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comme nous d'être leur disciple. » Comment pouvoit-il donc croire qu'il fut tout à fait orthodoxe, lorsqu'il le vit manquer à la parole qu'il avoit donnée, mépriser ouvertement l'autorité des Pères auxquels il avoit promis de se soumettre, et refuser si obstinément le terme de Mère de Dieu, que lorsqu'il sembla vouloir l'admettre, personne ne crut qu'il le fit sincèrement'? Cependant après l'avoir si bien conseillé, Jean d'Antioche se laisse entraîner dans sa faction, et préfère l'ami à la foi. Cela n'est que trop ordinaire. M. Dupin connoit des esprits à peu près de ce caractère, qui après avoir repris leur ami, lorsqu'il méprise leurs conseils, ne laissent pas de le soutenir et de l'approuver.

J'en dirai autant de Théodoret, qui, comme nous avons vu, avoit approuvé la lettre de Jean d'Antioche. On voit par ses lettres qu'il s'étoit lié d'une amitié étroite avec Nestorius et avec Alexandre d'Hiéraple, le plus intime de ses confidens. Nous avons déjà remarqué que d'abord il ne vit rien de mauvais dans les anathématismes de saint Cyrille. Il entra ensuite dans la passion de son ami, et aigri contre saint Cyrille, son style si beau d'ailleurs ne produisit que chicanes. On a pitié de Théodoret, un si grand homme, et on voudroit presque pour l'amour de lui que Nestorius, qu'il défendit si longtemps avec tant d'opiniâtreté, eût moins de tort. Mais il en faut revenir à la vérité, et se souvenir qu'après tout un grand homme entêté devient bien petit. 'Théodoret a bien parlé depuis des dogmes de Nestorius. Ce n'est pas qu'il ait rien appris de nouveau ; mais tant qu'on est entété, on ne veut pas voir ce qu'on voit.

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ONZIÈME REMARQUE.

Sur Alexandre d'Hiéraple et les autres que notre auteur a traités

de catholiques.

L'erreur d'Alexandre d'Iliéraple, d'Eutherius de Tyane et de quelques autres, étoit d'un autre genre que celle de Jean d'Antioche et de Théodoret. Ceux-là crurent véritablement Nestorius innocent, non qu'ils errassent dans le fait, comme dit M. Dupin,

1 Socrat., lib. VII, cap. XXXIII. — 2 P. 783.

ou qu'ils ignorassent la croyance de Nestorius, mais parce qu'ils en étoient entètés. Ce sont là ces catholiques de notre auteur', qui ne voulurent jamais condamner ni le dogme ni la personne de Nestorius, et qui étoient aussi vrais nestoriens. Il ne sert de rien d'alléguer certaines expressions où ils sembloient s'éloigner de cette erreur. Car on les trouve dans les écrits de Nestorius comme dans les leurs. Il ne faut pas croire qu'on trouve toujours dans les hérétiques des idées nettes ou un discours suivi: c'est tout le contraire : l’embrouillement soutenu par l'obstination, fait la plupart des hérésies, et celle d'Eutyche en fut encore depuis un grand exemple. Vouloir au reste imaginer qu'Alexandre d'Hiéraple, le plus intime des confidens de Nestorius et à la fin son martyr, ne sùt pas le fond de ses sentimens, c'est de même que si l'on disoit que personne ne les savoit, et que son erreur étoit une idée. Ce qui ne laisse aucun doute, c'est qu'Alexandre et les autres ont persisté jusqu'à la fin à détester le terme consacré de Mère de Dieu, comme un terme dans lequel ils vouloient trouver tous les mauvais sens imaginables, sans jamais avoir voulu entrer dans le bon, qui étoit le simple et le naturel. Enfin ils le détestoient comme « un terme de trahison et de calomnie, qu'on avoit inséré dans l'accord même pour condamner celui qui enseignoit la vérité s, » c'est-à-dire Nestorius. Les catholiques attachoient à ce terme toute la confession de la vérité; et Alexandre au contraire y attachoit l'abrégé et le précis de l'erreur *; d'où il concluoit que Jean d'Antioche et ceux qui avoient consenti à la réunion, avoient embrassé avec ce terme toutes les prétendues hérésies de Cyrille.

Ce fut pour abolir à jamais ce mot qui contenoit l'abrégé de notre foi, qu'il persista jusqu'à la fin à dire, comme il avoit fait à Ephèse dans le faux concile, qu'il ne souffriroit jamais qu'on ajoutåt rien au symbole de Nicée 5 ::qui étoit alors le langage commun des nestoriens, comme il fut depuis celui des eutychiens et de tous les hérétiques, et le signal perpétuel de la secte.

· Sup., Rem., vil. ? Collect. Lup., cap. LXXIII, CXXI. 3 lbid , cap. LXXIV.

- Tbirl., cap. LXXXVI. 3 Act. Conciliub. post Act. 6, Exemp. mand. ad Joan., etc. Collect. Lup., cap. LVIII.

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La cause de son erreur, comme de celle de ses compagnons, c'est qu'ils étoient aheurtés, aussi bien que Nestorius, à ne vouloir jamais croire ni que le verbe qui étoit Dieu, fùt le même que Jésus-Christ homme, ni qu’on pùt dire de lui les mêmes choses ?; et toutes les fois qu'on le faisoit, ils disoient qu'on introduisoit , non pas l'union des deux natures, mais la conversion de la nature divine dans l'humaine, et qu'on attribuoit la souffrance à la divinité sans jamais vouloir revenir de cette prévention, ni prendre les 'propositions de l'Ecriture dans la même simplicité et propriété que les Pères avoient fait. Et s'il faut aller à la source, on trouvera que Théodore de Mopsueste avoit laissé en Orient des semences de l'erreur, que Nestorius, Alexandre et les autres avoient recueillies ; de sorte qu'il ne fut pas possible, quoi qu'on pùt dire, de leur faire entrer dans l'esprit la vraie idée de la foi.

C'est pourquoi ils voulurent toujours demeurer irréconciliables avec saint Cyrille, quelque claire que fùt la manière dont il s'expliquoit.

Il n'y avoit rien de plus précis que ce qu'Alexandre lui-même rapporte de ce patriarche : « Le Verbe, qui est impassible par lui-même, s'étant fait chair, a souffert comme homme!. » Il épilogue néanmoins sur cette expression, pour expliquer à quoi il réduit la difficulté : « Qu'il mette, dit-il, clairement les deux natures, et il s'exempte d'hérésie. » Il devoit donc être content, puisque non-seulement il les avoit mises dès le commencement de la dispute, d'une manière dont Nestorius n'avoit pu s'empêcher d'être content' ; mais encore puisqu'on avoit mis en dernier lieu cette distinction dans l'accord en termes si clairs, qu'Alexandre n'auroit pu lui-même en inventer de meilleurs.

En un mot, les Orientaux frappés comme lui de cette difficulté, n'avoient rien laissé à dire là-dessus. Jean d'Antioche lui écrivoit : « Homme de Dieu, qu'avez-vous à dire (car on n'oublioit rien pour le fléchir)? Cyrille anathématise la confusion des natures : il enseigne que la divinité est impassible, et qu'il y a deux

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1 Collect. Lup., LVII, CXXXVI, CCI, etc.

2 Ibid., LVII. Nest , et Nest, ad Cyr., I part., cap. VIII, IX.

3 Epist. Cyr. ad 1 Collect. Lup., LXXVI. 2 Ibid., CLXXIII. - 3 Ibid., CLXXX. * Ibid. CLX.

natures : vous devriez vous réjouir que le doux soit sorti de l'amer?. » Mais ce n'étoit plus là ce qu'il prétendoit. Quelque nettement qu'on s'énonce , jamais on ne satisfait l'esprit hérétique. Alexandre trouvoit toujours de quoi pointiller, et il rompit, non-seulement avec saint Cyrille, mais encore avec Jean d'Antioche son patriarche, et jusqu'alors son admirateur, avec ses amis les Orientaux, avec le saint Siege, avec tout ce qui ne vouloit pas que Nestorius eût raison, et que saint Cyrille fùt hérétique, c'est-à-dire avec toute l'Eglise. Voilà un de ces catholiques de M. Dupin, qui ne voulurent jamais condamner Nestorius, et qui selon lui n'erroient que dans le fait.

DOUZIÈME REMARQUE.

L'esprit hérétique dans Alexandre et dans les autres catholiques

de l'auteur.

.. Pour bien entendre jusqu'à quel point ils étoient remplis, nonseulement d'erreur, mais encore de l'esprit qui fait les hérétiques, il ne faut que les comparer avec ceux du même parti qui se rendirent. Tite étoit des plus obstinés, et Théodoret s'étoit toujours attaché à la volonté d'Alexandre, qui étoit son métropolitain; mais quand on vint au point d'une rupture absolue, ils se laissèrent toucher à l'autorité de l'Eglise. Tite écrivit à Mélèce qui le vouloit retenir dans le schisme : « Dieu veut sauver tous les hommes, et vous n'êtes pas le seul qui lui soyez obéissant et qui sachiez sa volonté ? ; » et à Alexandre lui-même : « Théodoret et Helladius, et les autres qui avoient voulu se séparer pour un peu de temps de ce saint concile, ayant reconnu qu'on ne peut pas refuser de s'y soumettre et qu'il faut obéir à un concile universel, s'y sont unis, et ne sont pas demeurés dans la séparation. Nous vous conjurons d'en faire autant, et de ne pas donner lieu au diable, qui veut diviser l'Eglise 3. » Théodoret renferme en trois paroles toutes les raisons de céder en écrivant aux évêques du parti, « qu'il falloit finir les disputes, unir les églises, et ne pas damner les brebis que Dieu leur avoit confiées *. »

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On voit comment ils ressentoient qu'il faut s'unir au corps de l'Eglise, et ne pas demeurer seuls, c'est-à-dire schismatiques ; mais Alexandre et ses sectateurs disoient au contraire, qu'ils ne se mettoient point en peine de demeurer dans cet état : les suivit qui voudroit : que peu leur importoit « d'avoir peu ou beaucoup de monde dans leur communion : que le monde entier étoit dans l'erreur : » que l'Eglise étoit perdue, « et que la foi avoit souffert un naufrage universel : » que quand avec tout l'univers, qui étoit contre eux, les moines ressusciteroient encore tous les morts depuis l'origine du monde, ils n'en feroient pas davantage ! Alexandre se laissoit flatter par ceux qui lui disoient « qu'on ne parloit que de lui dans tout l'univers : que la vérité qui succomboit dans l'esprit de tout le monde, ne subsistoit plus que dans le sien ; mais aussi qu'il suffisoit seul pour la faire éclater dans tout l'univers : qu'ils se contentoient de lui seul, comme Dien s'étoit contenté d'un seul Noé, quand il avoit noyé le monde entier dans le déluge.» Pour Jean d'Antioche et ses autres anciens amis, il ne vouloit plus, disoit-il, « ni les écouter, ni recevoir de leurs lettres, ni même se souvenir d'eux : qu'ils avoient assez cherché la brebis perdue, assez tâché de sauver sa malheureuse ame : qu'ils avoient fait plus que le Sauveur, qui ne l'avoit cherchée qu'une fois, au lieu qu'ils avoient couru après lui de tous côtés :. » C'est ainsi qu'il écrivoit à Théodoret, qui prenoit un soin particulier de le fléchir, ajoutant encore ces mots, qui font le vrai caractère de l'homme hérétique : « Je rends, dit-il, graces à Dieu de ce qu'ils ont avec eux, et les conciles, et les siéges, et les royaumes, et les juges ; et moi, j'ai Dieu et ma foi*; » et quand avec tout cela « tous les morts depuis l'origine du monde (car il aimoit cette expression), ressusciteroient pour soutenir l'impiété de l'Egypte (c'étoit celle de saint Cyrille et de ses évêques), je ne les préférerois pas à la science que Dieu m'a donnée. »

Si notre auteur, qui a rapporté deux ou trois de ses paroles des moins criminelles, avoit pris garde à celles-ci, où tout respire, non-seulement comme il dit, une obstination et une aigreur

1 Coll. Lup., LXXIII, CXVII, CXLVII, CLI, CLVIII, CLXXT, CLXXVIII, etc. - 2 Ibid., CLIII, CLVI, CLXXI. - 3 Ibid., civ, cv, CLXVII. — Ibid., CXLVII. 5 Ibid., CLXVII.

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