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tions? Que peut-elle opposer à ceux qui ne même, combien de lois absurdes, injusles, voudraient pas lui obéir? Elle est un con- pernicieuses chez la plupart des peuples ! seiller el non un maitre; elle fait voir le D'ailleurs, les lois sont impuissantes sans les bien, elle manque de moyens pour le faire meurs. Les esprils rusés savent les éluder, pratiquer. Son prétendu empire ressemble à el les hommes puissants pensent impunécelui d'un souverain qui, dépourvu de tout ment les braver. Il en a été de même dans moyen de coaclion, s'en rapporterait à la lous les temps et chez toules les nations. sagesse de ses sujels pour l'observation de Aucune société n'est assez puissante pour ses lois.-Si les passions combattent les con- récompenser tous les actes de vertu qui peuseils, lequel des deux l'emportera ? Qu'y a- vent être faits par ses membres ; plus les t-il dans la raison isolée et indépendamment récompenses sont communes, plus elles perde l'autorité qui nous la rende plus obliga- dent de leur prix. Et puis le législateur disloire que la passion ? Entre l'un qui me dit tinguera-t-il toujours le véritable mérite? que telle action est louable, et l'autre qui me Comme cela arrive tous les jours, la verlu fait sentir que l'action contraire est agréable, sincere ne demeurera-l-elle pas ignorée ; quelle cause me fera préférer ce que je pense oubliée, tandis que la faveur tombera sur les à ce que je sens, et la spéculation absiraite coupables el sur les hypocrites ? Il n'y a de mon esprit au sentiment ardent de inon qu'un tribunal où la vertu puisse espérer de cæor? Le dictamen de la passion est plus vif, trouver une appréciation et une récompense plus impérieux et lout aussi pratique que proportionnée à son mérite : c'est celui de celui de la raison.-Certes, il n'est pas un Dieu, qui discerne sûrement la vérité, el ne sage qui n'appelat insensé celui qui se fierait fait ni faveur ni injustice. entièrement à la raison de son Gls en fait de 4. Système. VII. Il y a enfin un quatriènie morale.

principe de morale présenté par les incré2€ Système. V. Nous trouverons peut-être dules, c'est l'intérêt personnel, le sentiment une meilleure ressource dans le senli nent de l'honneur, le désir de la gloire, la crainlede moral, dans celle espèce d'instinct qui nous s'avilir.-Remarquons d'abord que le principe fait admirer, aimer la vertu et détester le de la morale doit être universel, qu'il doii crime. - Sans contester ici la réalité de ce s'étendre à tous les hommes et à toutes les sentiment, peut-il raisonnablement être pré- actions. - Combien de fois l'intérêt personsenté comme la base de la morale ? n'avons- nel ne commande-t-il pas le vice ? Combien nous pas les mêmes reproches à lui faire de fois la pratique de la vertu n'impose-t-elle qu'à la raison? Eclaire-t-il sur tous les dc- pas de grands sacrifices ? L'intérêt personvoirs ? Sommes-nous portés par notre nature nel souliendra-t-il la vertu au milieu des à les distinguer, à les mirer comme le chien railleries, des contradictions qu'elle est oblidu chasseur qui poursuit son gibier? Celte gée d'essuyer? — Le senliment de l'honneur seule supposition est une absurdité. Le sen- est là, dit-on. Mais l'honneur ne parle pas à limrnt moral, celle espèce d'instinct, aura- lous les cæurs; il y a des âmes qui y sont l-il la force de faire observer la loi, quand insensibles et qui ne reconnaissent d'autre les passions et les intérêts contraires entrai. bien que la satisfaction de leur intérêt perneraient au vice? Il faudrait un goût bien sonnel. Et d'ailleurs, l'honneur du monde décidé pour la verta, pour se déterminer à est-il toujours d'accord avec les véritables Ja pratiquer dans ce qu'elle a de plus diffi- principes ? Qu'y aura-t-il donc pour soutenir cile, sans d'autre motif que l'amour qu'on dans le bien, quand on aura contre sui tous lui porte. Et celui qui n'aurait pas ce goût, les intérêts possibles ? par quel ressort serait-il mû ?

Nous sommes loin de méconnaitre que ces 3- Système. Par les lois, disent nos pro- divers sentiments aient une grande influence fonds raisonneurs, par la crainte des sup- sur les actions des hommes. Pour qu'ils plices, et par l'espoir des récompenses que soient légitimes et bien réglés, ils doivent la société peut établir : l'homme en général être dirigés par la religion, qui e:l la véricraint plus le gibet que les dieux.-Mais toute lable base de la morale. législation humaine est nécessairement in

$ II. complèle, incapable même de punir lous les vices qu'elle défend, et de récompenser tous Du véritable fondement de la morale. les actes de verlu qu'elle prescrit.

VIII. Tous les hommes véritablement sages VI. Si les priocipes des mœurs ne sont ont enseigné que l'ordre moral repose essenpas pris dans Dieu même et dans l'ordre qui liellement sur la Divinité. Et en effet Dieu en i'a établi, et que sa providence maintient, est la base la plus rationnelle, la plus solide, on pourra bien faire des lois pour régler les la plus appropriée à tous nos besoins. actions des hommes el pour la police des Dieu a établi l'ordre le plus admirable sociétés, mais qui réglera son esprit, sa vo- dans toute la nalure. Il a pourvu avec une lupté et son cœur ? et si l'esprit et le cæur merveilleuse sagesse à la destination des ne sont pas réglés par une autorité supé- étres même inanimés, el aux moyens de l'alrieure qui leur puisse commander, s'en faire leindre; il leur a donné des lois analogues obéir, que deviendront loutes les institutions à leur nature. Est-il croyable que le chefhumaines ? l'âme, partie principale de l'hom. d'euvre de la création, que l'âme humaine me, sera sans règle intérieure, sans loi qui serait le seul être abandonné sans aucune lui soil propre.

loi ? Etudiez les moindres créatures matéSi nous considérons la législation en elle- rielles, vous y rencontrerez le plus bel ordre

physique ; et dans celle des créatures où les déchirer par ses morsures (Amus, ix, 3).
Dieu a imprimé le plus de trails de ses per- La religion pousse les hommes dans la
fections, il n'aurait mis aucun ordre? Dieu voie du bien par des mobiles plus puissants
n'aime pas moins sans doule l'ordre moral que la raison et le sentiment, Elle a trois
que l'ordre physique et géométrique; son mobiles qui comprennent tous les actes ,
autorité doit s'interposer également pour toutes les perfections et toutes les vertus,
maintenir l'un et l'autre ; ses soins ne doi- en sorte qu'il n'y a pas une loi, une perfec-
vent donc pas moins s'étendre aux actions lion, un acte d'héroïsme qui n'y trouve sa
libres des créatures qu'aux mouvements raison d'être. Ces trois mobiles sont la
aveugles des corps : comme il y a des lois crainte, l'espérance et l'amour.
pour ceux-ci, il y en a aussi pour celle-là. X. La crainte est un puissant mobile
(La Luzerne.)

d'action : c'est celui que la loi civile emploie S'il est impossible à l'astronome d'assister pour maintenir les citoyens dans la ligne du longtemps au jeu des astres sans apercevoir devoir ; c'est aussi celui dont Dieu se sert à clairement une main toute-puissante qui l'égard de l'homme. Il niontre au prévaricadonne à l'univers la coordination et la du- teur de sa loi les llampies de l'enfer destinées rée, il n'est pas plus possible d'étudier un à brûler le coupable pendant loute l'éternité. instant l'esprit ei le cæur de l'homme sans - Quoique très-puissante, la crainte est cey trouver la main de Dieu qui dirige, règle pendant un mobile très-imparfait. Dans ses et coordonne tous les mouvements moraux. rapports avec la législation civile, il est un Nous en trouvons la preuve dans les moyens moyen de répression très-incomplet : il ne donnés par la philosophie conime principe peut s'étendre à toules les violations de la de la morale. Si, hors du sentiment reli- loi. On peut échapper aux poursuites de la gieux, ils sont incomplets, impuissants, sujets justice humaine. Considérée dans ses rapà de grandes illusions, dirigés par la vraie ports avec la législation divino, la craiale n'a religion, ils ont cette plénitude d'étendue et pas la même insuffisance. Le péché ne peut d'autorité nécessaire pour rendre la morale échapper à l'ail de Dieu ni à sa justice : la puissante et fécoude.

Divinité a toujours en main la puissance Sous la main de la véritable religion, la pour le punir. Aussi la crainte de Dieu emra son reçoit une force qu'elle ne possède brasse tous les devoirs. Malgré toule son pas par elle-même et dans polre état déchu. élendue, ce mobile est cependant encore imLa révélation lui a été nécessaire pour com- parfait. Celui qui est mù uniquement par la prendre et connaitre l'ordre moral tout en- crainte ne fait aucune action magnanime. iier. C'est une vérité qui est démontrée à XI. Il y a un second mobile : c'est l'espél'article RÉVÉLATION. Mais lorsque la raison rance d'obtenir une récompense de ses @ua élé fortifiée par une saine instruction reli- vres. Quoique plus grand et plus parfait que gieuse, qu'elle y a puisé une conviction pro- le précédent, ci mobile a aussi ses causes fonde de l'existence d'un Dieu rémunérateur d'imperfection. L'homme, porté par sa nade la verlu et vengeur du vice, alors elle lure à pourvoir aux besoins de sa félicité, prend une nouvelle force, et la réflexion lui poursuit son bonheur où il croit pouvoir le confirme et lui certifie les principes que l'in- rencontrer : c'est à ce besoin que nous destruction lui avait préseniés ; elle les déve- vons la plupart des progrès sociaux et des loppe, dissipe les préjugés, éclaircit les difti- perfectionnements des arts. Le désir d'obteculiés ; elle multiplie même ces principes en nir les jouissances de la propriété, de la tirant des conséquences qui, par leur certi- grandeur, de l'autorité, du plaisir, pousse tude entière, deviennent elles-mêmes des sans cesse les hommes. Ce puissant mobile, règles de conduite.

tendant à ramener loul à l'intérêt personnel, ix. Loin de méconnaitre l'instinct moral, manque de générosité. Agir pour soi, se la religion travaille sans cesse à le dévelop- constituer le centre de ses opérations, c'est per. Si, à la vue du malheureux qui souffre, rétrécir le rayonnement au lieu de l'élargir. nous sommes saisis d'un mouvement indéli- Il faut qu'il soit lempéré par un autre mobéré de commisération, si nous désirons le bile, qui est la perfection de lout principe soulager, la religion fortifie ce sentiment en d'activité, nous voulons dire par l'amour, nous montrant dans le malheureux l'image XII. L'amour est le mobile le plus complet même de Dieu. Lorsque nous voyons ou que et le plus parfait de tous. L'amour profane a nous éprouvons un acte d'ingratitude, d'in- fait faire des prodiges ; l'amour de Dieu est justice, de méchanceté, nous soinmes saisis plus grand, plus fort, plus fécond. Il n'y a d'un mouvement subil de mépris et d'indi- pas un sentiment qu'il n'élève, pas une verlu gnation ; la religion nous dit que le mal est qu'il ne fasse pratiquer, pas un progrès qu'il détestable, que la peine qu'il nous cause n'ait inspiré, pas un acle héroïque qu'il n'ail doil nous engazer à le fuir et à poursuivre commandé. Nous voyons la puissance de le péché de notre haine, tout en aimant le l'amour de Dieu se manifester dans le coubien qui se trouve dans le pécheur. Si le rage des martyrs, éclater sur les chevalets, remords nous poursuit el nous engage à sous la grille des bélcs féroces, au milieu des pleurer et à réparer nos faules, la region flammes. Il condu.l la vierge limide el délifuriilie res sentiments en disant que Dieu ne cale au chevet du malade, dont elle se fait la permet pas aux coupables d'anéantir les re- mère el le soutien. moris, que quand ils iraient se cacher au Ce n'est pas ici le lieu de donner à tous fond de la mer, il y enverra le serpeul pour les motifs les développements qu'ils exigenl.

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Aux arlicles qui les concernent nous ça fee rons sentir toule la force. Mais les courtes observations que nous venons de présenter

De la morale des patriarches. suffiseot pour montrer que la religion est le XV. Nous n'avons d'autre monument, scul fondement de la morale, qu'elle en est pour juger de la morale des patriarches, que Ja base la plus solide, la plus complêle et la la narration que nous en a faite Moïse. plus puissante.

L'homine, suivant le récit de ce graod histoXIII. Avant de passer à la seconde partie rien, ne fut pas obligé d'acquérir ses prede celle latroduclion, nous devons répondre mières connaissances par la voie ordinaire : à une grande objection de nos adversaires. Dieu se chargca de l'instruire. Jls veulent séparer la morale de la religion, L'histoire mosaïque avant le déluge est parce que l'histoire nous présente une foule

fort courle. Nous voyons Caïn el Abel uffrir de cultes inbumains et bizarres, de divinités des sacrifices. Nous assistons au meurire corrompues et corruptrices. Allier la morale d'Abel; nous y lisons le remords et l'effrayant à la religion, c'est donc vouloir l'unir à la désespoir du fratricide. Il y avait à celle épocorroplion. -- Celte manière de raisonner est que des prédicateurs de justice et de religiou bien étrange. Lorsque nous demandons l'a- qui annonçaient aux hommes la volonté de nion de la morale et de la religion, nous ne Dieu el sa loi, et qui les exhortarent, ea son parions que de la religion véritable, qui ne

nom et par son aulorilé, à l'accomplir fidèlepeut pas être plus responsable des rêveries mert el selon l'ordre et l'élendue de leur des imposteurs en fail de morale qu'en fait pouvoir. L'apôtre saint Pierre (Ep. 11, cap. de dogme. Mais il n'y a rien de plus odieux i1, v. 5) rend ce glorieux témoignage à Noć. que ces imposteurs qui nous parlent de mo- Tel était aussi Enoch, cet homme d'une rale, lorsqu'ils en détruisent jusqu'aux fon- verlu si éminenle, et prob.iblement encore dements, el qui nous vantent leur système plusieurs autres. Mais, malgré toutes ces sans avoir posé la première pierre de l'édi- admirables leçons, les hommes se laissèrent fice. Lorsqu'ils disent qu'en voulant lier la

entrainer aux plus grands désordres : i's morale à la religion on les dépalure l'une et méprisèrent la loi de Dieu, qu'ils ne poul'autre, ils se montrent très-mal instruils : yaient méconnaitre; ils se livrèrent à loulos c'est au contraire en voulant les séparer que sortes de débauches, de violences, de rapines les philosophes ont perverti l'une et l'autre. et de méchancetés; ils tombèrent dans une En méditant sur les sources de la perversité espèce d'athéisme , négligeant et méprisant du paganisme, on y trouve précisément le toute religion. C'est pourquoi saint Pierre besoin de se soustraire à l'autorité du Dieu appelle le monde de ce siècle pervers un vengeur du vice. Nos philosophes font monde sans Dieu. De si grands crimes allirèmieux : ils de prennent pas la peine de rent sur la terre le plus effroyable châtiment changer les dieux, ils disent qu'ils ne se mê

que l'imagination puisse concevoir : tout fat lent pas de morale. Il est dans l'antiquité un détruit par le déluge, exceplé Noé el sa fafait qui parle haul en faveor de l'alliance de mille. Le second père du genre humain reçut la religion et de la morale. Il est constant de nouvelles communications du Seigoeur. que de lous les moralistes anciens les meil- Le récit de Moïse et les traditions juives leurs ont été les pyibagoriciens : or, ils fon

nous laissent entendre que Dieu renouvela daient la morale et les lois sur la volonté de

la publication de la loi inorale. Quelle était Djeu. Toutes les sectes qui ont fait profession la ieneur de celle loi? nous l'ignorons. Mais de mépriser la religion se sont déshonorées ces divins enseignements ne furent pas mieux par uue morale détestable. Il en est de même

suivis que les premiers, el nous assisterons de vos pbilosophes modernes, dit Bergier.

à un effroyable égarement des mœurs. Voilà ARTICLE II.

tout ce que nous pouvons dire de la morale

primitive. HISTOIRE DE LA NORALE XIV. On s'occupe beaucoup de l'histoire

De la morale judaique. des peuples; mais il est une histoire beaucoup plus intéressante pour le monde : c'est XVI. L'abandon de la foi, la corruption des celle de la morale. En étudiant les meurs de meurs, l'oubli des vérités les plus sainles, tous les temps et chez lous les peuples, on y avaient forcé le Seigneur à se choisir un recueillerait en passant quelque grand en- peuple. Il avait confié à sa garde le dépot seignement; mais surlout on y apprendrait sacré de sa doctrine. Mis bientôt la barrière à estimer la loi de l'Evangile sa juste va- devint impuissanle, l'idolâtrie rompait les leur. Nous allons essayer de donner iei une digues qu'on lui avait opposées. Le peuple esquisse légère de l'histoire de la morale. hébreu chancela dans sa foi sur la terre Noos regreltons que l'étendue de celle Intro- d'Egypte. Non content de le lirer de la maiduction ue nous permelle pas de la dévelop- son de servilude, le Seigneur voulut lui donper davautage. Pour mettre un peu d'ordre ner par écrit un code de lois. Ce code est un dans celle walière, nous ramenous à qualre phénomène unique dans les annales du chefs ce que vous allons dire de l'histoire de genre humain; il embrasse tous les devoirs la morale. Nous en ferons connaitre l'état, religieux, moraux, politiques et civils. Quoi1° sous les patriarches, 2° sous la loi de que faites d'un seul jet, ces lois sont si bien Moise, 3o chez les païens, 1. sous la loi de appropriées aux besoins du peuple pour leT'Evangile,

quel elles ont été formées, que durant quio ze

§ II.

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cents ans qu'a duré la nation juive, il n'a pas elle était soumise. Or ces influences ne peu. été nécessaire d'y faire de changements, mal- vent être que la loi religieuse , la loi civile, gré les élits divers où s'est Irouvé le peu- la coutume et les enseignements des sages ple déicide. Nous n'avons ici à vous occuper Voilà , croyons-nous, les seuls moyens dont quc de la portée morale de celle loi.

se forma la morale des parens. Pour donner plus de solennité à la pro

1° Influence de la religion sur les meurs des mulgation de la loi morale, le Seigneur la publia au milieu de l'appareil le plus ler

paiens. rible. Ce fut aux éclats de la foudre que les XVIII. La plus grande influence morale échos du Sinaï répétaient sans cesse, et à la dans le christianisme est certainement la relumière éblouissante des éclairs, que Dieu ligion. Elle montre à tous les hommes une promulgua les lois morales qui obligent indis. loi descendue du ciel, un æil invisible scrutinclement tous les bommes. Elles sont som- tant toutes les pensées, les désirs, les actions mairement comprises dans dix commande- secrètes comme celles qui sont publiques, ments. Elles furent écrites sur deux tables soumeltant tout à son jugement redoutable de pierre , pour servir de loi permanente à qui doit décider de tout avec uue justice ri. tout le peuple. Nous avons rapporté littéra- goureuse. lement celle loi ao mot DECALOGUE. Obser- La sanction religieuse de l'autre vie a une vons seulement ici que celle loi est simple, immense influence sur les déterminations du claire, courte, propre à faire connaître lous chrétien. Le païen avait aussi son Elysée et les principes de la loi naturelle, dont la con- son enfer ; mais en dehors de ces idées , la naissance est suffisante pour remplir les de- religion n'avait d'autre action sur les meurs voirs à l'égard de Dieu, à l'égard du prochain qu'une influence malheureuse. Uniquement et à l'égard de soi-mêine.

renfermée dans un cérémonial extérieur, elle Moïse développa plusieurs points de cette ne s'embarrassait ni d'éclairer l'esprit par la grande loi morale dans le cours de son code. connaissance de la vérité, ni de régler les Quelques-uns ont trouvé des adversaires. actions des hommes par la pralique des deTels sont, 1° la loi de inort portée contre les voirs moraux. Selon Varron, l'office des idolåtres; 2° celles de la polygamie et du di- prêtres se réduisait à apprendre aux homvorce. Nous examinerons la valeur des ob- mes quels dieux ils devaient bonorer, quelle jections relatives à ces deux derniers points, espèce de sacrifice ils devaient offrir à chaaux mols BiGamie et Divorce. Bergier a ré- que divinité. Les prêtres devaient encore pondu à celles qui concernent la mort pro- diriger les fidèles dans l'observation des rinoncée contre les Chananéens. Voy. Dictionn. les et des cérémonies. Chez les Romains, il dogm., art. CHANANÉENS.

est vrai, les prêtres avaient une certaine Les plus sainles règles de morale ne ren- inspection sur les meurs. (Cicer. de Domo dent pas les hommes impeccables. Les Juifs sua.) Mais c'était un cas puremenl exviolèrent souvent leur beau code de morale, ceplionnel. Puffendorf observe à cet égard Non-seulement la loi protestait sans cesse que celle institution religieuse des Romains contre les violateurs, mais encore il parais- était purerent civile, qu'elle n'avait d'autre sait souvent dans Israël des hommes de Dieu but que le bien public, mais qu'elle n'avait qui parcouraient les villes le Code de la loi à nullement pour dessein de former la conduite la main, et rappelaient la nation à son de- et les mæurs particulières. voir. Il y avait une main invisible qui frap- La religion païenne était si éloignée de pait le peuple lorsqu'il élait sourd aux aver prescrire aucune maxime de morale, ou iissements des prophètes. Les calamités, la d'inspirer aucune vertu sociale, que dans guerre, la famine, l'exil lui servaient de ter- plusieurs occasions les riles religieux par ribles prédicaleurs. Revenant à l'observa- lesquels on prétendait honorer les dieux et tion de la loi, les Israélites voyaient aussi se les rendre favorables étaient tout à fait revenir les beureux jours. Les docteurs vou- conlraires aux bonnes meurs, en sorte qu'au Jurent à leur lour se méler de l'interpréta- lieu d'encourager la pratique de la verlu , tion de la loi morale ; ils en pervertirent le ils portaient au crime et à la débauche. li sens. Au moment de la venue de Jésus- faudrait faire un livre si on voulail rapporChrist, Jérusalem avait aussi ses écoles de ter dans le détail les cérémonies religieuses philosophes qui dissertaient sur la vertu et des païens, qui étaient ridicules, cruelles, corrompaient la morale. Elles n'étaient guère licencieuses, impudiques. Nous dirons seumeilleures chez eux que chez les païcns ,

lement quelques mots de ces dernières. Nous dont nous allons relracer l'histoire morale. nommerons d'abord les Bacchanales, où c'é& JII.

lait une verlu de s'enivrer et de se livrer à De la morale chez les puiens.

lous les vices qui sont la suite de l'ivresse.

De là ce mot d'Aristippe, rapporté par EmpyXVII. Le paganisme n'est pas le côté le ricus : Une femme vraiment chasle le sera même moins curieux de l'histoire de la morale. dans le temple des Bacchanales. - Les LuperC'est là qu'on a vu mellre en pratique les cales, fètes de la plus grande antiquité chez les principes des ennemis de la révélation. On Romains, instituées en l'honneurdu dieu Pan, pourra juger par les fruits de l'excellence se célébraient de la manière la plus immodeste. de la doctrine. Pour bien juger de la morale Les prêtres de ce dieu couraient comwe des des parens, il est nécessaire de rechercher et insensés par les rues et les places publiques, d'éludier les diverses iufluences auxquelles presque luut uus, frappant lout ce qu'ils reu

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contraient. Et les fêtes des jeux floraux , pirations personnelles. C'était là un défaut célébrées par des compagnies de filles prosti- immense. tuées , qui jouaient les pantomimes les plus XXI. 2. La sanction des lois élait purement lubriques, n'étaient-elles pas protégées, en- humanitaire et terrestre. La morale n'avait couragées par les hommes les plus graves ?- pas une protection suffisante, car on sait Kolys, la déesse de l'impudicité, avait des que la ruse peut inventer mile stratagèmes fêtes à Alhènes, à Corinthe, à Chio, dans la pour échapper à l'atteinte de la loi ; c'est ce Thrace, elc. Elles consistaient en débauches qui soutient tous les jours les malfaiteurs. de toute espèce telles qu'elles convenaient à XXII. 3. Les lois elles-mêmes renfermaient la déesse qu'on croyait honorer. Les prêtres de grandes imperfections. d'une telle divinité, instruits dans l'art de la L'Egyple avait une législation très-remarvolupté la plus honteuse, mettaient alors quable. La plupart des législateurs y allèrent leur science en pratique sous la protection puiser les principes de leurs lois. Un savant de la déesse qu'ils servaient. - Ét Vénus, auteur moderne (M. Goguet) a fait voir que, l'impudique Vénus ! quelles prêtresses vou- quoique les Egypliens eussent quelques bonlait-elle ? des courtisanes. Oo l'honorail en nes constitutions politiques, il régnait néanse livrant et en consacrant des jeunes filles moins dans leur gouvernement des abus et à la débauche. A Babylone , toute femme des vices essentiels, autorisés par leurs du pays élait obligée d'aller se prostituer, au lois et par les principes fondamentaux de moins une fois dans sa vie, à un étranger, leur Etat. sur l'autel de la déesse. Il y a quelque chose Les Grecs sont complés avec raison parmi de plus révollant encore. Telles sont les im- les nations les plus savantes et les plus cipuretés horribles que des hommes en Egypte vilisées de l'antiquité. Les lois de Lycurgue commettaient publiquenient et ouvertement ont été beaucoup vanlées ; cependant elles avec les chèvres du dieu Pan, Tel était le semblent avoir un seul but, la guerre. Aussi, culte public rendu aux parties honteuses , au rapport de Plutarque, des hommes judiqu'on promenait, et que les filles ei les fem- cieux pensaient que les lois de Lycurgue mes élaient obligées de couronner. Nous étaient propres à faire de bons soldats et avons vu une gravure représentant fidèle- des hommes vicieux. Et certes, la législation ment on temple de Denderah, copiée par les qui concerne les ilotes suffirait pour la consavants qui suivaient l'expédition de Bona- damner. Ces esclaves étaient réputés fort auparle. C'était quelque chose d'horrible : le dessous des animaux domestiques. Des intemple était environné de statues entière- décences impardonpables élaient tolérées à ment nues, Pæil fixé sur les parties les plus Lacédémone. Les hommes et les femmes se bonteuses.

baignaient dans des bains communs. Il y Tirons le rideau sur ces horreurs, que l'on avait des danses ou les jeunes gens et les a de la peine à entendre et à raconter sans filles élaient entièrement nus. Il y avait un frémir. On ne comprend pas, après cela, vice plus affreux encore, c'était la pédérascomment des hommes ont pu être assez aveu- tie, prescrite, dit-on, par Lycurgue pour arglés par les préjugés pour oser dire, comme rêter l'accroissement de la population. Aussi, Voltaire (Siècle de Louis XIV), que « la au rapport de Xénophon, ce vice devint religion des païens ne consistait que dans commun à toute la Grèce. la morale et les fêles ; la morale, qui est La législation romaine était peut-être la commune aux hommes de tous les temps et plus parfaite de toules celles de l'antiquité. de tous les lieux ; les fêtes, qui n'étaient que Les lois des douze tables paraissent avoir des réjouissances et ne pouvaient troubler beaucoup d'analogie avec celles de Moïse; le genre humain. » Nous pensons avoir évi- elles étaient encore bien défeclueuses. Elles demment prouvé que la religion païenne permettaient la mort des enfants contrefaits ; devait avoir une influence pernicieuse sur elles donnaient au maitre un droit si absolu les meurs des peuples soumis à son empire. sur ses esclaves, qu'il pouvait les jeter aux

poissons pour les nourrir; elles toléraient 2 De l'influence des lois civiles sur la morale des païens.

les spectacles des gladiateurs et la pédérastie

elle-même. XIX. La législation civile et politique d'un Nous ne pousserons pas plus loin notre grand nombre de peuples anciens fut très- examen des législations païennes ; nous remarquable par des vues élevées, propres croyons que les considérations que nous veà maintenir l'ordre dans la société. On ne nons de présenter sont une preuve évidente peul pier qu'elle n'ait eu une grande in- qu'elles ne présentaient pas une règle suffisuence sur les meurs. Cependant ces lois sante de morale ; que, failes uniquement ne peuvent être regardées comme une règle pour régler les rapports des citoyens entre complète de la vie morale. Il leur manquait eux et avec l'Etat, elles ne réglaient pas les puur cela trois qualités importantes.

devoirs de l'homme à l'égard de la Divinité XX. 1° Elles ne réglaient pas tous les et ne lui travaient pas à lui-même la ligne principes de morale. La législation s'occu- qu'il devait suivre. pait de régler les rapports des citoyens en

3. De l'influence des meurs sur la morale ire eus, mais elle ne leur travait pas de rè

païenne. gle de conduite personnelle. Le cæur, celle partie si importante de l'homme, n'avait pas XXIII. Il est certain que la coutume peut de gouverpail. Il était abandonné à ses ins- avoir une très - grande influence sur les

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