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apparence de Droit, en les faifant paffer pour des écrits pleins 1685. de calomnies, dont la fuppreffion eft conforme à l'équité naturelle. On vit donc peu après paroître un Catalogue qui con- Frandes tenoit près de cinq-cens Auteurs, dont les ouvrages étoient con- de ce Cadamnez. Il est vrai que pour en groffir le nombre on en avoit talogue. repeté quelques uns plus d'une fois il y en avoit encore neanmoins plufieurs d'oubliez; comme les Ouvrages du celebre Grotius, de Voffius & de plufieurs autres, dont les écrits n'accommoderoient pas les Catholiques. Mais il y a déjà long tems que l'Eglife Romaine tâche de perfuader que ces hommes illuftres font rentrez dans fon party; & qu'elle fe fait honneur de leur nom: quoi qu'il foit certain au fond que la plûpart ont été fort éloignez de fa Communion; que Grotius même qui a porté fa complaifance pour elle plus loin que nul autre, ne s'y foit jamais rangé par une profeflion ouverte : & qu'il ait eu plufieurs fentimens très-contraires aux maximes de la Cour de Rome. Mais pour remedier à ce defaut par une fraude pieufe, & afin de perfuader un jour au peuple ignorant que toutes les Herefies de ces derniers ficcles étoient autant de dogmes des Calviniftes, on y avoit joint non feulement les Lutheriens & les Arminiens, mais les Sociniens même, & les Ouvrages de Spinofa. On ne s'étoit pas auffi contenté de condamner les livres écrits par les Reformez contre l'Eglife Romaine; mais on y avoit envelopé des livres de pure Morale : & ce qui étonnera le Lecteur, les Thefes même de Jofué de la Place, fans en excepter celles qu'il a écrites contre les Sociniens; Ouvrage qui n'attaquant l'Eglife Romaine dans pas un de fes dogmes, eft uniquement destiné à prouver la Divinité de JESUS CHRIST contre les fophifmes de cette fecte. La verfion même de l'Hiftoire du Concile de Trente, qu'Amelot de la Houffaye Auteur Catholique avoit donnée au public, fut enveloppée dans le catalogue des livres Heretiques. L'Archevêque de Paris avoit fait dreffer ce Catalogue: mais parce qu'il auroit un peu trop fait le Patriarche, s'il avoit obligé les autres Evêques à recevoir de lui cette regle de leur conduite, il fit en forte par les intrigues du Procureur General, que le Parlement de Paris lui commit le foin de faire un état des livres qui devoient être fupprimez. L'arrêt en fut rendu le vingt-neuviéme d'Aout; & huit jours après il en fut rendu un autre, qui ordonnoit

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homme

1685. donnoit la fuppreffion de tous les livres contenus dans cet état qui lui avoit été prefenté; & enjoignoir aux Officiers du Roi & de la Police de faire la recherche de ces livres dans les boutiques des Libraires, & dans les maisons même des Anciens & des Miniftres. L'Archevêque s'étoit fervi quelques années auparavant d'un moyen plus efficace, pour empêcher l'édition d'un Ouvrage qui meritoit de voir le jour; je veux dire des Tables Hiftoriques & Chronologiques que Jean Rou, d'une grande litterature, & à qui fon merite avoit aquis la faveur & la protection de plufieurs perfonnes du premier rang, avoit prefentées au Duc de Montauzier. Il n'y avoit que des traits fort legers qui touchoient en paflant l'Eglife Romaine, fur des chofes même qu'elle ne tient pas de la derniere importance. Mais ces traits legers, & l'honneur que l'Auteur avoit fait à quelques Miniftres Reformez de les nommer entre les Docteurs illuftres de leur fiecle, fouleverent contre lui tous les bigots ; & on lui faifit ses exemplaires, & les Tables même qu'il avoit fait graver avec beaucoup de depenfe. On n'écouta point les of fres qu'il fit de corriger les endroits qui pouvoient deplaire; & il n'y eut ni follicitations ni amis qui puffent obtenir qu'on lui fit juftice. Environ ce tems ici quelques curieux les redemanderent pour leur propre ufage: mais quoi que la chofe eût dêja traîné neuf ou dix ans, on n'avoit pas encore oublié le bruit que cette affaire avoit fait; & on ne les voulut pas rendre. Peut-être que les Jefuïtes les refervent pour s'en faire honneur, quand ils croiront qu'on ne fe fouviendra plus de celui qui les a dreffées. Elles font faites avec tant d'art, de jugement, d'ordre & d'érudition, qu'il n'y a perfonne qui ne fit gloire de paffer pour leur auteur.

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Cette recherche des livres fuprimez fut faite en beaucoup de Livres lieux; & non feulement les autres Evêques qui n'avoient point de dependance de l'Archevêque, mais les autres Parlemens reçurent le Catalogue; & executerent l'arrêt du Parlement de Paris. Il y avoit plufieurs Eglifes qui avoient d'affez confiderables bibliotheques, dont les Catholiques s'emparerent fous ce pretexte. Il y eut beaucoup de particuliers chez qui on fit des recherches fort importunes, & à qui on ne laiffa pas même leurs Bibles, parce que le Catalogue mettoit au rang des livres defendus

les

les verfions de la Bible faites par les Heretiques. Ces verfions 1685. neanmoins, quelques defauts qu'elles euffent, ne pouvoient être mises au nombre des ouvrages où l'Eglife Romaine étoit accusée de dogmes qu'elle ne recevoit pas : ni par confequent être comprifes dans ceux dont l'Edit ordonnoit la fuppreffion. Pour les Miniftres, il en fut ufé fort diverfement. La plupart ne furent point inquietez fur le fujet de leurs livres : & comme on avoit déjà la pensée de se defaire d'eux, en les chassant du Royaume, on regardoit comme une espece de fuppreffion des livres condamnez la permiffion de les emporter avec eux. Mais en plufieurs lieux on ne laiffa pas de leur faire diverfes chicanes. On arrêta leurs livres; on les confifqua. Il y eut des lieux même où on les fit brûler; & où on ne leur permit d'en emporter pas un feul. On leur ôta jufqu'à leurs manufcrits & à leurs Sermons.

dans les

Cependant le Clergé faifoit valoir dans plufieurs Provinces le Violences plus fort de fes argumens. Les troupes exerçoient mille violen commifes ces, & faifoient par tout le même ravage qu'elles avoient fait Provin en Poitou, fous les ordres de Marillac. On avoit long tems he- ces. fité à fe fervir de ce dangereux expedient; & on craignoit que quand on viendroit à s'en fervir dans les païs où il y avoit enco re tant de Reformez, tant de villes riches & peuplées, dont prefque tous les habitans étoient de cette qualité, on ne trouvât une resistance imprevuë, qui contraignît ou d'abandonner l'entreprise, ou d'en venir aux maffacres. A la verité ce n'étoit pas là ce qui arrêtoit le Clergé & & les Jefuïtes: mais on étoit perfuadé que le Roi ne vouloit point verfer de fang; & on lui avoit promis qu'il reduiroit les Reformez fans fe porter à cette horrible extremité. D'ailleurs on prevoyoit bien qu'auffi-tôt qu'on feroit marcher les troupes, la plupart des Reformez chercheroient à fortir de France; & on ne trouvoit pas aifé d'empêcher qu'il n'en échappât un grand nombre par divers côtez. La terreur des peines pouvoit bien arrêter les timides mais on favoit bien qu'elle ne feroit pas affez forte, pour retenir ceux qui avoient un peu de Religion. De plus on ne favoit ce qu'on pourroit faire de tous ceux qu'on auroit arrêtez. On avoit horreur de condamner aux galeres tant de milliers d'hommes; & on n'avoit pas affez de Couvens pour y enfermer toutes les femmes qui auroient tâché de fortir. On ne voulut donc Tome V. Nnnnn

se

1685. fe fervir des troupes que quand on eut pris toutes les precau tions neceffaires, pour ôter aux Reformez l'efperance de se sau

On fit premierement ce qu'on put pour empêcher que ceux qui arrivoient dans les païs étrangers n'y fuflent reçus d'une maniere qui pût inviter les autres à s'y ranger: & la chose en effet sembla reüffir au gré du Clergé, foit par la force des intriPrecau- gues de la Cour, foit par la difpofition generale où fe trouvoient pour em- alors les efprits de tous les Proteftans de l'Europe. Les premiers pêcher la fortis ne furent pas les mieux reçus. On les faifoit paffer chez defertion les étrangers pour des efprits inquiets, qui fuyoient fans neceffi

tions

té; qui n'avoient rien à craindre chez eux ni pour leurs biens, ni pour leurs vies, ni pour leurs confciences; qui ne fortoient du Royaume que pour chercher du pain, & qui croyoient fe rendre plus recommandables en fe difant perfecutez pour la Religion; qui reviendroient auffi-tôt qu'ils auroient éprouvé, qu'il est aussi difficile de gagner de quoi vivre dans un païs étranger que dans fa patrie. Les Agens de France envoyoient des relations faites exprès du mauvais accueil qu'on faifoit aux Refugiez : & on les repandoit avec beaucoup de foin dans les Provinces, pour faire perdre courage à ceux qui avoient la penfée de deferter Il y avoit même des fripons, ou envoyez exprès à condition de revenir, ou gagnez fur les lieux par les Emiffaires de France, qui debitoient, après leur retour, mille fauffetez capables de rebuter tous ceux qui n'auroient pas affez de zêle & de refolution pour s'abandonner les yeux fermez à la conduite de la ProvidenEn même tems on prenoit des mefures pour garder les plus fecrets paffages des frontieres. On choififfoit les lieux propres à mettre des Corps de garde; on expedioit des commiffions aux Archers de tous les ordres pour courir les grands chemins ; on ordonnoit des milices pour battre la campagne; on invitoit toute forte de gens par des recompenfes à decouvrir ceux qui voudroient fe retirer; & on intimidoit par de cruelles peines ceux qui auroient pu les favorifer. Les Intendans avoient des ordres exprés de veiller fur tous les mouvemens des Reformez ; & de faire arrêter tous ceux qui feroient foupçonnez de vouloir chercher leur repos ailleurs. Les côtes étoient gardées avec une exactitude incroyable. Tous les Sieges de l'Amirauté reçurent des ordres precis de ce qu'il y avoit à faire, pour empêcher l'évasion

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des fugitifs; & on avoit l'œil jusques fur les barques des Pêcheurs, 1685. On vilitoit les vaiffeaux avec une grande severité; & il y avoit même en mer des fregates qui avoient charge de croiser fur les côtes, & d'arrêter tous ceux qui fe ferviroient des commoditez maritimes pour se sauver.

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de Bearn.

Quand on crut avoir pourvu à toutes les difficultez, on vou- Manieres lut commencer par le Bearn, où l'Intendant Foucaud fit des con- vertir verfions de la même maniere, que Marillac & De Muin les avoient les Refaites en Poitou & en Saintonge. On avoit peu auparavant ob-formez - tenu une Declaration du Roi du qui reduifoit à cinq le nombre des lieux d'exercice qui avoient été laissez aux Refor mez de cette Principauté par l'Edit de 1668. La même Declaration tranfportoit les Temples de quelques lieux en des endroits fort éloignez, & celui d'Oleron entre les autres fut mis à fept lieuës de là dans une place fort incommode. Le Parlement eut le foin de rendre ces cinq inutiles, par l'emprisonnement ou l'interdiction des Miniftres. Alors Foucaud commença à faire l'essai de fon autorité; & chargea un homme de neant de travailler à la converfion du menu peuple. Cet homme nommé Archambaud menoit des gens de fa forte au cabaret, & trouvoit le moyen de les enyvrer. Le lendemain lors qu'ils étoient revenus à eux-mêmes, il leur alloit dire ou qu'ils avoient promis d'aller à la Messe, & que s'ils pretendoient s'en dedire, il les feroit traiter comme des Relaps: ou qu'ils avoient mal parlé du Gouvernement, & des myfteres Catholiques; & que le feul moyen de fe racheter d'une severe punition étoit de se ranger à la Religion Romaine. Par ces infames artifices il en gagna une cinquantaine, dont l'Intendant dressa une lifte qu'il envoya au Confeil par ce Convertif feur; & pour donner plus de luftre à ces conquêtes, il avoit mis le nom de Meffieurs à la tête de cette lifte, pour faire croire que ces convertis qui n'étoient que de miferables païfans, étoient autant de personnes confiderables. Il vouloit perfuader par cette lifte qu'il y avoit une si generale inclination à fe convertir dans cette Province, que le Roi n'avoit qu'à temoigner qu'il le defiroit, afin de voir tout le païs rentrer dans l'Eglife Romaine : & que puis qu'Archambaud avoit pu faire tant de progrés en fi peu de tems, l'autorité royale auroit encore de plus grands fuc

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