Page images
PDF
EPUB

RÉPONSE.

4. Je ne sais encore quelle finesse peut trouver M. de Cambray nous avouer ce récit, plutôt sous le nom de conversation que sous celui de conférence. Quoi qu'il en soit, il ne niera pas qu'elle se fit chez lui, à heure marquée, et ses amis appelés durant une après-dinée et tant qu'il voulut, puisque j'étois venu pour cela. Ce que je lui récitai est étendu plus au long dans la première édition de sa Réponse. « Il me raconta, dit-il (M. de Meaux), que madame Guyon s'imaginoit crever par une plénitude de graces, et la répandre sur les personnes qui étoient en silence auprès d'elle. Il ajouta qu'elle avoit prédit qu'il viendroit bientôt un temps où l'oraison se répandroit abondamment dans l'Eglise : qu'elle étoit la femme de l'Apocalypse, et l'épouse au-dessus de la Mere du Fils de Dieu '. » Qu'il ne s'avise donc plus de nier que je lui aie raconté ces faits importans. Des visions qu'il avoue lui-même avoir été suffisantes à faire condamner madame Guyon, a ou comme folle ou comme impie, si elle avoit parlé ainsi d'ellemême sérieusement, » méritoient d'être approfondies.

S II. Que M. de Cambray asfoiblit et excuse tout.

M. DE CAMBRAY.

5. « Je répondis 1, qu'elle étoit folle et impie si elle avoit parlé ainsi d'elle-même sérieusement: 2, je remarquai que beaucoup de saintes ames avoient raconté par simplicité certaines graces particulières, mais dans un genre très-inférieur aux prodiges insensés dont il s'agissoit. 3, Je dis que cette personne m'avoit paru d'un esprit tourné à l'exagération sur ses expériences. 4, J'ajoutai les paroles de saint Paul : Eprouvez les esprits'.»

[ocr errors]

RÉPONSE.

6. Veut-il avoir dit toutes ces choses? je passe tout, et je conclus : 1. Que selon M. de Cambray , madame Guyon paroissoit tournée à exagérer ses expériences, c'est-à-dire celles qui lui pa

Rép., 1re édit., p. 24. – ? Rép., p. 27. 3 Ibid.

1

[ocr errors]

roissoient avantageuses : ce qui est un caractère d'orgueil qu'il est forcé d'avouer. 2. Que M. de Cambray vouloit affoiblir la vérité de mon récit par cette conditionnelle, si elle avoit parlé ainsi d'elle-même sérieusement. C'est ce qu'il fait plus à découvert dans la suite.

M. DE CAMBRAY. 7. « Ces choses que M. de Meaux me racontoit m'étoient nouvelles et presque incroyables. J'avoue que je commençai à me défier un peu de la prévention de ce prélat contre cette personne. Je ne reconnoissois en toutes ces choses aucune trace des sentimens que j'avois toujours cru voir en madame Guyon'.»

RÉPONSE.

8. Quoi? M. de Cambray ne savoit rien de ces prodigieuses communications de graces? ses amis ne lui en avoient jamais rien dit? ou bien c'est qu'elles n'étoient pas véritables ? Veut-on me faire produire les lettres originales qui en font la preuve? J'ai marqué dans ma Relation celles de madame Guyon qui confirment tout ce que j'avance: il faut me croire ou me démentir nettement sur des faits contre lesquels on n'allègue rien, et dont j'ai la preuve en main. Si M. de Cambray en doutoit, il devoit approfondir la matière pendant que j'avois, outre les lettres que j'ai encore, les livres que j'ai rendus et qu'il m'avoit fait confier luimême : mais alors il ne doutoit point de la vérité de mes discours, et maintenant même il n'ose les accuser de fausseté, content de se sauver par des subterfuges.

M. DE CAMBRAY.

9. « Madame Guyon m'avoit dit plusieurs fois qu'elle avoit de temps en temps de certaines impressions momentanées, qui lui paroissoient dans le moment même des communications extraordinaires de Dieu, et dont il ne lui restoit aucune trace le moment d'après... Elle ajoutoit que selon la règle, elle demeuroit dans la voie obscure de la pure foi, ne s'arrêtant jamais volontairement à aucune de ces choses... Cette règle est celle du bienheureux * Rép., chap. 1, p. 28. TOM. XX.

15

Jean de la Croix... du père Surin, approuvé de M. de Meaux. Cet auteur remarque que de très-saintes ames peuvent être trompées par l'artifice de Satan, comme sainte Catherine de Boulogne le fut durant trois ans par un diable sous la figure de JésusChrist'. » Il tourne ce raisonnement durant cinq ou six grandes pages, avec de ces sortes de répétitions, où l'on voit un homme qui, n'étant jamais content de ce qu'il dit , ne fait que le répéter.

RÉPONSE. 10. On voit comme il exténue et comme il excuse les excès de madame Guyon : mais il erre; elle s'arrêtoit si bien à ces visions, qu'elle en venoit à des pratiques, les inculquoit sérieusement et avec une certitude étonnante, et les faisoit servir de fondement à son état, comme je l'ai fait voir dans la Relation. Elle appuie d'une manière terrible sur le songe que j'ai raconté, et où M. de Cambray affecte cent fois de ne trouver rien de mauvais que

de s'être préférée à la sainte Vierge, en dissimulant l'idée infâme que je ne veux pas rappeler : c'est ce que le père Surin ni aucun spirituel n'auroit jamais approuvé : cependant M. de Cambray excuse autant qu'il peut son indigne amie, et voudroit nous la donner comme une autre sainte Catherine de Boulogne.

$ III. Que M. de Cambray a voulu pouvoir justifier madame Guyon.

M. DE CAMBRAY.

11. « Quand je proteste devant Dieu que je n'ai point lu les manuscrits, le lecteur ne doit soupconner aucun artifice... S'il étoit vrai que je les eusse lus, et si j'étois capable d'artifice, je n'aurois garde de faire donner à M. de Meaux, par madame Guyon, ces manuscrits que j'aurois connus si capables de le scandaliser... Ce prélat faisoit entendre qu'il étoit zélé contre l'illusion et prévenu contre les mystiques.» Il répète et tourne encore ce raisonnement en cent manières différentes.

[ocr errors]

· Rép., chap. I, p. 28, 29. 2 Relat., lle sect., n. 9, 10, 14, 18, 19, etc. 3 Rép., chap. I, p. 22-24, etc., p. 32, etc.

RÉPONSE.

12. Me veut-il louer ou blâmer quand il fait marcher ensemble ces deux qualités : je me montrois zélé contre l'illusion et prévenu contre les mystiques ? Pour zélé contre l'illusion, qui ne l'est pas? pour prévenu contre les mystiques : c'est un trait qu'on me veut donner, mais sans raison; si ce n'est qu'il veuille appeler prévenus contre les mystiques ceux qui le sont contre Molinos, qui est un mystique d'une étrange espèce, favorisé toutefois par madame Guyon et par M. de Cambray. Voilà une des raisons qui eussent empêché M. de Cambray de me communiquer les manuscrits de madame Guyon, s'il les avoit lus : quoi qu'il en soit, il me les a mis entre les mains, ces livres remplis d'absurdités de toutes les sortes : quelque précautionné qu'on soit, ou la confiance qu'on a dans un génie élevé qui sait tout tourner comme il lui plaît, ou quelque autre semblable raison aveugle les hommes. Dieu se sert de ces dispositions, et c'est visiblement par un conseil de sa sagesse que contre toute apparence ces écrits sont venus à moi : Dieu vouloit que l'illusion en fût découverte, et M. de Cambray étoit trop disposé à les excuser.

13. Que sert maintenant de disputer s'il a lu ou s'il n'a pas lu ces manuscrits qu'il m'a mis en main ? laissons-lui dire les choses les plus incroyables. Quoi qu'il en soit, il ne peut nier après son aveu qu'on vient d'entendre', qu'il n'en ait ouï de ma bouche le fond et les circonstances les plus aggravantes. C'est pourtant après ce récit qu'il l'appelle toujours son amie ; qu'il croit, comme on a vu, sa réputation inséparable de celle de cette fausse béate; qu'il me refuse son approbation, de peur d'être obligé de la condamner. Après le récit de tant d'excès, il n'a rien voulu approfondir avec moi, parce qu'il ne vouloit pas être convaincu, ni forcé d'abandonner une amie qui le déshonore par ses fanatiques extravagances autant que par ses erreurs. Après cela je prends à témoin le ciel et la terre qu'il est seul, avec cette fausse prophétesse, la cause des troubles de l'Eglise, comme je l'en ai convaincu par ma Relation.

Ci-dessus, n. 1-4.

ARTICLE VII.

Diverses remarques avant la publication du livre de M. de Cambray.

$ I. Sur mon ignorance dans les voies mystiques.

M. DE CAMBRAY.

1. « J'ai écrit : pourquoi écrivois-je ?... Le lecteur ne doit pas être surpris que j'aie donné des mémoires à M. de Meaux sur les voies intérieures, puisque ce prélat me les demanda : il doit se souvenir que quand on le fit entrer dans cet examen, il n'avoit jamais lu ni saint François de Sales, ni les autres livres mystiques, tels que Rusbroc, Harphius, Taulère, dont il a dit que, ne pouvant rien conclure de précis de leurs exagérations, on a mieux aimé les abandonner, etc. '. »

2. C'est ce qui fait conclure à M. de Cambray dans sa Réponse latine à M. l'archevêque de Paris, que j'étois ignorant de la voie mystique : rudis et imperitus hujus doctrinæ.

3. Il prouve aussi par une de ses lettres, qu'il écrivit des mémoires, mais par obéissance.

4. Il ajoute un peu après que a la doctrine des saints mystiques étoit en péril : M. de Meaux ne les connoissoit point, et vouloit condamner l'amour désintéressé, etc. )

RÉPONSE.

5. M. de Cambray avoit donc grand tort de se soumettre si absolument à un homme si ignorant dans la matière dont il étoit question.

6. C'est sans doute qu'il sent dans sa conscience qu'on peut être instruit dans les principes de la vie intérieure et spirituelle, sans ayoir songé à lire ni Rusbroc, ni Harphius, ni même Taulère, auteurs dont je ne vois pas que M. de Cambray se soit servi: car pour saint François de Sales, sans lire beaucoup, je l'avoue encore, son Traité de l’Amour de Dieu, j'avois donné de l'attention,

· Rep., chap. 11, p. 35, 36.

« PreviousContinue »