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» bien heureux, lui dit-il, que nous soyons dans ces » saints jours; såns quoi tu aurais bientôt ce que tu mé» rites. Prie le prophète de te pardonner comme je te pardonne en son nom. »

Dans la cathédrale de Varna, nous fümes reçus par une santipe, qui nous fit un récit très prolixe des injustices et des violences que les chrétiens, suivant elle, ont à éprouver dans cette ville; elle faisait des veux ardents pour le tzar, qui, seul, à son avis, pouvait mettre un terme à cette infinité de maux. Notre guide paraissait éprouver un grand plaisir à entendre la santipe : comme il était de la même communion , il partageait aussi ses idées ; et «dans l'épée du protecteur de l'orthodoxie il » voyait l'instrument de la prompte rédemption de ses » coreligionnaires. » Les grecs de toutes les provinces répétaient le même récit; cependant, j'eus l'occasion, et même plusieurs fois, de me convaincre que leur imprudente conduite et leurs bravades téméraires et continuelles étaient presque toujours la cause principale des scènes désagréables par lesquelles , à cette époque, on préludait à la guerre désastreuse qui devait éclater plus tard entre les Russes et les Turcs.

Nous avons jeté un rapide coup d'æil sur les Eglises schismatiques grecques du Danube; mais il existe encore dans les Principautés d'autres dissidents, dont quelques-uns forment des communions très nombreuses, comme celle des Roumains (1), par exemple, qui ont leur patriarche en Valachie, et d'autres moins considérables qui ne comptent sur aucun appui pour établir leur biérarchie administrative. D'après le simple récit que nous venons de faire à vue des données qui nous ont

(1) On les croit descendants d'une colonie fondée par Trajan.

été fournies par nos propres observations, et d'après celles que nous avons recueillies chez des écrivains dissidents du catholicisme, il est facile de connaître combien ces Eglises sont éloignées de posséder le caractère d'unité que certains de ces écrivains ont revendiqué

pour elles.

Bien certainement cette multitude de patriarches, de métropolitains et d'évêques, chacun avec ses prétentions de suprématie sur les autres, est bien loin de former un seul corps avec les autres communions schismatiques de l'Orient, dont les pasteurs affichent les mêmes exigences; dans les uns comme dans les autres, nous croyons apercevoir plutôt les têtes monstrueuses de la bète de l'Apocalypse, ennemie cruelle de Jésus-Christ, le plus beau des enfants des hommes et auteur d'une seule Eglise indivisible, dont la foi n'admet aucune division parini ses croyants.

Des relations dues à des auteurs de la plus sévère impartialité nous font connaitre les obstacles que les missionnaires catholiques ont à surmonter pour soutenir leurs temples et leurs écoles, au milien d'hommes qui considèrent comme un acte de vertu de persécuter tous ceux qui ne partagent point leur croyance, au milieu de pasteurs dont le caractère n'est ni cette prudence ni cette simplicité que recommande l'Evangile , et sous l'influence d'autorités qui participent aux préjugés de ceux-là comme au fanatisme superstitieux de ceux-ci. Mais l'Eglise de Dieu , figurée par cet arbre dont les rameaux s'étendent sur toutes les nations de la terre, l'Eglise, sans fléchir sous les coups ni s'arrêter devant les obstacles, marche d'un pas ferme, en étendant ses conquêtes spirituelles sur les cours et les intelligences arrachées de son sein par la mauvaise foi, l'ambition et les autres vices personnifiés dans les fauteurs du schisme J'Orient.

Le catholicisme triomphe partout. Tel est le grand fait d'influence uuiverselle qu'expérimentent aujourd'hui tous les peuples du globe, et qui suffirait à lui seul pour démontrer la divinité de la véritable et unique Eglise de Jésus-Christ. En Bosnie, en Bulgarie, en Moldavie, en Valachie, il existe des vicaires apostoliques, revêtus du caractère épiscopal , auxquels appartient le soin de diriger les missions disséminées dans ces vastes territoires. Il s'y trouvait deux cent soixante mille catholiques en 1852 (1), deux cent soixante mille qui , grâce à la protection visible que la Providence accorde au catholicisme, grâce au zèle des pasteurs chargés de leur direction, s'accroîtront de jour en jour, « jusqu'à remplir » la mesure et à dépasser les prévisions de la prudence » humaine, qui voudrait assigner des limites aux des» seins de Dieu. »

Les missions de Bosnie et de Bulgarie sont desservies par des religieux de Saint-François; celles de Moldavic par les pères Conventuels, et la pauvreté comme les vertas de leurs membres , que j'ai connus et pu apprécier personnellement, sont édifiantes au plus haut degré. Dans la Valachie , les fonctions de l'apostolat sont exercées par les Passionnistes , dont le zèle et la constance sont au-dessus de tout éloge.

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(1) J'emprunte ce document aux écrivains serbes, non catholiques, que j'ai cités un peu plus haut.

CHAPITRE II.

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Le Bosphore. — Sainte-Sophie. — Premières impressions à Constantinople. — Que de souvenirs ! - Les mosquées et les cimetières.

Le rhamadan.- Comment on le solennise.— Visite de la cour à la mosquée de Karcah-Cherif. – Le grand scheick-ul-islam.- Mariage du sultan dans la mosquée de Top-Hana. — Aventures dés agréables. — Le bairam. — Mosquées d'Eyoub et d'Achmet.

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L'incomparable beauté du Bosphore réalise les plus délicieux paysages conçus et dessinés par l'imagination des poëtes, en réunissant en un seul lieu tout ce qu'il y a de grand, de précieux et de délectable dans la nature entière. C'est là qu'on voit des montagnes émaillées de verts bosquets, de vastes terrains couverts de jardins embaumés, et de superbes palais, dont les formes capricieuses mettent en relief le goût singulier des Orientaux : mille embarcations, de mille formes différentes, dont un grand nombre sont équipées avec une splendeur impériale, et des milliers d'hommes qui traversent, sur ces embarcations, une mer unie et pure comme le cristal, complètent le magnifique spectacle offert au voyageur lorsqu'il entre par le Bosphore dans l'antique Byzance. Les côtes d'Europe, séparées seulement par un étroit canal de celles de l'Asie, unissent les deux parties les plus importantes de l'ancien monde, d'où les sciences et les arts sont sortis pour se répandre sur toute la face de la terre.

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