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niftres.

1685. pofans de s'éloigner de fix lieuës de tous les lieux où l'exercice Demeure auroit été interdit, avoient été donnez dans un tems où le Clerdes Mi- gé ne fe flattoit pas d'un fi grand fuccés, il fembloit qu'il n'étoit CLXXII. pas defendu aux perfonnes de cette qualité de refider dans les lieux où l'exercice n'étoit interdit que par provision, mais seulement dans ceux qui étoient definitivement privez du droit d'exercice. Le Roi donc par un nouvel arrêt du trentiéme d'Avril condamnoit les Miniftres & les Propofans à fe retirer de ces lieux où l'exercice avoit ceffé par provision, & leur defendoit d'en aprocher plus près que de trois lieuës, jufqu'à ce qu'il en eût été autrement ordonné par quelque jugement definitif: à peine de trois mille livres d'amende, de privation du droit d'exercer le miniftere, & d'être pourfuivis criminellement.

Avis d'un

Je placerai en ce lieu une affaire finguliere, qui merite d'être Confeil rapportée. Le Chapitre de Rouën jouït d'un privilege, dont ler Re- j'ai dit quelque chofe dans un autre lieu. Il confifte à delivrer formé & fon effet. tous les ans un criminel qui a merité la mort : & il eft fondé fur un miracle fabuleux attribué à un St. Romain, qu'on pretend qui a été un des premiers Evêques de cette ville. On fait porter au criminel, dans une folennelle proceffion, la chaffe où on garde les reliques de ce Saint; & en confequence, il eft quite des peines qui lui étoient dues. La ceremonie fe termine par un feftin, que les Confeillers reçus nouvellement font à tout le Parle ment. Il y avoit cu un procés entre le Parlement & le Chapitre, fur ce privilege; & le fondement des pretentions du Chapitre étant tout-à-fait faux & chimerique, ce Senat le vouloit faire paffer pour une ufurpation de l'autorité royale, qui feule peut remettre les crimes. L'affaire ayant été portée au Confeil, on y trouva un expedient pour fauver les droits du Roi, fans offenfer le Chapitre. On permit au Chapitre de prefenter le criminel qui auroit befoin de grace; & on obligea le criminel à prendre des lettres du Roi, qui les lui accorderoit à l'interceffion du Chapitre. L'Avocat qui parloit au Confeil pour le Parlement, commença fon plaidoyer par des paroles Latines dont voici le fens: Quel befoin Dieu a t'il de vos fables, pour l'avancement de fa gloire? Cette année le Chapitre obtint des lettres pour un nouveau converti: & lors qu'elles furent prefentées à la Chambre criminelle, Colleville jeune Confeiller Reformé, commença fon

avis par les paroles de l'Avocat ; & en fuite opinant au fond, 1685. il releva ce qui avoit été dit par ceux qui avoient opiné avant lui, que les lettres devoient être enterinées, en confideration de la converfion du coupable: & il temoigna que cette raison nele touchoit point. Au contraire il traita ce changement de Religion comme une action d'un homme qui avoit eu plus de foin de fon corps que de fon ame: & il finit fon difcours en priant Dieu affez ouvertement pour la repentance de ce nouveau Catholique. Les paroles qui avoient été bien reçues dans la bouche de l'Avocat Catholique, pafferent pour impies dans celle du Confeiller Reformé. La fuite de fon avis parut encore plus injurieuse. C'étoit le plus noir de tous les crimes que d'ofer dire qu'une converfion, par quelque motif qu'elle fût infpirée, n'étoit pas une action toute fainte & toute defintereffée. Le Confeiller donc fut puni de fa hardieffe, par une lettre de Cachet qui lui commandoit de fe defaire de fa Charge en faveur d'un Catholique. Il n'y eut ni excuse, ni foumiffion, ni amis qui le puffent garantir. Cela fe paffa vers la fin de Mai.

Clergé.

Le Clergé donc s'affembla au commencement de ce même mois Assemà Verfaille: & les Reformez, qui ne doutoient pas qu'on ne par- blée du lât d'eux bien plus que de reformer les abus & la corruption dans cette Affemblée, fe trouverent alors dans un état fort femblable à un prifonnier, qui fachant que fon procés eft fur le bureau, attend impatiemment quel en fera le fuccés, & fe partage entre l'efperance d'en être quite à bon marché, & la crainte d'être condamné au dernier fuplice. Ainfi les Reformez attendoient avec une impatience extrême à quoi fe termineroit cette redoutable Assemblée, dont on les menaçoit il y avoit plus de fix mois. Mais ils ne furent pas long tems en peine. On leur fit bien-tôt favoir qu'elle formoit le projet de leur derniere ruïne. Les harangues des Deputez ne furent que des complimens de congratu lation au Roi, pour le fuccés de fes deffeins tendans à extirper P'Herefie. On le mit au deffus de tout ce que l'Antiquité Chrê- Haran tienne avoit eu de Princes dignes de louange. On éleva la gloi- gues, re de ce qu'il avoit fait pour opprimer les Reformez, au deffus de celle qu'il avoit aquife par fes victoires & par fes conquêtes. On lui parla de l'Eglife Romaine comme s'il l'avoit trouvée dans l'accablement, dans la difperfion, dans la fervitude : & qu'il l'eût Hhhhh 3

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que

1685. rétablie par fon zêle dans le plus haut degré du bonheur & de la gloire. L'Evêque de Valence, & le Coadjuteur de Rouën, fils de Colbert qui avoit été Contrôlleur General, parlerent fur ce ton-là: & ils s'accorderent à louer les moyens dont le Roi s'étoit fer. vi comme les plus doux, & les plus dignes de l'Evangile qu'on eût pu jamais employer. On voyoit dans la harangue du pre mier que SANS VIOLENCE ET SANS AR MES, le Roi avoit reduit la Religion Reformée à être abandonnée de toutes les perfonnes raisonnables: & cependant l'Evêque qui parloit ainsi, étoit le même qui avoit fait perir tant de malheureux en 1683. par le fer & par les fupplices, après les avoir perfidement abusez par fes promefles & par les fermens. Le Coadjuteur affûroit c'étoit en gagnant le cœur des Heretiques, que le Roi avoit domté l'obftination de leur efprit; par fes bienfaits qu'il avoit combattu leur endurciffement, & qu'ils ne feroient peut-être jamais rentrez dans le fein de l'Eglife par une autre voye, que par le chemin femé de fleurs que le Roi leur avoit ouvert : qu'il ne combattoit l'orgueil de l'Herefie que par la douceur & la fageffe du gouvernement: que fes loix foutenues par fes bienfaits, avoient été fes feules armes. Il temoignoit la joye que ce qu'il appelloit l'Eglife avoit reçue, de ce que le Roi n'avoit pas employé à ce grand ouvrage le fer & le feu. Cependant outre les violences commifes en Poitou, en Guyenne, en Perigord, en Saintonge, en Aunix par Marillac, De Muin, Carnavalet, Du Vigier, la Comteffe de Marfan & plufieurs autres, outre que le Dauphiné, le Vivarais, les Cevennes fumoient encore du fang qu'on y avoit repandu, & que par la profcription de plufieurs familles que la terreur du gibet, de la roue & des galeres avoit difperfées, ou par la defertion de celles que le pillage & les taxes avoient reduites à la mendicité, on avoit fait des deterts de beaucoup de lieux autrefois extraordinairement peuplez; outre tout cela, dis-je, que cet Evêque de Cour ne pouvoit ignole deffein de faire le même traitement à tout le Royaume étoit déjà formé; le projet fe dreffoit actuellement; les troupes étoient déjà fur les lieux où on devoit commencer ces barbares executions. C'eft ainfi que les plus confiderables têtes du Clergé fe jouoient du monde.

rer,

Mais le cahier de l'Affemblée fut bien plus confiderable que

fes

fes harangues. On cût dit à voir quelles demandes elle faifoit 1684. au Roi, que la perfecution ne faifoit que commencer, ou même Cahiers de l'Afqu'on étoit encore au lendemain de la prife de la Rochelle. Il femblée. y avoit vingt-huit articles dont même quelques-uns ne faifoient que renouveller des chofes déjà jugées: comme fi le Clergé eût perdu le fouvenir de fes avantages paffez. Il demandoit donc qu'on ôtât les Temples des lieux où il y avoit Evêché ou Archevêché, qu'on demolit ceux qui par leur voifinage pouvoient empêcher le fervice divin; qu'on defendit l'exercice dans les lieux dependans des Ecclefiaftiques; qu'on ne le fouffrît ni dans les domaines du Roi, ni dans les lieux qui ne releveroient pas immediatement de lui; que perfonne ne pût aller au Prêche hors du Bailliage de fa refidence; que les Reformez ne puffent avoir des ferviteurs Catholiques; que dans les lieux où la Taille feroit réelle, ils fuffent contraints de contribuer aux reparations & reédifications des Eglifes & des maisons curiales: que les Miniftres des fiefs fuffent reduits comme les autres à n'y pouvoir fervir que trois ans que les enfans des veuves Catholiques au deffous de quatorze ans fuffent élevez dans la Religion Catholique, & euffent des Curateurs Catholiques, quoi que leurs peres fuffent morts dans la profeffion de la Religion Reformée; qu'il n'y eût plus de Reformez reçus Imprimeurs ou Libraires; ni Avocats; ni Clercs d'Avocats, de Juges, de Notaires, de Greffiers, de Procureurs, d'Huiffiers, de Sergens; ni admis dans aucune ville aux Charges municipales, ni foufferts tenir cabarets & hôtelleries, ni reçus aux Maîtrifes, qu'il n'y en eût au moins la moitié de Catholiques: qu'il fût fait defenses d'étudier hors du Royaume: qu'il n'y eût plus de Cimetieres pour les Reformez dans les lieux où l'exercice auroit été interdit, mais qu'on leur en donnât à l'écart, dans la campagne : que ceux qui fortiroient du Royaume fans congé fuffent condamnez aux galeres: que les Ecclefiaftiques ne priffent plus les Reformez pour leurs Fermiers, ni pour cautions de ceux qui prendroient leurs terres: que dans les lieux où il n'y auroit plus d'exercice, il fût permis aux Curez de batifer les enfans: qu'on ne permit plus de contracter mariage dans les degrez prohibez; que les Curez & leurs Vicaires fuffent autorifez d'aller favoir des malades dans quelle Religion ils vouloient mourir; que le Roi fixât la penfion que les Reformez pour

1685. roient donner à leurs Miniftres: qu'il y eût des peines ordonnées contre les convertis qui ne faifoient pas les actes de bons Catholiques: qu'on fit une nouvelle revifion des droits des Gentilshommes; & qu'on leur ordonnât de produire les titres en vertu defquels ils poffedoient leurs immeubles: qu'on fit reftituer aux convertis ce qu'ils auroient payé pour la conftruction des Temples: qu'on leur permît de payer leurs dettes aux Reformez en fond d'heritage.

té des

Abfurdi- Il Il y avoit des articles entre ceux-là qui dementoient hautement articles. ce que le Clergé difoit de la douceur des moyens par lefquels on avoit procuré les converfions: comme entre autres celui qui demandoit des peines contre les convertis qui ne faifoient pas les actes de la Religion Catholique. Il eft malaifé de comprendre qu'il n'y eût rien que de volontaire dans la converfion de ceux qu'on ne pouvoit obliger à faire ce qu'on apelloit leur devoir, que par la terreur des peines. Il prenoit envie de demander au Clergé, quand il propofoit de ne laiffer que trois ans les Miniftres de fief au service de leurs Eglifes, s'il avoit donc deffein de donner trois ans aux Reformez, avant que d'achever de les detruire: ou pourquoi il balançoit tant à faire interdire l'exercice de leur Religion dans tout le Royaume, puis que par la diverfité des moyens qu'il propofoit pour le bannir de certains lieux, il faifoit en forte qu'il n'y en avoit plus où ce droit pût fervir de quelCommu- que chofe. Prefque tout cela neanmoins lui fut accordé. Le Roi commença par deux Declarations du dernier de Mai, qui CLXXIII. traitant un même fujet, pouvoient bien être reduites en une. Le Roi y commuoit la peine de mort portée par les Declarations precedentes, contre ceux qui paffoient dans les païs étrangers, ou qui s'y habituoient fans permiffion, en celle des galeres perpetuelles. Dans l'une des deux Declarations il fembloit que c'étoit un motif de clemence qui infpiroit cet adouciffement: mais l'autre diffipoit cette pensée, en declarant que ce changement venoit de ce que la peine des galeres, quoi que moins fevere, difoit-on, tenoit davantage les Reformez dans la crainte de defobeïr. C'est au Clergé qui dictoit ces loix inouïes, par lefquelles on forçoit les François naturels à demeurer dans leur patrie, par les mêmes craintes qui auroient pu contraindre des efclaves à demeurer fous le joug d'une cruelle fervitude; c'eft, dis-je, au

tation de

peines.

1. 2.

Cler

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