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CHAPITRE X.

César fait faire un pont sur la Saóne afin de poursuivre les Suisses. Ils lui envoient des Ambassadeurs. Ce qui se dit de part et d'autre.

Ce combat étant fini, César fait faire un pont sur la Saône, afin de pouvoir suivre le reste des troupes des Suisses, et ainsi il fait passer son armée.

Les Suisses surpris de sa prompte arrivée(1), voyant qu'il avoit fait en un jour ce qu'ils n'avoient pu faire qu'en vingt avec beaucoup de difficultés pour passer le fleuve, ils lui envoient des ambassadeurs, de laquelle ambassade Divico fut le premier : lequel avoit été chef des Suisses en la guerre Cassienne.

Il parla de cette sorte à César.

Si le peuple Romain faisoit la paix avec les Suisses, ils iroient en telle part et demeureroient où César les placeroit et où il voudroit qu'ils fussent; mais s'il continuoit à leur faire la guerre, qu'il se souvint et de l'ancienne dé

(1) La vigilance et la promptitude d'un capitaine donne de la terreur à ses ennemis.

faite du peuple Romain, et de l'ancienne valeur des Suisses.

Que s'il avoit attaqué un de leurs Cantons par surprise, au temps que ceux qui avoient passé la rivière ne le pouvoient secourir, il n'attribuật pas beaucoup pour cela à sa valeur, ou qu'il ne les méprisât pas.

Qu'ils avoient appris de leurs pères et de leurs ancêtres à combattre plutôt par valeur que par finesse, ou qu'à se confier dans les embûches.

C'est pourquoi qu'il ne permît point que le lieu où ils étoient prît son nom, ou se signalât par la calamité du peuple Romain, et par la défaite de son armée.

A cela César répondit ainsi :

Qu'il étoit d'autant moins dans le doute qu'il se souvenoit fort bien des choses

que

les Ambassadeurs Suisses lui venoient de dire, et qu'elles lui étoient d'autant plus insupportables, que le peuple Romain ne les avoit point méritées, lequel s'il se fût senti coupable de quelque offense, il ne lui eût pas été difficile de se tenir sur ses gardes. Mais qu'en cela il avoit été surpris à cause qu'il ne voyoit pas qu'il eût rien fait pourquoi il dût craindre, et qu'il ne croyoit pas qu'il dût craindre sans quelque sujet.

Que quand il voudroit oublier cette vieille injure, comment pourroit-il ne se pas souvenir de celles qui étoient toutes fraîches, en ce que malgré lui ils avoient essayé de passer par force dans la province, et qu'ils avoient ravagé les terres de ceux d'Autun, de Châlonnais et de Dauphiné?

Au reste, de ce qu'ils se glorifioient si insolemment de leur victoire, et de ce qu'ils s'étonnoient qu'ils fussent demeurés si long-temps impunis, cela se devoit rapporter à la même cause, qui est, que les Dieux immortels avoient accoutumé d'accorder une longue impunité et quelquefois même des prospérités à ceux qu'ils vouloient châtier de leur crime, afin que par ce changement leur malheur leur fût d'autant plus sensible.

Quoique les choses fussent ainsi (1), néanmoins qu'il feroit la paix avec eux s'ils lui donnoient des otages, afin qu'il fût assuré qu'ils feroient les choses qu'ils lui promettroient: et s'ils satisfaisoient à ceux d'Autun pour les injures qu'ils leur ayoient faites et à leurs alliés, et pareillement à ceux de Dauphiné.

(1) Un prince bien généreux pardonne facilement les injures qu'on lui a faites.

Divico répondit que les Suisses avoient tel. lement été instruits de leurs ancêtres, qu'ils avoient accoutumé de recevoir et non pas de donner des otages, et que le peuple Romain en étoit témoin. Cette réponse étant faite il se retira.

CHAPITRE XI.

Les Suisses et César décampent. Il les suit

durant quinze jours et sa cavalerie y reçoit quelque échec. Il pressè ceux d'Autun de lui donner le blé qu'ils lui avoient promis et se fáche contre eux de leur retardement.

Le lendemain ils décampent de ce lieu là. César fait la même chose et envoie devant toute sa cavalerie jusqu'au nombre de quatre mille chevaux , qu'il avoit levés dans toute la province, dans l'Autunois et chez leurs alliés; afin de reconnoître en quel lieu les ennemis iroient(1). Lesquels ayant poursuivi trop chau: dement l'arrière-garde, engagent le combat avec la cavalerie des Suisses dans un lieu désavantageux. Et peu des nôtres y demeurent.

(1) Un chef d'armée doit toujours savoir la marche des ennemis.

Duquel combat les Suisses étant enorgueillis, à cause qu'avec cinq cents chevaux ils en avoient battu un si grand nombré, ils commencèrent à faire halte plus hardiment, et de leur arrière-garde à escarmoucher quelquefois les nôtres.

César retenoit les siens de combattre, et croyoit que c'étoit assez pour l'heure d'empêcher l'ennemi de piller et de ravager.

Ils marchérent environ quinze jours, de sorte qu'entre l'arrière-garde des ennemis et notre avant-garde il n'y avoit pas plus de cinq ou six mille pas (1).

Cependant César demandoit tous les jours à ceux d'Autun le blé qu'ils avoient promis, car à cause du froid (d'autant que la Gaule est située sous le septentrion, comme il a été dit ci-devant), non-seulement les grains n'étoient pas encore mûrs dans les champs, mais il n'y avoit pas même assez du fourrage : et il ne se pouvoit pas servir du blé qu'il faisoit porter sur la Saône avec des bateaux , parce que les Suisses s'en étoient éloignés, lesquels il ne vouloit point aban. donner

Ceux d'Autun le remettoient de jour à autre :

(1) C'est environ une lieue et demie.

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