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étoit tout le Royaume, ne favoient à qui s'adreffer pour avoir du 1685. pain, fuccomberent pour la plupart à cette épreuve. Ceux qui 1686, refifterent furent mis dans des cachots, où on les nourrit de pain &c. & d'eau durant quelques jours: mais on obfervoit de ne leur en donner, que pour les empêcher de mourir de faim. Cette perfecution les fit plier prefque tous. Les artifans furent traitez de la même forte; vifitez par les Commiffaires; cageolez pour les gagner, menacez pour leur faire peur: & comme la plupart ne pouvoient fubfifter que de leur travail, la pitié qu'ils eurent de leurs familles leur fit prendre le party de fe foumettre. Prefque tous neanmoins fe releverent, & chercherent les moyens de fe fauver dans les païs étrangers: mais plufieurs ayant eu le malheur d'être arrêtez, furent difperfez en diverfes prifons, où ils eurent leur part des tourmens qu'on avoit fait fouffrir à tant d'autres. Les Marchans & les bons bourgeois furent pris d'une autre ma- Maniera niere. On les fit venir chez le Marquis de Seignelai, où le Pro- de concureur General & la Reynie fe trouverent. On leur fit un grand les bons difcours, pour les obliger à figner un acte de reünion qu'on leur bourprefenta. On leur fit valoir la bienvueillance & la confideration geois. dont le Roi les honoroit. On leur promit de travailler à reformer les abus qui leur faifoient le plus de peine; & principalement à la reftitution du Calice, dans la celebration de l'Euchariftie. On y ajoûta des menaces contre ceux qui fe piqueroient de fermeté. Cependant la plupart curent beaucoup de peine à fe rendre: mais quand après beaucoup de conteftations ils voulurent fe retirer, on les arrêta par force; on leur parla d'un ton plus fevere, & on les menaça de fi dures extremitez, que tous fignerent pour avoir la liberté de fortir de là. Mais il y en a eu fort peu qui n'ayent reparé cette faute par une repentance d'éclat, & plufieurs même ont trouvé des moyens de tranfporter hors du Royaume leurs effets & leurs familles.

vertir

du Con

Les Anciens de Charenton étoient les plus confiderables Re- Traiteformez de Paris. On voulut les vaincre comme les autres; mais ment fait aux il y en eut plufieurs que rien ne put ébranler. Quelques-uns qu'on Anciens avoit regardez comme fermes & éclairez manquerent de courage fire. dès les premières attaques; mais les autres furmontèrent tout. De ce nombre furent Beringhen, que j'ai déjà nommé, Maffanes, St. Leger, Mafclari, Hamonnet & quelques autres. Ni la pri fon,

1685. fon, ni le Couvent, ni l'exil ne purent les étonner : quoi qu'on 1686. cût choisi les lieux les plus incommodes, & où ils pouvoient re&c. cevoir le moins d'affiftance des perfonnes de leur Religion. Mais pour leur rendre l'exil plus fâcheux, on leur envoya des Dragons dans les maisons où ils étoient logez; & pendant qu'on fai foit ailleurs le degât de leurs biens, on les tourmentoit eux-mêmes par l'odieufe compagnie de ces fcelerats. Maffanes étant à Baujenci, extraordinairement incommodé de la Pierre, étoit contraint de fouffrir dans fa chambre une garnifon, qui lui faifoit mille infultes: & à peine la confideration des douleurs extrêmes, de fon âge fort avancé, de fon merite perfonnel, & d'une longue vie qu'il avoit paffée fans reproche, fous les yeux des Chanceliers & des premiers Miniftres, put-elle obtenir qu'on le dechargeât de ces importuns. Hamonnet ayant trouvé à Mayenne, ville où un Huguenot, même dans le meilleur tems, n'auroit pu se faire connoître fans s'expofer à être mis en morceaux; ayant trouvé, dis-je, un ami Catholique qui lui prêta fa maison, reçut un logement de Dragons dans cette maison empruntée. Ón envoyoit quelquefois des foldats à la porte des Couvens où on avoit mis des femmes: & comme fi on eût voulu leur permettre de violer même cette clôture facrée, pour laquelle les Catholiques ont tant de veneration, il leur étoit permis d'entrer au Parloir, & de le faire retentir de paroles fales & de blafphêmes: feulement pour fai re peur à ces femmes de tomber entre les mains de ces monftres. je finirai ce livre par deux remarques. La premiere eft que Je ques fur dans le grand nombre de gens qu'il y avoit dans le Royaume catience des pables de fe defendre, il n'est pas venu à ma connoiffance qu'il Refor- foit arrivé de le faire avec un peu d'éclat, à un autre qu'à Rou Marchand à Poitiers, frere de celui dont j'ai parlé dans un autre lieu. Deux Dragons qui étoient logez chez lui, & qui l'avoient jufques là traité affez civilement, s'aviferent de lui faire infulte un matin, qu'il étoit encore au lit avec fa femme. Il fe jetta fur eux fi à propos qu'il arracha l'épée de l'un, & faifit celle de l'autre avec tant de force, que le Dragon ne put jamais la degager. Il les battit tous deux tant qu'il voulut, aidé de fa femme, qui tenoit l'un des deux à la gorge. Le Commandant au lieu d'avoir pitié de ce combat inegal, & de faire retirer fes Dragons, se jetta sur Rou, le coucha part terre demi mort de

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coups

coups de canne; & après cela fit encore informer contre lui, 1685. comme s'il eût été fort coupable On le traîna en prifon dans 1686. un état où il ne pouvoit fe fervir de fes pieds ni de fes mains, & &c. il y demeura long tems: après quoi ne pouvant ni obtenir justice de ces violences, ni trouver un lieu où il pût vivre en repos, il fe retira du Royaume. On observa que pendant le maflacre de la Saint Barthelemi, de tout ce qu'il y eut de braves gens tuez, il ne se trouva qu'un homme d'épée, & un Avocat qui moururent les armes à la main. Il fera peut-être encore plus étonnant, que de tant de milliers de perfonnes outragées par les foldats, fans pretexte & fans mesure, il ne s'en foit trouvé qu'un feul qui ait ofé fe defendre.

Et fur

La feconde remarque eft qu'encore que la cruauté fût ge- temnerale, & autorisée par l'exemple & par le commandement ples de des perfonnes qui ont accoutumé d'entraîner les autres, il y compa eut neanmoins des Catholiques pitoyables, & des Dragons nez par même qui ne furent pas inacceffibles à la compaffion. La les Catholiques. Geoliere de l'Hôpital general de Paris ayant eu d'abord une grande dureté pour une femme qu'on lui avoit donnée en garde, s'amollit peu à peu, & lui fit enfin mille plaisirs qui lui firent fupporter fa prifon avec plus de tranquillité. Un Gentilhomme Catholique du Vendômois voyant que la Justice laiffoit impunie la violence qu'on avoit faite à la veuve de l'Epineaux, dont j'ai parlé ci-devant, fe porta partie, & fit faire le procés à fon meurtrier. Un Dragon ayant rencontré en haute Guyenne une Dame âgée de quatre-vingts ans qui erroit dans les champs, prête à mourir de faim & de laffitude, fe char

gea de la fauver, & la conduifit dans une retraite affürée.

veuve Poupain ayant des foldats chez elle qui lui faifoient mille outrages, les plus moderez commencerent à quereller les autres; & enfin s'étant accordez, ils lui permirent de fe retirer. Il s'en trouva d'auffi fages à la Mimbrelaye, maifon d'un Gentilhomme proche de Thouars. Un Officier ayant fait divers tourmens à une femme de la Rochefoucaud, malade d'une fievre éthique, fans l'ébranler, fut touché de lui voir tant de courage avec fi peu de force; & quoi qu'il eût charge de la mener en prison, il trouva plus noble & plus genereux de la relâcher. Beauregard habitant de St. Antoine en Dauphiné ayant Tome V.

Zzzzz

des

&c.

1685. des Dragons qui le faifoient veiller tour à tour, il y en eut deux 1686. qui toutes les fois que leur tour venoit le laiffoient dormir à fon aise. Ailleurs ils exerçoient fi cruellement leurs hôtes par ces veilles forcées, qu'ils firent perdre l'efprit à plufieurs. Il y eut des gens affez forts pour resister à ce tourment vingt-trois jours. D'autres fuccomberent après trois ou quatre jours d'épreuve. Les Officiers donnoient là-deffus des ordres fi exprés à leurs foldats, qu'ils n'ofoient y manquer. J'ai vu des memoires qui temoignent qu'on avoit ordonné à certains Dragons de ne laiffer dormir un habitant de Corbigni que trois heures en fix jours: de forte que la faveur que ceux qui laiffoient dormir Beauregard lui faifoient, devoit passer pour une grande marque d'humanité.

FIN DU VINGT-TROISIEME LIVRE.

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HISTOIRE

DE

L'EDIT DE NANTES

TROISIEME PARTI E.

LIVRE VINGT-QUATRI E M E.

R

SOMMAIRE DU DU XXIV. LIVR E. Eduction des Reformez.de Mets: qu'on amuse par la promeffe de n'y commettre point de violences. Diftinction faite jufques là entre la ville de Mets & le reste du Royaume : qui eft enfin livrée aux Dragons. Violences épouventables: Jur tout contre les femmes. Chute generale des Reformez du païs Meffin. Preparatifs à reduire les Proteftans d'Alface. Violences commifes à Orange. Traitement inhumain fait à un enfant de neuf ans. Nouveaux outrages pendant la guerre : & après la paix de Nimegue. Infultes &feditions. Atteintes données à la proprieté d'Orange. Arrivée des Dragons. Prifon des Miniftres. Chute de Chambrun: qui fe releve & fort de France. Conversions forcées. Exercices interdits dans les Vallées de Piemont. Edit frauduleux. Vaudois attaquez. Cruautez des Troupes Françoifes. Exploits de l'armée de Savoye. Retraite des Vaudois. Delivrance des prifonniers. Retablissement de ces reftes dans leur pais. Retraite des Miniftres de France. Deliberation fur ce fujet. Diverfes difficultez qui leur font faites fur la frontiere. Femmes & enfans leur font ôtez. Vieillards & malades contraints de s'embarquer. Accueil qui leur eft fait par les étrangers. Effets de leur retraite. Ecrits des Miniftres. Proteftation au nom des Reformez. Doctrine outrée de la perfecution & de la tolerance. La proteftation est brûlée en Angleterre. Hiftoire apologetique. Livre de Bruëis refuté. Ecrits touchant la retraite des Zzzzz 2

Mini

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