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au con

traire.

1684. un article exprés fur cette matiere; que le tems y étoit propre, puis qu'il ne reftoit de l'Edit que cela feul, qu'il n'étoit pas formellement revoqué: qu'il falloit prevenir l'Affemblée generale qu'on attendoit dans quelques mois, & lui ôter la hardieffe d'en demander la revocation entiere : qu'il ne feroit plus tems alors de parer le coup, parce qu'avant que de faire éclater son defir, le Clergé auroit pris fes mesures, & mis l'affaire en état de ne pouvoir lui manquer: que le Roi étoit jaloux de fa gloire; & que fi on lui avoit fait comprendre une fois par de folides raifons, qu'il ne pouvoit fans la bleffer revoquer ce monument folennel de la fageffe, de la juftice, de la bonne foi de Henri le Grand, les intriRaifons gues du Clergé ne lui feroient jamais changer de penfée. Les autres difoient au contraire que c'étoit une corde qu'il ne falloit pas toucher, & donnant feulement un autre tour aux mêmes confiderations, ils s'en fervoient pour foutenir qu'il étoit dangereux de parler de cette matiere; que dans les reftes de refpect que la Cour avoit encore pour le nom de l'Edit, il falloit éviter de lui donner la moindre ouverture de s'en departir; que ce feroit lui en donner une favorable, que de lui parler de la perpetuité de l'Edit comme d'une chofe qui avoit befoin de preuve; que fur ce fondement elle voudroit raisonner; qu'auffi-tôt qu'il y auroit fur la queftion des raisons dites de part & d'autre, elle deviendroit problematique; & que dans les chofes qui auroient une aparence douteufe, l'interêt des Reformez & la justice de leur cause ne balanceroient pas le grand credit du Clergé, que quelques grandes que fuffent d'ailleurs les qualitez du Roi, il n'étoit que trop certain & trop évident qu'il haïffoit la Religion Reformée par inclination & par prejugé; & qu'il en avoit juré la ruïne; que de plus il étoit prevenu de cette pensée qu'il étoit au deffus des loix, & que ce feroit borner fon pouvoir fuprême, que de vouloir l'affujettir à obferver un Edit plus long tems qu'il ne le trouveroit à propos; que dans ces fentimens, il fe tiendroit offenfé qu'on lui voulût prouver qu'il ne pouvoit caffer l'Edit; qu'on en prendroit occafion de lui dire qu'il ne pouvoit mieux convaincre les Reformez de l'étenduë de fa puiffance, qu'en revocant cette Loi qu'ils croyoient au deffus de lui. Les Deputez Generaux, Claude & quelques autres étoient de ce fentiment; & quoi que le nombre de ceux qui étoient d'un autre

avis fût bien le plus grand, & que prefque tous ceux des Pro- 1684. vinces qui étoient confultez jugeaffent neceffaire de parler de cet article fortement, le plus grand nombre ceda au moindre, & il ne fut point parlé de cet article dans la requête.

la plu

mez.

Les Reformez avoient une espece d'entêtement fi fort fur ce Entérefujet, que la plupart croyoient la Cour incapable de venir à la re- ment de vocation de l'Edit ; & que quand elle fut arrivée, à peine pou- part des voient-ils s'imaginer que ce ne fût pas un fonge, dont un reveil Refor diffiperoit bientôt le nuage. Et ceux qui étoient d'avis de parler de l'irrevocabilité, & ceux qui vouloient qu'on n'en dît rien, étoient prefque également preoccupez de cette flatteuse illusion: & ce fut la raifon principale qui porta les uns à laisser faire les autres, qu'ils efperoient que foit qu'on parlât, ou qu'on gardât le filence fur la matiere, il étoit certain qu'on ne verroit jamais l'Edit formellement revoqué. Ils jugeoient bien qu'on fe ferviroit même de la violence, pour éteindre la Reformation en France, & qu'on épuiferoit toutes les fources de la rufe pour engager les peuples dans la Communion Romaine, ou par des reunions frauduleuses, ou par des converfions forcées: mais ils en venoient toûjours là que les Miniftres d'Etat ne voudroient jamais obscurcir la gloire d'un Prince de qui le nom faifoit tant de bruit, par un acte où la foi publique feroit fi folennellement violée. Ainfi chacun fait de ce qu'il defire & qu'il efpere la regle de la conduite des autres; & fait de fa propre utilité la mesure de leur bonne foi,

quête.

Premiere

vuë.

Mais pour revenir à la requête, on y reduifoit à trois articles Contenu capitaux les principales vues de l'Edit de Nantes, & on demon- de la retroit par des preuves publiques & inconteftables qu'on les avoit es de tous violez. Le premier regardoit la fûreté des perfonnes & des l'Edit. biens, à quoi l'Edit avoit pourvu; en maintenant les Reformez dans tous les droits de la naiffance, & de la focieté civile; & on rapportoit amplement tout ce qui avoit été fait contre ces reglemens, principalement depuis les trois ou quatre dernieres années. On citoit tous les arrêts & les Declarations dont j'ai fait le detail en d'autres lieux, touchant les Charges, les commiffions, les Offices de la Maifon du Roi, de la Justice, de la Police, des Finances; les profeflions, les metiers : & on y ajoûtoit les ordres fecrets envoyez en divers lieux pour obliger les Reformez à fe defaire de leurs emplois. On y citoit un arrêt de l'onziéme d'Août, par leTome V. Aaaaa

quel

1684. quel le Parlement de Bourdeaux ordonnoit aux Apotiquaires & aux Chirurgiens Reformez de rapporter leurs lettres de Maîtrise, & cependant leur faifoit defenfes d'exercer leurs metiers: ce qui avoit été imité par le Parlement de Bretagne. Le Confeil même tout fraîchement avoit interdit le commerce aux Reformez ďAmiens, fans qu'il en parût d'autre pretexte que la Religion: ce qui s'étoit fait déjà quelque tems auparavant à Dijon, & à Autun. On concluoit de là que l'Edit n'étoit plus qu'une illusion, puis qu'en accordant, fous pretexte de l'obferver, la liberté de confcience, on ôtoit en même tems les moyens de vivre. On y faifoit de courtes & folides remarques contre les Declarations rendues fur l'âge où les enfans pourroient faire choix de Religion; fur l'éducation des batards; fur les fonctions des Sages femmes, fur la liberté ôtée aux peres d'envoyer leurs enfans hors du Royaume, aux gens de mer & de metier d'en fortir; à tous les Reformez de vendre leurs biens; aux Miniftres & aux Propofans de demeurer où ils le trouveroient bon: & on remarquoit ici que la plupart ayant des terres à la campagne, ou des maifons dans les lieux où on ne leur permettoit pas d'habiter, on leur ôtoit le droit le plus naturel, qui confifte à jouïr par fes propres mains des revenus de ce qu'on poffede.

Seconde

vue.

Le second article regardoit la liberté de conscience & d'exercice, à quoi l'Edit avoit encore pourvu par divers reglemens, sous de certaines limitations. On faifoit voir que cet article avoit été violé comme le premier en plusieurs manieres. On remontoit ici jufqu'à l'envoi des Commiffaires, entre lefquels on avoit choisi des Reformez fufpects, qu'on avoit même maintenus dans leurs commiffions fans avoir égard aux caufes de recufation que les Eglifes avoient fournies. On faifoit un detail exact de l'injuftice des principes fuivis par les Intendans, qui n'avoient reçu pas une preuve pour fuffifante; & qui avoient rejetté même les Ordonnances des premiers Commiffaires executeurs de l'Edit; fous les pretextes imaginaires qu'elles avoient été rendues par surprise, avec partialité, fans connoiffance de caufe. On remarquoit le principe du Confeil, qu'on pouvoit appeller avec raifon la maxime fondamentale de toutes les injuftices qu'on y faifoit: favoir qu'on n'y prenoit pas l'Edit pour un Edit de protection donnée par le Roi à fes fujets, mais pour une fervitude & une char

ge

ge de l'Etat, dont il étoit neceffaire de le foulager. En effet on 1684. y regardoit principalement les droits d'exercice comme autant de fervitudes du fond, dont les Communautez qui avoient interêt au fond, & qui d'ailleurs étoient cenfées Catholiques, avoient raifon de demander d'être dechargées : nouvelle efpece de fervitude, qui pouvoit peut-être bien donner lieu aux profopopées, dans les declamations d'un Predicateur: mais qui ne pouvoit être ferieusement appliquée aux queftions de l'Edit, fans feindre que la terre même & les pierres ont des fentimens de Religion. Cependant cette chicane avoit reduit à cinquante ou foixante les Eglifes qui montoient à 760. dès l'année 1598. fans compter les Eglifes de fief, les Eglifes fondées fur la poffeffion de 1577. & celles de Bailliage, dont les lieux n'étoient pas encore delivrez. Les chicanes par lefquelles on avoit attaqué les droits de fief étoient auffi raportées. Après tous les autres arrêts, on citoit la Declaration du quatrième de Septembre; & on faifoit voir qu'elle étoit encore plus contraire à l'Edit que tout le refte. Pour expliquer le droit que l'Edit donnoit aux Seigneurs de fief, on se fervoit de la comparaison du foleil, qui n'avoit pas été donné à la nature pour éclairer feulement les corps de la premiere creation, mais tous ceux que la generation pouvoit produire : & de même on pretendoit que l'Edit devoit regner fur toutes les revolutions des familles, & que fon influence tomboit auffi bien fur les fiefs ou les Juftices de nouvelle creation, & fur les terres de cette qualité qui feroient venues depuis l'Edit entre les mains des Reformez, que fur celles qui leur apartenoient au tems même de l'Edit. On expliquoit le droit des fiefs, tel qu'il étoit donné par l'Edit, amplement & fortement, & on demontroit que durant plus de quatre-vingts ans il avoit été conftamment entendu & executé de cette maniere. Cela étoit fuivi de fortes confiderations fur les atteintes données à la liberté de confcience, quoi qu'elle fût fondée fur divers articles de l'Edit, & fur les peines des contraventions On reprefentoit d'une maniere touchante la dure extremité de n'ofer confoler ceux qui gemifloient dans la douleur de leur chute; l'injuftice d'obliger les Miniftres & les Eglises à repondre du fait d'autrui, l'impoffibilité de compter les perfonnes, de les connoître, d'empêcher les fraudes & les surprises, à cause du nombre de ceux qui fe rendoient dans un même Aaaaa 2

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1684. Temple, & qui venoient de lieux extremement éloignez. On mêloit à ces confiderations des traits affez vifs contre le Clergé : & on lui reprochoit que la maxime de perdre ce qu'on veut perdre en jufte guerre ou autrement, fans diftinction de moyens juftes ou injuftes, étoit peu convenable à fa dignité. On rappor toit en fuite combien d'Eglifes avoient déjà été detruites fous le pretexte de ces contraventions; combien d'autres étoient interdites par provision; combien d'autres étoient menacées. On n'oublioit pas les pieges tendus par les arrêts & les Declarations de cette année touchant l'affiftance des malades; l'application des biens des pauvres & des Confiftoires aux Hôpitaux; les defenses de s'affembler autrement qu'en prefence d'un Miniftre; ou de tenir des Synodes qu'avec la fujettion d'y recevoir un Commiffaire Catholique; ou d'affembler les Confiftoires fans avoir un Juge royal pour témoin de ce qui s'y paffe, ou de faire fervir les Eglifes par un même Miniftre plus de trois ans. Sur la plupart de ces chofes on montroit que les Catholiques n'y avoient nul interêt; & que neanmoins on y embarraffoit les Reformez par mille fâcheux inconveniens. Enfin on fe plaignoit des Ordonnances renduës fur le fujet des Ecoles, des Colleges, des Academies même entre lefquelles celle de Die avoit été fupprimée depuis peu, & celles de Saumur & de Puylaurens étoient attaquées.

Troifiéme vue.

Le troifiéme article regardoit la fûreté même de l'Edit, & de fon execution; à quoi il avoit été pourvu par la revocation de tous les actes contraires; l'inftitution des Chambres de l'Edit & Miparties; le ferment de l'observer ordonné à tous les Juges fouverains ou fubalternes, d'une maniere qui levoit toutes les reftrictions & les refervations frauduleufes. On montroit encore avec étenduë que cet article avoit été entierement violé : que les Chambres n'avoient pas dû être éteintes; qu'il y avoit bien de la difference entre les incorporer, fuivant l'Edit, & les fupprimer comme on avoit fait ; que les caufes de leur établissement n'avoient point ceffé. On alleguoit pour le prouver que la paffion du Parlement de Guyenne avoit reduit à huit ou dix tous les lieux d'exercice de cette Province, où il y en avoit quatre-vingt-dix; & que de quarante Eglises qu'il y avoit eu en Saintonge, il n'en reftoit plus que quelques-unes de fief: que les Juges fubalternes imi

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