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du pro-

du refus d'embraffer la Religion Catholique. Le Procureur Ge- 1683.
neral ne le put convaincre d'avoir eu part au projet, & j'ai des
preuves qui m'autorifent d'affûrer qu'il n'y en eut aucune. Mais
au moins ceux qui fe trouverent à cette Affemblée mirent en confi-
deration l'état des Eglifes; & jugeant qu'il y avoit quelque cho-
fe de reprochable, dans la complaifance & la foumission qu'on
avoit euë jufques là pour toutes les entreprifes que le Clergé
avoit fait autorifer par le nom du Roi, ils eftimerent qu'il falloit
prendre des refolutions plus courageufes, & que des actions de
zêle & de hardieffe pourroient relever les Eglifes abattuës, ou
conferver au moins celles qui étoient encore debout. Ils dreffe- Articles
rent donc en dix-huit articles un projet de ce qu'il falloit faire, jet.
pour maintenir la liberté de confcience & l'exercice public de la
Religion Reformée. Le but general étoit que toutes les Eglifes
interdites repriffent leurs exercices accoutumez; & dans cette
vue les trois premiers articles ordonnoient la repentance, la prie-
re, l'union conformément au vingt-fixiéme article de la Confer-
fion de Foi; & le vingt-feptiéme jour de Juin étoit marqué aux
Eglifes, pour s'affembler de concert toutes à la fois. Le quatrié,
me & le cinquiéme regloient en quels lieux on pourroit faire ces
Affemblées, & ordonnoient de ne les tenir ni avec tant d'éclat
qu'elles puffent causer du defordre, ni avec tant de fecret qu'el-
les ne puffent être remarquées, parce qu'on defiroit que la Cour
en fût avertie; & que même on devoit dreffer une requête qui
feroit envoyée au Chancelier, & aux Miniftres d'Etat le même
jour qu'on recommenceroit les Affemblées. Le fixiéme ordon-
noit un jûne qui feroit celebré par tout le quatriéme de Juillet,
pour faire une confeffion generale des pechez; pour demander à
Dieu fa grace fanctifiante; pour implorer fa protection en faveur
des Eglifes, & pour le prier d'accorder à tous les Reformez le
zêle & la fermeté neceffaires dans ces tems fâcheux. On fouhai-
toit qu'il n'y eût qu'une predication, & que le refte du jour se
paffat en prieres, s'il étoit poffible. Le feptiéme regloit ce que
feroient les Eglifes qui n'avoient point de Pasteurs, & le huitié-
me avertiffoit de chanter à genoux les Pfeaumes dont la matiere
avoit du raport avec l'état des Eglifes. Le neuviéme vouloit
qu'on ne fermât plus les portes des Temples à perfonne, &
permettoit feulement de prier les Prêtres & autres Ecclefiaftiques
Tome V.
Mmmm

de

1683. de fe retirer, quand leur prefence feroit fufpecte. Le dixiéme
donnoit avis de renvoyer aux exercices qui fe feroient dans les
lieux interdits, les Relaps de qui les abjurations auroient été si-
gnifiées, & qui voudroient assister aux devotions des Reformez;
afin que leur prefence ne fit point de tort aux Eglifes qui fubfif-
toient encore. L'onziéme regloit de quelle maniere on devoit
chanter les Pfeaumes dans les maifons. Les deux fuivans parloient
de la maniere de tenir les Colloques, fi on n'en pouvoit obtenir
la permiflion; & d'élire des Pafteurs pour les Eglifes qui en man-
queroient. Le quatorziéme exhortoit les Miniftres à ne fortir
point du Royaume, & à ne fortir même de leur Province, quand
ils y feroient perfecutez, qu'avec le congé du Colloque, & dans
le cas d'une extrême neceffité. Le quinziéme les exhortoit en-
core à n'obeïr plus aux decrets qui feroient obtenus contre eux,
& on affujettiffoit les Anciens à la même loi. Le feiziéme & le
fuivant foumettoient les Eglifes dont les Miniftres étoient déjà
prifonniers, & celles qui avoient befoin du fecours des autres,
à prendre les avis de ceux qui avoient la direction des affaires
dans leur Province. Le dernier enfin exhortoit à continuer leurs
Affemblées, les Eglifes dont les Temples avoient été demolis,
fous le pretexte de la proximité de ceux des Catholiques, & laif-
foit à leur prudence de rebâtir d'autres lieux d'exercices, fi elles

Chicanes le jugeoient à propos. En effet il eft remarquable que ce pre-

texte de proximité, quand même il auroit été fuffifant pour fai-

Eglifes re demolir les Temples, dont le voifinage auroit incommodé les

fines des Catholiques,

ne pouvoit au moins priver les Reformez du

Catholi droit de leurs exercices. Cependant par une fraude manifeste,

en leur ôtant leurs anciens Temples, on ne leur affignoit point

d'autre lieu pour s'affembler; ou on le faifoit d'une maniere qui

les engageoit à tant de depenfes, & qui les exposoit à tant d'in-

commoditéz & tant de longueurs, qu'ils étoient comme forcez

par ces chicanes à renoncer à leur privilege. Mais d'un autre cô-

té on leur defendoit par des Declarations expreffes, & fous de

cruelles peines, de s'affembler ailleurs que dans les Temples, &

en prefence des Miniftres, fous quelque pretexte que ce fût: de

forte que comme il leur étoit defendu de faire leurs exercices

dans les lieux où avoient été leurs Temples, à caufe de la proxi-

mité, & de les faire ailleurs à peine de châtiment exemplaire,

on

on avoit trouvé le secret par cette double malice, de leur laiffer 1683.
un droit dont il ne leur étoit pas permis de jouir.

ver le

te.

Ces Directeurs drefferent aufli la requête qu'ils devoient en- Requête
voyer à la Cour, afin de juftifier cette reprise d'exercices. Ils la pour la
juftifica-
commençoient par la diftinction des droits de Dieu & de ceux tion an
des Rois, & par la protestation de vouloir également des deux projet.
côtez s'aquiter de leurs devoirs. Après cela ils reprefentoient
d'une maniere forte & touchante, que tout ce qu'ils faifoient ne
confistoit qu'à rendre à Dieu des hommages indifpenfables, dout
on vouloit leur ôter la liberté au prejudice de plufieurs Edits fo-
lennels. En fuite ils faifoient une apologie abregée de leur Re-
ligion & de leur doctrine; & mêlant par tout les temoignages les
plus tendres d'amour, de refpect & de foumiflion pour le Roi, ils
lui demandoient la revocation de tant de Declarations & de tant
d'arrêts, qui privoient les Reformez de toutes les conceflions
dont ils avoient jouï fi long-tems. Les raifons fur lesquelles on Retr
fondoit la justice du projet & de la requête fe raportoient à ceci: d'afrou.
que les devoirs de la Religion font neceffaires & indifpenfables; projet
qu'on ne doit pas porter l'obeïflance due aux Rois, jufqu'à de. la reques
ferer à leurs ordres quand ils font contraires à ceux de Dieu;"
qu'il étoit donc d'autant plus jufte de ne se soumettre point aux
Declarations extorquées par le Clergé, que non feulement elles
étoient contraires aux devoirs de la confcience, mais même à des
Edits folennels, irrevocables, perpetuels, confirmez par plufieurs
autres; qu'on ne pouvoit douter que les nouveaux Edits ne fuf-
fent injuftes, & parce qu'ils tendoient à priver deux millions d'a-
mes des droits les plus naturels, qui font ceux de la confcience,
& parce qu'ils violoient d'autres Edits par lefquels la jouïflance
de ces droits étoit autorisée; que puis qu'il étoit injufte d'impo-
fer aux Reformez de si dures loix, il étoit juste qu'ils s'en defen-
diffent modeftement, & qu'ils refufaffent d'y obeïr; que quand
leur oppofition n'auroit point d'effet avantageux, au moins il
feroit plus honorable pour eux, de temoigner au peril même de
leur vie du zêle pour leur Religion, que de fe laiffer traîner à la
Meffe fans refiftance; que fi on laiffoit faire le Clergé, on se
verroit fans doute dans peu de tems reduits à cette cruelle extre-
mité; que ce feroit autorifer fa violence, que d'avoir jusques au
bout tant de complaifance pour les injustices.

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Mais

des oppo-

Jans.

Refle-

1683. Mais cela ne perfuadoit point ceux à qui dès le commence-
Raifons ment la nouvelle direction avoit deplu; & non feulement quel-
ques Eglifes s'oppofoient à l'execution du projet, & fe divifoient
ainfi du refte de la Province; mais dans chaque Eglife même il
y avoit des diffenfions dangereufes; les uns approuvant le zêle
des Directeurs; les autres eftimant toutes leurs demarches teme-
raires & mal concertées. Leurs raifons fe reduifoient à ceci: que
ces refolutions n'étoient pas convenables au tems; qu'à peine au-
roit-on ofé parler fi haut dans le tems qu'on avoit deux cens pla-
ces de fûreté ; que ces hauteurs mal digerées acheveroient de ruï-
ner les affaires generales; qu'on en prendroit pretexte de trai-
ter les Reformez comme des rebelles, & de leur ôter ce qui leur
reftoit encore; que ce projet tendoit évidemment à prendre les
armes; & que c'étoit donner au Clergé qui ne demandoit pas
mieux, une belle occafion d'exterminer tous les Reformez
par
des maffacres & par des fupplices. Quelques-uns y ajoûtoient

xions fur que la modeftie même que les Directeurs propofoient de garder

dans leurs Affemblées, étoit un moyen fort propre à les faire

moderez. meprifer; qu'il ne faut pas garder tant de mefures avec un Cler-

gé imbu des maximes de l'Inquifition, & qui ne fe piquant ni

d'honneur, ni d'humanité, fe prevaut de la moderation & de la

patience de ceux qu'il perfecute; qu'il porteroit fa futeur d'au-

tant plus loin, qu'il feroit affûré de trouver moins de resistance;

qu'avec lui donc il ne faut jamais prendre d'expediens moyens ;

qu'il faut ou une guerre declarée, ou une foumiffion toute en-

tiere; qu'autrement une demie resistance ne sert qu'à l'irriter, &

la foibleffe de l'oppofition lui donne le courage de tout entre-

prendre. C'est ce qui fait ordinairement le malheur d'un peuple

opprimé. Il prend des partis moyens qui ne fervent qu'à offen-

fer fes ennemis, & qui ne le mettent pas en état de fe defendre

de leur vengeance. Il n'y a rien de plus dangereux, que de n'ê-

tre qu'à demi obeïffant ou rebelle. Par ce qui a l'air d'une re-

bellion, les malheureux fe rendent coupables; & par ce qui a l'air

d'obeïffance, ils fe livrent à la difcretion du plus fort. A force de

precautions pour mettre dans le tort les auteurs de la violence,

on leur donne l'occasion d'en abufer. Cela eft prefque toûjours

arrivé dans les affaires de la Religion. La crainte d'attirer du

blâme fur elle a fait perdre le tems & les moyens de la defendre;

&

& en voulant éviter le reproche de la rebellion, fouvent on s'eft 1683-
exposé à toutes les peines qu'elle merite. Ces menagemens-là
font bons quand la partie est égale, & que de part & d'autre on
a les mêmes sujets de craindre, ou le même soin de se mettre à
couvert du blâme: mais avec le Clergé Romain on n'en eft pas
dans ces termes. Il fe met peu en peine d'être blâmé, mais il
fe pique de reüffir, & il fe fert de tout pour n'avoir pas le de-
menti de ses entreprises. Avec lui donc il n'y a point de milieu
à prendre. Comme il eft fans pitié, la modeftie de ceux qu'il
veut perdre ne le touche point. En un mot il n'y a qu'à choi
fir entre deux extremitez: ou il faut épuifer fa malignité par la
patience; ou il faut parer fes atteintes par des coups de defefpoir.
Quand on fe trouve donc dans un tems où les forces manquent,
& où les efforts d'un zêle impuiffant ne peuvent paffer que pour
d'éclatantes temeritez, il femble qu'il ne refte de party à pren-
dre, que celui de fouffrir courageusement.

.

Cependant ces divifions retarderent l'effet du projet de quel- Execu
ques femaines, & obligerent de changer le jour qui avoit été tion du
choifi pour l'execution; ce qui fut caufe que les Eglifes ne s'af-projet.
femblerent qu'à divers jours, & l'une après l'autre. Les Refor-
mez de St. Hippolyte fe rendirent dès la pointe du jour dans un
champ, le Dimanche onzième de Juillet, & il fe trouva plus de
trois mille perfonnes à cette Affemblée. Plufieurs Eglifes du
Vivarais qui avoient perdu leurs Temples, en firent autant le
dix-huitième du même mois: & le vingt-deuxiéme on fit la mê-
me chofe à Châteaudouble en Dauphiné. Cette difference de
jours qui paroît peu de chose au fond, fervit neanmoins à faire
connoître que les Reformez ne pouvoient agir de concert, &
que par confequent il ne feroit mal-aifé de les ruïner. Mais aufli- Prise
tôt que les Reformez du Vivarais eurent commencé à s'affembler, Viva-
les Catholiques prirent les armes, foit par la crainte d'être pre- rais.
venus, foit par une rufe de Politique, pour donner de la jalou-
fie aux autres, & les obliger à prendre auffi les armes pour fe
defendre. On faifoit même courir le bruit dans l'une ou dans
l'autre vuë, que les guerres de Religion alloient recommencer;
& les Catholiques paroiffoient étonnez de ces mouvemens. Le
Marquis de la Tourette, Monteils de Bavas, Maifonfeule, Cla-
vieres de Ste. Greye & la Dame de Beaux affemblerent des gens
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armez

d'armes

en

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