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re à paffer pour un de ces efprits du haut rang, qui doutent de tout; & chez qui le moindre foulevement de leur raison passe pour une demonstration de la fauffeté des chofes qu'on leur debite. Je confeffe mon foible ingenûment. Je fuis de ces efprits mediocres qui croyent de bonne foi que la main de Dieu n'est point accourcie: que comme elle a fait des miracles autrefois, elle en peut faire encore aujourdhui: qu'elle en fait même, peutêtre, d'auffi grands de nos jours, que ceux qu'elle a faits dans le tems que l'alliance du falut apartenoit à un feul peuple à l'exclufion des autres. Ce qui fait que nous ne les remarquons pas, n'est pas que les choses ne foient point miraculeuses: mais c'eft que la force des efprits de nôtre fiecle les a defaits de l'heureux prejugé du peuple Hebreu, qui trouvoit Dieu par tout; & le voyoit à la tête de tous les évenemens. Alors c'étoit Dieu qui faifoit tout; qui envoyoit les tempêtes; qui lançoit les foudres; qui faifoit perdre ou gagner les batailles; qui ordonnoit les revolutions; qui fe fervoit des creatures à fon gré, comme des inftrumens de fes volontez absoluës, & de fes confeils. Si nous avions encore l'efprit capable de ce faint entêtement, nous trouverions fans doute plus de merveilles qu'il ne nous y en paroît dans la conduite du monde. Nous trouverions extraordinaires tous les effets où nous verrions non feulement intervenir & prefider la cause premiere; mais agir par elle même, & mouvoir les refforts du monde, pour ainfi dire, par fes propres mains. Nous ne ferions pas fi decififs quand il s'agit de rejetter des chofes qui nous paroiffent rares & incroyables; & fi nous nous donnions la liberté de fufpendre notre jugement, en attendant des informations plus claires, & des lumieres plus convaincantes; nous ne ferions pas au moins fi promts à infulter à la credulité des autres ; & à la tourner en ridicule. Mais la Philofophie qui a rempli l'efprit de mille autres prejugez, que bien des gens prennent pour de belles & vives lumieres, l'a debarraffé de celui-là : & nous ne voyons plus dans cette prevention que des ames fimples & vulgaires, Les genies nobles & relevez trouvent bien mieux leur affaire à raporter tous les évenemens aux causes fecondes : ou à les regarder au moins seulement du côté de l'enchaînement qu'ils ont avec elles. Or de ce côté-là il n'y a rien de miraculeux. Un miracle ne peut être l'ouvrage d'une cause naturelle.

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Pour

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Pour moi dans les chofes qui me font propofées comme miraculeuses, ma premiere pensée eft qu'il n'eft pas impoffible qu'il ne s'en voye en nos jours de telles. Si la reflexion m'empêche en fuite de recevoir avec une pleine perfuafion ce que les relations debitent, ce n'eft que parce que je n'en voy gueres qui ne manque dans quelqu'une des circonftances, fur lesquelles mon naturel defiant me feroit defirer quelques éclairciffemens. Les perfonnes, les lieux, les tems, l'exactitude & la diligence des obfervateurs, exemts de toutes les chofes qui peuvent aider à se tromper foi même, & quelques autres particularitez fur lefquelles d'ordinaire les relations ne me donnent pas de lumieres fuffifantes, ce font les raifons qui me tiennent irrefolu : & quelquefois il y a des choses ou mon seul temoignage, & mes observations propres feroient capables de me tirer de mon équilibre. Quoi que je croye au fond le fait veritable, je voudrois avoir vu la chose moi même; & avoir fait mes observations fur les circonf tances; parce que je fai par experience que diverfes personnes peuvent voir un même objet par divers côtez: comme fouvent divers Peintres qui deffignent un même objet, le voyant de differens côtez, le representent dans diverfes attitudes. Je crains qu'il ne foit des relations qu'on donne fur de femblables fujets comme de celles des Voyageurs, qui font fouvent des portraits des lieux où ils ont paffé, qu'on trouve fort differens de la chofe même, quand on la voit par fes propres yeux. Cependant je fuis bien éloigné de traiter d'illufion & d'impofture ce que je n'embraffe pas comme une verité bien demontrée : & je fouffre très-volontiers que ceux qui en ont plus de connoiffance que moi, en jugent & en parlent d'une autre maniere.

Telle étant la difpofition de mon esprit, il est aifé de comprendre que je n'ai pu me charger du recit des faits de cette qualité. La fimple narration n'auroit contenté perfonne. Si je l'euffe donnée fans correctif, il auroit femblé à ceux qui les rejettent comme des fictions, que je me ferois rendu garant de leur verité. Si je l'cuffe accompagnée de quelque correction, ceux qui les tiennent pour des faits certains, auroient cru que j'aurois eu def fein de prejuger contre leur fentiment. Je n'ai voulu faire ni l'un ni l'autre : & c'est la raison pourquoi j'ai mieux aimé n'en rien dire. J'aurois pu à la verité rapporter ces faits avec des rai

fons

fons de part & d'autre ; & comparer les argumens aux objections. Mais cette differtation, outre qu'elle auroit été longue, eût été un peu hors d'œuvre : & je n'ai pas jugé à propos d'en charger un Ouvrage affez long, & dont je devois defirer moi-même la fin après un travail & de huit années.

Je dirai neanmoins une chofe qu'on ne fera pas fâché de favoir, & qui eft certaine. C'eft que les Convertiffeurs de France ont agi dans les occafions de ces miracles dont je parle, & principalement de celui de Dauphiné, comme s'ils euffent cru eux mêmes qu'ils étoient veritables. Ils n'ont rien negligé pour le perfuader aux autres; & non feulement ils ont exercé des violences contre ces infpirez de Dauphiné pour les faire taire; mais ils les ont enfermez dans des prifons inacceffibles, où ils n'ont permis à perfonne de les voir ou s'ils ont donné à quelqu'un la liberté de leur parler, c'étoit à ceux à qui ces prifonniers étoient inconnus, afin de pouvoir leur en faire paffer d'autres pour ceux dont il étoit queftion. Ils ont ufé même, dit-on, de cet artifice avec des perfonnes Catholiques d'un haut rang & de grande autorité. D'ailleurs ils ont fuborné des gens qui étoient à leur devotion, pour imiter les autres, afin que l'imposture des uns étant reconnuë, rendit la bonne foi des autres fufpecte. Enfin ils se font partagez eux mêmes dans les jugemens qu'ils ont rendus fur cette matiere. Les uns ont traité tout cet évenement de cabale & d'impofture; les autres l'ont attribué à l'illufion que les efprits foibles fe font aifément dans les affaires de Religion; quelques-uns à une poffeffion actuelle ; & quelques-uns encore à des maladies qui, quoi que naturelles, peuvent avoir des fymptômes auffi furprenans.

Cela fait voir que ceux qui ont regardé la chose comme certaine, & qui l'ont favorablement expliquée, s'ils ont erré dans leur jugement, font tombez dans une erreur plus excufable que les autres ne l'eftiment, puis que cet évenement a exercé tant d'efprits, & leur a fait faire des jugemens fi differens de la même chose. Dans cette incertitude, je n'ai pas cru devoir mêler mon avis à tant d'autres; ni ôter par mes reflexions au Lecteur la liberté d'en penfer ce qu'il trouvera le plus vraisemblable. Il me fuffit d'avoir accompli l'Ouvrage dont je m'étois chargé, avec tout le foin dont je fuis capable, & toute la fidelité que j'ai promise.

de ceux qui ont été perfecutez en France par l'ordre des Intendans en 1681. & premierement des perfecutez de Poitou par PIntendant Marillac.

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Elifée Foribaud de Benet.

Pierre Boutet.

André Bellot & fa femme.

André Moriffet.

Gilles Sauzé.

Paul Sauzé.

Paul Moinault.
Jaques Fraigneau.
Daniel Fouchier.
André Richard.
Ifaac Fraigneau.
Charles Guion.
Michel Roi.

Etienne Thoreau.

Meri Perrin & fa femme.
Susanne Parpais.

La fille de Pierre Marfault.
Michel Geoffrion.

Ifaac Vandier de François.
Abraham Bourdet.

Marie Rambaud veuve d'Aperé.
Marie Bruffier.

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A Exoudun.

Echiré.

Rom.

Jeanne Madier.
Jaques Baudron.
Pierre Renvoiret,
Daniel Troubé.
Daniel Sauzé.
Daniel Ayraud.
Pierre Marfault.

Jean Sauzé l'aîné.

Jean Sauzé le jeune. Jean Moriffon.

Pierre Brunet.

Jean Pelletreau.

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Luzignan & environs.

G. J.

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Jaques

Robin. Cauche.

Morin.

Pegain.

Jean l'Eveillé. Jaques Guiton. Jonas Macouin.

Jean Landepain.

Daniel Cailli.

La femme de Pierre Bonnifet.

Marie Marfac femme de Pierre Burgeaud. Jofué Joulain.

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