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défense nationale et inspirées à l'évêque par sa haute, surnaturelle conception de la charge pastorale, en même temps que du devoir patriotique, et aussi par ce qu'il y avait en lui de dons si remarquables, d'intelligence pour envisager la situation si difficultueuse et émouvante soit-elle, de maîtrise et d'activité pour s'employer à en résoudre dans la mesure possible les problèmes douloureux : dispositions à prendre, secours à assurer, consolations à répandre, courages à soutenir, vérité et morale à enseigner ou à rappeler, autant d'objets de sa sollicitude, de sa vigilance et de son zèle.

Et ce furent alors : la lettre prescrivant une quête pour les blessés de l'armée française; puis, à la suite des revers répétés, celle du 14 septembre ordonnant de nouvelles et plus ardentes prières; puis, trois autres, aux communautés religieuses du diocèse, aux supérieurs des séminaires, à tout le clergé : « La patrie est en danger, débutait-il dans celle-ci. Il y va du salut de la France menacée d’un démembrement ignominieux. Au nom de la religion et de la patrie, je fais le plus pressant appel au dévouement de tous mes diocésains. »

Il s'agissait alors, d'une part, de recommander la souscription à l'emprunt départemental; de l'autre, de prendre, ainsi qu'il lui appartenait de le faire, les mesures relatives à la participation des séminaristes à la défense de la patrie, soit à titre d'infirmiers s'ils étaient déjà dans les rangs de la cléricature, soit pour les autres par des engagements volontaires dans des corps de troupes.

Puis, c'était le concours à apporter par les paroisses et par les familles à l'organisation et à l'équipement du corps de volontaires commandé par M. de Cathelineau.

Dix jours après — la fin de novembre approchait, et en même temps l'hiver qui allait être si rigoureux l'établissement à Angers de fourneaux économiques pour y secourir de grandes détresses, conséquences de la guerre.

Avant même que le mois s'achève une nouvelle lettre, de

ce fut

la plus haute gravité, sur l'invasion des états pontificaux. Communiquant au diocèse la protestation du Souverain Pontife, l'évêque y joignait la sienne, ardente et filiale envers l'Eglise et le Saint-Père, doctrinale pour son peuple à qui il exposait le caractère sacré des principes méconnus et du droit violé.

Bientôt après, le 8 décembre, c'est une autre lettre pour ordonner une quête en faveur de nos malheureux soldats prisonniers en Allemagne; et c'est ensuite celle destinée fonder l'oeuvre d'assistance aux orphelins de la guerre.

Puis, le 10 février, douze jours après l'armistice préparatoire au douloureux traité de Francfort si glorieusement annulé maintenant, cette lettre pastorale dont « c'est, dit-il avec un sentiment de profonde tristesse que nous écrivons le titre » : Sur les causes morales de nos désastres.

Tristesse qui certes n'abattait pas son courage. N'était-ce pas du surlendemain qu'il devait dater cette lettre, restée célèbre, qu'avec tant de dignité et de fermeté il adressait au roi de Prusse relativement à la cession alors éventuelle de l'Alsace?

Mais c'est anticiper de quelques mois sur le cinquantenaire de ces jours terribles que d'en rappeler les événements à travers lesquels se déploya, d'une façon dont ses lettres ne sont que le reflet, le zèle pastoral et patriotique de Mgr Freppel.

Et en ce 18 avril où sont écrites ces lignes, c'est le souvenir de son sacre et de tout le passé d'alors de sa vie en pleine force et déjà bien remplie qu'il convient plutôt d'évoquer.

L'occasion prochaine de l'anniversaire de son entrée solennelle à Angers, nous sera, s'il plaît à Dieu, celle de considérer les æuvres multiples de sa carrière épiscopale dont aujourd'hui nous rappelle le début.

Dans ces lignes, qui ne sauraient prétendre à devenir une étude documentée, ce sera seulement sur les années antérieures que nous jetterons un regard, sur la personne et la vic de celui qui, en ce jour, il y a cinquante ans, recevait en devenant évêque d'Angers la plénitude du sacerdoce.

Il faut le dire: les vingt-et-une années qu'il occupa le siège de notre ville et durant lesquelles la vie parlementaire, ses luttes ardentes et la valeur, la compétence, le courage dont il y fit preuve ajoutèrent au renom dont il était en même temps l'objet à titre de dignitaire de l'Église, d'orateur dans la chaire, de pasteur au jugement remarquablement éclairé et à l'activité surprenante, -ces vingt-et-une années

ont mis un peu dans l'ombre, comme il convient d'ailleurs, les vingt-et-une autres de sa vie de prêtre. Et, surtout maintenant que le temps a passé, beaucoup qui se rappellent ou se représentent en lui l'évêque d'Angers, et quelques-uns plutôt l'évêque député, ne savent guère - pour ne pas dire point

ce qu'avant d'être l'un et l'autre était l'abbé Freppel.

Et c'est là précisément, et seulement, ce dont ces quelques pages ont pour but de donner une simple esquisse que ce cinquantenaire à semblé être l'occasion de tracer... ou du moins de l'essayer.

L'origine alsacienne de Mgr Freppel n'est plus à rappeler. En 1871, il s'en fit lui-même un titre pour plaider dans la douleur, et en des accents de quelle dignité et de quelle éloquence ! la cause de l'Alsace près du Vainqueur qui fut irréductible dans ses prétentions dictées par l'orgueil.

Son titre d'Alsacien qu'au lendemain des désastres il avait proclamé, l'heure de la revanche que, quarante-sept ans après, il nous fut donné, à nous, de voir si glorieuse, devait nous le remémorer, s'il en était besoin.

Au cours de l'effroyable guerre 1914-1918 n'évoqua-t-on pas à maintes reprises le souvenir du grand évêque patriote, enfant de l'Alsace, qui maintenant peut recevoir son cour dont il lui fit, par testament, le legs « pour le jour où elle serait redevenue française » ?

Il y reposera sans doute quand à Obernai on pourra dans quelques années célébrer le centenaire de sa naissance.

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Charles-Émile Freppel y vint au monde le 1er juin 1827.

A 17 ans, étant bachelier, il entre au grand séminaire de Strasbourg et, en 1849 il est ordonné prêtre.

C'était juste vingt ans plus tard qu'en qualité de Consulteur pour les travaux préparatoires au concile du Vatican Pe IX devait l'appeler à Rome, d'où il revint quelques mois après avec la crosse et la mitre.

De ces vingt années de sa vie, il ne peut être donné dans ces lignes qu’un bref aperçu. Néanmoins nous essayerons de l’y montrer dans les différentes charges et missions qui lui furent confiées, et aussi dans les honneurs et avec les distinctions dont fut l'objet son sacerdoce — car c'est ainsi, à titre d'hommage, rendu en sa personne au Christ lui-même dont il est le représentant, qu’un prêtre accepte les honneurs et les distinctions.

A peine diacre, l'abbé Freppel avait déjà professé l'histoire au petit séminaire de Strasbourg et, en 1850, l’année même qui suivit son ordination, Mgr Sibour l'appelait à Paris dans l'intention de lui confier le cours de philosophie de l'école des Carmes.

Qu'un si jeune prêtre fût demandé en si haut lieu, qu'à une telle distance et, qui plus est, de Paris, un archevêque jetât les yeux sur lui, cela ne donne-t-il pas à penser que des

à dons remarquables, naturels et surnaturels, et déjà développés, en aient inspiré le geste?

Cependant l'abbé Freppel resta à Strasbourg où son évêque, voyant sans doute en lui un instrument de choix dont il ne voulait pas se priver, le mit à la tête du collège de Saint-Arbogaste

Aussi sera-ce toujours avec une grande compétence que l'abbé, et par la suite Mgr Freppel, parlera de l'enseignement à tous les degrés, de la nécessité de lui donner un caractère religieux; qu'il proclamera, revendiquera, défendra les droits de la religion et des catholiques à cet égard, comme maintes fois dans l'avenir il eut à le faire; qu'avec un juge

ment développé par l'expérience, de grandes qualités d’organisateur sachant allier la prudence à l'esprit d'initiative, il étendra et assurera dans une large mesure l'exercice de ces droits.

Plus tard, quand, se rendant avec une promptitude étonnante d'une extrémité à l'autre de son diocèse, il y présidait en l'espace de quelques jours les distributions de prix de tous ses petits séminaires et collèges disséminés en nombre : Mongazon, Combrée, Beaupréau, l'Externat Saint-Maurille, Baugé, Saint-Louis de Saumur, Saint-Julien, pour lesquels je viens de voir de lui vingt-cinq à trente discours sur des sujets qu'il savait varier et traiter avec talent pour en dégager les leçons, il dut parfois avoir des réminiscences de Saint-Arbogaste de Strasbourg qu'il avait dirigé lui-même.

Et déjà, quand, l'ayant quitté depuis quinze ans pour devenir à Paris chapelain de Sainte-Geneviève, il était (sur le point de devenir doyen de ce chapitre) appelé à présider la distibution des prix du collège Stanislas, ne devait-il pas

là aussi se souvenir du temps où il avait débuté dans le ministère par la tâche d'éducateur ?

La Providence lui réservait un champ d'action moins circonscrit, si beau et déjà vaste et occupant soit-il, qu'un collège et Saint-Arbogaste ne le garda pas longtemps.

C'est dès 1852 qu'il devient chapelain de Sainte-Geneviève et trois ans après, le 10 décembre 1855, il ouvre par un remarquable, un magistral discours sur l'histoire de l'éloquence sacrée le cours qu'il est chargé d'en faire à la Sorbonne, où l'avaient précédé Mgr Dupanloup, devenu évêque d'Orléans et Mgr Cour, devenu évêque de Troyes, dont il rappelle délicatement le souvenir.

Les pages qui forment ce discours sont dignes de ce qu'elles célèbrent et d'aucuns qu'effrayeraient peut-être de prime abord l'élévation du sujet et, suivant l'abbé Freppel mê ne, « la richesse et l'ampleur des matières qu'il est appelé à traiter » et aussi l'érudition qu'il exige, sinon de

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