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ordinaire aucune des principales difficultés : je pourrois sans doute, comme M. de Cambray, chanter cent fois mes victoires, si j'étois d'humeur à prendre de tels avantages : mais je me réduis au fait. C'est assez que je montre à M. l'archevêque de Cambray que la gloire qu'il se donne est vaine; nous n'avons pas droit de supposer, lui que mes réponses sont foibles, ni moi que ses preuves soient nulles : c'est le fond dont il ne s'agit point ici : la question consiste à savoir si dans la dispute sur les procédés il doit prononcer d'autorité, que je suis vaincu, qu'il m'a ôté la parole, que ce n'est que par impuissance que je passe aux faits, parce que la doctrine me réussit mal. C'est là ce qui s'appelle discourir en l'air, et faire illusion aux yeux par de vains tours de souplesse.

8. J'en dis autant des reproches sur les souhaits de Moïse et de saint Paul : « Ce sont, dit-il, pays inconnus pour M. de Meaux ?:) Je n'y ai fait aucune réponse: je n'ai non plus répondu aux pieux excès, aux amoureuses extravagances, dont l'accusation est recommencée cent et cent fois dans la Réponse à ma Relation. Mais je ne demande au sage lecteur qu'un demi-quart d'heure pour lire huit pages de la Réponse à quatre lettres , et reconnoître que j'ai satisfait à tout. Et pour les pieux excès, les saintes folies, les amoureuses extravagances, je les ai montrées dans les paroles formelles des Saints, en explication des souhaits de Moïse et de saint Paul. J'ai démontré que ces deux Saints n'ont pas perdu un moment le désir de leur salut éternel, dans le temps qu'ils paroissoient le sacrifier le plus : cependant M. de Cambray répète sans fin, non pas que j'ai mal répondu, car c'est le point de la dispute, mais que je n'ai pas dit un seul mot, tant il présume qu'un tour éloquent et le ton affirmatif peut tout sur les hommes.

$ III. Sur le secret, et en particulier sur celui de confession.

M. DE CAMBRAY.

9. « Alors il a recours (M. de Meaux) à tout ce qui est le plus odieux dans la société humaine. Le secret des lettres missives,

· Rep. à la Relat., Avert., p. 3, 4. 2 Depuis le n. 8 jusqu'au n. 10.

qui dans les choses d'une confiance si religieuse et si intime est le plus sacré après celui de la confession, n'a rien d'inviolable pour lui. Il produit mes lettres à Rome; il les fait imprimer pour tourner à ma diffamation les gages de la confiance sans bornes que j'ai eue en lui : mais on verra qu'il fait inutilement ce qu'il n'est jamais permis de faire contre son prochain".

10. » Il va jusqu'à parler d'une confession générale que je lui confiai, et où j'exposois comme un enfant à son père toutes les graces de Dieu et toutes les infidélités de ma vie ?. On a vu, dit-il ?, dans une de ses lettres qu'il s'étoit offert à me faire une confession générale : il sait bien que je n'ai jamais accepté cette offre. Pour moi, je déclare qu'il l'a acceptée, et qu'il a gardé quelque temps mon écrit : il en parle même plus qu'il ne faudroit, en ajoutant tout de suite : Tout ce qui pourroit regarder des secrets de cette nature, sur ses dispositions intérieures, est oublié, et il n'en sera jamais question. La voilà cette confession sur laquelle il promet d'oublier tout, et de garder fidèlement le secret. Mais est-ce le garder fidèlement, que de faire entendre qu'il en pourroit parler, et de se faire un mérite de n'en parler pas quand il s'agit du quiétisme? Qu'il en parle: j'y consens : ce silence, dont il se vante, est cent fois pire qu’une révélation de mon secret : qu'il parle selon Dieu : je suis si assuré qu'il manque de preuves, que je lui permets d'en aller chercher jusque dans le secret inviolable de ma confession. » Il insiste en un autre endroit sur cette même accusation", et il me reproche de « m'être fait un mérite de me taire par rapport au quiétisme sur sa confession générale. » Me voilà donc par deux fois positivement accusé sur le secret violé d'une confession générale, et il n'y a rien de plus sérieux que cette plainte.

RÉPONSE SUR LA CONFESSION. 11. Nous dirons un mot sur le secret des lettres missives; mais voici une accusation bien plus grave, et qu'on ne peut point passer si légèrement, « de n'avoir pas gardé fidèlement le secret d'une confession générale : j'ai fait entendre que je pouvois par

1 Rép. à la Relat., Avert., p. 10. 2 Ibid., chap. ll, 2e obj., p. 51. 3 Relat., etc., II° sect., n. 13. Rép. à la Relat., Concl., p. 166.

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ler de quelque chose dont il s'est confessé à moi sur le quiétisme, dont je me fais un mérite de ne parler pas; et ce silence, dont je me vante, dit-il, est cent fois pire qu'une révélation de son secret : » de ce secret de confession qu'il m'a confié. Je suis donc coupable d'infidélité dans un secret de confession : ce que j'ai fait est cent fois pire que de l'avoir révélé; et j'en conviens, si ce qu'il avance est véritable.

12. Tout le monde demeure d'accord qu'en quelque manière qu’un prêtre révèle un secret de confession, soit par la parole, soit par quelque autre signe, c'est un des crimes des plus qualifiés qu'il puisse commettre. Il n'est pas même permis de faire connoître par le moindre indice, qu'un pénitent soit coupable. Pierre de Blois, dans son Traité de la Penitence, accuse un abbé de déshonorer son pénitent, quand il prend pour lui un air de dédain qui soit remarquable : et que par là il le rend suspect même en général : « Et, dit-il, il importe peu que ce soit ou par la parole ou par quelque signe, ou par un air de dédain sur le visage : quodam vultuoso contemptu : » ou par quelque autre manière que ce soit, « qu'on divulgue le secret de la conscience d'autrui. » En tous ces cas, poursuit-il, « on est déposé par une censure canonique : et après être déchu de son ordre, on est condamné à de perpétuels et ignominieux pèlerinages : tales canonica censura deponit, etc. » Les peines sont augmentées depuis ce temps-là : la justice séculière met la main sur ces indignes violateurs du plus religieux de tous les secrets, et je n'ai pas besoin de rapporter à quelle peine elle les condamne.

13. Après ces règles sévères, si M. de Cambray ne prouve pas le crime digne du feu dont il m'accuse, il voit à quoi il s'oblige devant Dieu et devant les hommes. L'accusation est expresse : une de ses lettres portoit' : « Quand vous le voudrez, je vous dirai comme à un confesseur tout ce qui peut être compris dans une confession générale de toute ma vie, et de tout ce qui regarde mon intérieur : dire tout cela comme à un confesseur, c'eût été en effet se confesser, et je l'avois naturellement pris de cette sorte : sur ce fondement, ma Relation porte ces mots : * Relat., uje sect., n. 4.

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« M. de Cambray sait bien que je n'ai jamais accepté cette offre : et moi, dit-il, je déclare qu'il l'a acceptée. » Voilà un démenti bien formel : je le mérite, s'il dit la vérité. Il ajoute que j'ai été infidèle à l'inviolable secret d'une confession générale : puis frappé d'une accusation aussi visiblement fausse (car il faut bien que je m'explique en termes précis), il biaise à son ordinaire, et il parle ainsi : « M. de Meaux a gardé quelque temps mon écrit. » On ne se confesse point par écrit : mais on pourra croire qu'il m'a laissé en se confessant ou l'écrit de sa confession, ou du moins quelque écrit d'un pareil secret : il n'ose le dire, quoiqu'il tàche de le faire entendre. Est-il permis de donner de telles idées et d'articuler de tels faits ?

14. Quand il avoueroit à présent qu'en effet je ne l'ai jamais confessé, en disant qu'il m'a confié comme à un confesseur un écrit qu'il appelle une confession générale, la vérité s'y oppose : je n'ai reçu de lui en particulier aucun écrit quel qu'il soit : tous les écrits qu'il m'a donnés m'ont été communs avec ceux qu'il avoit mis dans l'affaire : à une allégation sans preuves j'oppose un simple déni, et la gravité de la chose m'oblige à le confirmer par serment : Dieu est mon témoin, c'est tout dire.

15. S'il veut après cela nous avoir donné à tous un écrit de même secret qu'une confession générale, je n'ai rien à dire, sinon ce qui est porté dans ma Relation, que, s'il y a quelque chose de cette nature, « il est oublié, et il n'en sera jamais question. »

16. M. de Cambray soutient que parler ainsi, c'est trop parler d'une confession : cela est visiblement outré. Quand ce prélat se seroit confessé à moi, et que je l'aurois avoué, ce qui n'est pas, c'est autre chose d'avouer une confession, autre chose d'en violer le secret.

17. Mais pourquoi ai-je parlé de confession ? Je l'ai dit dans la Relation' : je le répète : c'est qu'on répandoit dans le monde, et les témoins que j'en puis donner sont irréprochables, que la manière dont nos articles ont été signés, étoit un secret que nous nous étions donné les uns aux autres sous le sceau de la confession. Je voulois aller au-devant d'un tel discours, et de toute autre semblable idée; et l'accusation sérieuse qu'on me fait encore aujourd'hui sur le secret de la confession, montre trop que ma précaution étoit nécessaire.

1 Relat., IIIe sect., n. 13.

18. Je promets, dit-on, d'oublier tout : non, je ne dis pas ce qu'on me fait dire, j'oublierai, comme si dans le temps présent j'en avois quelque souvenir : je dis sans rien assurer, que s'il y a eu dans nos conversations ou dans nos écrits quelque chose qu'on se soit donné les uns aux autres sous le sceau de la confession, il est oublié de ma part : est-ce trop parler, et peut-on fonder sur ces paroles une accusation capitale ?

19. Mais je laisse entendre que j'avois quelque chose à dire qui m'avoit été confessé sur le quiétisme, matière si importante et si compliquée; on ose ajouter que je me fais un mérite de n'en parler pas. Non, encore un coup : je n'ai pas dit un seul mot du quiétisme; je parle à l'occasion du petit mystère, sur la façon dont les Articles d'Issy furent signés entre nous, et il ne s'agit ni directement ni indirectement du quiétisme.

20. Mais je parle, dit-on, de ce qui pouvoit regarder les dispositions intérieures de M. de Cambray comme de chose oubliée : c'est que ce prélat avoit dit dans la lettre que j'ai rapportée pour d'autres fins, qu'il offroit de me confesser tout ce qui regardoit son intérieur!: mais d'étendre jusqu'au quiétisme, à des crimes, ou à des erreurs, une expression aussi vague et aussi générale que celle de dispositions, qui comprend indifféremment tout le bien et tout le mal, et sur laquelle encore je n'assure rien, c'est empoisonner les paroles les plus innocentes, et proprement me rendre coupable sur un sujet capital sans le moindre indice.

21. En un mot, j'ai voulu qu'on sùt que s'il se trouvoit quelqu'un assez injuste pour me soupconner de me servir contre M. de Cambray de la confession qu'il disoit qu'il me vouloit faire, et que j'avois refusée, c'est à quoi je ne songeois pas : à Dieu ne plaise : on voit d'où j'ai tiré mes preuves, et qu'on tenteroit en vain de me les ôter sous prétexte d'une confession générale qu'on prétendroit m'avoir faite.

22. Quand après cela M. de Cambray me fait rompre le sceau · Lett. de M. de Cambray, Relat., IIle sect., n. 4.

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