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au général York des pouvoirs extraordinaires, d'où était résultée la convention de Tauroggen; de sorte que toutes ces protestations, les unes du roi à la France, les autres de son cabinet à la Russie, étaient également véritables, et eurent alors le même succés dans la confiance des deux empereurs. Mais le cabinet , organe caché du Tugend-bund , l'emporta bientôt sur le prince, et tandis qu'il arguait vis-àvis de celui de France de la neutralité devenue nécessaire de son souverain, toutefois sous le prétexte que cette neutralité se trouvait compromise à Berlin

par le voisinage et les mouvemens des armées belligerantes, il décida le roi , le 22 janvier , à partir pour Breslaw.

Dans cette dernière ville , l'alliance conserva encore des formes amicales , et le 16 février , elle en prit même de protectrices , par la note que le baron de Hardenberg adressa au comte de Saint-Marsan , ambassadeur de France. Cette note avait

objet la proposition de l'entremise de la Prusse pour une négociation entre les deux empereurs, et celle d'une trève, en vertu de laquelle les places fortes de l'Oder seraient remises aux Prussiens , ainsi que les villes de Pillaw et de Dantzick, conjointement aux Saxons; les Russes devaient se retirer sur la Vistule, et les Français sur l'Elbe , et la neutralité serait accordée aux provinces prussiennes et saxonnes situées entre ces deux fleuves. Mais Napoléon refusa cette proposition par la confiance étrange qu'il donna au cabinet de Vienne, et aux sentimens de son beau-père. Cependant, la neutralisation subite du contingent autrichien ne lui était pas in connue, et il devait calculer , indépendamment de

pour

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l'exemple si dangereux de l'accession prusienne aux intérêts de la Russie, tout le poids que la Prusse entière allait mettre militairement contre lui dans les chances de la guerre. Ce refus de Napoléon redoubla l'irritation du Tugend-bund prussien,dont il avait si impolitiquement refusé les propositions à l'époque qui suivit la bataille d'Iéna. L'union de la vertu lui demandait alors d'affranchir l'Allemagne, et de lui donner des constitutions représentatives. Son refus lui fit une ennemie implacable de cette association, qui venait de lui enlever la cooperation prussienne par la défection du général York, et qui le menaçait d'une vengeance nationale ; mais Napoléon dédaigna la haine de la Prusse et l'intervention de son souverain , et dix jours après, le 27 février , le baron de Hardenberg signait à Breslaw le traité d'une alliance offensive et défensive entre la Russie et la Prusse. Ce traité n'était toutefois qu'une ampliation d'un premier traité qui avait été stipulé dans les premiers jours de février à Wilna et à Kalisch, mais dont l'exécution dépendait du refus des propositions émises le 16 par la note du baron de Hardenberg. Cependant à la faveur du maintien de sa neutralité, où, sous le prétexte même de son alliance , la Prusse avait employé les intervalles de la négociation, à multiplier ses forces et ses armemens. Les édits de Breslaw des 5, 9 et 20 février avaient appelé aux armes toute la population virile de la Prusse , et un mois après, la Prusse comptait 130,000 combattans. Mais le traité du 27 février , signé à Breslaw , était encore secret pour la cour des Tuileries, à laquelle il ne fut notifié que le 16 mars suivant. La sixième coalition continentale était formée contre la France.

A cette époque, le grand coup d'état européen se préparait silencieusement dans le nord de l’Europe. Il était venu d'Angleterre, avait provoqué et suivi les malheurs de nos armées. Il marchait sous les bannières russes s'était introduit déjà avec succès dans les conseils de la Prusse, et avait poussé une heureuse reconnaissance jusque dans la capitale de l'Autriche. Deux diplomates, sir Horace Walpole, pour le cabinet de Londres, et le comte de Stakelberg pour le cabinet russe , arrivaient à Vienne , sans caractère officiel, mais non pas sans missions. Ils y furent bientôt accrédités par les nonveaux intérêts dont ils flattèrent l'Autriche , et par la haine personnelle que M. de Stadion, digne héritier des passions du prince de Kaunitz, portait à la France et à Napoléon. Vienne devint bientot un point central de correspondance entre les cours de Londres, de Pétersbourg et de Breslaw. M. de Lebzeltern fut envoyé par l'Autriche à Wilna , où résidait le comte de Nesselrode , et le comte de Stakelberg agissait à Vienne d'accord avec le baron de Humboldt, ministre prussien. Il n'y avait donc que la force des armes qui, après son dernier refus, pouvait protéger Napoléon contre une conspiration aussi bien ourdie. Ce moyen était extrême pour la France et même pour l'Europe. Le besoin de la paix était impérieux pour le continent comme aussi pour la Russie , dont toutefois la vengeance était légitime; la guerre à outrance n'était continuée et excitée que pour arriver à une paix durable par l'affaiblissement de la puissance de Napoléon. La Grande-Bretagne, excentrique dans sa politique comme dans sa position physique, n'avait d'autre but pour conserver l'empire des mers que l'abaisse. ment de la France; et tandis qu'elle dirigeait sur le continent la grande conjuration du Nord et du Midi contre l'ennemi commun, elle remettait en scène son hôte auguste d'Hartwell, et faisait jeter, dans les premiers jours de février , sur les cotes de France, la déclaration suivante :

« Louis XVIII, etc..., etc...

« Lemoment est enfin arrivé où la divine provi« dence semble prête à briser l'instrument de sa a colère. L'usurpateur du trône de saint Louis, le « dévastateur de l'Europe, éprouve à son tour des « revers. Ne feront-ils qu'aggraver les maux de la « France, et n'osera-t-elle renverser un pouvoir « odieux que ne protège plus le prestige de la vic« toire ? Quelles préventions ou quelles craintes « pourraient aujourd'hui l'empêcher de se jeter se dans les bras de son roi, et de reconnaître dans « l'établissement de sa légitime autorité le seul gage 4c de l'union, de la paix et du bonheur, que ses pro« messes ont tant de fois garantis à ses sujets oppria més?

« Ne voulant, ne pouvant tenir que de leurs ef« forts le trône, que ses droits et leur amour peu« vent seuls affermir, quels væux seront contraires « à ceux qu'il ne cesse de former? quel doute pour« rait s'élever sur ses intentions paternelles ?

« Le roi a dit dans ses déclarations précédentes « (des jo mars 1799 et 2 décembre 1804), et il « réitère l'assurance que les corps administratifs et « judiciaires seront maintenus dans la plénitude de « leurs attributions; qu'il conservera leurs places à « ceux qui en seront pourvus et qui lui prêteront « serment de fidelité ; que les tribunaux, déposi« taires des lois, s'interdiront toutes poursuites « relatives à ces temps malheureux, dont son retour « aura scellé pour jamais l'oubli; qu'enfin le code, « souillé du nom de Napoléon, mais qui ne ren« ferme en grande partie que les anciennes ordon« nances et coutumes du royaume , restera en vi« gueur, si l'on en excepte les dispositions contraires « aux dogmes religieux, assujettis long-temps, « ainsi que la liberté des peuples, aux caprices du « tyran.

« Le sénat, où siégent des hommes que leurs ta« lens distinguent à juste titre, et que tant de ser« vices peuvent illustrer aux yeux de la France et "« de la postérité, ce corps, dont l'utilité et l'im« portance ne seront bien reconnues qu'après la « restauration , peut-il manquer d'apercevoir la' « destinée glorieuse qui l'appelle à être le premier « instrument du grand bienfait qui deviendra la « plus solide comme la plus honorable garantie de « son existence et de ses prerogatives ?

« A l'égard des propriétés, le roi, qui a déjà an« noncé l'intention d'employer les moyens les plus « propres à concilier les intérêts de tous, voit les « nombreuses transactions qui ont eu lieu entre « les anciens et les nouveaux propriétaires, rendre « ce soin presque superflu; il s'engage maintenant « à interdire aux tribunaux toutes procédures con« traires à ces transactions, à encourager les ar« rangemens volontaires, et à donner lui-même,

nsi que sa famille, l'exemple de tous les sacri« fices qui pourront contribuer au repos de la « France et à l'union sincère de tous les Français.

C

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