de la Religion dédommageroit le Souverain Pontife de tout autre triomphe.

Considérez après cela , Très-Saint-Père, que si l'Empereur retiroit à l'Eglise sa protection, tous les biens que nous venons de décrire et ceux encore dont nous n'avons point parlé, seroient anéantis. Dès-lors les Catholiquès de tous les États Protestans de l'Europe perdroient de nouveau la liberté de leur Culte; dès lors nous n'aurions

d'avoir un seulEcclésiastique dans nos Séminaires ; la Conscription ou l'indigence nous les raviroient

pas le moyen

également; dès lors la Religion Catholique cesseroit d'être celle de l'enseignement public. Dix ans s'écouleroient à peine qu'il n'y auroit plus en France d'Evêques, de Cathédrales, de Chapitres, de Séminaires.

Considérez ensuite , Très - Saint-Père, que ła viduité des Eglises frappe près du tiers des Diocèses; et, parmi ces Diocèses , il'en est aujourd'hui d’aussi vastes que plusieurs provinces d'autrefois. Ainsi le Diocèse de Metz a quatrevingt lieues de longueur, et une population aussi nombreuse que celle du Royaume de Wirtemberg

Le Concile convoqué le 9 Juin prochain auroit donc pour objet de délibérer sur la vacance de tant de Sièges.

L'impérieuse nécessité de pourvoir aux besoins de quinze millions de Catholiques ; l'urgence de ces besoins; la violation du Concordat, contre laquelle réclameroit à grands cris la Puissance temporelle, dont l'influence s'étend sur tous les Etats de l'Europe; le souvenir de l'ancienne Pragmatique - Sanction, dont les lois ecclésiastiques furent celles de la France pendant un si long cours de siècles, amèneroit infailliblement une nouvelle Discipline que

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les pays

d'outre-mer finiroient par adopter, et qu’un Concile Universel, provoqué par les résultats probables du Concile National, rendroit tôt ou tard universelle.

· C'est ce qu'il importe de prévoir ; c'est sur quoi Votre Sainteté ne doit pas laisser au Concile le soin de prononcer. C'est donc ici une des plus grandes causes qui, depuis St.-Pierre et St.-Paul, ait été soumise au jugement d'un Pape. Vous allez décider. Que ce soit, TrèsSaint-Père, pour la paix de l'Eglise, pour la réconciliation des deux Puissances, pour le triomphe de l’Apostolat!

Les peuples sont dans l'attente de la réponse que Votre Sainteté va donner aux Evêques, et ils ne doutent pas que le Père commun des Fidèles ne se montre comme tel dans sa charité sans bornes pour le salut de tous; nous aimons à leur dire et à leur répéter que leur espérance ne sera pas trompée.

Quant à nous, c'est avec une crainte respectueuse, mais avec une sainte confiance, que nous allons attendre le retour de nos Députés.

Puisse le Concile qui va s'ouvrir voir ses Séances terminées dans un seul jour, et n'avoir dans cette réunion de tant d'Evêques, qu'à

faire retentir l'Eglise de Notre-Dame de ses acclamations en faveur de Votre Sainteté, et chanter l'hymne d'action de grâces !

Je me prosterne derechef à ses pieds pour lui demander sa Bénédiction apostolique.

Je suis avec respect,

Très-Saint-Père,

De Votre Sainteté,
Le très-humble, très-obéissant et

très-fidèle serviteur et fils, Signé - + G. J. ANDRÉ JAUFFRET, Evêque

de Metz, nommé à l'Archevêché ďAix. Paris, le 1er Mai 1811.

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