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1683. remarqua même qu'après avoir été dechiré par la torture, il vou. lut aller à pied au lieu du fupplice; il refufa un tombereau qu'on avoit preparé pour l'y conduire, & on le vit marcher avec autant de refolution, que s'il eût eu fes forces entieres. On fit mourir à Crêt deux jeunes hommes nez à Dieu-le-fit, qui n'étoient chargez que d'avoir été vus avec leurs fufils fur le bord d'une fontaine, huit ou neuf jours avant la rencontre de Bordeaux. Un cavalier de Montelimar nommé Rofans fut encore executé. On le mena trois fois à la vuë de la potence, pour luifaire plus de peur de cette malheureuse mort; & on lui promit la vie & de confiderables établissemens, pourveu qu'il fe fit Catholique; mais il ne fut ébranlé ni par les promeffes de la vie, ni par la crainte de la mort. On avoit fait les mêmes promesses aux autres, qui les avoient meprifées avec le même courage. Ceux que Châteaudouble avoit enlevez avec tant de mauvaise foi, n'en furent pas mieux traitez. Après qu'on les eut follicitez en diverses manieres pour leur faire quiter leur Religion, ils furent condamnez aux galeres. De Durand, de la Blache & Sa gnol Miniftre de Crêt, qu'on n'avoit pu arrêter, furent condamnez par defaut à être rompus vifs; & plufieurs Miniftres ou autres qui n'avoient pas voulu fe laiffer prendre, furent condamnez auffi par defaut au gibet ou aux galeres.

Renouvellement des

en Viva

rais.

Les troubles avoient ceffé en Vivarais depuis l'acte de soumiffion les Reformez avoient paffé: mais lors qu'ils aprirent les que troubles executions fanglantes qu'on faifoit en Dauphiné, au prejudice de la foi donnée; & qu'ils virent passer le Rhône à trois ou quatre mille hommes pour entrer en leur païs, ils ne douterent point qu'on n'eût deffein de les traiter comme les autres; & ils reprirent les armes de tous côtez. Ils fe tinrent neanmoins fur la defenfive, parce qu'ils efperoient qu'on leur envoyeroit enfin l'amnif tie generale qu'on leur avoit promife; & ils s'abftinrent scrupuleufement de toutes hoftilitez. Les Catholiques n'en uferent pas de même. Monteils de Bavas qui tenoit une garnison de cinquante hommes dans fon château, ayant eu avis que neuf ou dix Reformez devoient paffer près de fes terres, alla les attendre avec une partie de fes gens le vingt-deuxième de Septembre; & s'étant caché derriere une muraille, fit tirer quinze ou vingt coups de fufil fur les premiers qui parurent. Il y en eut trois qui de

meurerent

meurerent fur la place, & les autres fe fauverent. Mais les fol- 1683. dats de Monteils ayant aperçu que l'un de ces malheureux n'étoit pas mort, l'acheverent à coups de poignard. On ne fit point de recherches de ces meurtres, parce qu'ils étoient commis par des Catholiques; & pendant qu'on faifoit fouffrir la roue à un Reformé, feulement parce qu'il avoit paru en quelque lieu le fufil fur l'épaule, fans faire de mal à perfonne, on autorifoit les Catholiques de tuer, ou de mettre en prifon ceux qu'ils trouvoient fous les armes.

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Mais enfin l'amniftie vint. Elle étoit datée du même mois, & Amnistie écrite du même ftile que la precedente. Elle étoit limitée par de pour cetfemblables conditions. Le Roi ordonnoit la demolition des Tem- vince. ples de Chalançon, St. Fortunat & le Pouffin aux frais des Reformez; & bien loin de leur rendre deux lieux d'exercice en recompense de ceux qui avoient été interdits auparavant, il defendoit de faire aucun exercice à l'avenir dans ces trois lieux, qui s'étoient fauvez jufques 'là de toutes les chicanes du Clergé. Il ne donnoit que huit jours à ceux qui avoient pris les armes, pour fe retirer dans leurs maifons. Enfin il exceptoit de l'amniftie les Miniftres qui avoient prêché, ou affifté aux Prêches dans les lieux interdits, & autres non permis; excité à faire des Assemblées; exhorté à prendre les armes; tenu des confeils; & en un mot participé aux mouvemens. Il mettoit au même rang quaranteneuf ou cinquante perfonnes, qui étoient nommées dans l'amniftie; tous ceux qui n'auroient pas quité les armes dans la huitaine ; les Relaps; les facrileges & autres coupables de crimes execrables. Il ordonnoit de reparer les dommages caufez par la prife d'armes, aux depens des Reformez des lieux où ils auroient été foufferts; mais par une grace particuliere il en exceptoit ceux qui voudroient embraffer la Religion Cathodique. On imputoit aux Reformez dans ces lettres d'avoir exercé diverfes violences, pillé, forcé des châteaux & des paffages fur le Rhône. Mais c'étoit une impofture qu'on avoit reçue au Confeil pour une verité, fur la parole des Jefuites. Elle n'avoit point d'autre fondement, que ce que les Reformez ayant eu avis qu'une barque qui defcendoit la riviere, étoit chargée de munitions deftinées à leur faire la guerre, ils la vifiterent pour s'éclaircir du fait, & n'y ayant trou Tome V. Oooo

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1683. Vé que des marchandises ordinaires, ils la laifferent paffer fans rien prendre.

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Violen

ces.

Mais la publication de cetté amniftie fut faite avec une rufe blication infernale, pour furprendre plus aifément ceux qui en étoient exi fes effers. ceptez. Ön retrancha des copies qui furent lues & affichées la plupart des restrictions. On n'y employa pas l'article de la demolition des Temples. On fupprima l'exception des Miniftres, & le nom de tous ceux à qui le Roi ne vouloit point faire de grace. Mais par une ridicule bevue l'Ordonnance d'enregîtrement ne laiffoit pas de porter qu'elle étoit accordée à tous les coupables, à l'exception des y denommez: de forte que chacun ayant fujet de craindre d'être envelopé dans l'exception, il n'y avoit perfonne qui ofât efperer d'avoir part au benefice, La publication fut faite le vingt-troifiéme de Septembre: de forte que les Reformez avoient le refte du mois de delai pour quiter les armes: mais on ne leur en donna pas le tems. Dès le vingt-fixiéme quatre mille hommes commandez par le Duc de Noailles allerent atta quer environ deux cens dix hommes, qui s'étoient retirez fur la montagne de l'Herbaffe. Ils en tuerent une quarantaine. Le reste fe fauva dans un bois où on les inveftit. Il y en cut neuf de pris, qui ayant refufé de fe faire Catholiques, furent pendus à deux arbres, fans autre forme de procés. Le même jour les troupes étant allées à Vernoux, y pendirent un malheureux qui leur tomba entre les mains. De là elles allerent à Chalançon dont on leur donna le pillage; & on leur permit de brûler ce qu'elles ne voulurent pas emporter. Après avoir démoli le Tem ple, brûlé la Bible, emporté la cloche au château du Marquis des Tourrettes, elles pafferent la nuit dans cette Paroiffe defolée. Le lendemain trois Dragons traînerent par force, dans les champs une Demoiselle, qu'ils avoient trouvée dans fa maifon, & la violerent. D'autres tuerent à coups de poignard le nommé Riou, & le nommé Mondet, âgez d'environ foixante ans, parce qu'ils refuferent d'aller à la Meffe, Ces excés furent commis dans la Paroiffe de Silhac. Le vingt-huitiéme les troupes delogerent de Chalançon, & fe repandirent en dix ou douze Paroiffes, où elles commirent toute forte de violences. Geraud Mercier, âgé de foixante ans, qui avoit perdu l'efprit depuis quelque tems, & Jaques Tinlaud, vieillard qui avoit près de cent ans, furent tuez

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coups

de fufil. Quand on avoit tué quelqu'un de cette ma- 1683. niere, on ne l'honoroit pas de la fepulture. Les meurtriers jettoient le corps dans la riviere, où l'expofoient fur un grand chemin.

tion de

cruautez

Si on ne vit pas plus d'exemples de ces inhumanitez, il ne seconde faut pas l'attribuer à la compaffion des foldats, ou à la justice de publicaleurs Commandans. La feule raison en étoit qu'auffi-tôt qu'on l'amentendoit des troupes, tout le monde fuyoit, & s'alloit cacher nifie. dans les bois. Le Duc de Noailles voulant remedier à cette desertion generale, fit publier encore une fois l'amniftie: mais cette feconde publication fut encore plus frauduleufe que la premiere. Elle ne parloit ni de la demolition des Temples, ni de l'exception des Miniftres & autres perfonnes: de forte qu'on au roit jugé par l'Ordonnance du Duc, fi on n'avoit pas été d'ailleurs bien informé du contraire, que la grace étoit generale, & que le Roi n'excluoit perfonne de ce benefice. Cette publication fut faite à St. Fortunat le vingt-huitiéme de Septembre; mais cela n'empêcha pas que le même jour & les jours fuivans on ne commît toute forte de violences. Les habitans de plufieurs Après la Paroiffes des environs s'étoient retirez dans des precipices derriere quelle les Mastenac, où ils crurent qu'on n'iroit pas les chercher. C'est contipourquoi les vieillards, les femmes, les enfans s'y refugierent, nuent. & chacun. y porta ce qu'il avoit de meilleur, Mais les Catholiques du voifinage qui connoiffoient le lieu & fes avenuës, y conduifirent les troupes, qui n'oublierent rien de tout ce que le foldat fait faire, quand il n'y a point d'autorité qui reprime fa fureur. Il y eut plufieurs femmes & filles violées; & une entre les autres ayant donné beaucoup de peine à fix Dragons par fa refiftance, & fe jettant fur eux en lionne pour se vanger, après avoir été forcée, fut tuée par ces brutaux à coups de fufil. On mit en chemise celles qui ne furent point violées. On tua hommes & femmes, fans avoir égard à leur âge. Pierre Palix eut les deux bras coupez à coups de fabre. Les enfans ne furent pas. exemts de ces cruautez. Catherine Raventel ayant été trouvée dans les douleurs de l'enfantement, les Dragons la tuerent, & couperent le vifage à un de ses enfans âgé de huit ans, & la main Même à un autre qui n'en avoit encore que cinq. Après même que contre l'amnistie eut été publiée, les habitans de St. Voi & de Cham- ceux qui O000 2

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1683. bon deputerent au Duc de Noailles, pour declarer qu'ils l'acceptoient: mais les Dragons de Teffé leur ayant été envoyez, ne les en traiterent pas mieux. Les femmes & les filles y furent violées comme ailleurs, & tout fut mis au pillage. Les habitans de St. Vincent de Dulfor ayant deputé au Duc, pour favoir ce qu'ils deviendroient, le Duc, St. Ruth qui commandoit les troupes, & qui fe fignala par des cruautez qui lui aquirent le nom de nonvel Apôtre, & les autres Officiers affûrerent ces pauvres gens que le Roi leur pardonnoit, & qu'ils n'avoient qu'à fe retirer chez eux. Sur cette parole, que Jean Valette accompagné de quelques Officiers alla porter de lieu en lieu, chacun obeït, & fe rendit dans fa maifon. Mais au lieu de les y laiffer en repos, on les accabla d'exactions, de logemens, de condamnations; & ces violences s'étendirent dans toute l'année fuivante.

tion des Ceven

nes.

·Defola- Pendant que les troupes étoient à St Fortunat, on fit demolir le Temple, & le Marquis de la Tourette profita encore de la cloche qui fut portée dans fa maifon. En même tems on prepa roit les moyens de defoler les Cevennes Les Reformez avoient continué de s'y affembler; mais ils n'avoient pas pris les armes. Le Comte du Roure écrivit au Confiftoire d'Alais, pour l'exhorter à folliciter les Eglifes de la Province de paffer un acte de fou miffion, pareil à celui des Reformez du Vivarais, & particulierement l'Eglife de St. Hippolyte de difcontinuer fes Affemblées. Il permettoit par fa lettre de convoquer une Affemblée generale de la Province pour en deliberer. Suivant cetre permission l'Af femblée fut convoquée à Colognac, où elle fe forma le fixiéme de Septembre. Elle étoit belle & nombreufe. Il s'y trouva cinquante quatre Gentilshommes, cinquante Miniftrés, & trente perfonnes du Tiers Etat, qui étoient ou Avocats, ou Medecins, ou bons Bourgeois. On y paffa des actes fort foumis, où neanmoins les Reformez de St. Hippolyte ne s'obligeoient pas à dif continuer leurs exercices. Cela fut caufe que les actes ne furent pas portez au Comte & à l'Intendant, parce que l'Eglife d'Alais temoigna qu'ils n'en feroient pas contens. Mais le Comte de puta de fa part un Gentilhomme aux Directeurs de la Province, pour les difpofer à l'obeïffance, & les affûrer que pourveu qu'ils fiffent fufpendre feulement pour quinze jours les Affemblées de St. Hippolyte, il leur feroit obtenir de l'adouciffement dans les

affaires

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