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Frais bocages de Morfontaines,
Que vos aspects sont gracieux !
Que de vos routes incertaines
Le dédale est mystérieux !
Qu'avec plaisir loin des orages
Ta prépares ces doux ombrages;
Et
que

tes jours y seront purs,
Toi, par qui la Seine vengée,
D'un vil obstacle dégagée,
Coule avec gloire dans nos murs !

Que de l'arbre cher à Dodone
Navarre soit toujours paré !
L'Iton coule, erre, fuit, bouillonne
Sous le feuillage révéré.
Je te consacre à la mémoire,
Noble asile qui dus ta gloire (1)
Aux charmes de les belles eaux !)
Viens avec tes roches hautaines,
Tes bois, tes cygnes, tes fontaines,
Décorer mes riches tableaux.

Toi qui m'inspires et m'appelles,
Tu ne seras point oublié,
Beau lieu (2) si cher à nos Apelles,
Plus cher encore à l'amitié !
Je pc vois plus ta roue humide
Blanchir un cylindre rapide
De la dépouille des guérets;
Mais garde bien le nom champêtre
Que te donoa ton premier maitre,
Utile esclave de Cérès.

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1

Je voulois chanter sur ma lyre
Ermenonville et Chantilly,
Mais le printemps vient de sourire
Dans les bocages de Marly :
Epris de ses graces nouvelles,
Mon cæur y vole sur les ailes
Et de Zéphyre et de l'Amour.
Que j'aime ces légers portiques
Couronnés de ces bois antiques,
Que respectent les feux du jour !

Vénus n'est plus dans Amathonte,
Vénus habite ces jardins;
L'Olympe céderoit sans honte
Au charme de ces lieux divins.
Là, quand la paisible Diane,
Promenant son char diaphane,
De ses feux argente les airs,
Des Nymphes la troupe folâtre
Danse, et foule d'on pied d'albâtre
L'émeraude des tapis verts.

Toujours sur ces rives fleuries
Les Graces cueillent leurs bouquets;
Toujours les tendres rêveries
Sont errantes dans ces bosquets;
Des fleurs l'haleine parfumée,
Le doux bruit de l'onde animée,
Tout rend ces bords délicieux :
L'æil s'y plait, le cœur y soupire;
C'est ici que j'aimai Delphire! ...
Muse, couronne ces beaux lieux.

Par M. Le BRUN, de l'Institut.

VERS

Fails en voyant le Tableau d'une Scène de Déluge;

par M. Girodet.

D'HORREURS et de beautés quel sublime mélange
D'un peuple transporté captive ici les yeux ?
Le divin Raphaël et le fier Michel-Ange,
Pour animer la toile, ont-ils quitté les cieux ?

Quoi ! le tendre pinceau qui, sous d'épais feuillages,
Des amours,

du sommeil traça l'aimable accord (1),
M'offre des élémens les combats, les ravages,
Et les tristes mortels luttant contre la mort ?

/

Tableau touchant, affreux, dont l'aspect m'épouvante,
Qui fais couler mes pleurs, qui séduis mes regards,
J'éprouve en te voyant, et la pitié charmante,
Et la douce lerreur que je demande aux arts !
Poursuis, cher Girodet : rival de la nature,
Suis d'Homère immortel le vol audacieux;
Vénus, ainsi qu'à lui, le prêta sa ceinture ,
Et, comme lui, tu peins les Héros et les Dieux.

J. B. DE SAINT-VICTOR.

L'AMANT INCURABLE,

ROMANCE,

Lise, malgré sa perfidie,

Toujours me plaît;
C'est que Lise fut mon amie,

En ai regret;
Mais l'ame, qui fut enchaînée.

Des næuds d'amour,
Point n'esface dans une année

Trace d'un jour.
Voudrois oublier l'infidelle,

La voudrois fuir;
Mais mon dépit me la rappelle

En souvenir.
Cherchai dix fois une auire belle

Pour m'attacher.
Dix fois me retrouvai près d'elle

Sans la chercher.

Lise m'aiina plus d'une année

Si tendrement !
Elle a failli l'i: fortunée

Un seul moment....

(:) Tout le monde connoit le beau tableau d'Endymion, de M. Girode fo

Pour ce moment faut que j'oublie

Tant doux attraits
En délaissant plaintive amie

A tout jamais.
Non; dis-moi : « Ne quis point coupable,

» Toujours t'aimai,
» Mon inconstance est une fable,»

Je le croirai,
Ai yu pourtant Lise infidelle....

C'est une erreur.
Ah! mes yeux, laissez-moi, près d'elle,
Croire à mon cour!

H. GASTON.

1

LA VEILLE, LE JOUR ET LE LENDEMAIN,

CHANSON.

Ces trois mols nous offrent l'embleme
De la course agile du temps :
Des Dieux la sagesse suprêmó
Ainsi partagea nos instans;
Notre vie, hélas ! est pareille
Au jour ténébreux ou serein;
De ce jour l'enfance est la veille,
La vieillesse, le lendemain.
La veille, amour vit d'espérance;
Le jour, annour est satisfait;
Le lendemain vient en silence
Le souvenir ou le regret.
Le desir fatigué sommeille. ...
Amans, tel est vo!re destin :
Vous êtes plus heureux la veille
Que le jour et le lendemain!
Damis, avant le mariage,
Paroit tendre, enpressć, soninis.
Le jour vient; des qu'hyinen l'engage,
On ne reconnoit plus Damis ;
Amour s'endort, soupçon s'éveille.
D'où vient ce changement soudain ?..,
C'est qu'il étoit ainant la veille,
Qu'il est époux le lendemain..

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Pour le méchant, dans la nature,
Il n'est plus un seul jour serein;
Mais l'innocence, calme et pure,
Ne craint jamais le lendemain.
L'homme de bien quand il sommeille,
Voit en ronge sur son chemin
Les heureux qu'i' a faits la veille,
Ceux qu'il fera le lendemain.

M. MILLEVOYE.

ENIG M E.
JRIS, aux yeux des grands ma vue est importune;
Quoique Natieur, humble et respectueux,

Je ne sais pas souvent fortune.
Une lettre de moins mon sort est plus heureux ;

Car tous les matins j'emprisonne
Les trésors de ton sein et ta taille mignonne.

LOGO GR I PH E.
Je suis gracieux et brillart,

Et pourtant je suis invisible.
Tantôt je suis affable, honnête , sémillant,
Tantôt méchant, bourru , dangereux et terrible.

Si je me montre arrogamment,
Souvent aussi j'aime à ne point paroître.'
Enfin c'est moi qui , seul en ce moment,

Chloé, vous aide à me connoître.
Six pieds forment mon corps, et vous y trouverez
Ce qui du laboureur renferme le salaire;

L'ordre prescrit pour nos devoirs sacrés;
Ce que tous les cinq jours on donne au militaire;
Un plant de qui le fruit subjugue la raison;
Ce que l'on voit, Chloé, voltiger sur vos traces ;

Et sans décomposition,
Chez vous j'accompagne les Grâces.

CH A R A D E.
Mon premier, chez les grands, est un titre d'honneur ;
Mon second, à tes yeux, offre un lieu solitaire,
Où, parfois , un amant à sa tendre bergère
Exprime sur mon tout son amoureuse ardeur.

Le mot de l'Enigme du dernier No. est Epingle,
Celui du Logogriphe est Secrélaire.
Celui de la Charade est Pa-ris.

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