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S VIII. Sur la signature des Articles.

M. DE CAMBRAY.

37. « Il est vrai que les conférences furent faites sans moi à Issy: il est vrai aussi qu'on me proposa les Articles tout dressés. Mais combien m'en donna-t-on d'abord ? M. de Meaux ne peut avoir oublié qu'on ne m'en donna d'abord que trente; le xio, le XII, le xxxie et le xxxiv n'y étoient pas encore. Je garde l'écrit des trente Articles qu'on me donna. »

RÉPONSE.

38. Il me prend à témoin d'un fait dont je sais distinctement le contraire. On ne trouva jamais à propos de lui demander son sentiment sur aucun des Articles pour les solides raisons qu'on peut lire dans la Relation', et qu'il ne faut pas toujours répéter. Quelque copie qu'il puisse produire des Articles, qu'on peut copier à sa fantaisie, je suis assuré qu'il n'en paroîtra jamais aucune qui lui ait été donnée de notre part, où le xnio, le xiiio, le xxxiiio et le XXXIV° ne se trouvent pas, comme il l'assure. Je répète que de propos délibéré il étoit fixé entre nous de n'en consulter jamais aucun avec lui : s'il le veut nier à présent, pour le convaincre, je lui représente, comme j'ai fait dans la Relation ", ce qu'il a écrit dans son Avertissement', où il ne parle que de deux prélats qui ont donné au public xxxiv propositions, et il ne s'avise pas

de dire qu'il les ait dressées avec eur. Voilà qui est net : il ne nomme comme auteurs des xxxiv propositions que deux prélats, M. de Paris et moi : pourquoi ne se met-il pas avec eux?

39. Il répond «qu'il ne pouvoit se mettre avec eux, en parlant de leurs ordonnances auxquelles il n'a aucune part *. » Mais la défaite est trop vaine; et pour éclaircir le public de la raison qui le portoit à expliquer ces xxxiv propositions que deux prélats ont données au public, il n'auroit pas oublié la part qu'il y auroit eue, s'il n'eut senti dans sa conscience qu'il n'y en avoit aucune, non plus qu'à nos ordonnances. Il parloit naturellement, et il avoit plus près de la source la mémoire plus fraîche de ce fait. Elle étoit encore plus récente quand il écrivit son Mémoire où sont ces mots : « J'ai d'abord dit à M. de Meaux que je signerois de mon sang les xxxiv Articles qu'il avoit dressés, pourvu qu'il y expliquât certaines choses '. » Quoi que puisse dire M. de Cambray, ces certaines choses ne pouvoient pas être des articles, puisque le nombre de trente-quatre en étoit complet selon lui-même, mais tout au plus quelques paroles; ce qui au fond ne conclut rien. Il répond que c'est par mégarde qu'il a mis trente-quatre au lieu de trente: c'est qu'il dit tout ce qu'il lui plaît. S'il a mis dans ses Marimes un involontaire qui le confond, il en accuse une autre main: s'il écrit trente-quatre, c'est trente qu'il a voulu dire. J'allègue des faits certains et bien écrits de sa main : il se sauve par les inventions de son bel esprit, et il veut qu'on croie tout ce qu'il imagine.

1 Relat., lle sect., n. 11-13. * Ibid., ve sect., n. 18. — 3 Max des SS., Avert., p. 16. — Rép., chap. III, p. 80.

M. DE CAMBRAY.

40. Certains articles parlent d'eux-mêmes, par exemple le Xxxn et le xxxmo?. M. de Cambray prétend que M. de Meaux ayant parlé contre sa propre opinion , surtout dans le xxxmo, il ne le peut avoir fait qu'y étant fortement pressé par quelque autre, et il m'interroge en cette sorte : «M. de Meaux me permettra-t-il de lui dire ici ce qu'il me dit sans cesse : Etoit-ce pour confondre les quiétistes qu'il dressa cet article xxxm. )

RÉPONSE.

41. Je réponds. Oui, c'étoit pour les confondre : il importoit de leur montrer que les Saints, qui sembloient avoir sacrifié leur salut, n'ont jamais songé à le faire que sous une condition impossible, sous une présupposition absolument fausse : « et que c'étoit sans déroger à l'obligation des autres actes essentiels au christianisme, » afin en effet de confondre les quiétistes qui les vouloient supprimer. C'est donc en vain que M. de Cambray insinue qu'il m'a suggéré cet article : la bonne foi nous le fit mettre pour ne point dissimuler la plus grande objection des quiétistes, et en donner en même temps la solution. Le reste de ce qu'allègue M. de Cambray regarde le fond, où il n'est pas question d'entrer à présent, et à quoi j'ai satisfait ailleurs. Mais on va voir encore sur les Articles une étrange parole de ce prélat.

1 Mém. de M. de Cumbray ; Relat , Ive sect., n. 23.- ? Rép., chap. III, p. 80, 81.

- 3 Ibid., p. 87. — * Art. 33 d'Issy.

$ IX. Encore sur les Articles, et sur la mauvaise foi dont M. de Cambray

s'accuse lui-même.

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42. « Le lendemain je déclarai par une lettre aux deux prélats, que je signerois les Articles par déférence contre ma persuasion : mais que si on vouloit ajouter certaines choses, je serois prêt à signer de mon sang". >>

RÉPONSE.

43. Je n'ai jamais vu de lettres où il déclarât qu'il signeroit contre sa persuasion : et je déplore seulement qu'il se reconnoisse capable de signer ce qu'il ne croit pas.

M. DE CAMBRAY.

44. «Si j'eusse cru ces Articles faux, j'aurois mieux aimé mourir que de les signer : mais je les croyois véritables : je les trouvois seulement insuffisans pour lever certaines équivoques, et pour finir toutes les questions. C'étoit précisément là-dessus que tomboit ma persuasion opposée à celle de M. de Meaux. »

RÉPONSE.

45. Il s'aveugle, et il s'enferre sans nécessité. Accordez, si yous pouvez, ces deux contraires : Je croyois les Articles véritables, et je les signois contre ma persuasion. Est-ce signer contre sa persuasion, que de vouloir lever des équivoques ; et quelqu'un a-t-il jamais parlé ainsi ? M. de Cambray force partout le langage humain : il a cru sans doute que j'avois la lettre ou exprime cette 1 Rép., chap. III, p. 77.

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TOM. XX.

signature contre sa pensée, et pour y trouver une excuse, embrouillé tout son discours.

il a

M. DE CAMBRAY.

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46. « Si M. de Meaux répond qu'il avoit suffisamment exigé (ma profession de foi) en me faisant signer les xxxiv Articles : il doit se souvenir que selon sa Relation, je ne les avois signés que par obéissance contre ma persuasion. Cette signature faite contre ma conscience, loin de le rassurer, devoit l’alarmer plus que tout le reste'. ,

RÉPONSE. 47. Il interprète lui-même que signer contre sa persuasion, c'est signer contre sa conscience ; et il dit que selon ma Relation, il a signé de cette sorte : mais ce n'est pas moi qui parle ainsi. J'ai bien dit qu'il avoit signé par obéissance?: quand on signe de cette sorte, on fait ce que la théologie appelle déposer son doute ou son opinion : nous crùmes alors facilement après toutes les promesses de M. de Cambray ; qu'au moins il avoit signé dans cet esprit , ce qui naturellement prépare la voie à l'intelligence parfaite : si le contraire est arrivé à M. de Cambray , et qu'en effet il ait signé contre sa conscience, je ne vois pas dans les ceurs : je ne le dis pas ; mais par malheur, c'est lui-même qui vient d'avouer qu'il étoit prêt à signer par déférence, contre sa persuasion. Sur un tel entortillement je l'abandonne à lui-même, et je lui laisse à expliquer un mauvais discours.

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§ X. Sur la soumission avant le sacre.

M. DE CAMBRAY.

48. « M. de Meaux assure que deux jours avant mon sacre, étant à genoux et baisant la main qui me devoit sacrer, je la prenois à témoin que je n'aurois jamais d'autre doctrine que la sienne. Quoi ? d'autre doctrine que la sienne ? C'est celle de l'Eglise catholique, apostolique et romaine, qu'il faut qu'un évêque promette de suivre, et non pas celle d'un autre évêque.

1 Rép., chap. III, p. 86. 2 Relat., 111° sect., n. 12.

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Si j'eusse parlé ainsi, il auroit dù me reprendre : aussi n'ai-je jamais rien fait qui ressemble à ce récit'. »

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RÉPONSE.

49. N'est-ce donc rien qui ressemble à ce récit, de m'avoir écrit tant de fois sur des points de foi : « Il ne me reste qu'à obéir : car ce n'est pas l'homme ou le très-grand docteur que je regarde en vous : c'est Dieu : un mot sans raisonnement me suffira : je ne tiens qu'à une seule chose, qui est l'obéissance simple : ma conscience est donc dans la vôtre : traitez-moi comme un petit écolier”, » et le reste qu'on peut voir dans ma Relation : et maintenant il vient nous apprendre «que c'est la foi de l'Eglise catholique, apostolique et romaine qu'il faut qu'un évêque suive, et non pas celle d'un autre évêque. » Qui ne le sait ? Mais lorsqu'on parle à un autre évêque comme on vient d'entendre, c'est qu'on a toute la certitude morale de la foi de cet autre évêque conforme à la catholique, apostolique et romaine, et qu'on espère d'entendre Dieu parler par sa bouche : ce qui fait écrire avec confiance comme faisoit ce prélat : C'est Dieu que je regarde en

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VOUS.

50. Je n'avois done point à reprendre M. de Cambray de sa protestation : il ne faisoit que répéter par cette action, ce qu'il avoit dit autant et plus fortement dans ses lettres. Je ne le crois pas assez injuste pour blâmer ces paroles de ma Relation : « Je reçus cette soumission comme j'avois reçu toutes les autres de même nature, que l'on voit encore dans ses lettres : mon âge, mon antiquité, la simplicité de mes sentimens, qui n'étoient que ceux de l'Eglise, et le personnage que je devois faire, me donnoient cette confiance. » Pourquoi donc ici se récrier tant : Quoi? n'avoir point d'autre doctrine que celle de M. de Meaux ? N'étoit-ce pas à l'Eglise catholique que je voulois l'attacher, en l'obligeant à quitter les malheureuses singularités que je rejetois ? Quoi qu'il en soit, il n'y a rien de nouveau, rien qui ne ressemble à ce que M. de Cambray avoit déjà fait : et s'il pie le fait du sacre, du moins il n'en peut nier la connexion avec ce qui

Rép., chap. iv, p. 85. — 3 Relat., Ille sect., n. 4, 6, 7. 3Ibid., n. 14.

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