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de la Comteffe de Marfan. En troifiéme lieu on attaquoit le 168. Lieutenant General de Saintes, qui portoit fa complaisance pour les perfecuteurs aufli loin qu'il étoit poffible. Et enfin on remontroit que le Parlement même, à qui on avoit porté diverfes plaintes de toutes ces entreprises, les favorifoit ouvertement, & refu foit toute justice aux personnes intereffées. Cette requête ne fut point repondue. On avoit pris au Confeil la refolution d'en ufer ainfi, pour rebuter les Reformez de presenter des requêtes. Elle ne fut pas neanmoins absolument inutile. On eut horreur au Confeil de voir l'injuftice aller fi loin, & on envoya des or dres fecrets d'arrêter le cours de ces inhumaines procedures. Cette rigueur se relâcha donc peu à peu: les enlevemens cefferent; & quoi qu'on fit encore quelques poursuites contre les peres, on les laiffa en patience, quand ils eurent le courage ou d'appeller des fentences renduës contre eux, ou de prendre le Juge à par

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Mais il s'éleva encore un autre orage d'un autre côté. J'en ren- Libelle drai conte avant que de parler des arrêts & des Declarations de Portrait cette année, parce qu'il femble que l'occasion de quelques-uns conduite de ces actes fut tirée de l'écrit dont je vais parler. L'Eglife de des ConSaintes étoit une de celles du Royaume dont les titres étoient dans fiftoires. le meilleur ordre, & les plus complets. Il n'y avoit principalement rien de plus beau que les livres du Confiftoire. On y avoit écrit avec la derniere exactitude tout ce qui avoit eu du rapport à la police de l'Eglife, & à l'exercice de la Difcipline: & parce que ce Confiftoire étoit confulté de tous les côtez, on y voyoit prefque l'histoire abregée des Eglifes de la Province. Le Lieutenant General contraignit le Confiftoire à lui representer ces livres, fous le pretexte de voir quels biens avoient appartenu aux pauvres; & devoient par confequent être delaiffez aux Hôpitaux. Auffi-tôt il les remit entre les mains des Moines qui accompagnoient Du Vigier; & l'un deux, qu'on crut être ce Mayac de qui j'ai parlé ailleurs, en tira la matiere d'un écrit qu'il dedia au Parlement de Guyenne. Il y avoit long tems que les Moines defiroient d'entrer dans les fecrets des Confiftoires, & que s'imaginant quelque chofe de fort mysterieux dans la conduite de ces Compagnies, ils cherchoient les moyens de decouvrir cette impenetrable politique. Ils crurent être arrivez à cette connoiffance tant fouhait

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1684. tée, quand ils eurent en leur pouvoir les livres du Confiftoire de Saintes: & jugeant de tous les autres par l'exactitude de ceux-ci, ils conclurent que tous les autres avoient les mêmes maximes, & traittoient des mêmes affaires. C'eft pourquoi le livre dont je parle étoit intitulé, Portrait de la conduite des Confiftoires de la Religion P. R. tiré du fixiéme & dernier livre des deliberations de celui de Saintes : dedié à Noffeigneurs du Parlement de Guyenne.

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Credit A juger des Confiftoires par ce portrait, on auroit cru que japolitique mais il n'y avoit eu de Confeil au monde dont la Politique eût tribue à été plus fine, les deffeins plus vaftes, les intrigues plus profondes & plus cachées. Il fembleroit que le Pape fe donne moins de peine à choisir les fujets dont il remplit le College des Cardinaux, & qu'il y fait moins de façon, que les Reformez à choisir ceux qui devoient tenir place dans leurs Confiftoires. Le credit des Miniftres, Moderateurs nez de ces Affemblées ; la qualité, le merite, l'affiduité, le zêle des Anciens, & fur tout leur averfion reconnue pour la Religion Romaine; les titres de peres venerables & de Senat Confiftorial, donnez, disoit-on, à ces Compagnies; le respect des peuples pour ces conducteurs; qui leur étoient, difoit-on, auffi venerables que Moïfe aux Ifraëlites, quand il defcendit de la montagne; & d'autres proprietez de ces Confiftoires, étoient decrités ici d'une maniere capable, fi le tems l'avoit permis, de faire rire ceux qui favoient comment ces Compagnies étoient compofées. On concluoit là, difoit-on, entre les Miniftres qui étoient presque les maîtres dans les affaires, & un petit nombre d'élus, par forme de Confeil fecret, les unions & les ligues; on y reveloit les mysteres, on y trouvoit les pretextes & les moyens des collectes. C'étoit là le centre de l'union des Reformez, le nerf de leur force, la fource de leur vigueur & de leur confeil. A peine peut-on s'empêcher de croire, en voyant ces exaggerations, que les Confiftoires étoient des Compagnies dont la Politique remuoit toute l'Europe. Là, disoit-on, les affligez viennent chercher de la confolation; les scandaleux la paix de l'Eglife, les chancelans & les fcrupuleux la resolution de leurs doutes; les zêlez l'occasion de fe fignaler; les meres des familles miparties, les avis neceffaires pour demeurer maîtresses de la Religion de leurs enfans; les Relaps même les moyens de

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revenir à leur premiere profeffion, & de fe fauver du Royau- 1684 me. Ces Confiftoires avoient, difoit-on, des Agens fecrets, des Intrigueurs, des Penfionnaires, des Deputez à qui ils fourniffoient de l'argent, pour faire de grands coups: & en un mot le pouvoir de ces Compagnies étoit reprefenté fi grand, & leur conduite fi fage, que s'il y avoit eu de la verité dans cette peinture, jamais le Clergé n'auroit reüffi à detruire une Communauté fi bien gouvernée. Il est vrai que l'Auteur du livre, pour ne renoncer pas au caractere de Miffionnaire & de Moine, mêloit à ces obfervations la ridicule calomnie de fes femblables, qui accufoient les Confiftoires d'accorder, fous le moindre pretexte, aux mal mariez la diffolution de leurs mariages.

De tout cela on concluoit que ces Compagnies devoient être Horribles impoftu extremement odieufes; qu'il ne falloit rien interpreter favorable- res. ment de ce qui les touchoit dans les Declarations, ni prendre pour comminatoires les peines à quoi elles étoient condamnées; qu'il ne falloit avoir pour elles qu'une indignation fans pitié; qu'il ne falloit jamais prefumer en faveur de leur innocence. On ajoûtoit à cela impudemment que les Confiftoires mêmes defiroient d'être ainsi traitez; & que la plupart des Reformez, & des Miniftres même faifoient en fecret des voeux de fe voir pouffez avec violence, afin de pouvoir avec moins de honte & de reproche fuccomber à cette heureufe neceflité, & rentrer dans le fein de la Communion Romaine., Mais comme il n'est pas bien vraisemblable que des gens de bon fens defirent d'être maltraitez, on joignoit de noires calomnies à cette impudente conjecture. On difoit que le but de la Religion Reformée étoit d'affranchir de toute forte de joug, & de toutes les loix ou divines ou humaines; que c'étoit là ce que Calvin s'étoit propofé en prêchant le fantôme de la liberté de confcience, & de la liberté Chrêtienne & Evangelique: & pour prouver principalement qu'il avoit voulu exemter les hommes d'obeïr à la Loi de Dieu on citoit le 19. ch. du 3. livre de fon Inftitution, où il fait confifter la liberté Chrêtienne à n'être pas justifiez devant Dieu par la justice de la Loi, & à être exemts de la fervitude legale: comme fi reconnoître qu'un Fidele ne doit pas obeïr avec la contrainte d'un efclave, mais avec la franchise d'une foumiffion filiale, c'étoit abroger la Loi & renoncer à l'obeïffance. De même parce que les

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1684. Reformez enfeignent que les confciences ne font point liées pár les loix humaines, on concluoit que leur Religion leur apprenoit à rejetter non feulement les loix ecclefiaftiques, c'est-à-dire les Canons de l'Eglife Romaine; mais même les loix royales, parce qu'elles étoient des loix humaines comme les autres: imposture que la Confeffion de Foi même des Reformez de France pouvoit dementir; puis qu'il s'y trouve deux articles formels, où ils-reconnoiffent comme des veritez de Foi, qu'il faut être foumis aux Puissances fuperieures. Le quarantiéme article commence par ces mots exprés, Nous croyons donc qu'il faut obeir à leurs loix; dans le precedent on confeffe que le Magiftrat est autorisé de Dieu, de reprimer non feulement les pechez commis contre la feconde Table des Commandemens de Dieu, mais aufli ceux qui font commis contre la premiere.

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On vouloit neanmoins prouver que cet efprit de rebellion étoit celui de tous les Confiftoires; & on fe fervoit pour cela de tout ce qu'on avoit pu recueillir des livres de celui de Saintes; imagi- concluant de là que la fecte des Reformez étoit la plus fiere & la plus orgueilleuse de toutes les fectes; & que leur esprit dominant étoit le mepris affecté des loix fouveraines. On ne foutenoit neanmoins cette odieufe calomnie que par quatre articles d'observations, où fans fincerité, fans choix, fans prudence on ramafsoit des faits arrivez vingt-cinq & trente ans avant les Declarations qui en faifoient des crimes; & on les faifoit paffer pour des contraventions à ces loix, qui n'étoient pas encore données. 1. Claffe; La premiere de ces obfervations regardoit les chofes faintes, conchofes tre lesquelles on accufoit les Confiftoires de pecher en plufieurs faintes. manieres. Cela étoit fondé fur ce que dans tout le livre qu'on examinoit, les Miniftres étoient apellez Pafteurs; les Affemblées des Reformez, Eglifes; leur Religion, Reformée; leur Miniftere, Saint Miniftere; leur doctrine, St. Evangile ; & fur tout de ce que dans les extraits qu'on delivroit des Batêmes, ou des autres actes dont les Confiftoires gardoient les regîtrès, on ne nommoit pas leur Religion pretenduë Reformée, mais Religion permife par les Edits: termes aufquels le Confiftoire de Saintes avoit refolu de se tenir, par une deliberation couchée fur le livre C'étoit là une des plus fortes preuves de ce mepris des loix fouveraines qu'on imputoit à ces Compagnies; comme

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s'il étoit poffible de s'imaginer qu'il y eût des loix qui regardent 1684 les expreffions des hommes, quand ils parlent de leurs affaires entre eux, & avec un fecret qu'ils efperent qui ne fera jamais violé. On ajoûtoit à cela que dans ce livre on parloit de la Religion Romaine en termes injurieux, & que jamais on ne l'apelloit Catholique. De même on accufoit le Confiftoire d'une apli cation continuelle à empêcher les converfions; & entre les moyens criminels dont on lui imputoit de fe fervir, on comptoit la fou calomftraction des aumônes: comme fi les Anciens avoient été obligez nies. de continuer à un nouveau converti, les affiftances qu'ils lui donnoient pendant qu'il faifoit profeffion avec eux d'une même Religion; & la rupture des mariages mêlez: comme fi les Confiftoires avoient eu une puiffance coactive, pour ôter à des perfonnes mariées la liberté de vivre conjugalement. Un autre crime étoit des enlevemens d'enfans, dont la preuve confiftoit en ce qu'une femme avoit été fufpenduë de la Cene, parce qu'elle fouffroit que ces enfans fuffent élevez dans la Religion Romaine; & qu'une autre avoit été exhortée à retirer fa fille d'un Couvent où fon mari l'avoit mife; fur quoi on lui avoit promis toute forte d'affistances. On parloit auffi de bâtards, & d'enfans dont les peres étoient Catholiques, qui neanmoins avoient été batisez au Prêche; fur quoi l'Auteur auffi peu judicieux qu'équitable, produifoit un exemple qui merite d'être raporté. Un enfant dont le pere & la mère étoient Catholiques fut prefenté au Batême par fon grand-pere nommé Chaillou, qui étoit Reformé. Le Confiftoire ne voyant point paroître le pere, ne voulut point batifer l'enfant fans avoir une declaration du pere, & un con. fentement que fon enfant fût élevé dans la Religion Reformée. Cette prudence du Confiftoire qui ne vouloit rien attenter contre l'autorité paternelle, étoit apellée ici une conduite qui fait borreur. Celebrer des mariages dans les degrez defendus, fans lettres du Prince, étoit encore un des crimes pretendus de ce Confiftoire: cependant je pose en fait que cela n'est jamais arrivé dans les degrez où il étoit neceffaire de prendre des difpenfes; mais dans les degrez éloignez, où il étoit paffé en coutume dès le tems de l'Edit de n'en prendre point. Enfin les cenfures faites aux perfonnes peu zêlées pour la Religion, les Prêches faits hors de leur Eglife par les Miniftres de Saintes, ou à Saintes par

des

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