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detruites

des al

Uoi que le reffort des autres Parlemens n'eût pas 1684. autant d'étenduë que celui du Parlement de Paris, 1685. cela n'empêchoit pas qu'il ne ne s'y fit à propor- Eglifes tion autant de ravage. Celui de Guyenne, com dans le me je l'ai dit, avoit déjà defolé toute la Sainton- rejjort ge; & de peur que les Eglifes attaquées ne le re- tres Parlevaffent des atteintes qu'on leur portoit, il les prenoit de tant lemens. de côtez, qu'il étoit impoffible qu'elles ne fuffent pas renversées. On avoit, par exemple, chargé Prioleau Miniftre à Pons de neuf accufations, dont chacune étoit fondée fur quelque contravention pretenduë; comme d'avoir prêché à Pons avant que d'y être Miniftre; d'avoir batisé un enfant que la Sage-femme avoit ondoyé, d'avoir eu correfpondance par lettres avec une autre Eglise; d'avoir reçu au Prêche des enfans de convertis, des batards, des Relaps, des Catholiques ou leurs enfans; d'avoir fouffert à Pons plus d'une Ecole où on prenoit des penfionnaires. Tous ces pretextes étoient faux ou ridicules. Celui de la correfpondance étoit fingulier. On avoit intercepté une lettre de Prioleau, qui écrivoit à une autre Eglife de la même Province, de remettre à Du Vigier tous les livres du Confiftoire. Ainfi on lui faifoit un crime de ce qu'il avoit averti les autres de fe foumettre à ce Commiffaire. La Forêt Miniftre de Mauzé, fut chargé de vingt chefs d'accufation de même nature. Morin Miniftre de Moise, homme fage mais plein de zêle, fe trouva decreté en même tems de quatre côtez: par Du Vigier qui l'avoit interdit; par le Juge de Saintes à la requête de l'Evêque, qui neanmoins étoufa l'affaire, après avoir été appaisé par quelque civilité; par le Juge de St. Jean d'Angeli; & enfin par l'Intendant Arnou, qui le fit arrêter à Rochefort. Le plus grand de fes crimes étoit qu'il avoit donné à dîner à trois ou quatre de fes amis, entre lesquels il y avoit un Catholique. Le zèle des Convertiffeurs trouva le moyen de faire de ce repas d'amitié une Affemblée de devotion, avec Prêche & chant de Pleaumes. Il n'y avoit neanmoins point d'autre fondement de ce foupçon, que ce que pendant la chaleur de la bonne chere, le Catholique avoit chanté quelques chanfons. Cependant Morin fut fi étroitement refferré, qu'on ne le laiffoit voir à perfonne; & qu'étant tombé malade en prifon, il ne fut pas permis à fes plus proches de l'affifter. On Eeeee 2

trom

1684. trompoit la vigilance du Geolier, en lui faifant tenir des lettres 1685. enfermées dans le bouchon de quelque bouteille, ou dans le pied de quelque bouquet qu'on lui envoyoit pour le rejouir. Quelqu'un s'avifa d'écrire vingt P de fuite fur une muraille qui fignifioient Pauvre Pasteur Proteftant, prifonnier, perfecuté par plufieurs Prêtres; parlez peu, prenez patience, priez, perfeverez, oint Papifte, pour pouvoir poffeder Paradis Le fens de ces lettres ayant été trouvé, elles fervirent de confolation ordinaire à tous ceux qui en apprirent le fecret. Souvent des nouveaux convertis qui venoient dans la prifon fous d'autres pretextes, trouvoient le moyen de voir ce Miniftre, de lui dire à l'oreille qu'il fût conftant, & de l'affûrer qu'on ne le laifferoit manquer de rien. Il eft remarquable que le principal temoin de l'Af femblée qu'on l'accufoit d'avoir faite, étoit un affaffin convaincu d'avoir donné deux coups de couteau à fon grand-pere. L'Ed'exerci- glife de Bourdeaux ne fut pas mieux traitée que les autres.

Inter

diction

ce à

Bour

deaux.

Sar

rau & Goyon Miniftres, & un des Anciens furent arrêtez pri-
fonniers, fous pretexte qu'ils avoient reçu des Relaps, & des en-
fans dont les peres étoient Catholiques; & principalement qu'ils
avoient donné de l'argent à des Moines, & à d'autres perfonnes
qui changeoient de Religion. Les faits fur lefquels les deux der-
nieres accufations étoient fondées, confiftoient en des chofes
paffées il y avoit quinze ou vingt ans, dans un tems où le Cler-
gé n'avoit pas eu encore la pensée d'en faire des crimes. Et à l'é-
gard des Relaps, on avoit pris à Begle où l'Eglife s'assembloit,
toutes les precautions qui pouvoient fervir de preuves de la bon-
ne foi du Confiftoire. On y avoit lu tous les Dimanches des
avis de prendre garde qu'il ne fe gliffât des perfonnes fufpectes
dans l'Affemblée; on avoit repouffé les perfonnes inconnuës qui
vouloient entrer au Temple; on avoit prefenté requête au Par-
lement pour
demander fon affiftance à l'execution des ordres du
Roi, & la requête mife entre les mains de Dumirat Confeiller,
avoit été communiquée au Procureur General: on avoit fait fom-
mation au Curé de Begle, qui venoit entendre les Miniftres, de
declarer s'il ne connoîtroit perfonne dans l'Affemblée qu'on ne
dût pas y
fouffrir: mais cela n'empêcha pas le Senechal de les
condamner: après quoi le Procureur General les fit transferer à
la Reolle, fans leur faire fignifier la fentence: de forte qu'ils.fu-

rent

mens

rent obligez d'en apeller fur un ouir dire. Il eft digne de re- 1684. marque que le Procureur General, dans fes conclufions, requit 1685. la demolition du Temple & la condamnation des Miniftres, fe reservant à faire le procés à une femme accusée d'être retournée au Prêche, après avoir fait profession de la Religion Catholique. De forte qu'à parler proprement, il concluoit à punir les injustice accufez par provifion, fauf à les convaincre après la peine fouf- des jugeferte. Cela étoit paffé en coutume, contre toutes les regles du proviDroit & de l'équité, qu'on faifoit des dommages par provifion,fionnels. qu'on ne pouvoit le plus fouvent reparer en definitive. Je dirai ici par occafion que l'exercice ceffa d'une maniere particuliere à Jarnac, peu avant la revocation de l'Edit. Les gens de guerre ayant converti prefque tous ceux qui en compofoient l'Eglife, le Seigneur du lieu fit clouer les portes du Temple; & congedia le Miniftre, en lui difant fimplement qu'il n'avoit plus rien à faire là. Il ne fallut ainfi ni procés ni arrêt, pour y éteindre

l'exercice.

de Nan

tes:

Du côté de Bretagne Nantes fut attaqué, fous le pretexte qu'on Eglifes y recevoit au Prêche une fille qu'on s'avifa d'accufer de vouloir changer de Religion. Elle n'avoit jamais eu cette pensée; & on ne put rien prouver contre elle que par un faux acte d'abjuration, qu'on fabriqua pour avoir un pretexte d'abattre le Temple. Brif fac Miniftre, craignant de tomber entre les mains du redoutable Parlement qui étoit alors à Vannes, ne comparut point au decret; & les Anciens fe cacherent: de forte que l'arrêt condamna Briffac à toutes les peines des Declarations. La fille fe racheta des mêmes peines en fe faisant Catholique. Le Juge Criminel de Caftres fit fervir le même moyen à detruire trois Eglifes. tout à la fois. On accufa devant lui une fille née & batifée dans de la l'Eglife Reformée de la Beichonnie, & qui n'avoit jamais chan-Beichongé de Religion, d'avoir fait profeffion de la doctrine Romaine, bres, & & après cela de l'avoir quittée. Il n'y en avoit preuve ni par Senegas. écrit ni par temoins; cependant le Juge la fit mettre prisonniere: & parce qu'elle avoit demeuré à Vabres & à Senegas, auffi bien. qu'au lieu de fa naiffance, il decreta contre les Miniftres de ces. trois lieux. Au bout de quinze jours de prifon cette fille perdit patience, & un des Vicaires Generaux de Caftres alla recevoir fon abjuration. Après cela on lui fit dire ce qu'on voulut ; & Eeeee 3

les

nie, Va

1684. les trois Eglifes demeurerent interdites en confequence d'un cri1685. me qui n'avoit jamais été commis. Je n'ai pas fù fi les Miniftres

fe rendirent prifonniers : mais j'ai des memoires qui portent que vers ce tems-là il y en avoit environ foixante dans les prifons de Thoulouse. On prit un autre pretexte pour demolir le Temple De Ren- que les Reformez de Rennes avoient à Cleufné. Quoi que ce lieu fût éloigné de la ville d'une lieuë, on fe fervit de l'arrêt, dont je rendrai compte ailleurs, qui ordonnoit d'abattre les Temples bâtis près des villes Epifcopales : & en vertu d'un arrêt du Parlement seant à Vannes, qui nomma des Commislaires pour l'exe cuter, ce Temple fut jetté par terre.

nes.

die.

Eglife de Le Parlement de Normandie ou par fes arrêts, ou par les or Norman- dres fecrets que le Procureur General envoyoit à fes Subftituts, fit ceffer en deux ou trois mois l'exercice de la Religion Reformée Alençon. dans toute cette Province. On prit le pretexte d'interdire l'exercice d'Alençon, de ce que le Confiftoire n'avoit pas fourni tous les papiers qu'il devoit communiquer. Le pretexte étoit faux. Il eft vrai qu'on ne produifoit point de comptes; mais on les avoit tous brûlez il y avoit plus de trois ans. Le dernier regître du Confiftoire étoit plein de ratures. On en fit une affaire personnelle à Benoît l'un des Miniftres : & ayant fait verifier les ratures par de pretendus Experts qui favoient à peine écrire, on jugea fur leur raport qu'il les avoit toutes faites, parce qu'il paroiffoit évidemment qu'il en avoit fait quelques-unes. Cette affaire ayant traîné sept ou huit mois, on en fit une autre à quelques particuliers, fous pretexte qu'ils avoient fait une Assemblée. Le Parlement de Rouen avoit reçu quelque tems auparavant une plainte du Procureur General, appuyée feulement de la requête du Curé de Periers, & de quelques informations faites par le Juge de Vire. Quelques Reformez y étoient accusez de s'être affemblez, ou fous le pretexte de fe rendre des vifites & de se donner des repas; ou publiquement fur les mafures de leurs Temples. Il est évident qu'il ne s'étoit point fait de ces Affemblées pour des exercices de Religion, mais feulement pour des raifons de civilité ou de plaifir, puifque perfonne n'en fut puni: l'on n'avoit pas accoutumé de pardonner aux Reformez de femblables contraventions. C'étoient là des crimes dignes de la rouë, selon le prejugé du Confeil. Cependant le Parlement ne laissa

pas

pas de donner le vingt-feptiéme de Juin un arrêt qui defendoit 1684. aux Reformez de faire aucunes Affemblées. Ces bourgeois donc 1685. étant fortis de la ville un à un, & fans autre deffein que d'éviter la vue des proceffions, que les Catholiques faifoient ce jour-là, fe rencontrerent au nombre de dix-huit dans un pré où on avoit accoutumé d'aller jouër à la boule. Quelques uns jouërent, & les autres ne firent que les regarder. Aufli-tôt on les denonça; on ouït des temoins, on les mit en adjournement. Le Miniftre étoit à dix lieuës de là, où il s'étoit retiré pour être à une distance permife de tous les lieux où l'exercice avoit ceffé: mais cela n'empêcha pas qu'on ne joignît cette caufe à la fienne; & qu'après lui avoir fait fon procés criminellement, l'avoir cité à trois briefs jours dont les delais coururent pendant qu'il étoit fur mer pour fortir du Royaume, conformément à l'Edit de revocation, le Juge ne le condamnât au banniffement, à la confifcation de fes biens, à fix cens livres d'amende, & folidairement aux depens avec ceux de qui la cause n'avoit rien de commun avec la fienne.

Un Sermon fait à Falaise par Cairon qui alors y exerçoit le mi- Falaife. niftere, & dont on envoya un extrait au Confeil, fut le pretexte de la prifon du Miniftre & de l'interdiction provifionnelle de l'exercice. Il n'y avoit rien à reprendre dans tout le Sermon, comme je l'ai dit dans un autre lieu, & l'extrait même n'envenimoit rien mais comme de tels Sermons pouvoient empêcher les converfions, on traita celui-ci de feditieux. On rendit le droit d'exercice inutile, en faifant le procés au Miniftre. Cairon fut donc arrêté; refferré très-étroitement; tenu dans un cachot les fers aux pieds; menacé des derniers fuplices. Les mauvais traitemens ébranlerent fa conftance: mais auffi-tôt qu'il fut remis en liberté, il repara la faute qu'il avoit faite par une retraite courageufe, & par des temoignages d'une repentance éclattante. On Pretexte pris conprit un pretexte tout nouveau pour interdire l'exercice à Gavré. Prele MiOn avoit déjà entrepris Tirel qui étoit Miniftre de cette Eglife niftre de fur diverfes chofes : mais il lui arriva d'aller en compagnie faire une promenade à Gerzé, où dans les beaux jours, ceux qui demeurent près de la côte avoient accoutumé de faire des voyages de plaifir: & il en revint le même jour. On appella cette promenade être forti du Royaume fans permiffion, parce que Gerzé appartient à un Souverain étranger; & on lui fit fon procés

felon

Gavré

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