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quelque chose, «lui ayant déjà été souvent proposée, » je la proposois encore moi-même par cet écrit, à condition d'en éloigner toutes manières contentieuses, et au péril d'être déclaré ennemi de la paix, si elle n'étoit de ma part amiable et respectueuse. » Sur ce qu'il faisoit semblant de craindre ma vivacité, comme il l'appeloit, je lui alléguois l'expérience, non-seulement de mes conférences « avec les ministres, mais encore de celles que nous avions eues quelquefois ensemble à cette occasion, sans que j'y eusse élevé la voix d'un demi-ton seulement !: »

3. S'il y avoit quelques expédients à trouver, il ne pouvoit naitre que de pareilles conférences : mais j'espérois autre chose; j'espérois, dis-je, de la force de la vérité, et d'une entière connoissance des manières de M. de Cambray, que je le ramenerois aux principes, Dieu par ma voix, « clairement, amiablement, je l'osois dire, certainement et sans réplique; en très-peu de conférences, en une seule peut être, et peut-être en moins de deux heures.

4. Tout ce qu'objectoit M. de Cambray, c'est que je m'étois engagé à répondre par écrit à vingt demandes; ce que je trouvai ensuite à propos de différer, à cause, disois-je, « des équivoques

છે de ces vingt demandes qu'on seroit longtemps à démêler, et à cause du temps trop long qu'il faudroit donner à écrire les résutations et les preuves 3 : » en ajoutant toutefois que « j'écrirois sans peine toutes les propositions que j'avois avancées dans la conférence, si on le demandoit; mais qu'il falloit commencer par ce qu'il y a de plus court, de plus décisif, de plus précis; » j'ajoutois encore « de plus charitable; rien ne pouvant suppléer ce que fait la vive voix et le discours animé, mais simple, ni la présence de Jésus-Christ au milieu de nous, lorsque nous serions assemblés en son nom pour convenir de la vérité. »

5. Tout le monde étoit étonné de l'inflexible refus de M. de Cambray pendant six semaines; nous en avons des témoins qu'on ne dément pas, et on s'empressoit à l'envi de nous faire conférer ensemble. Je ne refusois aucune condition. Un religieux de distinction, touché comme tout le monde de ce désir charitable de

1 Premier Ecrit, art. 2. 2 Ibid., art. 5. — 3 Ilid.

rallier des évêques, tira parole de moi, pour lier une conférence où il seroit. S'il n'avoit dit qu'à moi seul la réponse qu'il me rapporta, il faudroit peut-être la lui laisser raconter à lui-même : ce fut en un mot, que M. de Cambray ne vouloit pas qu'on pût dire qu'il changeât rien par l'avis de M. de Meaux. Si ce prélat ne veut pas convenir de cette réponse, qu'il la fasse telle qu'il voudra: : on voit bien qu'il n'en sauroit faire qui ne soit mauvaise. Quoi qu'il en soit, je lui envoyai moi-même l'écrit dont on vient d'entendre les extraits : il n'est pas long; on pourra le lire en moins d'un quart d'heure, parmi ceux que j'ai ramassés : M. de Cambray ne disconvient pas de l'avoir reçu. Voilà cinq grandes lettres qu'il m'adresse, où il me reprend seulement d'avoir dit dans cet écrit, que je le portois dans mes entrailles ?: il ne croit pas qu'on puisse porter dans ses entrailles ceux qu'on reprend pour l'amour de la vérité, ni les pleurer que par des larmes artificieuses pour les déchirer davantage. Que ne venoit-il à la conférence éprouver lui-même la force de ces larmes fraternelles, et des discours que la charité, j'ose le croire, et la vérité nous auroient inspirés ? Nous attendimes trois semaines l'effet de cette nouvelle invitation ; et ce ne fut qu'à l'extrémité, et après avoir épuisé toutes les voies de douceur, qu'on envoya la Déclaration dont il faut dire encore un mot.

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ixe SECTION.

Sur la Déclaration des trois Evêques, et sur le Summa doctrinæ.

:

1. On se plaint qu'elle est trop rude : mais M. l'archevêque de Paris a assuré avec vérité, que M. l'archevêque de Cambray y avoit été beaucoup épargné. Nous y avions tu « ces tentations d'un genre particulier » auxquelles il faut succomber, et dont on n'a pu s'empêcher de parler ailleurs s; nous y avions tu ces docilités des « ames ingénues sur les choses humiliantes » indéfiniment, « qu'on leur pourroit commander :) ce dénuement non-seulement « de toute consolation, » mais encore « de toute liberté; ce détachement de tout, et même de la voie qui leur apprend ce détachement : cette disposition, sans limites, à toutes les pratiques qu'on voudra leur imposer, » et cet oubli universel de « leurs expériences, de leurs lectures, et des personnes qu'elles ont consultées autrefois avec confiance : » nous y avions tu « les possessions , les obsessions, et autres choses extraordinaires, ) que l'auteur nous avoit données comme « appartenantes aux voies intérieures : : » on sait à quoi les faux spirituels les font servir, aussi bien que les autres choses qu'on vient d'entendre. M. de Cambray l'insinue lui-même; et nous sommes peu consolés de lui entendre dire que la voie de pur amour et de pure foi qu'il enseigne, est celle l'on en verra moins que dans les autres : comme s'il n'y alloit ici que du plus ou du moins, et qu'il n'eût pas fallu s'expliquer plus précisément contre ces abominations.

2 Max. des SS., p. 77, 91, 92.

1 Premier Ecrit. * Max., p. 76, 77.

3 Ile Ecrit, n. 17.

2. L'auteur objecte sans cesse qu'on n'a point eu d'égard à ses correctifs, dont il veut que son livre soit plus rempli que quelque autre livre que ce soit. C'est de quoi nous nous plaignions : nous avons trouvé malheureux pour un livre de cette nature, d'avoir besoin de tant de correctifs, comme il l'est à une règle d'avoir besoin de trop d'exceptions : la vérité est plus simple, et ce qui doit si souvent être modifié marque naturellement un mauvais fond : il n'y avoit qu'à s'expliquer simplement, ainsi qu'on l'avoit promis. Tout ce qu'on a dit sur le sacrifice absolu n'a causé que de l'embarras dans l'article des suppositions impossibles, et on eùt dù se passer de ces correctifs, qui ne font qu'augmenter le mal : témoin le dangereux correctif de la persuasion non intime, mais apparente, qui ne sert qu'à excuser le langage de Molinos, comme il a été démontré ailleurs ?. Tous les lecteurs désintéressés reconnoissent que ces correctifs ne sont que de vrais entortillemens capables de tourner les têtes, et on en a vu assez pour faire sentir les lacets que trouvent les simples dans l'obscurité de ce livre, qui promettoit tant de précision, et de trancher si nettement sur les équivoques.

3. Une des choses qu'on vante le plus comme un excellent correctif, ce sont les articles faut, où il est vrai que M. de Cambray Max., p. 123, 124. – 2 111e Ecrit., n. 23.

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TOM. XX.

condamne les faux mystiques. M. l'archevêque de Paris en a découvert l'artifice; on s'embarrasse naturellement quand on ne veut pas condamner ce qu'on n'ose défendre à pleine bouche. On outre ailleurs le quiétisme pour passer par-dessus le vrai mal. Quel quietiste a jamais « consenti de haïr Dieu éternellement, ni de se haïr soi-même d'une haine réelle, en sorte que nous cessions d'aimer en nous pour Dieu son œuvre et son image 1 ? » Qui jamais « a consenti à se haïr soi-même d'une haine absolue, comme supposant que l'ouvrage du Créateur n'est pas bon : à porter jusque-là le renoncement de soi-même, par une haine impie de notre ame qui la suppose mauvaise par sa nature, suivant le principe des manichéens ?? » Quand on tire de tels coups, on tire en l'air : on passe par-dessus le corps, et à la manière des poëtes on contente la juste aversion des fidèles contre le quiétisme, en leur donnant à déchirer un fantôme.

SECTION X.

Procédés à Rome : soumission de M. de Cambray.

1. La relation seroit imparfaite si l'on omettoit les écrits italiens et latins qu'on a mis à Rome au nom de M. de Cambray, entre les mains de tant de gens, qu'il en est venu des exemplaires jusqu'à nous. Un de ces écrits latins que j'ai en main sous le titre d'Observations d'un docteur de Sorbonne, dit que « les jansenistes se sont liés avec l'évêque de Meaux contre M. de Cambray, et que les autres évêques se sont unis contre lui comme contre une autre Susanne, à cause qu'il n'a pas voulu entrer dans leur cabale et dans leurs mauvais desseins. » Le même écrit fait valoir M. de Cambray « comme nécessaire pour soutenir l'autorité du saint Siege contre les évêques, par lesquels il est important de ne pas laisser opprimer un si habile défenseur. » Nous sommes dans d'autres endroits les ennemis des religieux dont il est le protecteur. On voit par là toutes les machines qu'il a voulu remuer. Mais le Pape qui gouverne l'Eglise de Dieu ne souffrira pas que rien affoiblisse la gloire du clergé de France, toujours si obéissant au saint Siege. La vérité ne se soutient pas par des mensonges : et pour ce qui est des religieux, dans quels diocèses de la chrétienté sont-ils traités plus paternellement que dans les nôtres? M. de Cambray répondra peut-être que tout cela se dit sans son ordre: mais je laisse à juger au sage lecteur si dans une accusation aussi visiblement fausse, où il s'agit également de la religion et de l'Etat, et de la réputation des évêques de France, qui font une partie si considérable de l'épiscopat, ce seroit assez de désavouer en l'air, quand on l'auroit fait, des calomnies manifestes, après qu'elles auront eu leur effet sur certaines gens : et si la justice et la vérité ne demandent pas une déclaration plus expresse et plus authentique.

1 Max., art. 11, faux, p. 31, 32.— 2 Art. 12, faux.

2. On vante dans les mêmes écrits le grand nombre d'évêques et de docteurs qui favorisent les sentimens de M. l'archevêque de Cambray, et que la seule crainte empêche de se déclarer. Il faudroit du moins en nommer un seul : on n'ose : l'épiscopat n'a pas été entamé, et M. l'archevêque de Cambray ne peut citer pour son sentiment aucun docteur qui ait un nom.

3. Un des reproches les plus apparens que me fait cet archevêque, c'est qu'il ne méritoit pas d'être traité, étant soumis, à la manière dont on traite les pélagiens : comme si l'on ne savoit pas que ces hérétiques ont joué longtemps le personnage de gens soumis, même au saint Siege. Je ne souhaite que de voir M. de Cambray parfaitement séparé d’avec ceux dont la soumission est ambiguë; mais de bonne foi et en conscience, peut-on être content de la demande, que malgré ses soumissions précédentes, ce prélat vouloit faire au Pape pour déterminer la manière dont il devoit prononcer, comme il le déclare dans sa lettre du 3 d'août 1697? Il est vrai que par une lettre suivante il dit cesots : A Dieu ne plaise que je fasse la loi à mon supérieur: ma promesse de souscrire, et de faire un mandement en conformité, est absolue et sans restriction. » Que vouloient donc dire ces mots de la lettre du 3 d'août? « Je demanderai seulement au Pape qu'il ait la bonté de marquer précisément les erreurs qu'il condamne, et les sens sur lesquels il porte sa condamnation, afin que ma souscription soit sans restriction? » Sans cela donc, la restriction

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