Page images
PDF
EPUB

que s'il faut jamais produire les actes entiers, au lieu que M. de Cambray les a donnés par lambeaux, et avec des additions supposées, ils le couvriront encore plus de confusion qu'il ne l'est par l'évidence de ce que j'ai dit, et par l'impossibilité de prouver la moindre chose de ce qu'il avance.

§ VII. S'il est vrai que je n'aie rien répondu sur le sujet de

madame Guyon.

M. DE CAMBRAY.

27. Tout l'artifice de M. de Cambray est de me représenter toujours comme un homme qui ne répond rien', à qui ensuite il compose des réponses à sa fantaisie, en supprimant les miennes qui sont sans réplique. En voici un exemple? : « Pourquoi M. de Meaux se vante-t-il de me convaincre de faux ? En avouant le fait que j'avance, c'est-à-dire la communion de Paris qu'il lui donna de sa propre main, il ne répond rien (remarquez ce mot) aux fréquentes communions qu'il lui a permises à Meaux pendant six mois, sans lui avoir jamais fait avouer ni rétracter ce fanatisme, où elle se croyoit la femme de l’Apocalypse, et l'épouse audessus de la mère. »

RÉPONSE. 28. Je ne réponds rien, dit-il, je n'ai rien fait avouer à madame Guyon ? N'est-ce rien répondre, que de dire qu'on lui a laissé les sacremens, à cause de sa soumission absolue, et réitérée par tant de déclarations de vive voix, et par tant d'actes souscrits de sa main ? Pour venir au particulier, M. de Cambray oseroit-il dire que je n'ai rien déclaré à madame Guyon de mes sentimens contre ses erreurs, que le public connoissoit après ce qui est écrit dans les Etats d'Oraison sur la signature des Articles : ; et sur sa souscription aux censures du 16 et du 25 avril 1695, contre ses livres comme contenant une mauvaise doctrine? Veut-on venir aux conduites particulières de cette femme ? n'ai-je pas dit que je commençai par défendre ces absurdes communications de graces, et que madame Guyon répondit qu'elle obéiroit à cette défense aussi bien qu'au commandement « donné exprès pour l'empêcher de se mêler de direction, comme elle faisoit avec une autorité étonnante 1? » M. de Cambray ne lit pas le livre qu'il réfute; il ne lit que ce qui convient à sa prévention et à l'avantage qu'il veut prendre, en disant qu'on ne lui répond jamais rien.

1 Rép. à la Relat., chap. I, p. 32. d'Or., liv. X, n. 21.

. Ibid., p. 33.

3 Inst. sur les Etuts 1 Relat., 11e sect., n. 3, 4, 9. - 2 Ibid., n. 21.

29. Pour peu qu'il eùt consulté mon livre, il y auroit lu que le 4 de mars 1694, j'écrivis une grande lettre à madame Guyon, où je lui marquois tous mes sentimens « sur ces prodigieuses communications, sur l'autorité de lier et délier, sur les visions de l'Apocalypse, et les autres choses que j'ai racontées ?. » Voilà donc une réponse précise sur les chefs où l'on assure que je ne réponds rien. J'ajoute que la réponse de madame Guyon, qui suivit de près cette grande lettre, étoit très-soumise ; et s'il en faut dire les termes pour contenter M. de Cambray, madame Guyon y répète à chaque ligne : « Je me suis trompée : j'accuse mon orgueil, ma témérité, ma folie ; et remercie Dieu qui vous a inspiré la charité de me retirer de mon égarement : je renonce de tout mon cour à cela : je consens tout de nouveau qu'on brûle mes écrits et qu'on censure mes livres, n'y prenant aucune part. » Il s'agissoit donc tant de la doctrine que de la conduite: car na lettre du 4 de mars lui représentoit également ses excès, ses égaremens, ses erreurs insupportables et insoutenables dans les termes, dans les choses mêmes et sur le fond; dans les expressions, dans les sentimens; contre la raison, contre l'Evangile, contre l'esprit de l'Eglise : elle répond à tout cela en avouant, en se soumettant sans réserve : n'est-ce rien lui faire avouer, que de lui faire avouer toutes ces choses ? On nous la représente comme une personne qui nous soutenoit qu'elle n'avoit jamais eu aucune erreur de celles qu'on lui faisoit condamner; cette lettre montre un esprit tout contraire : ajoutez toutes les défenses portées dans les actes, et dans la propre attestation que M. de Cambray produit. Il ose dire après cela que je n'ai rien répondu, lui qui sait, qui voit de ses yeux toutes mes précises réponses, dans ma Relation, dans un livre qu'il a en main, et sur lequel il travaille. Non-seulement j'ai répondu, mais encore ma réponse est irréprochable. J'ai les deux lettres dont il s'agit : la mienne dans une copie que j'en retins alors, et celle de madame Guyon en original : la seule crainte d'embarrasser le lecteur d'une longue et inutile lecture m'empêcha de les produire. Mais enfin M. de Cambray veut-il n'avoir jamais vu ces lettres mentionnées dans ma Relation, ou veut-il les avoir vues ? Ce qu'il lui plaira; car il lui faut laisser le champ libre, pour dire ce qu'il veut avoir vu ou non : s'il les a vues, et que madame Guyon, qui lui rendoit compte de tout, les lui ait communiquées, il m'accuse à tort de n'avoir satisfait à rien, puisqu'il paroît par ces lettres que j'ai satisfait à tout. Mais s'il veut n'avoir rien vu de tout cela, et qu'il m'accuse cependant au hasard, et sans en rien savoir, d'avoir manqué à tous mes devoirs, il est le plus injuste de tous les accusateurs, et il dit tout à sa fantaisie.

30. Il répond peut-être dans l'humeur contredisante qui le tient, qu'il falloit rendre ces lettres publiques : quoi ? dans le temps qu'on espéroit de ramener une ignorante soumise ? quel prodige d'inhumanité? Il faut noter publiquement les erreurs publiques : il faut même découvrir les plaies cachées, quand elles paroissent irrémédiables et contagieuses : voilà les règles de l'Evangile, que j'ai suivies : le contraire est outré ou foible.

[ocr errors]

S VIII. Réflexions sur l'article second.

31. On voit d'abord qu'il n'y a rien de sérieux dans le discours de M. de Cambray : ce ne sont que jeux d'esprit, que tours d'imagination. Tout ce qui lui fait si fort estimer madame Guyon, dans tout autre auroit produit un effet contraire: il ne garde pas même l'ordre des temps. Pour fonder l'estime qu'il fait commencer environ en 1689, il allègue des lettres et des actes de 1694 et de 1695. C'est vouloir montrer qu'il l'estime encore, depuis même qu'elle est condamnée par les prélats qu'il appelle en témoignage. Il n'y a que la lettre de 1683 de feu M. de Genève, qui précède la date que M. de Cambray a donnée au commencement de son estime. Mais cette lettre éloigne madame Guyon comme la peste

[ocr errors]

:

des communautés. M. de Cambray demeure d'accord que l'autre lettre du même prélat avoit suivi la condamnation qu'il avoit faite de ses mauvais livres avec ceux de Molinos comme contenant la doctrine des quiétistes. On peut juger combien cet évêque estimoit madame Guyon infectée de ces sentimens. Il semble que M. de Cambray veuille se moquer quand il se fonde encore sur mon témoignage : mais pour cela il me suppose des actes faux : il hasarde tout ce qu'il lui plaît sur la foi de madame Guyon. Il avance contre la vérité du fait, que je ne réponds rien à ses objections, que je ne fais rien avouer ni rétracter à madame Guyon, pendant qu'il voit le contraire: pendant que dans le fait il est constant que je réponds amplement à tout, et qu'il est certain dans le droit que mes réponses sont sans réplique. Comment veutil qu'on appelle ces expresses oppositions à la vérité, et après cela de quelle croyance veut-il être digne dans ses récits ?

32. Quand il dit pour autoriser son estime : « Je vois marcher devant moi les lettres de feu M. de Genève : Je vois marcher après moi l'attestation de M. de Meaux ': » ne lui peut-on pas répondre avec vérité : Non, vous ne voyez point marcher devant vous les lettres du feu évêque de Genève : et pour ne m'arrêter pas à la date postérieure d'une de ces lettres , quand vous avez commencé d'estimer madame Guyon en l'an 1689, vous voyiez marcher devant vous en 1683 une lettre qui convainquoit cette femme de renverser l'esprit des communautés les plus saintes. Vous voyiez marcher devant vous un ordre du même prélat, qui conformément à sa lettre l'éloignoit avec le Père Lacombe de son diocèse, où elle brouilloit les communautés. Vous voyiez encore marcher devant vous la censure du même évêque de 1688, où les livres de cette femme si estimable sont condamnés avec ceux de Molinos, comme contenant les maximes artificieuses du quiétisme. Vous voyiez marcher devant vous ce que fit ce prélat pour faire rappeler à Paris les filles des Nouvelles Catholiques , dont vous étiez alors supérieur, et vous n'avez pu ignorer ce qui se passa sur ce sujet environ en l'an 1686. Vous voyiez marcher de- vant vous les censures de Rome de 1688 et de 1689 contre les livres du Père Lacombe et de madame Guyon?: les ordres du Roi pour enfermer ce religieux aussitôt qu'il fut revenu en France avec madame Guyon après leurs voyages, et les perpétuels soupçons que l'on eut de leur mauvaise doctrine et de leur mauvaise conduite encore cachée alors, mais qui n'a que trop éclaté depuis. La conduite du directeur faisoit-elle beaucoup d'honneur à la dirigée ? Voilà ce qui précédoit le choix que vous avez fait de cette femme pour

1 Rép., chap. I, p. 19.

être votre amie dans ce commerce spirituel que vous racontez.

33. Ici toute votre ressource est de m'impliquer, si vous pouviez, dans votre erreur. Vous avez vu, dites-vous, marcher après vous l'attestation de M. de Meaux ? : où madame Guyon est si estimée, a qu'on lui défend d'écrire, d'enseigner et de dogmatiser dans l'Eglise, ou de répandre ses livres imprimés ou manuscrits, ni de conduire les ames dans la voie de l'oraison ou autrement. » Vous faites encore marcher après vous un acte qui ne fut jamais, comme je viens de le montrer; et je perdrois trop de temps, si je voulois raconter ici tout ce qui a véritablement marché après vous contre cette femme, que vous estimez tant et que vous avez laissé tant estimer.

ARTICLE III.

Sur ma condescendance envers madame Guyon et envers M. de Cambray.

I. Mes paroles, d'où M. de Cambray tire avantage.

[ocr errors]

1. Je trouve deux choses qui ont grand rapport dans la ponse de M. de Cambray : l'une est l'avantage qu'il tire de ma condescendance envers madame Guyon ; l'autre est celui qu'il tire aussi de ma douceur envers lui-même.

2. J'avois raconté dans ma Relation : la prière que m'avoit faite M. de Cambray, de garder du moins quelques-uns de ses écrits en témoignage contre lui, s'il s'écartoit de mes sentimens : et la réponse que je lui fis sur cette proposition : Non; monsieur, je

Actes contre les Quiét. 2 Attest. de M. de Meaur. Rép. de M. de Camtray, chap. I, p. 16, 17. - 3 Relat., 111e sect., n. 14.

1

« PreviousContinue »