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En vérité voilà des mystères inouïs et inexplicables, et on y abuse trop visiblement de la foi publique.

23. S'il eût été question d'accuser M. l'abbé de Fénelon, il ne falloit pas tant de détours, tant d'examens, tant de mémoires; il n'y avoit qu'à nommer madame Guyon comme amie de cet abbé; tout étoit conclu par ce seul fait, et avec raison; madame Guyon étoit trop connue: il étoit vrai qu'elle étoit son amie : dès 1689 il l'estimoit : il avoit avec elle des liaisons qu'on n'ignoroit pas : on en eùt eu aisément la preuve constante : car encore qu'il fit un mystère de cette amitié, qui faisoit peu d'honneur à sa capacité et à son esprit, elle n'étoit pas si cachée, qu'il ne fùt obligé de s'informer de la conduite de madame Guyon à la dernière rigueur': et les personnes à qui il avoue qu'il l'a laissé estimer étoient bien connues. En falloit-il davantage pour le priver éternellement de toutes les graces, si on eût songé à l'accuser? Cependant quel témoin veut-il qu'on lui allègue pour montrer qu'on ne l'a jamais accusé de rien ? Y en a-t-il un que la vérité, plus encore que le respect, rende plus irréprochable que le Prince sous les yeux de qui tout s'est passé, et devant qui nous écrivons ? On n'a donc jamais accusé M. de Cambray : disons plus ; on l'a laissé être archevêque : et quand il est parvenu à ce faite des dignités ecclésiastiques, parce qu'on ne l'a pas perdu, il veut perdre de réputation ceux qui l'ont sauvé. Qu'on rendroit le genre humain odieux si l'on y souffroit de tels exemples !

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M. DE CAMBRAY.

24. «On peut voir par là sur quel fondement M. de Meaux a pu dire au commencement de la Déclaration, que j'avois été le quatrième juge de madame Guyon ajouté aux trois autres : Ea consultores tres dari sibi postulavit, quorum judicio staret. His illustrissimus auctor quartus accessit. M. de Veaux a bien senti dans la suite que ce fait ne pouvoit convenir aux accusations qu'il préparoit contre moi; et dans sa traduction il a changé son texte, en disant seulement : Notre auteur s'est depuis uni à eur; mais enfin il est clair comme le jour que j'étois le principal accusé ?. »

1 Ci-dessus, art. 6, n. 7. Rép., chap. 11, p. 38.

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RÉPONSE.

25. Remarquez que ce qu'on vient d'entendre, est la seule preuve littérale de M. de Cambray pour montrer que M. de Meaux qu'il avoit choisi pour son juge, s'étoit rendu son accusateur; parce que dans la Déclaration on a traduit le mot, quartus accessit : Après trois juges donnés, M. de Cambray s'est uni à eux : au lieu de mettre qu'il fut le quatrième, ce prélat veut me faire accroire que j'ai bien senti que ce fait ne convenoit pas aux accusations que je préparois? Autant que le reproche est atroce, autant la preuve est légère et nulle: je ne comprends pas la finesse que M. de Cambray veut trouver ici; et après tout je m'en tiens à l'original sans croire que la version donne contre moi aucun avantage; d'où je conclus que l'envie de me contredire lui fait hasarder les accusations les plus violentes sans les pouvoir soutenir d'aucune raison.

$ V. S'il est vraiqu'on négligea, durant l'examen, d'instruire M. de Cambray,

et d'être instruit de ses raisons.

M. DE CAMBRAY.

26. «M. de Meaux ne conféroit point avec moi sur la doctrine, et il expliquoit selon ses préventions les termes mystiques dont je m'étois servi sans précaution dans ces manuscrits informes. On se rencontroit tous les jours, dit ce prélat; nous étions si bien au fait, que nous n'avions pas besoin de longs discours . C'est le moyen de n'être jamais au fait de ne se voir qu'en se rencontrant et de n'avoir ni conférences, ni longs discours. Il parle encore ainsi : Nous avions d'abord pensé à quelques conversations de vive voir; mais nous craignions qu'en mettant la chose en dispute, etc. Ainsi M. de Meaux lisoit seulement selon sa prévention ces manuscrits informes sans rien éclaircir avec moi : cette conduite ne montre-t-elle pas que j'étois le principal accusé? En faut-il davantage pour montrer combien j'avois besoin de me justifier 3? »

1 Relat., III. sect., n. 8. - 2 Ibid. - 3 Rép. à la Relat., chap. II, p. 43.

RÉPONSE.

27. Il me veut donner l'air d'un homme prévenu qui n'écoute rien, et qui précipite un examen de doctrine sans être informé; mais il oublie précisément le principal. C'est qu'il m'avoit pleinement instruit de ses sentimens et de ses raisons, ainsi qu'il le reconnoît par ces paroles d'une de ses lettres : « Vous savez avec quelle confiance je me suis livré à vous, et appliqué sans relâche à ne vous laisser rien ignorer de mes sentimens les plus forts '., Jugez maintenant s'il y a rien de négligé ni de précipité dans une affaire où la partie intéressée reconnoît qu'elle a dit tout ce qu'elle savoit, et que de sa part il ne manque rien pour l'instruction.

28. Il oublie encore un autre fait également important : c'est qu'il pressoit par toutes ses lettres une décision : « sans, dit-il, attendre les conversations que vous me promettiez ?. » De cette sorte, loin de demander des conversations qui assurément ne lui auroient jamais été refusées, on voit comme il coupe court sur ce sujet : et quand on fait ce qu'il veut, il se plaint qu'on est prévenu et qu'on précipite les choses.

29. Ainsi quoi qu'il puisse dire, de son propre aveu nous étions parfaitement au fait : si nous n'avions plus besoin de longs discours, c'est que nous avions lu à loisir de longs et amples écrits; c'est enfin, puisqu'il faut tout circonstancier à un homme qui semble vouloir oublier tout; c'est, dis-je, que nous avions eu de longs entretiens dans de longues promenades qui nous étoient assez ordinaires.

30. Il se plaint à toutes les lignes que je lisois ses mémoires avec prévention : mais lui-même encore à présent les estime aussi peu que moi '; et il montre qu'il ne les ose soutenir, puisqu'il ne cesse de répéter, et même dans l'endroit qu'on vient d'entendre, qu'ils étoient informes, et qu'il s'y étoit servi sans précaution des termes mystiques. Si lui-même il en parle ainsi, je puis bien pousser plus loin mes justes reproches.

31. Ma Relation explique souvent comme je craignois les disputes dans l'appréhension de soulever, « plutôt que d'instruire, un esprit que Dieu faisoit entrer dans une meilleure voie, qui étoit celle de la soumission absolue . »

1 Lett. de M. de Cambray; Relat., 111° sect., n. 4. - 2 Relat., Inl. sect., n. 6. – Voyez ci-dessus, art. 3, n. 12.

32. J'aurai bientôt un nouveau procès sur la soumission, et l'on incidente sur tout: mais en attendant, vidons celui-ci. M. de Cambray n'a pas raison de tant mépriser les entretiens très-fréquens qu'on avoit avec lui, à la rencontre, comme peu propres à nous mettre au fait. Ces entretiens, quoique courts, ne laissoient pas d'être sérieux : moins ils étoient préparés, moins ils ressentoient la dispute et le dessein formé, plus ils étoient propres au dessein que je m'étois proposé de regagner sans appareil un esprit délicat: je ne sais ce qu'on veut reprendre dans cette conduite.

§ VI. Sur la voie de la soumission et de l'instruction.

M. DE CAMBRAY.

33. « Falloit-il de peur de me soulever ne m'instruire jamais ? la voie de la soumission exclut-elle celle de l'instruction ? l'Eglise en demandant qu'on se soumette, néglige-t-elle d'instruire, et ne joint-elle pas toujours au contraire l'instruction à l'autorité ? ? »

RÉPONSE.

34. Il y a une instruction sans dispute qu'il ne faut jamais négliger : elle consiste à proposer et insinuer les principes doucement et comme imperceptiblement à la manière que je viens d'expliquer. Quand on croit la matière suffisamment éclaircie, et qu'il ne s'agit plus que de décider; quand d'ailleurs on trouve un esprit qui pèche en subtilité, et que Dieu met dans la voie de la soumission absolue, j'ai remarqué dans la Relation qu'il en faut user 3. Faute de vouloir entendre des choses si claires, M. de Cambray remplit tous ses discours de sophismes, de paralogismes, de chicane et d'injustice: mais surtout il est admirable sur les confé§ VII. Sur les conférences que M. de Cambray m'accuse d'avoir négligées

rences.

1 Relat., le sect., n. 20; une sect., n. 8, 13. — ? Rép., chap. IV, p. 88, 89. — Relat., 11:e sect., n. 8, 13.

durant l'examen.

M. DE CAMBRAY.

35. Après m'avoir cent fois reproché que je ne conférois point avec lui durant le temps de l'examen, il revient à la charge par ces paroles : « Si j'avois de la peine, je savois la vaincre et n'y avoir aucun égard, puisque je signois (les Articles) sans disputer et sans dire un mot : que peut donc signifier cette crainte de la dispute avec un homme si silencieux, si confiant et si soumis? Pourquoi M. de Meaux ne l'invitoit-il pas à la conférence, où la force des larmes fraternelles, les discours inspirés par la charité et la vérité auroient été si bien employés ? Pourquoi éviter cette voie toujours pratiquée, même par les apôtres, comme la plus efficace et la plus douce pour convenir de quelque chose ?? »

RÉPONSE.

36. Il me rend les propres paroles de ma Relation?: je les reconnois; mais il ne veut pas songer que s'il y a des conférences pour instruire, il y en a aussi pour convaincre : celles que je lui reproche d'avoir refusées, étoient de ce dernier rang. Il étoit sorti de toutes les voies de soumission en publiant son livre, et ne songeoit plus qu'à le soutenir: en ce cas il en falloit bien revenir à tâcher de le convaincre, et de lui démontrer son erreur par quelques conférences aussi tranquilles que fortes : c'est l'espérance que je fais paroître dans ma Relation ». Pourquoi a-t-il refusé cette seule voie qui nous restoit alors pour convenir? Auparavant nous suivions la voie de la soumission, que Dieu nous ouvroit : elle eut son effet, et fit signer les Articles à M. de Cambray et sans dire un mot. Mais nous en allons parler, et nous en reviendrons bientôt aux conférences. 1 Rép., chap. IV, p. 88. - ? Relat., ville sect , n. 2, 5.

3 Ibid., n. 2.

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