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des sacremens, où feu M. de Paris l'avoit conservée. Je la traitois avec toute sorte de douceur, n'ayant pas encore bien déterminé en mon esprit si ses visions venoient de présomption, de malice, ou de quelque débilité de son cerveau. On ne connoît l'indocilité et l'opiniâtreté que par les désobéissances, ou par les rechutes et les manquemens de paroles. Ainsi la voyant docile en tout à l'extérieur, je la laissois entre les mains de son confesseur, homme habile, docteur de Sorbonne et ancien chanoine de l'église de Meaux, sans m'informer du particulier; et je la traitai en infirme avec toute sorte de condescendance, selon le précepte de saint Paul : « Recevez celui qui est infirme dans la foi, sans dispute ni contention!, » C'est une insigne témérité de condamner cette conduite, qui au contraire me donne lieu de dire à M. de Cambray avec l'Apôtre, dans une affaire de pure police ecclésiastique: « Qui êtes-vous pour juger votre frère ? ? »

13. A la signature, je ne fis que rédiger par écrit ce qu'elle m'exposoit de ses sentimens. Ainsi je lui laissai dire comme à une personne ignorante, mais docile, telle que je la croyois alers, « qu'elle n'avoit eu aucune intention de rien enseigner contre la foi de l'Eglise. » Est-ce là un crime qui méritât d'être relevé par un archevêque, qui de dessein prémédité ne voudroit pas tourner tout contre un confrère innocent? Eh bien, madame Guyon n'avoit pas un dessein formé d'écrire contre l'Eglise : c'étoit foiblesse : c'étoit ignorance': si l'on veut, je lui aidois 'quelquefois à s'expliquer dans les termes les plus conformes à ce qui me paroissoit être de son intention. M. de Cambray appelle cela dicter un acte ; et il en conclut que j'autorise le sentiment que cette femme avoit d'elle-même. Mais un prélat exercé dans les procédures de cette sorte, devoit savoir le contraire, puisqu'après avoir écrit ce qu'elle vouloit, je ne fis que lui donner acte de sa déclaration, comme j'y étois obligé, et lui enjoindre en peu de mots ce qu'elle devoit croire et pratiquer. C'est ce qui paroîtroit par l'expédition de l'acte, si M. de Cambray l'avoit produite : pour moi je n'ai pas besoin de grossir un livre en transcrivant de longs actes, qu'on rapportera peut-être plus commodément ailleurs : quoi qu'il en soit, M. de Cambray qui s'en veut servir contre moi, doit l'avoir ou reconnoître qu'il m'accuse à tort.

1 Rom., XIV, 1. 2 Ibid., 4, 10.

14. En passant, on voit que cet archevêque éclairoit de près madame Guyon, pendant qu'elle étoit entre mes mains, et qu'elle lui rendoit bon compte de mes procédures; mais on va voir néanmoins qu'elle le trompoit, et qu'il vouloit se laisser tromper.

& V. Autre témoignage tiré de moi-même.

M. DE CAMBRAY.

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15. « M. de Meaux lui dicta encore ces paroles dans sa souscription à l'Ordonnance où il censuroit les livres de cette personne : « Je n'ai eu aucune des erreurs expliquées dans ladite lettre pastorale, ayant toujours intention d'écrire dans un sens très-catholique, etc. Je suis dans la dernière douleur que mon ignorance, et le peu de connaissance des termes, m'en ait fait mettre de condamnables 1.

RÉPONSE. 16. Tout cet endroit rapporté par M. de Cambray, comme composant la déclaration de madame Guyon, est inventé d'un bout à l'autre. Ce prélat en devoit produire l'expédition, s'il l'a en main, ou supprimer tout ceci s'il ne l'a pas, et ne pas faire dire à cette femme ce qu'elle ne dit point, ni insérer dans mon procès-verbal ce qui n'y fut jamais. M. de Cambray demeure d'accord de la souscription de Madame Guyon à l'Ordonnance je censurois les livres de cette personne. Cette censure est publique : et si avant que d'en parler, M. de Cambray avoit daigné la relire, il y auroit trouvé le Moyen court, la Règle des associés, et l'Interprétation du Cantique des Cantiques, expressément condamnés avec la Guide spirituelle de Molinos, en ces termes : « lesquels livres déjà notés par diverses censures, nous condamnons d'abondant comme contenant une mauvaise doctrine, et toutes ou les principales propositions ci-dessus par nous condamnées dans les articles susdits ?, » qui sont les xxxiv d'Issy. De cette sorte M. de Cambray étant convenu que madame Guyon avoit souscrit à la condamna1 Pep. à la Relat., chap. 1, p. 15. — 2 Ordonnance du 16 avril 1695.

tion de ses livres portée par cette censure, ne peut nier, sans une insigne infidélité qu'elle ne les ait condamnés comme contenant « une mauvaise doctrine, et toutes ou les principales propositions condamnées dans les Articles d'Issy, » qui aussi étoient insérés dans la censure, comme en faisant le fondement principal. J'ai rapporté en substance avec cette censure, l'acte où madame Guyon y souscrivit'. Je l'aurois rapporté entier s'il eût été nécessaire, et si l'on n'eût pas évité de grossir un livre, en y insérant de longs actes qui n'étoient pas contestés. Si à présent M. de Cambray y ajoute ce qu'il lui plaît, ou il l'a vu dans l'acte même, et dans quelque expédition authentique; ou il ne l'a pas vu, et il le raconte à sa fantaisie sur la foi de madame Guyon ou de quelque autre. S'il l'avoit vu, il en auroit fait mention ; il auroit produit la pièce dont il se sert : s'il n'a rien vu, comme il est certain, puisqu'il ne peut pas avoir vu ce qui n'est pas, il doit avouer que son amie ou quelque autre sur sa parole lui a menti, et qu'il adhère trop facilement à un mensonge évident, en alléguant un acte faux.

17. Par ce moyen, plus de la moitié de la Réponse tombe, puisqu'elle est fondée dans sa plus grande partie sur un acte inventé. Toutes les fois qu'on trouvera dans la Réponse de M. de Cambray cet acte, où madame Guyon dit d'elle-même de si belles choses, c'est-à-dire cent et cent fois car les redites ne sont pas épargnées), qu'on se souvienne qu'il est faux d'un bout à l'autre. Si l'on en doute, je le produirai avec tous les autres : mais en attendant et pour abréger, il suffit qu'on n'ait osé ni produire, ni pas même mentionner, ni l'acte ni l'expédition, comme on a fait celle de l'attestation qu'on a tant vantée.

S VI. Sur mon attestation, et sur celle de M. de Paris.

M. DE CAMBRAY.

18. « C'est sur ces déclarations de ses intentions faites devant Dieu, et dictées par ce prélat, qu'il lui donna l'attestation suivante : Nous : évêque de Meaux, etc..

· Relat., me sect., n. 18. Rép. à la Relat., chap. I, p. 18.

19. » M. l'archevêque de Paris a suivi la même conduite, » etc.'.

RÉPONSE.

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20. Je défendrai donc tout ensemble par une seule et même raison la conduite de ce prélat et la mienne. Pour la mienne, elle consiste en deux choses: dont l'une est ce que je condamne dans Madame Guyon; et l'autre est ce que j'y excuse : ce que j'y condamne est encore subdivisé en deux points, dont l'un regarde ses erreurs, et l'autre regarde sa conduite.

21. Pour les erreurs, l'attestation porte: «que je l'ai reçue aux sacremens au moyen des actes qu'elle avoit signés devant moi. » Or ce qu'elle y avoit signé, c'étoit, comme l'avoue M. de Cambray ?, la formelle condamnation de ses livres comme contenant a une mauvaise doctrine, et toutes ou les principales propositions réprouvées dans les Articles d'Issy.)

22. S'il y avoit quelque erreur singulièrement pernicieuse dans la doctrine, c'étoit la suppression des demandes et des actions de graces. Or j'avois pourvu à ce point en lui prescrivant dans l'acte qu'elle souscrivoit, « de faire au temps convenable les demandes, et autres actes de cette sorte, comme essentiels à la piété, et expressément commandés de Dieu, sans que personne s'en puisse dispenser, sous prétexte d'autres actes prétendus plus parfaits ou éminens, ni autres prétextes quels qu'ils soient. » Ainsi signé dans l'original : + J. BÉNIGNE, évêque de Meaux, J. M. B. DE LA MOTHE-GUYON : en date du 1er de juillet 1695.

23. Quiconque saura comprendre où consiste le quiétisme, verra que non-seulement il étoit condamné en général, mais encore en particulier expressément proscrit par ces paroles : par où aussi se justifie clairement ce qui est porté dans la Relation', qu’on a fait en particulier condamner par actes à madame Guyon, les principales propositions du quiétisme auxquelles aboutissoient toutes les autres. La plus sévère critique peut-elle rien opposer à છે cette condamnation des erreurs ?

24. Pour les conduites particulières de madame Guyon, qu'y

:

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2 Rép., p. 15.

- 3 Relat., ire sect., n. 4,

avoit-il de plus efficace pour la réprimer, « que les défenses par elle acceptées avec soumission, d'écrire, enseigner et dogmatiser dans l'Eglise, ou de répandre ses écrits imprimés ou manuscrits, ou de conduire les ames dans les voies de l'oraison ou autrement ? » Qu'y a-t-il à craindre de ses visions, de ses prophéties, ni en général de ses livres imprimés ou manuscrits, quand on les défend tous également? Et en général, qu'y a-t-il à craindre de la direction d'une personne, à qui « on défend d'écrire, enseigner, dogmatiser, diriger ou conduire sous quelque prétexte que ce soit ? » Que M. l'archevêque de Cambray, qui n'aspire plus qu'à se justifier en m'accusant, pousse sa critique où il voudra, il ne trouvera rien d'omis dans cette attestation qu'il a rapportée '; et si madame Guyon avoit été fidèle à des soumissions si expresses, l'affaire étoit finie de son côté. Je suis donc autant irrépréhensible à réprimer sa conduite qu'à condamner ses erreurs.

25. Il y a un point où je lui ai laissé déclarer ce qu'elle a voulu pour sa justification et son excuse, et c'est celui des abominables pratiques de Molinos, où mon attestation porte que je ne l'ai « point trouvée impliquée, ni entendu la comprendre dans la mention que j'en avois faite dans mon Ordonnance du 16 avril 1695. » C'est qu'en effet je ne voulois pas entamer cette matière pour des raisons bonnes alors, mais qui pouvoient changer dans la suite : ce qui après tout n'étoit pas tant justifier madame Guyon, que suspendre l'examen de ce côté de l'affaire. Ainsi j'ai tâché, selon la parole et l'exemple de Jésus-Christ, à garder toute justice, et à satisfaire également à tout ce que la charité et la vérité me demandoient.

26. De cette sorte mon attestation, que M. l'archevêque de Cambray a produite pour me convaincre, a démontré mon entière justification : puisque ce prélat n'accuse M. de Paris que de la même conduite, il faut qu'il se taise à son égard comme au mien. J'ajouterai seulement que M. l'archevêque de Paris a plus fait que moi, et que les expresses contraventions à des paroles souscrites, dont madame Guyon a depuis été convaincue, ont obligé ce prélat à de plus grandes précautions envers cette femme: en sorte

1 Rép. à la Relat., chap. 1, p. 16.

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