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.1685. quelle ils chantoient leurs Pfeaumes à haute voix. Il y avoit dans ces pretextes autant de faufsetez que de mots. Ces attrouHardies pemens étoient imaginaires. Il n'y avoit rien qui pût porter ce nom, fi on ne le donne aux rencontres fortuites de quelques familles qui venoient loger dans une même hôtellerie, & qui s'abStenoient scrupuleufement de toutes les apparences de communication les unes avec les autres. Ce fcandale étoit une pure vifion. Les Reformez évitoient, autant qu'il leur étoit poffible, de paf fer devant les Eglifes: & quand ils en trouvoient quelques-unes fur les grands chemins, ils ne penfoient à rien moins qu'à s'y arrêter. Ces irreverences pretenduës n'étoient rien autre chofe que ce que les voyageurs font tous les jours, quand ils paffent devant ces lieux. Il y en a peu qui s'amufent à les faluër: & ce defaut de reverence ne les a jamais fait paffer pour des profanes. Ces querelles, ce chant de Pfeaumes, étoient de groffieres impostures, dont le Clergé n'auroit pu trouver la moindre preuve folide, fi on la lui avoit demandée. Mais la calomnie entroit dans fa bouche dans les droits de la verité, quand elle fervoit contre les Heretiques. On ne lui demandoit des preuves de rien. Il en étoit quitte pour dire ce qu'il vouloit. Cependant il avoit obtenu ces defenfes, à peine d'interdiction du lieu où les gens d'un autre Bailliage auroient été reçus ; & de privation perpetuelle du droit d'exercer le miniftere dans le Royaume, contre le Miniftre qui les auroit foufferts à fes predications.

fondée.

Esperan L'efperance des Reformez abattuë par tant de Declarations, ce mal prit neanmoins encore de celle-ci un pretexte de fe relever. H courut un bruit qu'on alloit en demeurer là ; & que le Roi nevoulant pas avoir des fujets fans Religion, devoit laiffer aux Refor mez, dans chaque Bailliage, un lieu où ceux du reffort pourroient aller faire leurs exercices. Il y a beaucoup d'apparence que ce bruit n'étoit fondé que fur la conjecture de quelque fpeculatif, qui s'étoit perfuadé que foit par honneur, foit par conscience, le Clergé ne voudroit pas reduire plufieurs milliers de perfonnes à vivre fans inftruction, & fans profeffion exterieure de Religion. Mais cela n'empêcha pas que les Catholiques même ne donnaffent dans cette illufion; & que quelques-uns même des plus zêlez ne fiffent en confequence d'affez plaifantes demarches. On avoit remarqué que le concours de tant de monde, qui venoit

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reglément tous les Dimanches aux lieux où il étoit encore permis 1685. de prêcher, y apportoit beaucoup de profit: & chacun voulant avoir ce profit pour lui, crut qu'il lui étoit permis de demander que ce pretendu exercice de Bailliage qu'on devoit laiffer aux Reformez, fût donné dans fa Seigneurie. La Ducheffe de Guise fut de ceux qui fe laifferent tromper à cette fauffe nouvelle ; & quoi qu'elle fe fût employée avec beaucoup d'affection à faire fermer le Temple d'Alençon, elle ne crut pas contraire à fon zêle de travailler à y retablir l'exercice. Elle écrivit au Confeil pour demander que fa ville fût le fiege de ce lieu de Bailliage, où elle ne doutoit point qu'il ne fe rendît beaucoup de monde, parce que cette Jurifdiction eft d'une fort grande étendue. Mais la reponfe qu'elle reçut la defabusa; & lui fit favoir que le Clergé ne permettroit pas au Roi de demeurer en fi beau chemin.

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les.

Le trentiéme du même mois il fut rendu un arrêt que le Cler- Exercice gé avoit long tems follicité. Il defendoit de faire l'exercice ni dans dans les les villes qui étoient le fiege d'un Evêché, ni dans les fauxbourgs, villes ni une lieuë à la ronde : & il nommoit particulierement fix villes Epifcopales où les Temples devoient être demolis; favoir Gre- CLXXXVII. noble, Die, St. Paul-trois-châteaux, Gap, Nîmes & le Mans. La requête du Clergé fur laquelle cet arrêt fut rendu, supposoit fauffement pour raifon de fupprimer ces lieux d'exercices, que le prêche s'y faifoit par un abus contraire à la volonté des Rois predeceffeurs de S. M. & il apuyoit cette fuppofition de ce que dans l'onziéme article de l'Edit de Nantes, il étoit defendu de delivrer le fecond lieu de Bailliage dans les villes Epifcopales: comme fi de cette exception accordée de grace aux villes de cette qualité, à l'égard d'un certain droit, il avoit été jufte de conclure que l'exception s'étendoit à tous les autres droits, dont l'établiffement n'avoit rien de commun avec les feconds lieux de Bailliage. Tout au plus on ne pouvoit pretendre d'excepter ces villés, que des établissemens qui s'étoient faits depuis l'Edit de Nantes par les Commiffaires, comme il femble qu'on pourroit le recueillir de quelques reponfes aux cahiers que les Reformez presenterent à Henri IV. Mais nulle raison n'autorifoit d'étendre cette exception aux villes ou déjà données pour lieux de Bailliage par Henri III. ou qui avoient aquis leur droit par une poffeffion de plufieurs années, même avant l'Edit. C'est pourquoi le Clergé n'étant pas Tome V.

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1685. content de cette raison, en difoit une autre tirée des anciennes chicanes qu'on avoit déjà proposées fur le même fujet, & qui avoient produit les defenfes de prêcher pendant que les Evêques feroient actuellement leurs vifites. De là il tiroit cette confequence, que les Evêques étant toujours cenfez prefens dans les villes où le fiege Epifcopal est établi, & y faire les mêmes fonctions que dans leurs vifites, il étoit jufte d'y interdire pour toûjours l'exercice qu'ils faifoient ceffer ailleurs par leur prefence. Il y avoit dans cette raison un trait fingulier de la politique du Clergé, qui vouloit que des Evêques même qui n'avoient jamais vu leurs Diocefes que pour en prendre poffeffion, & qui n'y demeuroient que le moins qu'il leur étoit poffible, fuffent neanmoins toûjours cenfez prefens dans leur ville Epifcopale, & y faire leurs fonctions paftorales. En établiffant cette maxime, il pouvoit aller de loin au devant des reproches de ceux qui le veulent obliger à la residence: & pendant que plufieurs Prelats étoient à la Cour, ou à Paris, tenant jeu ordinaire avec les perfonnes de la premiere qualité, affiftant à tous les plaifirs, fe mêlant de toutes les intrigues, il étoit fort agréable de pouvoir dire qu'on les doit toûjours cenReferva-fer prefens dans la capitale de leur Diocefe. Mais il y avoit dans foire. cet arrêt une claufe qui merite bien d'être remarquée. Les Reformez étoient refervez à fe pourvoir vers le Roi, pour leur être affigné d'autres lieux à la place de ceux qu'on leur ôtoit fous ce pretexte mais c'étoit à condition de reprefenter des titres bons & valables par devant les Intendans, ou les Commiffaires departis dans les Provinces. Ainfi à la veille de porter l'injustice à l'extremité par la revocation de l'Edit, dans le tems que les troupes ravageoient le Bearn & la Guyenne, on amufoit les Reformez, par des refervations qui fembloient presupposer qu'on vouloit encore les menager. Il eft vrai qu'on refferroit cette grace par la condition de faire une nouvelle production, qui étoit inutile & frauduleuse. Il y avoit long tems que les villes dont il étoit parlé ici avoient établi leurs droits. Quelques unes avoient même leurs titres déjà produits au Confeil. Ce n'étoit que parce qu'on y avoit trouvé ces titres bons & valables, qu'on y avoit cherché des pretextes nouveaux pour les detruire. Ce n'étoit donc plus une chofe neceffaire que de produire ; & cela n'étoit recherché que pour tromper le monde par une aparence de juftice;

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ou pour donner lieu de croire que le premier examen des titres 1685. n'avoit pas été fait avec affez d'exactiude: à caufe de quoi, dans une revision, ils pourroient être jugez infuffifans.

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Cet arrêt eut des fuites fort remarquables à Nîmes. Le Mar- Revolte. quis de Montanegres Lieutenant de Roi de la Province, le vou- ronde lant faire executer dans cette ville, y fit entrer deux Compagnies Paulhan. de Dragons, & s'y rendit lui-même le vingt-deuxiéme de Septembre; & dès le lendemain il fit fermer le Temple : mais il permit avant cela de faire les exercices accoutumez; & ce fut Cheiron, l'un des Miniftres de Nîmes, qui fit ce jour-là les deux actions. Il étoit vehement & pathetique; & on dit que dans cette rencontre il fe furpaffa lui-même. Il exhorta fon Troupeau à l'amendement de vie, & à la perfeverance dans la Religion Reformée'; & comme fon texte, qui étoit le vingtiéme verfet du chap. 3. de la 1. Epitre de St. Pierre lui en donnoit l'occafion, il fit plufieurs applications des circonftances du deluge à celles des malheurs qui alloient fondre fur l'Eglife. Il protefta qu'il avoit prêché la verité, que Dieu faifoit encore entendre de fa bouche pour la derniere fois : & en fuite apoftrophant les affiftans qui fondoient en larmes, & qui repondoient à la voix de ce Miniftre par mille fanglots, il leur demanda quelle étoit leur refolution? Quel compte ils vouloient qu'il rendît à Dieu de leurs ames qu'il lui avoit commises? S'ils avoient deffein de manquer de foi, où s'ils vouloient demeurer fideles? Ces interrogations preffantes & animées par les marques d'un grand zêle, exciterent un bruit confus de plufieurs voix pouffées par une vive douleur, qui interrompirent le Miniftre: & la plupart des affiftans faifant retentir le Temple de cris pitoyables, leyant les yeux & les mains vers le Ciel, fe mirent à protefter qu'ils feroient fideles à Dieu, & à jurer que rien ne leur feroit violer leurs promeffes. Peu de jours après, les troupes ayant commencé leur million, prefque toute l'Eglife fuccomba: & Cheiron fut un des premiers. Il obtint pour la recompenfe le premier Confulat de Nimes. Il fit tout ce qu'on pouvoit attendre d'un bon Catholique: il ouït la Meffe; il communia; il perfecuta même les reftes de fon Troupeau; & fit des recherches de ceux qu'on appelloit defobeiffans aux ordres du Roi', aufli exactes qu'un vieux Catholique les auroit pu faire. Il fut imité par fon collegue LIIII 2

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1685. Paulhan, homme de peu de merite, mais qui avoit prefque Caracte- toûjours paru animé du même efprit que Cheiron, Ils avoient été tous deux fufpects d'intelligence avec la Cour, pendant les de l'au mouvemens des Cevennes & du Vivarais : & Paulhan avoit porté fi loin sa soumiffion pour les ordres du Roi, qu'il avoit refuté en chaire Icard fon collegue, homme plein de zêle & de pieté, qui avoit la principale direction des affaires de fa Province, & la confiance de ceux qui entroient dans le projet, parce qu'il avoit prê ché qu'on pouvoit & qu'on devoit fe maintenir dans la poffeflion de l'exercice public, fans avoir égard aux defenses de la Cour. L'oppofition où ces deux hommes fe trouvoient toujours contre les zêlez, avoit donné de grands foupçons de leur bonne foi, On les regardoit comme des gens gagnez, qui fervoient la Cour aux depens de leur Troupeau, & qui attendoient l'occafion de faire quelque coup utile pour leur fortune. Je n'ai point de memoires qui excufent Paulhan : mais il y en a qui le reprefentent comme ayant une bonne opinion de lui même, dans laquelle il n'étoit fuivi de perfonne. Ils difent qu'après fon changement il voulut piller l'argenterie de fon Eglife, qu'il fut contraint de rendre honteufement: que fi avant cela il ne trahissoit pas fes freres, c'étoit plûtôt faute de capacité que d'inclination. Pour Cheiron, il n'en eft pas de même. J'ai reçu des memoires de perfonnes fages & éclairées qui atteftent qu'il étoit de bonne foi; & qui en donnent pour preuves la maniere droite & ouverte dont il fe gouverna dans les projets d'accommodement; le zêle qu'il montra jusques au bout dans le fervice de fon Eglife; & la vehemence de fa derniere predication. Mais comme il étoit fier & envieux, il devint jaloux de fes collegues, en qui on avoit plus de confiance qu'en lui. La jaloufie le rendit contredifant, & lui fit toûjours prendre le party contraire à celui que fes collegues avoient embraffé. Il avoit de l'ambition: il étoit avare & voluptueux; & fur tout il fe piquoit de galanterie. Après le dernier Sermon qu'il fit, il eut peur de perdre le fruit de fes fervices; & ceux qu'il avoit regardez comme fes protecteurs, lui firent craindre que la vehemence de fa predication ne lui attirât quelque difgrace, On dit que ces terreurs le firent tomber; & que comme il n'avoit rien de grand dans l'ame, il s'abaissa, pour faire fortune, jusqu'aux plus honteuses complaifances. Les Catho

que

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