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1684. mez habitans de St. André, au mois de Fevrier de cette année, pour leur propofer de fe convertir, & fur le refus qu'ils en firent, il les menaça de faire venir des Dragons qui faccageroient leurs maisons, & qui violeroient leurs femmes. Les memoires lui attribuent ces propres paroles. Il leur tint fidelement fa promesse. Après avoir logé chez eux deux Compagnies de Dragons, qui vêcurent à difcretion durant dix-huit jours, il y fit venir encore de la Cavalerie pour achever de les ruïner; & cela ne convertif fant perfonne, il les entreprit tous en detail par des procés criminels, qui les reduifirent à se tenir cachez jufqu'à ce qu'il fût las de les tourmenter.

Autres

Eglifes

interdi

demolis.

mie de

Mais d'un autre côté on employoit les troupes à d'autres executions. St. Ruth & le Marquis de la Tourette firent abattre tes, & dans le Vivarais les Temples de St. Jean Chambre, de St. MiTemples chel de Chaberlhanoux, de Silhac de Châteauneuf, de Vernoux, de St. Sauveur, de Gluras, de St. Pierre-ville, du Cheylai, de Boffre, de Labastide de Cruffol, & quelques autres. Cela fe fit fans ordre d'enhaut; mais on étoit bien affûré que le Confeil ne manqueroit pas d'aprouver ce qui ferviroit au progrés de fes deffeins; & en effet le vingt-huitiéme de Mai, quatre ou cinq mois après la demolition de ces Temples, il fut rendu un arrêt pour l'autorifer; & l'enregîtrement en fut fait le trentiéme de Juin au Prefidial de Nîmes: de forte que la chofe fut faite environ fix Academois avant que d'être jugée. Mais le Confeil donna encore outre celui-là, fur le même fujet, fous pretexte des partages, quaDie fupprimée. rante-cinq arrêts qui font venus à ma connoiffance; fans parler de celui qui fupprima l'onziéme de Septembre l'Academie & le College de Die. Le dixiéme de Janvier les Temples de Montelart, de Montjou, de Poetcelas & de Taulignan furent condamnez; & le même jour il fut ordonné de fermer plufieurs Temples de Guyenne, avec defenfes d'y faire l'exercice à l'avenir.. Celui de Clairac & quelques autres, où l'exercice avoit ceffé en confequence des chicanes dont j'ai parlé ailleurs, mais où les Reformez avoient refolu de recommencer leurs Affemblées, étoienr de ce nombre. Le dix-feptiéme du même mois l'exercice fut interdit à Ofte; & le vingt-quatriéme Vals, Poët Laval, Crupieres, Leguas, le Vigan, Marcels perdirent encore leur droit d'exercice. On en fit autant huit jours après aux Eglifes d'Arnajon,

najon, Alençon en Dauphiné, Ponet, Bomeïer & Pegue. L'E- 1684, glife d'Ahi dans le Diocese de Rheims fut interdite le vingt & un de Fevrier; & celle de Villemur dans le Diocefe de Montauban fut condamnée le vingt-huitiéme. Le fixiéme du mois fuivant la demolition des Temples de Tremivi, de Valdrorne & d'Eure, dans les Diocefes de Die & de Valence, fut ordonnée; & le treiziéme l'exercice fut interdit à Grave, dans le même Diocefe de Valence, & la maison qui avoit fervi de Temple, fut convertie à un autre ufage. Le même jour l'exercice fut interdit à Courtermé, dans le Diocese de Chartres, où le Seigneur du lieu recueilloit une petite Affemblée dans fa maison. Le vingtiéme du même mois l'exercice fut interdit à Briançon, dans le Diocese d'Embrun; & le même arrêt condamna les Reformez à contribuer aux reparations des Eglifes Catholiques. Le même jour l'Eglife de Beaumont dans le Diocese de Valence fut condamnée; & le même arrêt ordonna que tous les Officiers de la Communauté fuffent Catholiques. Le vingt-feptiéme le Temple & l'exercice de Vendôme furent condamnez. On jugea la mê-me chose contre le Temple d'Embrun le vingt-fixiéme de Juin; & le troifiéme de Juillet contre celui d'Hermonville, proche de St. Pierre fur Dive en Normandie. Ce droit d'exercice étoit parfaitement bien fondé; mais au lieu du nom de la place où étoit le Temple, qui ne paroiffoit pas dans les titres, on n'y voyoit que le nom du bourg, qui étoit la refidence du Miniftre, & des plus confiderables membres de l'Eglife. Le trente & uniéme on condamna l'Eglife de Mazamet; & le vingt & uniéme d'Août celles de Pargoire & de Cornillane. Huit jours après on ordonna la demolition du Temple de Villemade, lieu commode par fon voifinage pour recueillir les debris. de l'Eglife de Montauban. St. Jean de Brueil fut interdit le même jour, & le Temple deftiné à fervir de Maifon de ville. Loriol en Dauphiné fut condamné le quatriéme de Septembre; & par un arrêt du vingt-feptiéme de Novembre, l'exercice fut interdit à St. Roman de Cadies, & le Temple donné aux Catholiques, pour le convertir en Eglife. Par trois autres arrêts du même jour les Temples d'Ai-i guilles, de Vars, des Hameaux de St. Marcellin & Ste. Marie, & de Frefmieres furent condamnez. Deux' arrêts du quatriéme de Decembre condamnerent de même les Eglifes de Serres, Pier-Q9993 regroffe,

1684. regroffe, Fontgacillard & Guillestre. L'onziéme on traita de même celles de St. Veran, d'Arnieux & d'Abreis; & enfin le dixhuitiéme on ordonna la demolition du Temple de Montagnac, dans le Diocese de Condom.

Perfecu

tion en

commif

Lion.

Dans la Province de Saintonge il s'éleva une autre forte de Sainton perfecution, qui dans un mois de tems y ruïna toutes les Eglige par fes. Du Vigier Confeiller au Parlement de Bourdeaux, avoit été voye de premierement Confeiller dans la Chambre Mipartie, avant qu'elle fût incorporée. Il se revolta dans l'efperance de retablir fa fortune, ruïnée par le jeu qu'il aimoit jufqu'à la fureur. Il reçut en effet à Paris une affez groffe fomme d'argent pour recompenfe de fon changement; mais on dit qu'il la perdit en fort peu de tems, & qu'il n'en remporta rien chez lui. Ce mal-honnête homme brigua ouvertement une commiffion du Parlement, que plufieurs bons Catholiques avoient refufée, pour aller informer des contraventions aux Edits dans le Perigord. Après l'avoir obtenuë il l'exerça d'une maniere fi cruelle, qu'il mit toutes les Eglifes de cette Province dans une entiere defolation. Le Synode de baffe Guyenne affemblé à Tonneins, voyant que la plupart de ces Eglifes ne demeuroient fans exercices que par la rufe de Du Vigier, qui avoit mis les Miniftres en interdiction, y voulut pourvoir, en donnant aux Eglifes d'autres Pasteurs. Il en diftribua dix-neuf à celles dont le droit n'avoit pas encore reçu d'atteinte: mais De Ris Intendant de cette Generalité, empêcha ces Miniftres de prêcher; & parce qu'il n'y avoit pas de pretexte legitime de le faire, il y donna ordre, en faifant venir cette année Parrêt du Confeil du dixiéme de Janvier, dont j'ai parlé, qui confirmoit l'interdiction de ces Eglifes. Ce fuccés enflamma le zêle du Procureur General, qui obtint que Du Vigier allât faire les mêmes enquêtes en Saintonge pendant les vacations. Il ne put neanmoins s'en aquiter que vers la fin de l'année; parce qu'il fut obligé de fe faire traiter d'un mal qui étoit le fruit de fes debauches. Mais quand il en fut foulagé, il acheva d'expier son incontinence par des injustices, dont à peine peut-on croire que le cœur humain foit capable.

P

Carac Il vint donc en Saintonge au mois de Decembre', ayant élu tere des Cordis Confeiller au Siege de Sarlat, pour Procureur du Roi de cette commission; & fe faifant accompagner de deux Moines

Commif

faires.

Recol

Sermons.

remar

Recollets, qui faifoient auprès de lui les fonctions de denon- 1684. ciateurs, de temoins, de parties, de Greffiers, & d'Affeffeurs. L'un apellé La Rouffie faifoit les extraits de tous les Sermons qu'il pouvoit entendre, & les envenimoit par des interpretations malignes, afin qu'elles puffent fervir de pretexte à une condamnation. Ces extraits étoient aportez à Du Vigier; mais dans Extraits les autres Provinces on les envoyoit aux Intendans & au Con- tirez des feil, où on les faifoit examiner, pour juger du pretexte qu'il en falloit prendre d'interdire les Miniftres. Je dis dans les autres Provinces, parce qu'on fuivoit cette methode par tout le Royaume; quoi que ceux qui s'en mêloient ne le fiffent pas avec tant d'éclat que La Rouffie; & c'étoit là proprement ce qu'on avoit eu en vuë, en obligeant les Reformez à recevoir quelques Catholiques dans leurs Affemblées. Le plus grand crime qu'un Miniftre pût commettre dans fes Sermons, c'étoit d'infpirer à fes auditeurs du zêle pour leur Religion, & de les tenir dans un efprit d'éloignement & d'averfion pour la Religion Catholique. J'ai vu au Confeil un extrait d'une predication prononcée à Fa- Exemple laife, ville de Normandie, par Cairon, que le dernier Synode y avoit envoyé. Il étoit fort exact & fort fuivi; & même il n'y avoit rien qui parût y avoir été gliffé par la paffion. Il n'imputoit au Ministre ni termes choquans ou feditieux, ni calomnies contre l'Eglife Romaine; mais il lui faifoit un crime d'avoir mis en parallelle les deux Religions, & d'avoir donné en tout la preference à la Reformée. Il avoit decrit la fimplicité du culte des Reformez, & l'innocence & la folidité de leur doctrine, qu'il avoit reprefentée comme toute fondée fur la parole de Dieu, & toute dirigée à la confolation de l'ame; après quoi il avoit, pour ainfi dire, promené fes auditeurs par tous les articles de la doctrine Catholique, & par toutes les circonstances de fon culte, pour leur faire voir que fous un exterieur capable de furprendre & d'éblouïr, ils n'y trouveroient qu'une vuide & malheureuse fechereffe. On étoit affez empêché à trouver comment on devoit user de cet extrait. Il n'y avoit que la matiere qui pût offenfer: mais le tour étoit fi fage, fi modefte, fi refpectueux pour la Religion dominante; les expreffions étoient fi naïves & fi moderées, qu'il étoit mal-aifé d'y trouver de quoi se plaindre. Mais enfin, parce que de femblables Sermons pou

quable.

1684. voient empêcher les converfions, on trouva qu'il valoit mieux faire injuftement une affaire criminelle à Cairon, que de lui permettre de faire impunément des predications fi édifiantes. L'autre Moine s'apelloit Auguftin Mayac, homme emporté, fourbe, hardi jufqu'à l'extrême impudence, & par deffus tout cela fort vifionnaire. Il fut affez fou pour prêcher qu'il avoit eu diverses vifions, dans l'une defquelles il lui avoit été revelé qu'il y avoit trois places preparées dans le Paradis: une pour lui; une autre pour Du Vigier, & une troifiéme pour la Comteffe de Marfan qui étoit une ardente perfecutrice. Ce Mayac affiftoit à l'audition des temoins; reformoit leurs depofitions; dictoit au Greffier ce qu'il falloit écrire, quelquefois en l'absence de Du Vigier, quelquefois en fa prefence même, fans que ce Commiffaire s'y oppofat. Il fe mêloit même de fuborner les temoins; & entre les autres il promit cinquante écus à un Sergent nommé Charaffon, nouveau converti, pourveu qu'il voulût temoigner que depuis fa convefion, Morin Miniftre de Moife lui avoit donné un certificat, pour l'envoyer communier dans une autre Eglife. Le Sergent le refufa, & ne fit pas même difficulté d'en donner avis. Irregu Du Vigier secondé par des gens de ce caractere, commença l'exercice de fa commiflion par l'emprisonnement des Miniftres, & par l'interdiction des Eglifes, & pour faire plus de diligence, on faifoit en même jour l'audition des temoins, l'interrogatoire de l'accufé, le recollement & la confrontation. Dans ce deffein, pendant que les temoins depofoient dans une chambre, on interrogeoit le Miniftre dans une autre: d'où il s'enfuit que les accusez devant être interrogez fur les faits qui refultent des informations, on avoit preparé ces faits, & on les favoit par avance, lors que Empri- les informations n'étoient pas encore dreffées. Il y cut d'abord fonne neuf Miniftres decretez, fous pretexte qu'ils avoient prêché ailinterdic- leurs que dans leurs Eglifes. Le dernier Synode de Saintonge avoit été affemblé à St. Juft, & felon l'ufage on avoit chargé des Miniftres étrangers de prêcher durant la durée de l'Assemblée. Le Commiffaire Catholique ne l'avoit point empêché; & le Confeil avoit plus d'une fois declaré verbalement, que ce n'étoit pas là le cas où on devoit apliquer les defenfes de prêcher en divers lieux. Mais il étoit permis d'avoir dans chaque Province une jurifprudence particuliere, pourveu qu'elle fût utile au deffein com

laritez.

mens &

tions.

mun

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