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un temps où la foi est si rare, la piété si af- beaucoup, ne pourrait célébrer quand il est faiblie ? Nous reprendrons ce sujet un peu arrivé au terme. On me dira que c'est malgré plus bas.

lui; j'en conviens : mais ouire que celle rai« Je dis, en second lieu, que la loi du jeûne son n'est pas concluante, comme on le verra eucharistique veul que depuis minuit du plus bas, je ne crois pas que ceur qui fujour où l'on se propose de communier on ment, souvent par nécessité, respirent volonu'ail pris chose quelconque par manière d'ali- lairement ce qu'ils renvoient de loules leurs ment, de boisson, de médecine, rien en un forces. Il en est de même, et par le même inot qui puisse se digérer à l'ordinaire. C'est principe, de ceux qui dans une cuisine avala doctrine constante des pasieurs et du peu- lent quelque partie de la fumée des viandes ple, qui, quelque désir qu'ils eussent de par. qui s'y prépareut. Nous avouons cependant liciper au corps du Seigneur, s'en abstien- que d'habiles théologiens (4) excluent de la nent, lors même que par mégarde ils ont bu communion ceux qui, de plein gré ou par le ou mangé, elc. La Rabrique y est for- moyen de quelque instrument, avaleraieat melle (1), et l'Eglise s'en explique d'une ma- la fumée des viandes ou du tabac. nière qui annonce une loi incontestable. a 6. Mais que dire de ceux qui avaleraient

a Quoique ce principe soji sûr, on n'est un louis d'or, un morceau de plomb, un pepas lout à fait d'arcord sur les conséquences til os, de la craie, du papier, et autres choqui en résultent. Le scrupule les élend au ses pareilles, qui de leur nature ne sont pas delà de leurs bornes; la liberté d'opiner los comestibles? resserre un peu trop : efforçons-nous d'évi- a Il y a des docteurs qui défendent la ler ce double écueil.

communion dans lous ces cas. Ils en donnent « 4. Pour le faire, nous dirons d'abord à pour raison, 1° que, selon la doctrine de ceux qui s'alarment mal à propos, que rien saint Thomas (5), il n'est pas nécessaire, de ce qui passe dans l'estomac, par manière pour rompre le jeûne, que ce qui passe dans de salive, ou de simple respiration, n'empè l'estomac nourrisse : le poison, par exemple, che le jeûne naturel. Ainsi la pituite, le sang ne nourrit pas, mais tue l'homine, et cepenqui coule des gencives ou du cerveau, les dant on ne pourrait communier qu'en viali. restes de vin ou d'eau avec lesquels on s'est que ceux qui en auraient pris; 2o que perTavé la bouche (2), les parcelles de viande sonne n'admettrait à la sainte lable une qui quelquefois s'allachent aux dents, et qui, femme qui, par mauvais goût ou pour temsans qu'on y pense ou malgré qu'on en ait, pérer la chaleur naturelle, aurait mangé de s'avalent avec la salive, ne doivent pas em- la terre ou du charbon, comme cela est arpêcher de communier.

rivé plus d'une fois. Ainsi pensent Bonacina, « Il en est de même, selon Sylvius et les Layman, Habert (6), elc. plas rigides thévlogiens, si on se borne à « D'autres, dont le sentiment nous parait goûter du vin ou un bouillon, à nordre un plus juste, croient que parmi les choses dont fruit ou quelque autre chose semblable, sans nous avons fait l'énomération il y en a qui rien faire passer, si ce n'est peut-être par ne peuvent rompre le jeûne Dalurel, comme manière de salive : c'est que, dans ces occa- l'or, une balle de plomb, des osselets extrê. sions, on ne peut dire qu'un homme ait mement durs, parce que rien de tout cela mangé ou bu. Ce serail auire chose s'il allait u'est capable ni d'être digéré, ni de nourrir jusqu'à avaler, car alors la plus petite quan. on aucun sens. Mais ils raisonnent différeniile romprail son jeûne. Ainsi, quoiqu'on ail ment de la craie, du charbon, de la terre, elc., de la peine à entrer dans un détail qui de- parce qu'il s'y trouve un peu d'humeur nuvient oiseux à force de devenir mince, je ne iritive et que cela se peul digérer. crois pas, avec Quarti et Diana, qu'un homme « 7. Il y a un nouvel enbarras à décider, qui avale volontairement quelques grains si le tabac en poudre, l'eau de la Reine de d'anis qui lui élaient restés dans la bouche Hongrii, et autres drogues pareilles qui se garde le jeûne rigoureux que l'Eglise pres - prennent par le nez, rompent le jeûne eucril pour la communion. Ce n'est point du charistique. Pontas le vie du tabac, d'après tout là ce qu'on appelle trajectio per moduin Paul Zacchias (7), célèbre médecin de Rome. salive; c'est une manducation très-libre. D'autres le nient de l'eau de la Reine de Hon

a 3. On ne doit pas non plus s'inquiéter de gie. Leur principe est que rien n'est aliec qui ne passe dans l'estomac que par ma- ment, breuvage ou médicament, que ce qui nière de respiration, comme la poussière, la se prend par la bouche. pluie, un moucheron. J'y ajoulerai, contre « Mais il me semble que ces décisions ont l'onlas (3), la fumée du labac. Autrement un besoin d'explication; el d'abord je ne puis homme qui voyage avec des fumeurs de pro- croire que celui qui avalerail volontairefession, et qui en avale toujours peu ou ment du sang qui lui découle du cerveau ne

(1) Si quis non est jejunus post mediam noclem, etiam per sumptionem aquæ, vel alterius polus aut cibi, per modum etiam medicine, et in quantunicumque parsa quantitate, non potest communicare, nec celebrare. Rubric. part. til. 9.

(2) Si lavando os, deglutialur stilla aquæ præler ultentionem, non impedilur communio. Rubrica, ibid. n. 3.

(3) Pontas, v. Messe, cas 0.

(4) Salmanticenses, Tral. iv, cap. 7, n. 71.

(5) Nec refert utrum aliquid bujusmodi nutriat, vel von nutriai, aut per se, aut cum aliis, dummodo sumatur per modum cibi vel polus. S. Thomas, 3 p. 9. 80, art. 8. Ces dernières paroles, Dummodo sumisiur, etc., fournissent ad 4 unie parlie de la répouse.

(6) Habert, de Euchar, cap. 20 q. 2.

(7) Pontas, ibid.: Zacchias, loin. II Quæstionuin medico-legalium.

rompii pos le jeune naturel. Quoil de l'aven gles de conduite. Au fond, l'abus, de ce côté dr. Quarli, un homme qui suce el avale trois là, est poussé aussi loin qu'il peut aller, lo va qualre goulles du sang qui lui sort du tabac devient, dans le temple du Seigneur, doigt ne peut communier, et celui qui en on lien de politesse, de galanterie même. avale dix fois davantage le pourra, parce que Esl-ce pour cela qu'on se rend à la maison ce sang ne vient pas du dehors ? A ce comple, de prière ? un homme qui se mangerait une partie de la a 8. A l'égard du tabac machicatoire, qualangue serait censé à jeun. J'ai peine à le tre théologiens que je cile dans les notes (4) concevoir.

en croient l'usage contraire au jeûne nalu« A l'égard des eaux qui se prennent par rel. La raison qu'ils en rendent, c'est qu'il le nez, ce qu'il en pourrait passer dans l'es

n'est guère possible que plusieurs des parlies tomac n'y va que par manière de salive.

l's plus succulenles ne passent dans l'esloAinsi on peut se tranquilliser en ce cas, à mac, ou qu'au moins il y a loujours à crainmoins qu'il n'y eût quelque chose de volon

dre que cela ne soit ainsi : ce qui, en morale, laire.

doit susfire pour arrêter. On dira peut-êlru « Pour ce qui est du tabac, dont la mode, qu'elles n'y passent que par manière de sacomme bien d'autres, est aussi suivie qu'elle live. Mais, réplique-t-on, si pour adoucir est incommode, on rejetle si vile lout ce qui une inflammation vous aviez mis dans votre en va jusqu'au gosier, qu'il ne porait pas bouche un morceau de sucre qui malgré qu'on doive avoir d'inquiétude là-dessus. vous eût passé en partie avec la salive, oscCependant Sylvius (1) croit que s'il passait riez-vous communicr? 11 n'y a pas d'appila jusqu'à l'estomac, fül-il vomi sur-le-champ, rence. Pourquoi donc le faire dans un cas il nuirait au jeûne, parce que, dit-il, c'est

dont la différence n'est pas assez marqués une sorte de médicament, quoiqu'il fasse du pour rassurer parfaitement? mal à beaucoup de monde et du bien à très

« Je ne sais si ces sortes de choses ne dépeu. Sur ce principe, auquel l'autorité de ce

pendent point de la constitution des organes, lui qui l'avance donne du poids, il serait à ou de la vigilince sur soi-même. Sans doule craindre que ceux qui se couchent tard et qu'il y a des personnes moralement sûres de qui prennent du tabac jusqu'à ce qu'ils se ne rien avaler : si cela est, il n'y a rien à mellent au lit, et quelquefois après, ne don- craindre pour elles. J'en dis autant de celles à nent atteinte au rigide précepte que nous qui, dans celle occasion, il n'arrive rien de plus examinons, quand ils savent par expérience que, lorsqu'après s'être rincé la bouche, elles que le tabac passe aisément chez eux.

avalent quelques gouttes d'eau sans le vou « Cependant je vois deux choses : l'une, loir. C'est sur ce fondement que Pontas (5) que ceux même qui craignent Diru se font décide , en général, que les feuilles de tabac ordinairement très-peu de scrupule au snjet dont on use en machicatoire ne rompent pas du tabac; l'autre, que la raison de Sylvius le jeûne nalurel, non plus que celui qui se n'est pas péremploire. Que le labac soit un prend en poudre. Nous avouons néanmoins, médicament, je le veux; mais au moins est- continue cel auleur, qu'un prélre qui prenil sûr qu'il n'est pas de la nature de ceux drait du labac de cette manière, sous prélerle qui se mangent et qui se boivent. Or cela, de se purger le cerveau par l'évacuation des joint à la pratique, parait suffisant pour eaux , seruit Irès-blamable; et une telle indéiranquilliser. Après tout, il n'est pas diflicile cence serait plus pardonnable d un soldat de parer aux inconvénients : on peut s'abs- qu'à un ecclésiastique qui va recevoir le corps lenir de tabac une heure avant que de se et le sang de Jésus-Christ. Ce docteur eûl apcoucher; il serait même à souhaiter qu'on paremment excepté le cas de ces besoins s'en passat avant la messe. Deux conciles, réels qui bapnissent l'indécence. Il y a des tenus l'on à Lima et l'autre à Mexico, el qui gens que la pituile élouse et qui ne peuvent lous deux ont été approuvés à Rome, l'ont dire la messe de bonne heure. Mgr Gousset Irès-sévèremeol désendu (2). Urbain Villen croit, avec plusieurs auteurs, qu'il y a péché a prohibé tout usage dans les églises du dio- véniel à mâcher du tabac sans nécessité cèse de Séville, et cela sous peine d'excoin- avant la communion. mupicalion (3). Si ces ordonnances ne font « 9. Avant que de pa. ser outre, nous pas loi pour nous, elles peuvent faire des rè- croyons devoir observer, en peu de mols,

(1) Si os intret tabacum et deglutiatur, communionem impedit; quia est medicina, licel multis noceal, ele. Sylvius ad q. 80, art. 8.

(2) Ob reverentiam, quæ eucharistiæ percipiendze exhibenda est, percipitur, ne ullus sacerdos anie com munionem, quidquam tabaci picielive, aut similium, medicamenti causa, per modum sumalis evaporationis, aut alio quovis modo percipiat. Concil. Mexican. an. 1585. Romee approbal, an. 1589, lib. III, tit. 15, § 13; Lab, tom. xv, pag. 1291; Liwesise III act. 3,

(3) Urbanus VIII, bulla 161, die 3 januar. 1641, tom.sv, bullar. p. 227. Le P. Alexandre, Sarnel, évèque, et Hurtado souhaitaient et croyaient même nécessaire que les évèques défendissent aux prélres et

aux fidèles de prendre ou de mâcher du tabac avang de dire la messe, ou d'y communier. Quelques-uns même voulaient que cela fût défendu sous peine de censure : le sage Benoit XIV, quoiqu'il ne prit point de tabac, pensait bien différemment; ce qui est udicus dans un temps, quand il n'est presque pratiqué que par des soldats, ne choque plus dans un autre, où l'u. sage des plus gens de bien l'autorise. C'est la réllexioit de ce pontite dans son traité de Synodo Diæc., l. vii,

4) Van-Roy, lom. II, p. 254 ; Ethica amoris, pag. 75; Henno, p. 251 ; Paulus a Lugduno Capucinus, lom. vi, pag. 232.

(5) Pontas, v. Mcsse, cas 6.

cap. 63.

c. 24.

1' que le jeûne naturel peut être rompu par pendant que minuit sonne, ou quelques miune action forcée et involontaire; car, quoi- nules après. Ces questions primitives en que l'Eglise n'ait pas dû interdire la commu- amèneront souvent d'autres. Celle qu'on nion à ceux qui, malgré qu'ils en aient, ava- vient de proposer a deux parties; discutonslent quelques-uns de ces petits corps qui na- les l'une après l'autre. gent dans l'air el qui le suivent nalurelle

. Pour cominencer par la première, j'ament parlout où il entre, comme un focon

vourrai d'abord que je sus exirêmement sur. de neige, une petite paille, un moucheron, pris, pour ne pas dire scandalisé, de voir un elle a pu défendre ce qui ne vient pas de homme aussi célèbre que le fut M. Gibert, lair, wais d'une cause loule différente. Aussi décider nellement et sans délour (2) que ne dira-t-on jamais qu'un homme soit à jeun,

ceux qui vont à la communion apris avoir parce qu'il a pris un bouillon malgré lui. Si mangé quelque dragée ou pomme, noisette ou cela étail, une personne à qui on aurait en

autre petite bagatelle, ne pèchent pas mortellonné une bouteille de vin pourrait commu- lement. Cette idée, abstraction faile de la nier : ce qui révolle. Ainsi pense le cardinal bonne foi, et par conséquent d'une ignode Lugo (1); et Henri de Saint-Ignace aurait rance invincible, qu'on ne peut guère supbien fait de penser comme lui.

poser, eu égard aux instructions sans nom« 2. Que ceux qui avant que de se coucher

bre qui se font sur celle matière ; celle idée, melleni dans leur bouche du sucre, de la ré- dis-je, est absolument insoutenable. El 1° il glisse, ou quelque autre chose qui peu à peu

faut tomber d'accord qu'elle heurle de front se fond et se résout par la chaleur naturelle,

le commun sentiment des fidèles. Tous, dil le ne peuvent communier le lendemain, s'ils ne

savant Sylvius, sont persuadés que quelque sout moralement sûrs qu'il n'en a rien passé peu de chose qu'ils aient pris, ne fût-ce que depuis minuit. Ce qui serait entré dans l'es

par inadvertance, ils ne peuvent sans crime tomac depuis ce temps-là ne serait pas un

s'approcher de la sainte lable. Or, celle perde ces restes de nourriture, qui se cachent suasion intime ne peut être un simple présans qu'on en soil maitre : ce serait olie

jugé, puisqu'elle nait de l'instruction, aussi vraie partie d'un aliment proprement dit, constante qu'unanime, des pasieurs du prequi se prend à mesure qu'il se dissout dans

mier et du second ordre. la bouche. Aussi n'y a-t-il guère qu'une voix

« 2• Il est de principe, et nous le répéle. sur cel arlicle. Diana el Quarti se sont ré

rons plus d'une fois, qu'on ne menace point criés contre le sentiment opposé.

pour une faute légère des plus rigoureuses « 3. Qu'il est à souhaiter que ceux qui se peines de l'Eglise, telles que sont la suspense disposent à la communion du lendemain sou

indélinie, l’excommunication majeure et la pent plus sobrement qu'à l'ordinaire, s'ils déposition. Or c'est de ces peines terribles n'ont pas la force ou le courage de pousser que l'Eglise dans ses conciles a menacé, el la mortification jusqu'au jeûne, ce qui serait

peut-êire frappé en partie ceux qui oseraient plus difficile à un prêtre qui célèbre souvent. célébrer après avoir mangé ou bu, en quelAu resle, c'est une erreur de croire que pour que petite quantité qu'ils l'eussent fait (3). communier il faille avoir dormi depuis le Èl ici vous n'avez ni conciles à opposer à dernier repas, ou avoir fail digestion. Si d'autres, ni usages à contrebalancer par des quelque chose, dans ces occasions, devait

Usages différenis, ni distinction établie, inlaire différer l'action sainie qu'on voulait sinuée même entre le ministre de l'aulel et faire, ce serait une pesanteur de têle et d'es

le simple fidèle. Ce qui s'est dit de l'un, quant pril, qui ne s'allieni pas bien avec la ferveur

à la substance du préceple, s'est toujours que demande l'Eucharistie.

enlendu de l'aulre ; et le casuiste à qui lot a Il nous faul maintenant entrer dans un

était probable, n'a pas pensé autrement que long et pénible examen de plusieurs difficul. le théologien exact(*). Donc. lés qui se présentent tous les jours sur le

a 3. Quoiqu'une chose légère en elle-même sujet que nous Irailons.

ne puisse être précisément, comme lelle, la « 10. La première est de savoir si la trans- matière d'une loi qui oblige sub gravi , elle gression de la loi du jeûne nalurel peul n'ê. le peut néanmoins à raison de la fin que se Tre que vénielle, soit à raison de la légèreté propose le législateur, de la signification de la malière, comme si une personne mystérieuse qu'il a eue en vue et des autres ne mangeait avant la communion qu'une circonstances. C'est très-peu de chose en sui amande, soit à raison de la brièvelé du qu'une ou deux goulles d'eau mêlées avec le temps, comme si on buvait un verre d'eau vin pour la consécration : mais le mystère

(1) Lugo, disp. 15, n. 35. (2) Giber!, Consultal. sur l’Eucharistie, consult. 14, pag. 131.

() Si quis presbyter post boc edictum nostrum in hac vesania fuerit deprehensus, id est, ut non jejunus, sed QUOCUMQUE JAM CIBO PERCEPTO oblationem consecraverit, continuo ab officio suo privatus, a proprio deponatur episcopo. Concil

. Braccar., 111. 'an. 572, con. 10. Nullus post cibi potusve QUENLIBET MIMIMUM SUMPTUM, missas facere presumat omnino. Si quis hæc lentare prælimpserit, excommunicationis sententiam sustinebit. Concil. Tolel. Vni, an. 646,

can. 2. Prohibemus sub pena suspensiovis, ne ullus post cibum polumque MINIMUM sumptum, audeat celebrare. Concil. Nemausense supra. Or, M. Gibert expliquant, p. 137, le deuxième canon du concile de Tolède lenu en 646, raisonne du simple fidèle comme du prélre, et du préire comme du simple fidèle. Donc,

(1) Censeo cum Suario et Diana contrariam sententiam non esse practice probabilem. Quarti, p. 3, tit. 9, sect. 1, dub. 1. Voyez Suarez, disp. 68, seci. 4 ; Lugo, disp. 15, n. 22; Sylvius, 3, p. 9. 80, a. 8, p. 348; le P. Alexandre, Theolog. dogmat., lib. u, art. 2, p. 411; in fol. elc.

que ce mélange signifie, est aux yeux de l'E- des aliments; parce qu'il est de droit divin, glise quelque chose de si grand, qu'on ne sans aucune exception, et que l'autre n'est peut y manquer sans péché mortel. C'est en

que de droi! ecclésiastique, qui a eu aulrcrore assez peu de chose qu'un verre de vin fois une exceplion pour le jeudi saint, comme pris au cabaret par un ecclésiastique in sa- nous l'avons dit ci-dessus. Or il est certain cris; et cependant le plus grand nombre des qu'on ne pèche que véniellement, lorsqu'aévêques l'ont défendu, et très-justement dé- vant la communion on n'a violé le jeûne fendu, sous peine de censure, à cause des spirituel qu'eo matière légère. Donc par la conséquences. Or ces deux motifs, je veux raison des semblablas, etc. dire celui de la fin, et celui de la significa- « Mais qui ne voit que la première de ces lion, se trouvent ici. D'un côlé on a voulu trois propositions est absolument fausse dans prévenir jusqu'à l'ombre du scandale, qu'aule sens de l'auteur? parce que l'Eglise, en raient insensiblement donné des gens, qui verlu de l'autorité que Dieu lui en a donnée, en fait de boisson complent peu pour rien, peut faire des lois qui obligent sous des peiet beaucoup pour peu (1). De l'autre, on a

nes plus grièves que plusieurs lois de Dieu voulu apprendre aux fidèles que Jésus- meme. Que répondraii M. Gibert, si on lui Christ est leur principal alimeni, et qu'ils disait en raisonnant sur ses principes : Le doivent avant toutes choses chercher celle jeûne spirituel est plus nécessaire à la célénourriture céleste, qui donne la vie, et la bralion du sacrifice que les ornements sadonne avec abondance (2). Concluons donc cerdotaux, puisqu'il est de droit divin, et que sans hésiter, qu'en fait de jeûne naturel, il ceux-ci n'en sont pas ? Donc il n'y a point, n'y a point de légèreté de malière, et qu’uu ou il n'y a que peu de péché à célébrer sans évêque sage eat raison de condamner à trois

ornements sacerdotaux. El encore en le ser. mois de relraite un homme qui, dans ce cas, rant de plus près : Le jeûne spirituel est plus arait abusé de la maxime: Parum pro nihilo nécessaire à la communion que le jeûne mareputatur.

tériel. Or il n'y a point de loi qui défende de « J'ajoute qu'il n'y en a point non plus du célébrer à un prêtre qui n'a qu'un ou deux côté du temps. C'est encore le sentiment péchés vénie's sur sa conscience; donc il n'y commun des fidèles, qui n'aiment même pas en a point qui le défende à un prêtre qui à entendre dispuler contre. D'ailleurs, pour n'aura bu qu'un ou deux coups de vin. Jo peu qu'on se donnåt la liberté de franchir la laisse à lirer de plus fåcheuses conséquences règle, bientôt on ne garderait plus de me- à ceux qui se sont accoutumés à croire que sure : c'est de quoi l'expérience répond. De- le liquide et le jeûne ne vont pas mal enpuis qu'on a commencé à mellre cet article

semble. en question, les uns ont élendu la liberté de

« La seconde des raisons de M. Gibert, manger jusqu'au dernier coup de minuir, d'autres jusqu'au temps d'un Ave, Maria;

c'est qu'il n'y a point d'autorités assez ex

presses pour établir le rigoureux sentiment quelques-uns à an demi-quart d'heure; d'au

que nous avons embrassé. Mais ce savant tres plus bardis, à loul espace au-dessous d'une heure. Et qui doute qu'à force d'opi- la coutame et le jugement du monde entier

homme se trompe en ce point (3). D'ailleurs ner, on n'eût bientôt élé plus loin ? La probabilité féconde en conséquences ne s'arrête

pe suffiraient-ils pas pour l'établir? pas aisément, quand une fois elle est en « Enfin il argumente par comparaison du train.

jeûne à la simonie, et il prélend que puisque « Mais, nous dira-t-on peut-être, un hom- celle-ci pent n'être que vénielle, à cause de me de la trempe de feu M. Gibert, homme la légèreté de la matière, il en doit être de qui ne fut jamais susp'ct de relâchement, ne

même de celui-là. Mais nous ne lui passerons, s'est pas roidi contre la mullilude sans de ni le principe dont nous avons prouvé la bonnes raisons. Je conviens que c'est la pre

fausseié dans un autre ouvrage (4), ni la mière pensée qui se présente à l'esprit : conséquence qui ne peut être juste dans des mais il s'en présente en même temps une

matières aussi disparates. autre; c'est qu'il est difficile que l'univers « 12. La seconde question que l'on proentier ait sans de bonnes raisons adopté un pose ici regarde la manière de se conduire, sentiment contraire à l'opinion de ce cano- quand on doute si on n'a rien pris depuis niste. Quelque habile que soit un homme, le minuit. A cela la plus juste réponse est que préjugé n'est pas pour lui, quand il est lui- si l'on ne peut prudemment déposer son doumême contre le reste des hommes. Mais en- te, il faut s'abstenir de célébrer; à moins fin examinons au moins quelques-unes de qu'on ne fût dans quelqu'un des cas dont ses raisons.

nous allons parler tout à l'heure. La raison « 11 La première est que le jeûne spiri- en est, que dans un vrai doute si telle ou tuel, qui consiste dans l'abstinence du péché, tella action n'est pas défendue, il faut prenest plus nécessaire à la communion que le dre le parti qui expose le moins, ou plutôt jeûne matériel qui consiste dans l'abstinence qui soustrait à tout danger. C'est une maxime

(1) On le voit, par ces paroles du sisième canon (3) Voyez les canons cités n. 22, et remarquez du concile de Mâcou, tenu en 1585*, et qui appa- encore une fois que Gibert fait la loi égale pour le rernment n'ont pas été dites à propos de rien : 1 De- prêtre et pour le peuple. cernimus ul nullus presbyter confertus cibo, aut cra. (4) Continuat. Tournely, tom. 11; Tract. de Simo pulatus vino, missas concelebrare præsuinal, 1

nia, cap. 3, in-8. (2) Vid. S. Thomam, hic, q. 80, art. 8.

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contre laquelle les fausses subtilités ne pré- du droit : Quod ob graliam alicujus concedi. vaudront jamais.

tur, non est in ejus dispendium retorquendum. a Quand il y a dans un lieu plusieurs hor- a 14. Le second cas est celui où un prêtre loges qui ne s'accordent pas, il est de l'or- ne peut achever à jeun le sacrifice qu'il a dre de s'en tenir à celle qui passe pour aller commencé. Cela arrive, 1° quand il ne s'apermieux. Il n'en est pas moins vrai devant çoit que lui ou le diacre qui le sert a mis Dieu qu'il est déjà minuii, parce que volre

dans le calice de l'eau pour du vin qu'après horloge ne sonne minuit que dans un quart en avoir goûlé dans le lemps de la commud'heure. Dès que le premier coup soone, il nion : el alors il ne doit ni en prendre davao. n'est plus permis de manger, pas même d'a- lage, dès qu'il a connu sa méprise, ni rejevaler le morceau que vous auriez dans la ter ce qu'il a dans la bouche, de peur qu'il bouche. Au reste un homme sage ne s'expose ne rejeite en même temps quelque particule poiol à toules ces discussions; et elles ne de la sainte Hostie; 2° quand, après la conlui serviront tout au plus que dans les voya- sécralion d'une des espèces ou de toules les ges. Si à l'inspection des étoiles un astio- deux, il se souvient qu'il n'est pas à jeun: nome, qui a connait le cours, jugeail que eûl-il commencé la messe de mauvaise loi, il les horloges soplen défaut, il pourrait lais- faudrait la continuer, après s'être profondéser celles-ci et se régler sur celles-là.

ment humilié devant Dieu. « La dernière question, mais qui se par- « 15. Mais que faire, quand on se rappelle lage en plusieurs branches, est de savoir en avant la consécration qu'on a pris quelque quel cas on peut célébrer sans être à jeun. chose le matin? Précisément lout ce que Car qu'on le puisse en certaines occasions, nous avons marqué pour le cas où l'on sc c'est ce dont l'autorité du concile de Cons. rappelle qu'on a encouru quelque censure lance ne permet pas de douler (1).

ecclésiastique (Voy. COMMUNION ), c'est-àall y a de ces cas sur lesquels ioul le monde dire se retirer, si on le peul sans scandale ; rsi d'accord, d'autres sur lesquels on est par el continuer, si on ne le peut pas. C'est la détagé. Nous allons les parcourir l'un après cision du docteur Angélique (2). Mais quoil'autre, et en dire notre sentiment sans pré- qu'elle soit plus praticable en fait de jeune judice de celui de nos mailrcs. Ils saveni de rompu qu'en fait de censure encourue, parce luul lemps le profond respect que nous avons que l'aveu du premier ne déshonore pas ce pour eux.

que fait l'aveu de l'autre, nous estimons
« 13. Le premier cas est celui où l'on re qu'elle ne peut servir qu'à un prêtre dont la
peut empêcher la profanation du sacrement, réputation est bien établic, el qui est aimé de
si on ne le prend au moment même, quoi - ceux devant qui il célèbre. Tout autre s'ex-
qu'on ait déjà mangé. Un juif, un magicien, poserait au murmure el souvent à la ca-
un calviniste fo:cené s'avance pour outra- lompie (3).
ger la sainte Hostie, la j ler au feu, la faire a 16. Ši le prélre, après avoir pris les ablu-
servir à des opérations damnables; i: a's a lions, aperçoit sur le co poral ou ailleurs
ni prélre, ni laïque à jeun, qui puisse parer quelques particules, granides ou peliles,
le coup: tout homme, s'il ne peut aulrement d'une ou de plusieurs hosties qu'il a consa-
soustraire le corps du Sauveur aux insultes crées, il doit les prendre, quoiqu'il ne soit
qu'on veut lui faire, peut après diné, comme plus à jeun, parce qu'elles appartiennent au
auparavant, le toucher, s'en communier soi- même sacrifice (4). Il péchera s'il y manque,
même, et le consominer. Il eu serail de même et son péché irail au mortel s'il en résuitait
si, dans un lieu écarté, ou dans un pays in- quelque profanation de ces mêmes particu-
lidèle, un prêtre, après la consécration des les : ce qui peut arriver en bien des occa-
espèces, tombait en défaillance, de manière sions, el surtout quand on célèbre sur ou au-
i de pouvoir achever le sacrilice, et qu'il y lel où il n'y a point de lalernacle, el sur
eût, faute de ministre capable de suppléer, lequel on ne célébrera de longtemps. S'il
un danger réel que les espèces ne se cor- resiait une boslie tout entière, la rubrique
rompissent, etc. Le motif de celle décision, veut ou qu'on la melle dans le ciboire, ou
aussi solide qu'il est couri, c'est que la loi qu'on la laisse au prélre qui doit célébrer
du jeûne n'a été établie que par respeel pour après. Que si on ne peut faire ni l'un ni
le sacrement de nos aulels : or le bon sens l'autre, il faut la conserver déceminent dans
veul que ce qui n'a été introduit que pour le calice ou sur la palène. Mais si ce dernier
procurer du respect, oc subsiste pas, quand parli n'avail pas lieu, comme il arrive aisé-
il produirait un effet tout contraire. Ou peul ment dans de polites chapelles, le célébrant
en quelque sorle appliquer ici celle maxiure devrait la preudre (3). Voy. ABLUTION.

(1) Sacrorum Canonum auctoritas laulabilis, et (5) Règle générale, il faut continuer.
« approbata consuetudo Ecclesiæ servavit el serval (4) Si sacerdos deprehendat post sumptionein
« quod bujusmodi Sacramentum non debeat confici corporis et sanguinis, aut etiam post ablutionem,
I post cænam, et a Fidelibus recipi non jejunis, nisi reliquias aliquas consecratas; eas sumat, sive parvie

in casu inlirmitatis, aut alterius necessitatis, a jore sint, sive magnæ, quia ad idein sacrificium spectant.
• vel ab Ecclesia concesso, vel admisso. » Concil. Rubrica, 3 p. tit. 7. n. 2.
Const. an. 1415, sess. 15.

(5) Si vero relicla sit hostia integra consecrata, (2) Tulius reputarem, maxime in casu manduca- eam in Tabernaculo cum aliis reponat : si hoc fieri livnis el excorumunicationis, quod Missam inca planu sequis, sequenti Sacerdoti ibi celebraturo, in altari desereret, nisi grave scandaluin limerelur. S. Thom., supra corporale decenter operlami, sumendam una $. 87, art. 6, ad 2.

cuin altera quaru es! cunscraturus, relinquat, vel si

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