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1685.

mence

fions.

Ayant obtenu des ordres tels qu'il pouvoit les defirer, il fit faire une affemblée des nouveaux convertis à Muflac, & ordon ment des na aux Jurats des lieux voifins d'y faire venir les Reformez de conver- leurs paroiffes, fous pretexte d'entendre le Sermon que l'Evêque de Lefcar y devoit faire. Cet Evêque favoit mieux faire du défordre que prêcher, & paffoit communément pour brouillon & capable des fales debauches: & un Sermon de sa façon étoit quelque chofe d'affez rare, pour exciter les moins curieux à l'aller entendre. Il fe rendit donc de tous côtez plufieurs perfonnes au lieu marqué; mais ils n'entendirent point d'autre Sermon, qu'une Declaration de l'Intendant qui leur fit favoir que le Roi vouloit qu'ils fe rangeaffent à la Religion Romaine. Ceux qui refuferent de fe foumettre à cet ordré imprevu furent contraints à coups de bâton d'aller dans l'Eglife, où y furent traînez par les Hoquetons de Foucaud. Après cela on fit fermer les portes fur eux, & on les contraignit à force de coups de garder le filence, de fe mettre à genoux, & de recevoir de l'Evêque l'abfolution de l'Herefte: en fuite de quoi on les avertit que s'ils retournoient au Prêche, on les puniroit comme Relaps. Paffant de là dans un autre lieu nommé Laa, il fit chercher dans les maifons des Reformez tous ceux qui s'y purent trouver, pour les mener avec lui: mais le bruit de fes violences l'ayant devancé, il trouva que tout fuyoit dans les bois, & tâchoit de fe fauver de fa rencontre. Les Prêtres couroient par fon ordre après ces fuyards; & quand ils en attrappoient quelqu'un, ils le ramenoient à coups de bâton. Quelques femmes pourfuivies par ces miniftres de la perfecution, trouvant une riviere à leur paffage le jetterent dedans, pour éviter de tomber entre leurs mains. Un homme traîné dans l'Eglife du lieu, n'ayant jamais voulu flechir les genoux, fut fi cruellement battu qu'il en mourut au bout de trois jours.

Violences

par les

Cependant Foucaud ne trouvant pas qu'il eût de quoi fe conexercées tenter dans le fuccés de fes violences, appella les troupes à fon Troupes. fecours. On en avoit fait filer beaucoup vers cette Principauté, fous le pretexte des mecontentemens qu'on avoit de la Cour d'Efpagne, qui ofoit paroître sensible aux outrages qu'on lui faifoit du côté des Païs-Bas; & on les avoit logées dans cette Province & dans les lieux voisins. On parloit même d'affieger Fontara

bie: & la France qui ne vouloit pas fitôt recommencer la guerre, 1685. d'un côté où elle rompît la barriere que la paix avoit mise entre fes conquêtes & les Provinces Unies, crut leur donner moins d'ombrage en portant fes armes d'un autre côté. Mais ce pretexte étant levé par la conclufion de la treve, les troupes ne partirent pas pour cela de la Province; & on s'en fervit à des conquêtes moins penibles que celle de Fontarabic. L'Intendant les mena de ville en ville, & de village en village. Elles entroient par tout l'épée haute; elles étoient logées chez les Reformez feuls; elles vivoient à difcretion; & commettoient tout ce que la brutalité, la fureur, la rage peuvent infpirer de plus inhumain quand elles font autorisées. Elles exerçoient ces cruautez non feulement par la permiffion, mais par l'ordre exprés de Foucaud; qui leur enfeignoit même des moyens nouveaux de mettre à bout la plus ferme patience. Entre les autres fecrets qu'il leur apprit, il leur commanda de faire veiller ceux qui ne voudroient pas fe rendre à d'autres tourmens : & ces fideles executeurs de ces ordres furieux fe relayoient les uns les autres, pour ne fuccomber par eux-mêmes au fupplice qu'ils faifoient fouffrir aux autres. Le bruit des tambours, les blafphêmes, les cris, le fracas des meubles qu'ils brifoient ou qu'ils jettoient d'un côté à l'autre, l'agitation où ils tenoient ces pauvres gens, pour les forcer à demeurer debout, & à ouvrir les yeux, étoient les moyens dont ils fe fervoient pour les priver de repos. Les pincer, les piquer, les tirailler, les fufpendre avec des cordes; leur fouffler dans le nez la fumée du tabac, & cent autres cruautez étoient le jouët de ces bourreaux, qui reduifoient par là leurs hôtes à ne favoir ce qu'ils faifoient; & à promettre tout ce qu'on vouloit pour se tirer de ces mains barbares.

ces,

Comme il y avoit fouvent dans une maifon plufieurs perfon- Pillages, nes qu'il falloit faire veiller, on y logcoit des Compagnies en- folen- · tieres, afin qu'il y eût affez de bourreaux pour fuffire à tant de cruaufupplices: & ces malheureux qui favoient que tout leur étoit per- tex. mis, pilloient, brifoient, brûloient tout ce qu'il y avoit de meubles; & confumoient en un jour plus de vin & de viandes, qu'il n'en auroit fallu pour les nourrir à leur aife pendant fix mois, fi on l'avoit dispensé avec un peu de menage. Ils faifoient aux femmes des indignitez que la pudeur ne permet pas de decrire. Non Nnnnn 3

feu

1685. feulement ils ne prononçoient devant elles que des paroles fales, & ne faifoient que des actions & des grimaces lafcives; mais ils exerçoient contre leurs perfonnes même des violences auffi infolentes qu'inhumaines: jufqu'à ne refpecter nulle partie de leur corps; & à mettre le feu même à celles que l'honnêteté defend de nommer. Les Officiers n'étoient pas plus fages que leurs foldats, Ils crachoient au vifage des femmes; ils les faifoient coucher en leur prefence fur des charbons allumez; ils leur faifoient mettre la tête dans des fours, dont la vapeur étoit assez ardente pour les fuffoquer. La conftance de ceux qui leur refiftoient aigriffoit la rage de ces fcelerats: & les marques de leur douleur ne leur faifoient point de pitié. Les larmes, les cris, les transports où les tourmens du corps & les agitations de la confcience jettoient ces pauvres gens, faifoient rire ces bourreaux. Ils ne s'avifoient d'avoir pitié, que quand ils voyoient quelqu'un prêt à mourir, & tombant en defaillance. Alors par une cruelle compaffion, ils lui faifoient revenir les efprits, & lui laissoient reprendre quelque force, pour renouveller après cela leurs premieres violences. C'étoit là le plus fort de leur étude & de leur application, que de trouver des tourmens qui fuffent douleureux fans être mortels; & de faire éprouver à ces malheureux objets de leur fureur, tout ce que le corps humain peut endurer fans mourir.

Singula

marqua

hom

Le mal commença au bourg de Pardies, fitué entre Pau & ritez re- Orthez: & s'étant repandu de là dans d'autres villages, il vint bles. fondre fur la ville de Sallies, où il y avoit trente Reformez contre un Catholique. Gaffion Prefident au Parlement, me de peu de merite, qui avoit l'efprit bas, foible & malin; fans courage, quand il avoit affaire à forte partie; fans pitié, quand il étoit le plus fort; & appellé par cette raifon communément l'imbecille furieux; mais qui fur tout fe faifoit une raison de detruire la Reformation, de ce que fes ancêtres l'avoient avancée, s'y rendit avec l'Intendant, pour lui aider par fon credit à foumettre cette ville. Outre les cruautez generales qu'on y exerça comme ailleurs, on y maltraita quelques perfonnes fi cruellement qu'elles en moururent. Sara Vivier femme d'un païfan, nommé Jean Pierre Lapadu, âgée d'environ trente ans, groffe de quatre ou cinq mois, après avoir

été

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été affommée à coups de bâton, fut jettée du haut d'un escalier 1685. en bas; & mourut de cette chute dans le moment même. Jean la Cofe, bourgeois de cette ville, fut battu à coups de bâton, traîné par force à l'Eglife, contraint de fe mettre à genoux: mais au lieu de faire quelque acte de Catholique, il tira ses Pfeaumes de fa poche, & fe mit à lire tout haut les prieres qu'on y imprime ordinairement. Les Convertiffeurs à qui il avoit promis de changer de Religion, voyant qu'il étoit revenu à lui-même, recommencerent à le battre, & le firent fi cruellement, qu'il en mourut au bout de vingt-quatre heures, avec des marques d'une très-vive repentance de fa foibleffe. Sauveterre fut traité à peu prés de même. L'Evêque d'Oleron, Prelat trop galant pour être barbare, épargna ces cruautez aux habitans de cette ville, en leur propofant une reunion presque dans les termes de celle dont j'ai rapporté le projet ailleurs: & Goulard un des Miniftres du lieu, ayant pris ce pretexte de changer, & temoigné que les caufes de la feparation n'étoient qu'un mal-entendu, & que tout bien confideré la Religion Romaine n'étoit pas fort differente de la Reformée, il fut fuivi de toute l'Eglife. Les Avocats du Parlement de Pau entrerent dans la même compofition: mais ils capitulerent plus regulierement que les autres. On leur accorda tout ce qu'ils voulurent; & entre les autres articles, on confentit à mettre hors de prifon Daneau & Olivier leurs Miniftres, qui avoient été long tems detenus fans pretexte legitime; & qui avoient foutenu toute forte de tentations avec une conftance exemplaire.. Ces Avocats qui n'avoient pas le courage de les imiter, eurent au moins affez de reconnoiffance de leurs fervices pour demander leur delivrance. Ils avoient merité ces foins officieux par plufieurs belles qualitez; & principalement Olivier par toutes celles d'un honnête homme, d'un bon Chrêtien, & d'un fidele Pasteur. Cette complaifance de l'Evêque d'Oleron lui attira des affaires dans l'Affemblée generale du Clergé, qui ne trouvoit pas bon qu'on exemtât les Reformez d'une abjuration for melle de leur doctrine. Mais comme les Prelats fe prêtent mutuellement des approbations & des éloges, il fut loué de son zêle & de fa prudence, quand il eut dit fes raifons, quoi qu'il ne fût imité presque de perfonne. Le Clergé trouvoit generalement plus digne de lui, de forcer les Reformez par les tour

mens

1685. mens à une profeflion expreffe de toute fa doctrine, que de les engager infenfiblement par fa complaifance à une appro bation tacite.

TraiteLes autres lieux où cette moderation ne fut point gardée épuiment fait à la No-ferent toute la rage du foldat. Naï & Orthez fouffrirent de longs bleffe. & de cruels logemens, La Nobleffe ne fut pas mieux traitée que le peuple. Foucaud ayant été rappellé en Poitou, parce que le Clergé y avoit befoin de fes violences, un nouvel Intendant fit affembler les Gentilshommes, & leur declara les intentions du Roi. Il leur donna huit jours pour deliberer: quoi que Dalon premier Prefident à Pau, homme violent & habile perfecuteur, qui avoit eu cette Charge en recompense de ce qu'il avoit defolé toutes les Eglifes de Guyenne, comme Du Vigier celle de Saintonge, ne fût pas de cet avis. La plupart fuccomberent ou à la terreur, ou aux premiers effais des logemens. Il y en eut quelques-uns qui souffrirent long tems ces cruels hôtes; ou qui ne s'étonnerent pas d'abord de l'exil & de la prifon. Mais la longueur de ces peines laffa leur patience. Braffelai Gentilhomme âgé de foixante & quatorze ans, fut envoyé à trois cens lieues de chez lui, par une lettre de Cachet. Il eut peur de la mort, à cet âge où il eft prefque neceffaire de mourir ; & il, fe racheta de l'exil par le changement. Son fils & fa belle fille, malgré les arrêts que Dalon fit rendre contre eux, fe fauverent en Angleterre avec leurs enfans. D'Artigueloune mourut de douleur, dans une retraite où il s'étoit mis à couvert, après avoir été ruïné par les gens de guerre, & avoir vu fa femme & fes enfans changer de Religion. Plufieurs autres furent accablez de longs & cruels logemens. Il y en eut chez des gens de toutes les conditions qui durerent fix, fept & huit mois. Il y eut de pauvres familles qui s'étant fauvées dans les bois, après avoir été ruïnées, y demeurerent errantes plus de quatre mois: & quelques-unes même n'étoient pas encore revenues de cette difperfion trois mois après la revocation de l'Edit. La maifon de Grammont oublia fon équité dans cette renconInhuma- tre, par une fervile complaifance. L'Intendant Foucaud ayant Duc de logé des troupes dans Arté, Seigneurie appartenant au Duc de Gram- Grammont, les habitans implorerent la protection de leur. Sei

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