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1683. loit fur le travail & fur l'induftrie des Reformez. Enfin on con juroit le Roi par les entrailles de fa mifericorde, par fa pieté, par Ja tendreffe paternelle, & par toute fon équité de leur rendre la liberté de leurs exercices, les moyens de gagner leur vie dans de legitimes emplois, & dans les Arts & Metiers; & fur tout des Juges non fufpects.

à Nimes

& à

Troupes Cette requête que les Directeurs drefferent, comme tous envoyées leurs autres écrits, au nom de tous les Reformez, & qui les fai foit paroître fermes & refolus au milieu de leurs foumissions, aiUfez. grit les efprits au lieu de les appaifer; & le vingt-huitiéme d'Octobreon fit partir d'Anduze trois cens Dragons, fous la conduite de Barbezieres; qui avoit ordre de se rendre à Nîmes avant le jour, & d'y faifir neuf ou dix perfonnes fufpectes. Les principaux étoient Icard & Peyrol Miniftre de Nîmes; Fontfroide Gentilhomme fort zêlé, & Brouffon Avocat au Parlement de Thoulouse. Ces deux derniers n'étoient pas exceptez de l'amnistie; mais on les confideroit comme ayant eu part au projet. Quelques diligences que les Dragons cuflent faite, les perfonnes qu'ils cherchoient eurent le tems de fe fauver. L'un d'eux feulement fut trouvé couché avec fon frere dans un même lit: mais les Dragons prirent l'un pour l'autre. Ils arrêterent celui à qui on ne pensoit pas, & donnerent le tems d'échapper à celui qu'ils avoient eu ordre de prendre. Quand on cut reconnu la meprife, on relácha celui qui avoit été arrêté: mais on ne trouva point les autres; qui quoi qu'on eût fait des defenses reiterées à tous les habitans de les retirer, à peine de la vie & de demolition de leurs maisons, & qu'on eût tenu les portes de Nîmes fermées durant plufieurs jours, trouverent & des amis affez fideles pour les cacher, & le moyen de fortir de la ville malgré les Gardes. Un autre detachement envoyé à Ufez la même nuit, pour furprendre Labórie l'un des Miniftres du lieu, coupable du même crime, fit auffi une diligence inutile; & ce Miniftre lui échappa. Cependant on defarma les Reformez de ces deux villes, fans en avoir d'autre pretexte, que de ne laiffer pas à un peuple affez nombreux les moyens de le defendre de l'oppreffion qu'on lui preparoit : mais pour enveloper dans des affaires fâcheufes les gens même qui n'avoient point eu de part à ces malheureux mouvemens, on avoit imaginé de nouveaux sujets de traiter les Miniftres des environs comme des rebelles. Quel

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Quelques-uns d'eux voyant regner une cruelle divifion dans le 1683. Confiftoire de Nîmes, où les uns étoient auffi ardens à favorifer Nonle projet, que les autres à le rejetter, s'aviferent de demander crimes au Comte du Roure la permiffion de tenir un Colloque, pour imputer reconcilier les efprits. Le Comte leur refufa cette permiffion, & aux Mi niftres. defendit de s'affembler, à peine d'être punis comme criminels d'Etat. On obeït ; & le Colloque ne fe tint point: mais comme on crut que le deffein de ces Miniftres avoit été de faire approuver le projet par le Colloque, on leur fit un crime de leur intention. Pendant que les Dragons demeurerent dans ces quartiers-là, on fit rechercher ceux qui avoient refolu de faire cette demande, & on faifit ceux d'Aimargues & de St., Gilles, qui furent menez à Mompellier garottez comme des brigands. ́L'Intendant ayant decreté contre plufieurs autres, ils fe rendirent prifonniers volontairement : & on les fit languir long tems dans les prisons, fans les juger. Sur un autre foupçon que plusieurs Miniftres avoient figné un écrit, par lequel ils reconnoiffoient qu'en confcience & par le devoir de leurs charges, ils étoient obligez à prêcher l'Evangile, malgré les defenfes qu'on leur en pourroit faire au prejudice des Edits; fur ce foupçon, dis-je, il y en eut encore plufieurs decretez; & ainfi prefque toutes les Eglifes du Colloque de Nîmes fe trouverent fans exercices.

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Mais pendant l'hyver de cette année qui fut extraordinaire- Crusument froid, les troupes qui demeurerent en garnifon dans les trois fez com mifes Provinces continuerent à exercer de cruelles violences. On ne pendant fauroit exprimer à quelles fommes monterent leurs exactions; le quarmais on en peut juger par la fomme de deux cens quarante qua- ver. tre mille quatre cens livres, que les habitans de St. Hippolyte furent contraints de debourfer, comme ils le juftifierent par un compte en bonne forme. En general pendant que les Reformez eurent de quoi fatisfaire le foldat, ils en furent quites pour le pillage mais quand l'argent vint à leur manquer; quand le prix de leur meubles fut confumé ; quand les ornemens & les habits de leurs femmes furent vendus, on s'avifa de les convertir; & on s'y prit par la methode qui avoit aquis tant de reputation à Marillac on traînoit les uns par force dans les Eglifes; on met toit les autres en prison, & pendant qu'on les y tenoit on employoit les incommoditez, les menaces, les outrages pour les obliPppp 2

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683. ger à se faire Catholiques. Ce fut ainfi qu'en Dauphiné on rui na Bordeaux la Baume Corneillane, Bezaudun, Chateaudouble, la Mote, Chalançon, Volvent & plufieurs autres lieux confiderables,

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En Vivarais on alla s'il fe peut encore plus loin. On pour ples par- roit cotter plus de quarante exemples d'une cruauté signalée, fans des parler du pillage, de l'emprisonnement, & d'autres outrages cruautez ordinaires. On n'épargna ni fexe, ni âge, ni les femmes grof commifes en Vi fes, ni les malades. La Traverfe, Pierre-ville, Maftenac, ChaTAIS. lançon, Silhac, Labatie, La Valette, Defaignes, la Maftre Beauchâtel , Boufquet, St. Laurens , Granger, Macheville, Vernoux, Chambon, Fraiffiner, Bouchat, Mazet, la Roue, Tance, Bourge, Suc, Vachereffes, Fontmorette, font autant de paroiffes ou de lieux où toutes fortes d'inhumanitez furent exercées. Antoine Faure ayant été forcé par quelques Fuzeliers de leur donner à dîner, l'un deux en recompenfe lui caffa la cuiffe d'un coup de fufil. On l'arrêta fur le champ, & on alla demander juftice à Bouvincourt fon Commandant; mais il en fut quitte pour quelques jours de prifon. Les foldats du Marquis de la Tourrette traiterent de même un nommé Labeille. Après avoir bu & mangé chez lui, ils firent mille defordres dans fa maison : & l'ayant reduit à prendre la fuite, ils le tuerent de fept ou huit coups de fufil, dont même l'un eftropia fa fervante, & l'autre creva l'oeil au valet d'un de fes voifins. Il n'en fut pas fait meil. leure justice que de l'autre. Un jeune homme de quinze ans ayant été mené au château de la Tourette, on lui mit cinq ou fix fois la corde au cou, en le menaçant de le pendre, s'il né changeoit de Religion; & on l'enleva plufieurs fois de terre, pour lui faire plus de peur, le laiffant retomber feulement, quand on voyoit que la refpiration lui manquoit. Il ne fe tira de ces mains barbares que par une conftance au deffus de fon âge. On fit brû ler les pieds & les mains d'un païfan de la paroiffe de Labatie; & parce que ce tourment ne l'ébranloit pas, on lui mit un charbon ardent dans la main, & on la lui tint fermée long tems de peur qu'il ne le jettât. Molines autre païfan demeurant près de Defaignes eut les pieds & les mains liées, on lui paffa la tête entre les genoux, & avec une barre qu'on lui mit au milieu du corps, on le rouloit comme une boule. On brûla les levres à un autre

avec un fer rouge. On rompit les côtes, les bras ou les jambes à 1683, d'autres à coups de bâton. Une veuve âgée de foixante & quatre ans fut liée fur un fautueuil par les foldats qui logeoient chez elle, & portée au Sermon d'un Miffionnaire, qui ne fut pas affez humain pour blâmer cette violence. Lors qu'elle baifoit la tête, on la lui relevoit avec un bâton, pour lui faire regarder le Predicateur. Après le Sermon, les foldats la detacherent; mais quand elle fut rentrée dans fa maison, ils la reprirent, & la tinrent par force devant un grand feu, jufqu'à ce qu'elle s'éva nouît entre leurs bras. Il y eut des hommes à qui on arracha le poil de la barbe ; d'autres de qui on la brûloit à la chandelle, d'autres qu'on laiffa pendus la corde au cou, demi morts; d'au tres qu'on lia de même à des cheminées, dont la fumée leur bouchoit tous les paffages de la refpiration; d'autres qu'on jetta tout liez dans un grand feu. Il y eut des femmes liées au pied de leur lit, & qu'on laiffa des jours entiers dans cet état, d'autres qu'on affomma de coups; d'autres qu'on mit durant le plus froid de l'hyver dans des cachots pleins de bouë; d'autres qu'on fit monter fur des échelles la corde cou, en jurant qu'on les alloit pendre; d'autres qu'on força d'abandonner leurs maifons par la crainte d'être violées. Le Curé de Tance fit ruiner les Reformez de fa paroiffe par les Dragons de Teffé, de Languedoc, de Grillon: & une Compagnie de ceux-ci ayant reduit par quinze jours de violences exceffives ces malheureux à tout quitter, le Curé fit jetter dans la ruë le blé qu'ils avoient laiffé dans leurs greniers; & après cela leur fit un procés ; & les accufa d'avoir violé les conditions de l'amniftie, qui leur ordonnoit de retourner dans leurs maifons. L'Intendant decreta contre eux fous ce pretexte; & en fit arrêter deux qu'il tint fort long tems dans une étroite prifon. Le Marquis de la Tourette faifoit de fon côté tout le mal dont il fe pouvoit avifer. Entre fes autres cruautez celle-ci eft remarquable. Il avoit forcé Pierre Romieu, qui étoit excepté de l'amnistie, à changer de Religion, pour éviter la mort. La femme de ce converti affligée de ce qu'il avoit eu tant de foiblesse, refufa de le voir. Le Marquis la fit enlever par fes foldats, & l'enferma dans une chambre de fon château, où il lui fit toute forte de perfecutions. Il la menaça même que fi elle ne fuivoit l'exemple de fon mari, il la feroit pourrir en prifon. Il lui ôta PPPP 3

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ples.

1683. un enfant qu'elle nourriffoit; & lui refufa tout ce qui pouvoit la foulager. Dans cet état elle se refolut à couper les draps & les ri deaux de fon lit, & en fit une corde pour defcendre par la fenêtre. Cette mauvaise corde n'ayant pu la foutenir fans se rompre, elle tomba de fort haut fur des rochers, où elle demeura toute brifée, & fans mouvement: mais comme en la relevant on remarqua en elle des reftes de vie, le Marquis la fit remettre en prison. La Marquise des Portes reveilla fon zêle contre les Reformez, quand elle vit le païs inondé de troupes. Elle avoit paru plus équitable pendant les dernieres années de fa vie, que dans les commencemens: mais quand elle vit que tout le monde fe piquoit de faire des converfions, elle voulut avoir part à cette gloire, pour faire en même tems fa cour à Dieu & au Roi. Elle avoit cent hommes de garnifon dans le château dont elle portoit le nom; & le Commandant de ces foldats nommé St. Hilaire, fe croyant tout permis à caufe de fa qualité de Capitaine, & d'ailleurs étant d'une inclination farouche & cruelle, fit mille violences aux Reformez qui habitoient dans la Seigneurie de cette Marquife. Le plus ordinaire de fes exploits étoit d'enlever les païfans; de les conduire dans le château; de les folliciter de chan ger de Religion par promeffes, par menaces, par injures, par mauvais traitemens. Quand il n'en pouvoit venir à bout, il les faifoit defcendre avec une corde au fond d'une vieille tour decouverte, où il les laiffoit expofez à toutes les injures de l'air, jufqu'à ce qu'ils euffent promis de changer, ou que par leur conftance ils euffent laffé fa fureur. Mais quand il avoit contraint quelqu'un par fes cruautez à promettre d'aller à la Messe, il lui faifoit paffer une declaration devant Notaire, par laquelle il reconnoiffoit qu'il changeoit de Religion de fon propre mouvement, & fans violence..

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Dans le même tems on joignit aux foldats deux autres fortes de perfecuteurs: les uns étoient les Miflionnaires; les autres artifices pour pro-étoient les devotes, qui fe piquoient de convertir le menu peuple. Ces trois ordres de Convertiffeurs avoient partagé leurs fonctions. Les Dragons femoient la terreur par le bruit, le pillage, les blafphêmes, les violences. Les Miffionnaires fatiguoient par des difputes, des conferences, des confeils, de feintes civilitez, les peuples épouvantez par les foldats: mais les Devotes qu'on apel

fions.

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