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affaires generales; de la confolation pour ceux de St. Hippolyte, 1683. & l'amniftic generale des chofes paffées. Ce Gentilhomme qui étoit Reformé, affembla les Directeurs à Andufe; leur expofa les intentions du Comte; leur donna connoiffance de l'acte de foumiffion dressé par les Eglifes du Vivarais, & les difpofa à imiter leur exemple.

Ils drefferent donc un acte femblable, & chargerent deux Ate de Gentilshommes & un Miniftre de le porter au Comte du Roure fumif fion. & à l'Intendant : & de le folliciter de travailler à obtenir pour eux ce qu'il leur avoit fait efperer. Le Comte les reçut fort bien à Nimes, où ils l'allerent trouver: mais P'Intendant étant d'un autre côté, ils allerent le chercher à Tournon; & en fuire à Valence, d'où il les renvoya dans le Vivarais. Enfin il leur donna audience, mais ce fut pour les renvoyer au Duc de Noailles. Ces delais avoient été recherchez pour donner le tems aux troupes de ruïner le Vivarais; parce que par une rufe de politique on ne vouloit attaquer ces Provinces que l'une après l'autre, de peur que fi on avoit envoyé tout à la fois des troupes par tout, le defefpair n'eût reüni les Reformez, qui étoient encore en état de donner bien de la peine, s'ils avoient voulu fe defendre. C'est pourquoi pendant qu'on defoloit le Dauphiné, on avoit eu le foin de faire exactement garder tous les paffages, afin que la la nouvelle de ce qu'on y faifoit ne pût être fue dans le Vivarais: & pendant qu'on ravageoit les Eglifes du Vivarais, on avoit pris les mêmes precautions pour empêcher que la nouvelle n'en fût portée dans les Cevennes. Mais quand on eut achevé dans le Vivarais, & qu'on n'eut plus que les Cevennes à reduire, on permit aux Deputez de parler au Duc. Le Comte du Roure & Î'Intendant qui avoient donné des efperances de grace, & qui d'ailleurs auroient été portez d'eux mêmes à traiter les chofes avec douceur, ne voulurent pas fe charger du reproche d'une perfidie: mais le Duc qui n'avoit rien promis, & qui d'ailleurs recevant les ordres directement, comme Gouverneur de la Province, n'étoit pas lié par la parole de fes inferieurs ; ne crut pas qu'il y allât de fon honneur de faire une action un peu contraire au Droit des Gens. Auffi-tôt que les Deputez fe prefenterent de- Les De putez qui vant lui, il les fit arrêter par le Prevôt; fit defarmer les Gentils- le portent hommes; les fit fouiller tous; refusa de les ouïr; & comman- font ar 00003

da

rétex

1683. da de les mettre dans une baffe foffe. On auroit pu excufer cette action, fi ces Deputez avoient été envoyez par des fujets en armes, pour porter des propofitions orgueilleufes à leur Souverain, fans avoir pris auparavant avec lui leurs fûretez, & avoir obtenu des paffeports: mais arrêter des Deputez qui ne vont porter à leur Souverain que des actes de foumiffion, & des affûrances de fe departir de toute entreprise contraire à ses volontez; des Deputez chargez seulement de demander grace; & d'ailleurs qui marchoient fur la parole d'un Lieutenant de Roi, par l'ordre de qui leur deputation avoit été autorisée ; c'est ce qui ne peut paffer que pour un acte odieux de vangeance outrée, qui ne refpecte ni la juftice, ni la bonne foi. Le Prevôt les voulut mettre dans un cachot fale & puant: mais ils refuferent constamment d'y entrer; & protefterent qu'ils fe refoudroient à la mort, plutôt que de fouffrir qu'on violât fi indignement le Droit des Gens à leur égard. Le Duc averti de leur refolution, les fit mettre dans une chambre. Peu après il élargit l'un des Gentilshommes, nommé de Baudan, qu'on l'affûra qui s'étoit toûjours opposé au projet. Il n'y eut que la Valette, Gentilhomme du païs, & la Porte Miniftre qui demeurerent prifonniers.

Nouvel

acte de foumif

fion.

Pour couvrir cette action de quelque excufe, on allegua que l'acte de foumiffion, & les instructions des Deputez n'exprimoient pas affez de respect c'est pourquoi les Directeurs dresserent un nouvel acte le deuxième d'Octobre, où ils tâcherent de n'oublier rien de ce qui pouvoit exprimer l'humilité & la repen tance. Mais avant que les Deputez qui étoient chargez de le porter fuffent partis, on avoit déjà commencé à faire entrer des troupes dans leur Province. Les habitans de St. Hippolyte ayant été avertis de l'aproche des Dragons, & ne doutant pas qu'on n'eût deffein de les traitter comme ceux du Vivarais, quoi qu'ils n'euffent point fait d'autre mal que de s'affembler fans armes pour prier Dieu, & qu'ils euffent même ceffé de le faire, pour se mettre en état d'obtenir grace, abandonnerent leurs maisons. Les vieillards, les enfans, les femmes fe retirerent dans les bois & fur les montagnes. Les autres au nombre de fix ou fept cens, capables de porter les armes, fortirent de St. Hippolyte par un bout, lors que les Dragons entrerent par l'autre, & fe retirerent dans un lieu avantageux, refolus de fe defendre, fi on les atta

quoit. Ce defefpoir étonna les Officiers de ces troupes, qui 1683. cherchoient plutôt les personnes que les maifons; afin d'avoir le plaifir ou d'exercer des cruautez, ou de faire des converfions. C'est pourquoi ils eurent recours à la perfidie, & tâcherent de Nouvelles perfiramener ces malheureux, par des promeffes qu'on étoit refolu de dies. ne tenir point. On leur envoya de Vibrac & de la Pimpie Gentilshommes, & Durand Juge de Sauve, pour traitter avec eux de la part du Duc de Noailles : & fur la parole que ces envoyez leur donnerent que le Roi leur accordoit une amniftie generale, dont il n'exceptoit que quatre ou cinq, de qui même on efperoit obtenir la grace; qu'on ne leur feroit point de mal; que les troupes ne feroient que paffer; & que tous leurs mouvemens ne ne fe feroient que par bienfeance, pour l'honneur de la Majesté royale, on les fit refoudre à l'obeïffance. Les Gardes du Duc alloient & venoient, pour lui communiquer les propofitions des Reformez, & pour rapporter fes ordres: de forte que ce fut avec lui proprement que le traitté fut arrêté. A fa parole donc ces pauvres gens fe retirerent. Les uns vinrent à St. Hippolyte; les autres allerent raffembler leurs familles difperfées; & quelques uns s'arrêterent dans les maifons qu'ils avoient à la campagne. Cependant le même jour on arrêta fix hommes, dont il y en avoit deux qui revenoient chez eux fur la foi de l'amniftie; un troifié me qui n'avoit point d'armes, & qui ne faifoit que paffer fon chemin; & un quatriéme qui revenoit de Mompellier, avec les pa piers d'un procés qu'il étoit allé y pourfuivre. Les deux autres étoient un pere & fon fils, qui avoient voulu s'opposer aux defordres que les Dragons faifoient dans leur maison. Le Juge après les Supplice avoir examinez tous quatre declara qu'il ne trouvoit pas qu'ils euf de deux fent merité la mort : mais le Comte de Teffé dit que cela ne de reconnus voit pas empêcher qu'on n'en fit pendre deux; & fur le refus que le Juge fit de les condamner, on tira leur nom au fort. Le malheur tomba fur un païfan qui avoit été pris en retournant chez lui dans l'efperance de l'amniftie; & fur ce pauvre homme qui avoit été trouyé fans armes dans le chemin. On les follicita fortement & dans la prifon, & fur le lieu du fupplice, pour les obliger à changer de Religion : mais le païfan ne parut jamais ébranlé; & fut executé le premier. Le compagnon de fon malheur perdit le courage à la vue de cette execution; & promit de changer. Un des

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autres

hommes

innocens.

1683. autres nommé Labric qui affiftoit à cette execution les mains liées, & qui par la recommandation d'un des Gentilhommes mediateurs avoit été excepté du nombre de ceux qu'on avoit fait tirer au fort, eut la hardieffe de lui reprocher le peché qu'il com mettoit; & ce pauvre homme, touché de ce reproche, revint à lui fur le champ; declara qu'il vouloit mourir, & defavoua la promeffe que la crainte de la mort, & la vue de la defolation où. il laiffoit fa famille avoient tirée de fa bouche. De forte q'uon le fit mourir comme le premier.

punies.

Cruau- Cependant les troupes firent mille defordres à St. Hippolyte & tez im- à la campagne. Ils briferent pillerent, violerent comme ils avoient fait ailleurs. En un mot ils commirent des excés fi hor ribles, qu'encore qu'on leur eût donné jusques là toute forte de licence, on orut qu'il étoit neceffaire de les reprimer. Deux Grenadiers étant entrez dans une metairie, n'y trouverent qu'un jeune homme, & une petite fille encore fort éloignée de la puberté. L'un d'eux voulant violer cet enfant, lia ce jeune garçon, & entreprit de forcer fa foeur en fa prefence. Mais l'âge de cette fille ne lui permettant pas de fe fatisfaire, il yfuppléa par un effet de rage, & lui dechira le ventre avec les mains, pour affouvir fa brutalité. Les Officiers frappez de l'horreur de cette action qui fai foit beaucoup de bruit, condamnerent ce fcelerat à être roué. Mais ce fut le feul crime puni; & on ne fit pas la moindre re cherche contre ceux qui en avoient commis tant d'autres. Il eft remarquable même qu'on faifoit rouër vifs les Reformez qu'on croyoit coupables d'avoir excité les autres à faire des Assemblées, & à prendre des armes pour fe defendre en cas de neceffité; on ne leur faifoit pas grace d'un feul coup que leur corps pût rece voir fans mourir: mais ce fcelerat n'eut que l'apparence du fup plice & en l'étranglant de bonne heure, on lui en épargna la douleur. Après cela on difperfa les troupes dans les Cevennes, & on accabla les Reformez de taxes & de logemens. Le Vivarais & le Dauphiné logerent auffi des troupes pendant tout l'hyver; & on ne tira ces cruels hôtes de ces trois Provinces, que quand ils n'y trouverent plus rien à manger.

Requête

Dans le bas Languedoc rien n'avoit branlé. Il n'y avoit eu au nom ni prise d'armes, ni Affemblées. Cependant on chercha des preLangue- textes de tourmenter les Reformez, qui donnoient de la jalou

du bas

doc.

fie

fie par leur nombre. On n'en manque jamais contre ceux de qui 1683. on meprise la foiblesse. On accusa les Directeurs de cette Province d'avoir eu part au projet ; & les peuples d'avoir approuvé leur zêle, & d'avoir loué le courage de ceux qui avoient fait des Affemblées. Les Directeurs voulurent aller au devant de l'orage qui les menaçoit. Ils drefferent une requête où ils tâcherent de faire pitié par le tableau de leurs malheurs, & par la juftification de leur conduite. Ils s'efforçoient de faire voir que les Affemblées n'avoient pas été criminelles: 1. par l'innocence de ce qui s'y étoit passé; 2. par les articles de leur Confeffion de Foi dont il leur étoit permis de faire profeffion; 3. par la neceffité des AG femblées de devotion, qui étoient recommandées comme un devoir indifpenfable du Chriftianifme; 4. par l'exemple des fideles de tous les ficcles; & principalement de Daniel, qui n'obeït point aux defenses que Darius avoit faites d'adreffer aucun hommage à quelque objet que ce fût excepté le Roi, durant trente jours: on y rapportoit auffi la reponse des Apôtres aux Juifs qui avoient voulu les empêcher d'exercer leur Apostolat; 5. par les Edits qui avoient tant de fois accordé la liberté de confcience. On y remontroit que les troubles qui étoient furvenus à l'occasion de ces Affemblées, étoient un accident dont les Affemblées même étoient innocentes, parce qu'elles avoient été faites à toute autre intention. En fuite on decrivoit les maux que les Refor mez avoient foufferts dans les trois Provinces, les ravages, les fupplices, les tortures. On temoignoit qu'en s'affemblant on avoit efperé de la bonté du Roi qu'il ne regarderoit pas cette entreprise comme un crime digne de la rouë; mais on protestoit de fouffrir toutes fortes de peines, fans s'étonner du malheur des autres, plûtôt que de renoncer à la pratique d'un devoir si juste. On reprefentoit au Roi comme l'unique moyen d'affermir la paix de l'Etat, qu'il falloit laiffer aux fujets la liberté entiere de leurs confciences: parce qu'autrement la contrainte reduifoit les plus fages malgré qu'ils en euffent, à faire des chofes que la charité & l'équité ne demandoient pas. On ajoûtoit que les Catholiques & les Reformez avoient tant de liaisons enfemble, que la ruïne des uns entraîneroit celle des autres. On difoit que toutes les manufactures étoient ruïnées dans ces Provinces, où elles étoient floriffantes avant ces defordres, parce que tout le commerce y rou Tome V. PPPP

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