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connoître son juste procédé, qu'il nous ait voulu réduire à passer pour des hypocrites et des persécuteurs, si nous ne le convainquions par des preuves incontestables et par son propre témoignage.

§ VI. Réflexions sur les faits rapportés en cet article, et comment on les

doit qualifier. 33. Le sage lecteur décidera comment on doit appeler les suppositions dans le fait, qu'on vient de marquer dans cet article. 34. — 1. Que l'auteur n'a fait dans ses livres que

soutenir son texte et les dogmes, sans en venir aux procédés, et sans y venir le premier

2. Que je n'ai pas répondu aux dogmes; et que c'est faute d'y pouvoir répondre, que j'en suis venu aux procédés ?.

3. Il ne s'agit pas de savoir si j'y ai bien répondu ou non; mais si l'on peut supposer comme certain dans le fait, que je n'y ai point répondu ni pu répondre.

4. Que j'ai révélé un secret de confession, et fait pis que le révéler dans toute son étendue 3.

5. Comment ces suppositions dans le fait peuvent être qualifiées : et si l'on n'en peut pas conclure que cette Réponse n'a rien de grave ni de sérieux : puisque l'auteur n'y fait qu'éblouir le monde, et suivre sa plume échauffée, ou le désir de me contredire, ce qui paroît principalement dans l'accusation de la confession révélée, et dans la supposition comme constante que je n'en puis plus.

ARTICLE II.

Sur le chapitre premier de la réponse de M. de Cambray, il justifie son

estime pour madame Guyon.

§ 1. Quelle étoit l'estime de ce prélat.

M. DE CAMBRAY.

1. Il faut voir avant toutes choses, quelle étoit l'estime que M. de Cambray avoit conçue de madame Guyon, et considérer "Voy. ci-dessus, $ 4. – 2 Ci-dessus, § 1 et 2. — 3 Ci-dessus, $ 3.

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ensuite si les témoignages sur lesquels il se fonde y sont proportionnés.

2. « Cette personne, il est vrai, me parut fort pieuse. Je l'estimai beaucoup : je la crus fort expérimentée et éclairée sur les voies intérieures; quoiqu'elle fût fort ignorante, je crus apprendre plus sur la pratique de ces voies en examinant avec elle ses expériences, que je n'eusse pu faire en consultant des personnes plus savantes, mais sans expérience pour la pratique. On peut apprendre tous les jours en étudiant les voies de Dieu sur les ignorans expérimentés : n'auroit-on pas pu apprendre pour la pratique, en conversant par exemple avec le bon frère Laurent? Voilà ce que je puis avoir dit à M. l'archevêque de Paris, et à M. de Meaux, en présence de M. Tronson 1. »

RÉPONSE.

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3. Encore qu'il affoiblisse ce qu'il nous a dit de cette femme, il nous suffit qu'il l'ait regardée comme une personne dans laquelle les voies parfaites étoient pour ainsi dire si réalisées, qu'on les y voyoit comme en celles qui sont enseignées de Dieu par l'onction de son esprit, telles que sont les personnes saintes. Son estime a encore deux caractères : l'un qu'il la fait passer à ceux qui le croient : l'autre qu'elle s'étend jusqu'à ses livres, à la manière qui a paru dans son Mémoire ?, et que la suite fera mieux connoître.

4. Ce fondement supposé, il faut maintenant considérer si les témoignages qu'il rapporte sur le sujet de cette femme, sont proportionnés à l'estime qu'il avoit pour elle : voici le premier.

S 11. Premier témoignage de feu M. de Genève.

5. « Je l'ai connue (madame Guyon) au commencement de l'année 1689, quelques mois après qu'elle fut sortie de la Visitation de la rue Saint-Antoine, et quelques mois avant que j'allasse à la Cour. J'étois alors prévenu contre elle, sur ce que j'avois oui dire de ses voyages : voici ce qui contribua à effacer mes impressions. Je lus une lettre de feu M. de Genève, datée du 29 juin 1683, où sont ces paroles sur cette personne : « Je l'estime infiniment; mais je ne puis approuver qu'elle veuille rendre son esprit universel, et qu'elle veuille l'introduire dans tous nos monastères au préjudice de celui de leur institut. Cela divise et brouille les communautés les plus saintes... A cela près je l'estime, et je l'honore au delà de l'imaginable. »

2 Rép. à la Relat., chap. I, p. 19. - 2 Mém. de M. de Cambray, Relat., Ive sect., n. 9, 11, 22, 23; ve sect., n. 9-11.

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RÉPONSE.

6. Il faut avoir bien envie d'estimer madame Guyon, et d'effacer les mauvaises impressions de ses voyages, du moins indiscrets avec le Père Lacombe, pour s'appuyer de cette lettre. Voici comme en parle M. de Cambray : « Je voyois, dit-il, que le seul grief de ce prélat étoit le zèle indiscret d'une femme qui vouloit trop communiquer ce qu'elle croyoit bon?. » Il se contente d'appeler un zèle indiscret, d'avoir voulu introduire partout son esprit particulier, et même « dans les monastères, au préjudice de celui de leurs instituts. ))

7. M. de Cambray compte pour rien cette dernière parole , qui loin de permettre qu'on approchât madame Guyon des maisons religieuses, l'en devoit exclure à jamais comme une femme qui y brouilloit tout : n'est-ce pas de dessein formé vouloir excuser madame Guyon, que de réduire à une simple indiscrétion la témérité de contredire l'esprit des communautés ? Mais celle que ce saint prélat éloignoit des monastères bien réglés, croira-t-on qu'il l'eut laissée approcher aisément des autres personnes pieuses, et acquérir leur estime? A cela près tout alloit bien, et M. de Cambray, facile à contenter sur le sujet de cette femme, se payoit des complimens de civilité que lui faisoit un prélat, à condition de lui fermer toute approche de ses monastères. 1 Rép. à la Relat., chap. I, p. 11.

2 lbid.

.

§ III. Second témoignage de feu M. de Genève.

M. DE CAMBRAY.

8. « Quoique ce prélat ait défendu l'an 1688 les livres de madame Guyon, il paroît avoir persisté jusqu'au 8 février de l'an 1695 à estimer la vertu de cette personne'; ce qu'il prouve par les paroles de cette lettre où il écrit à un ami : « Je ne vous ai jamais ouï parler d'elle qu'avec beaucoup d'estime et de respect, » etc. Il assure qu'il en a usé de même ; et il conclut en disant : «Si elle a eu quelques chagrins à Paris, elle ne les doit imputer qu'aux liaisons qu'elle a eues avec le Père Lacombe. Et l'on ajoute qu'elle s'est fait des affaires par des conférences et par des communications qu'elle a eues dans Paris avec quelques personnes du parti du quiétisme outré. Quelque éloignement que je lui aie tou jours témoigné pour cette doctrine et pour les livres du Père Lacombe, j'ai toujours parlé de la piété et des mœurs de cette Dame avec éloge. »

PÉPONSE. 9. Enfin M. de Cambray n'a rien pour autoriser l'estime dont il honoroit madame Guyon, que le témoignage d'un prélat qui en avoit déjà condamné les livres; qui avoit cru lui devoir parler si fortement contre le Père Lacombe son directeur, et contre les quiétistes outrés qu'elle fréquentoit. Voilà les beaux témoignages qui ont mérité à cette femme l'estime d'un archevêque; ce lui est assez qu'on parle en général honnêtement de ses mæurs, comme on a coutume de faire, quand on ne veut pas s'en enquérir davantage. En effet depuis que ce saint évêque s'est senti obligé à entrer plus avant dans cet examen, il a chassé de son diocèse madame Guyon avec le Père Lacombe, non-seulement pour leurs mauvais livres, mais encore pour leur conduite scandaleuse. S'il a parlé plus doucement de la conduite de madame Guyon avant que d'être bien informé, il ne s'ensuit pas qu'il faille produire des paroles générales comme des attestations authentiques, ni que ce prélat ait eu intention de recommander sa vertu, et de la rendre estimable. Il seroit bien étonné, s'il revivoit, de se voir citer comme défenseur de madame Guyon, et après ce qui s'est passé depuis il ne falloit pas remuer ses cendres contre sa pensée. Au reste il est évident que les lettres de ce prélat ne font pas voir dans madame Guyon la moindre teinture de cette haute spiritualité qui la pùt faire regarder par M. de Cambray comme si expérimentée et si éclairée dans les voies intérieures, qu'il en fit son amie spirituelle, et qu'il étudiât ses expériences. Mais voici quelque chose de plus fort.

1 Rép. à la Relat., chap. 1, p. 12.

§ IV. Sur mon témoignage de moi-même.

10. « Eh bien, citons à M. de Meaux un témoin qui ait lu et examiné à fond tous les manuscrits de madame Guyon : je n'en veux point d'autre que lui-même ... Voici ce qu'il fit, quand elle fut dans son diocèse : il lui continua dès le premier jour l'usage des sacremens, sans lui faire rétracter ni avouer aucune erreur : dans la suite, après avoir vu tous les manuscrits et examiné soigneusement la personne, il lui dicta un acte de soumission sur les xxxiv Articles, daté du 15 avril 1695, où après avoir condamné toutes les erreurs qu'on lui imputoit, il lui fit ajouter ces paroles : « Je déclare néanmoins que je n'ai jamais eu intention de rien avancer qui fùt contraire à l'esprit de l'Eglise catholique, apostolique et romaine, » etc.

RÉPONSE.

11. Ceux qui se sont laissé éblouir par un acte qui ne dit rien, doivent apprendre à n'être plus surpris par de telles choses. Il faut distinguer deux temps : celui qui a précédé l'acte qu'on rapporte, et celui où il fut signé.

12. Avant que de signer l'acte où madame Guyon commençoit à souscrire ses soumissions particulières, j'ai dit, dans la Relation?, que comme elle les témoignoit en tout et partout dans toutes ses paroles et dans toutes ses lettres, je ne crus pas la devoir priver

1

* Rép. à la Relat.. chap. I, p. 14. — 2 Relat., 1re sect., n. 3, 4; 11e sect., n. 1-3, 20, 2!; 111e sect., n. 13, etc. TOM. XX.

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