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reconnaître, que l'ont envisagée beaucoup d'économistes. On a souvent comparé le travail à une marchandise qui a son cours comme toutes les autres. L'assimilation est fondée jusqu'à un certain point; on s'explique que la grande culture s'y tienne presque exclusivement comme la grande industrie. Elle n'est cependant ni rigoureusement exacte, ni suffisante pour arriver à l'interprétation complète des phénomènes économiques. Ce n'est se faire qu'une idée incomplète des salaires que de les considérer seulement comme une charge de la production; ils en sont aussi, ils en sont surtout le résultat. Les ouvriers font partie de la société au même titre que les capitalistes, que les fermiers et que les propriétaires; leur rémunération n'est pas moins intéressante. Le salaire doit donc être placé sur la même ligne que la rente, l'intérêt ou le bénéfice.

Partout, on se demande ce que coûte le travail, il n'est pas moins nécessaire d'établir ce qu'il rapporte. Sans doute, le revenu de la classe ouvrière est égal au montant des dépenses qu'entraine le payement de ses salaires ; mais, suivant qu'on observe les choses d'une façon ou d'une autre, on est entraîné par des courants d'idées bien différents. Dans un cas, on est tenté de ne voir dans l'ouvrier qu'un rouage de la production; dans l'autre, au contraire, on s'intéresse naturellement à sa situation et à son amélioration. L'étude isolée de

l'ouvrier rural se recommande, du reste, par la part efficace qu'il prend aux travaux des champs; il ne se distingue pas aussi nettement de l'entrepreneur que dans les manufactures ; son individualité est mieux marquée.

Le fonctionnement des entreprises agricoles nécessite, avec les systèmes de culture avancés qui gagnent régulièrement du terrain, un mouvement continu de valeurs et d'espèces. On ne peut y faire face, sans engager dans ses opérations une trop grande quantité de capitaux, qu'en usant des ressources du CRÉDIT. On ne s'apercevait guère de son insuffisance, dans nos campagnes, quand les cultiva. teurs se bornaient à exporter leurs produits sans en importer d'autres pour une somme appréciable. Beaucoup de pays s'en passent encore facilement ; ce sont ceux dans lesquels l'idéal semble être, comme autrefois, de vendre sans acheter. Nos régions les plus riches opèrent tout autrement. Des denrées des espèces les plus variées sortent à chaque moment de leurs exploitations rurales, pour être remplacées par des matières diverses. Les échanges se succèdent sans interruption, et la circulation de l'argent ne peut pas toujours marcher de la même allure que celle des marchandises. De là, la nécessité toujours plus pressante de bonnes institutions de crédit. Celles qui sont à la disposition des agriculteurs ne répondent

plus à leurs besoins. De grands efforts ont été tentés en vue de leur amélioration; ils n'ont pas encore abouti à des résultats bien sérieux, mais ils ne demeureront pas indéfiniment stériles. Nous nous som. mes d'ailleurs laissé distancer par les étrangers, et si nous leur avons appris bien des choses, il semble que nous avons, en matière de combinaisons financières agricoles, d’utiles leçons à recevoir d'eux. Quoi qu'il en soit, les longues discussions qui ont eu lieu à ce sujet ont porté quelques fruits positifs. Ne nous auraient-elles appris qu'à mieux nous servir des moyens de crédit dont nous disposons, et dont nous n'avons pas toujours su user convenablement, qu'il n'y aurait pas à les regretter.

Le PROFIT est le résultat que poursuivent les chefs d'entreprises agricoles. Il ne suffit pas, à lui seul, comme on est trop volontiers disposé à le croire, pour permettre d'apprécier la valeur des systèmes de culture et de les comparer entre eux, mais sa connaissance n'est pas moins une indication d'une grande portée. La notion en est malheureusement plus ou moins confuse, sa constatation généralement difficile. L'épargne en est l'indice le plus caractéristique, c'est le signe le plus certain de la prospérité ou de la souffrance de l'industrie agricole. Aussi est-il bon de noter ses manifestations extérieures, qu'on parvient le plus souvent à

saisir sans trop de peine, pour en déduire les conséquences essentielles.

Les considérations que nous venons d'exposer sont celles qui nous ont dirigé dans la rédaction de notre travail ; elles en montrent l'esprit. L'organisation et la direction des entreprises agricoles reposent sur l'emploi raisonné du capital et du travail dans l'exploitation du sol; on ne peut chercher à en exposer les règles sans traiter du crédit. De là, la division de notre sujet en trois parties, naturellement indiquées, que complètent quelques considérations sur le profit, en forme de conclusion. Nous n'avons certes pas la prétention d'avoir éclairci tous les problèmes en présence desquels nous nous sommes placé ; notre ambition sera largement satisfaite si nos lecteurs estiment que nous en avons avancé quelque peu l'étude.

F. C.

Montpellier, mai 1890.

LES

ENTREPRISES AGRICOLES

CHAPITRE PREMIER.

LE CAPITAL D'EXPLOITATION.

Distinction entre les capitaux fonciers et les capitaux d'exploi

tation; leur proportion relative. — Comparaison de la valeur totale des capitaux d'exploitation à la rente et à la valeur de la propriété, au produit brut des systèmes de culture. Exagération et atténuation de l'importance des capitaux d'exploitation; leurs dangers. Confusions entre les capitaux d'exploitation et les capitaux fonciers, entre les capitaux d'exploitation et les dépenses d'installation, entre les capitaux d'exploitation et les produits. Subdivision des capitaux d'exploitation en capitaux fixes et en capitaux circulants; son utilité.

La propriété est l'élément essentiel de la production agricole; c'est la base sur laquelle reposent toutes les opérations du cultivateur. Sa création est longue et coûteuse ; son entretien exige des sacrifices permanents ; son amélioration, qu'on ne cesse de poursuivre, des dépenses qui vont constamment en s'accroissant. Si bien organisée qu'elle soit, elle demande des ressources pour son utilisation. La terre n'est

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