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« Le roi a garanti à l'armée la conservation des grades, emplois , solde et appointemens dont

elle jouit à présent. Il promet aussi aux généraux, « officiers et soldats qui se signaleront en faveur « de sa cause, inséparable des intérêts du peuple « français, des récompenses plus réelles , des dis« tinctions plus honorables que celles qu'ils ont « pu recevoir d'un usurpateur, toujours prêt à a méconnaître ou même à redouter leurs services. « Le roi prend de nouveau l'engagement d'abolir « cette conscription funeste, qui détruit le bon« heur des familles et l'espérance de la patrie.

« Telles ont toujours été, telles sont encore les a intentions du roi. Son rétablissement sur le u trône de ses ancêtres ne sera pour la France que « l'heureuse transition des calamités d'une guerre « que perpétue la tyrannie, aux bienfaits d'une « paix solide, dont les puissances étrangères ne « peuvent trouver la garantie que dans la parole du a souverain légitime.

« Donné à Hartwell , le 1er février 1813. »

Lord Castelreagh inclinait dans le conseil pour traiter avec Napoléon. Il n'en était pas de même de lord Liverpool, et de quelques autres ministres. Ceux-ci ne pouvaient pas négliger la publication d'un pareil document, qui exprimait le renversement du tróne de Napoléon; aussi les croiseurs anglais eurent-ils l'ordre de le répandre sur les cotes de France. Mais le service des côtes était si bien fait, que cette déclaration fut tout-à-fait inconnue de l'immense majorité des Français, et sans la discussion qui eut lieu le 12 mars suivant dans la chambre des cominunes relativement à la part que le ministère anglais avait pu avoir à la publication de cette adresse, elle fût restée presque entièrement ignorée de l'Europe. Ce fut alors que lord Castelreagh , interpelé de déclarer si cette pièce avait été publiée avec le concours ou l'assentiment des ministres, répondit simplement, qu'elle l'avait été sans leur sanction. Le peuple français proprement dit n'eut aucune connaissance de cette déclaration ; il n'en fut pas de même de l'empereur Napoléon, qui ne se trompa ni sur la nature de cette hostilité, ni sur la main puissante et cachée qui la protégeait. L'Angleterre ne négligea aucun intérêt dans cette lutte, qui devait être la dernière ; elle se ressouvint des anciennes inimitiés de Bernadotte et de Napoléon, et, le 3 mars,

elle signa à Stockholm un traité qui donnait à la coalition une armée de 30,000 Suédois , et à la Suède un subside de 24 millions, avec la çession de la Guadeloupe , que le général Ernouf avait abandonnée aux Anglais le 6. février 1810. Tels étaient, indépendamment de l'action toujours çroissante de la guerre de la péninsule , les périls ameutés contre Napoléon; mais la déclaration d'Hartwell fut peut-être de toutes les armes employées contre lui, celle qu'il redoutait le plus ; elle lui opposait tout-à-coup un ennemi inconnu depuis vingt ans, LA LÉGITIMITÉ, et à la face de l'Europe elle qualifiait d'USURPATion la puissance qu'il avait reçue du peuple français, et contre laquelle l'Europe allait s'armer tout entière, parce qu'elle n'en reconnaissait que trop bien la possession.

On jugera du désintéressement profond où l'Europe était alors de l'ancienne dywastie française , par les efforts qu'elle fit tout entière , soit à Prague, soit à Dresde, soit à Francfort, soit même à Châtillon, pour conserver à la nouvelle le tróne de France proprement dit. Aucune puissance, pas même la Russie , à cette dernière époque, n'a eu l'idée de la destruction du gouvernement impérial de France, Alexandre voulut venir à Paris, parce que Napoléon avait été à Moskou: cela seul rompit la négociation de Châtillon. C'était à Paris qu'Alexandre voulait signer et dicter la paix. Nous ne craignons pas de le dire , parce que tous les documens de cette assertion sont d'hier et dans la mémoire de trente millions de Français, comme aussi dans celle du million d'étrangers qui assistèrent aux derniers momens de l'empire. Napoléon seul, par son opiniâtreté, a ren-. du le trône à la maison de Bourbon, et ce qu'il y a de plus précieux en fait de témoignage à cet égard, c'est qu'à Sainte-Hélène même, pendant les longs jours de sa captivité, il persista à s'applaudir de sa conduite à Châtillon. Selon lui, il n'avait qu'un reproche à se faire, celui de n'avoir pas fait la paix à Prague. Cet homme, aussi étrange que supérieur, cet homme tout-à-fait à part dans la nature comme dans l'histoire, mourut amoureux de la volonté qui l'avait détrôné.

Dans sa réponse au sénat, le 20 décembre 1812, l'empereur avait dit : « J'ai à coeur la gloire et « la puissance de la France, mais mes premières 4. pensées sont pour tout ce qui peut perpétuer « la tranquillité intérieure, et mettre à jamais mes « peuples à l'abri des déchiremens des factions et « des horreurs de l'anarchie ; c'est sur ces enne

« mies du bonheur des peuples que j'ai fondé, u avec la volonté et l'amour des Français, ce trône « auquel sont attachées désormais les destinées u de la patrie.... Lorsque j'ai entrepris la régéné« ration de la France , j'ai demandé à la providence « un nombre d'années déterminé..... Nos pères « avaient pour cri de ralliement : Le roi est mort, « vive le roi! Ce peu de mots contient les princiu paux ayantages de la monarchie. Je crois avoir « bien étudié l'esprit que mes peuples ont montré « dans les différens siècles; j'ai réfléchi à ce qui « a été fait aux différentes époques de notre histoi« re, j'y penserai encore. »

Napoléon y pensa le 5. février 1813, où parut le sénatus-consulte qui détermina la forme de la régence pendant la minorité de l'empereur des Français. Les lettres-patentes du 30 mars suivant conférèrent cette régence à l'impératrice. L'empereur fit donc ce qui avait été fait aux différentes époques de notre histoire; et souverain nouveau il se plat à rentrer ainsi dans le droit commun des rois par héritage. Il en avait subi la nécessité le jour où sa tête consulaire avait reçu du pontife de Rome l'onction impériale.

Le 14 février, l'empereur fit solennellement l'ouverture du corps-législatif, et rendit compte à grands traits des motifs et des malheurs de la guerre de Russie, de la magnanimité de l'armée française, de la valeur de ses alliés, de leurs services, des complots de l'Angleterre, de ses sentimens particuliers sur la paix, « Je la désire, dit-il, elle est né« cessaire au monde. Quatre fois depuis la rupture « qui a suivi le traité d'Amiens, je l'ai proposée «s dans des démarches solennelles. Je ne ferai jamais « qu'une paix honorable et conforme aux intérêts « et à la grandeur de mos empire. Ma politique « n'est point mystérieuse. J'ai fait connaître les « sacrifices que je pouvais faire. Tant que cette « guerre maritime durera, mes peuple doivent se « tenir prêts à toute espèce de sacrifices.... » Il avait dit au sénat : « La guerre que je soutiens con« tre la Russie est toute politique, je l'ai faite sans

animosité, j'eusse voulu lui épargner les maux of qu'elle-même s'est faits. » Ainsi il était hautement avoué par Napoléon, que c'était l’Angleterre qu'il était allé attaquer à Moskou, et qu'il voulait retourper la combattre sur l'Elbe et sur l'Oder : et, en effet, comme nous l'avons dit, c'était l'Angleterre qui dirigeait l'insurrection du Nord, comme celle du Midi de l'Europe, et qui présidait aux défections actuelles et futures des alliances de Napoléon.

Cependant le prince Eugène, investi le 17 janvier à Posen, par le départ du roi de Naples, du commandement general de l'armée, avait employé heureusement les 25 jours qu'il resta dans cette ville à réorganiser l'ordre, la discipline et les différens services de l'armée. Bien qu'il fût en présence de l'ennemi, il trouva le moyen d'armer et d'approvisionner les places de l'Oder , et malgré le défaut total de cavalerie , il parvint à opérer jusque sur l'Elbe une des plus belles retraites dont l'histoire militaire fasse mention. Il arriva le 21 février à Berlin, où il fit stationner l'armée jusqu'au 4 mars. Quelques renforts, successivement dirigés à son armée, lui permirent de tenir tête à l'ennemi, quoique celui-ci se fût renforcé de toute l'armée prus

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