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&c.

Effets de

traite.

paroles, comme des entêtez, des rebelles, des factieux qui ne 1685demeuroient dans leur Religion que par un efprit de cabale. Mais 1686. tout cela n'empêcha pas que tous les païs Proteftans ne fuffent en moins de rien couverts de Miniftres. Chacun prit pour fa retraite les lieux ou qui lui étoient plus commodes pour entretenir quel que correfpondance avec les amis; ou dans lefquels il pouvoit efperer plus vraisemblablement de s'établir avec fa famille, à cause de quelques habitudes qu'il y avoit contractées. En Suiffe, dans le Palatinat, dans le Brandebourg, dans les Provinces Unies, en Angleterre, on voyoit arriver continuellement des Miniftres. Il y en eut même qui chercherent leur afile dans les païs Lutheriens; & qui allerent porter jufques dans le Danemarck & dans la Suede des preuves vivantes de la perfecution qu'ils avoient foufferte. Quand on les voyoit arriver, pour la plupart vieux, de mi nuds, fans meubles, chargez de famille, on ne pouvoit dou- leur reter que ce ne fût par de puiffantes raifons qu'ils étoient fortis de leur païs dans un état fi pitoyable & on étoit contraint de les regarder comme d'irreprochables temoins des violences que les Agens de France deguifoient avec tant de foin. Ce fut là un des mauvais effets de la Politique de cette Cour, qui avoit cru faire un coup d'Etat en les chaffant du Royaume. On peut dire qu'elle avoit difperfé fans y penfer dans toute l'Europe des temoins de la perfecution qu'elle avoit toûjours defavouée, & qu'elle avoit fourni par là aux Reformez des preuves authentiques de tout ce qu'ils avoient à dire contre elle. On n'en avoit pas cru ceux qui juf ques la étoient fortis du Royaume; parce qu'elle avoit eu l'adreffe de les faire paffer ou pour des criminels, qui fuyaient la peine due à leurs crimes; ou pour des efprits legers qui se plaifoient au changement; ou pour des miferables qui croyoient trouver à vivre ailleurs plus aifément que dans leur patrie. Mais on ne pouvoit fe fervir de ces calomnies contre tant de personnes d'un même caractere, gens de lettres, graves, reconnus pour gens de bien, chargez du feul crime d'être Miniftres d'une Religion qu'on vouloit detruire. Cela fut caufe que par tout on les reçut humainement. En Suiffe on leur fit des charitez incroyables. En Hollande, & dans les Provinces fes alliées on leur donna des penfions: En Angleterre, ceux qui voulurent s'afsujettir aux Eveques, & prendre d'eux une nouvelle ordination, fusent gratifiez Сссссс 3

d'une

1685. d'une maniere fort liberale; & ceux qui étoient diftinguez par 1686. quelques dons éminens furent pourvus d'emplois reglez, ou de &c. Benefices. Les autres apuyez du Roi, qui par politique & dans le deffein de favoriser la propre Religion, fe piquoit de tolerance, formerent des Eglifes Presbyteriennes, ou le rangerent à celles qui étoient dêjà établies.

Ecrits

des Miniftres.

Protefta

A peine commencerent-ils à goûter quelque repos, que le fouvenir de leurs Eglifes difperfées se reveilla dans leurs cœurs, & que chacun s'appliqua aux moyens d'en relever les ruïnes, & d'en raffembler les debris. On vit paroître par tout des lettres circulaires, des exhortations, des inftructions, des avis, qui non feulement faifoient plaifir aux étrangers, mais qui portoient coup en France, & ramenoient une infinité de nouveaux convertis de leurs égaremens & de leurs terreurs. Ce qui fit voir encore à la Cour de France qu'elle avoit pris un mauvais party, en leur laiffant la liberté de fe retirer. Elle n'avoit plus fur eux ce redoutable pouvoir qui leur avoit durant un long tems tenu la bouche fermée: & malgré les foins prevoyans & feveres, du fond de leurs afiles ils faifoient retentir leur voix dans tout le Royaume. En vain on gardoit les paffages; on vifitoit les marchandifes avec une exactitude incroyable, on defendoit le debit & la lecture de ces ouvrages. La toute-puiffance de la France avoit des bornes fi étroites de ce côté-là, que dans toutes les Provinces, à Paris, à la Cour même on les cherchoit curieusement, & on les lifoit avec plaifir. Ces écrits étoient principalement appuyez par les lettres Pastorales de Jurieu, qui durant près de trois ans en donna toûjours une tous les quinze jours; où non feulement il inferoit des recits des plus confiderables violences qu'on exerçoit en France de tous côtez; faifoit des exhortations; donnoit des avis: mais où il tenoit tête à l'Evêque de Meaux, à Pelisson, à Nicole, à tous ceux qui abusant de l'abfence des Pasteurs, vouloient achever de corrompre les Troupeaux. Cependant ce travail, qui pouvoit fuffire pour épuifer les forces d'un autre, ne l'empêchoit point de publier tous les jours d'autres Ouvrages: toûjours defirez avec avidité; toujours lus avec plaifir, même par plufieurs de ceux qui n'entroient pas abfolument dans toutes les vues.

tion au Un des écrits le plus digne d'être lu qui parut après la retraite des nom des Miniftres, fut le dernier ouvrage de l'illuftre Claude, qui le mit au

Refor

88%.

jour

&c.

jour fous le titre de Plaintes des Proteftans cruellement opprimez 1685.
dans le Royaume de France: & qui lui donna la forme d'une protef- 1686,
tation adreffée à toutes les Puiffances de l'Europe. Il y rapportoit
à fix titres toutes les perfecutions qu'on avoit faites aux Refor
mez; favoir les chicanes, fous le nom de juftice; l'exclufion des
charges & des emplois; les explications qui ruïnoient l'Edit; les
nouveaux reglemens; les fourberies & les illufions faites au peu-
ple pour l'amufer; les moyens d'animer les Catholiques, & de leur
infpirer l'aversion & la fureur. Après avoir traité avec une for-
ce & une brieveté dignes de lui ces divers articles, & dit un mot
des moyens humbles & innocens que les Reformez avoient em-
ployez pour fe conferver, il paffoit à la defcription des defordres
caufez par les Troupes; & les fuivoit, dans le progrés de leur ex-
pedition en Bearn, en Guyenne haute & baffe, en Saintonge,
Aunix, Poitou, haut Languedoc, Vivarais, Dauphiné, où el-
les exerçoient mille cruautez prefque en même tems. De là il
paffoit avec elles dans le bas Languedoc, le Lionnois, les Ce-
vennes, la Provence, les Vallées, le pais de Gex. En fuite il
les accompagnoit dans la Normandie, la Bourgogne, le Niver-
nois, le Berri, POrleanois, la Touraine, l'Anjou, la Bretagne,
la Champagne, la Picardie, l'Ile de France, & Paris même dont
elles avoient defolé les environs. Il faifoit un abregé des violen-
ces qu'elles commettoient par tout; entre lefquelles il en rapor-
toit quelques-unes qui meritent d'être ajoûtées à celles dont j'ai
déjà parlé ci-devant. Pendre des hommes ou des femmes aux
cheminées, & allumer fous eux du foin mouillé, pour les étouf-
fer par l'épaiffeur de cette fumée; les larder d'épingles depuis la
tête jusques aux pieds; leur dechiqueter le corps à coups de ca-
nif, leur prendre le nés avec des pincettes ardentes, & les pro-
mener ainsi dans une chambre; arracher les ongles des pieds &
des mains; renverfer des chauderons de cuivre fur la tête, & les
battre fans ceffe, pour étonner le cerveau de ceux que le bruit
des tambours ne pouvoit pas étourdir; enfler les hommes & les
femmes avec des foufflets; c'étoient quelques-uns des moyens
par lefquels il faifoient des Catholiques. Après cela on venoit
à la revocation de l'Edit, dont on faifoit un abregé; on en rap-
portoit quelques reflexions importantes; & enfin on refutoit les
mauvaises excufes des perfecuteurs; & principalement la fauffe in-

ter

IN

outrée de

de la to

1685. terpretation qu'ils donnoient aux paroles du 14, de St. Luc, con1686. train-les d'entrer. En effet on tâchoit en France d'excufer les via&c. lences par ce passage, & par l'autorité de St. Auguftin, dont on Doctrine mettoit entre les mains de tout le monde deux Epitres où il a la perfe- tâché d'appuyer cette dangereufe maxime, dont il vouloit fe ferention & vir pour la reduction des Donatiftes. On les avoit traduites avec lerance. une exacte politeffe, afin qu'elles fuffent d'autant plus capables de perfuader, qu'elles feroient plus agreables à lire. Cet illuftre nom étonnoit les Lecteurs, & les perfecutez même ne favoient que repondre à cette grande autorité. C'eft pourquoi il étoit fort neceffaire de detruire cette illufion. Claude donc la refutoit avec fa folidité ordinaire: & plufieurs autres y travaillerent après lui. Quelques-uns même en prirent occafion de debiter des principes d'une tolerance fi generale, qu'elle tendoit évidemment à faire regarder toutes les Religions comme indifferentes, & à faire aux Souverains un devoir de confcience de les tolerer toutes également. Cela étoit fort approuvé à la Cour d'Angleterre, parce que les deffeins du Roi pouvoient être avancez par cette maxime: & par une admirable bifarrerie, qui fait voir comment les chefs & les promoteurs de la Religion Catholique abufent du nom venerable de la Religion, deux Princes unis d'interêts & de confeils foutenoient les deux contradictoires. En France c'etoit une maxime fort chrêtienne que de perfecuter, pour l'avantage de l'Eglife: en Angleterre, c'étoit au contraire une maxime de l'Evangile, que de porter la tolerance aux dernieres bornes. Mais je reviens au livre de Claude. Il n'y oublioit pas les éloges de douceur que l'Evêque de Valence, Maimbourg & Varillas avoient l'impudence de donner aux moyens par lesquels on avoit procuré les converfions. Ce livre paffa en France, comme les autres, malgré la vigilance des Inquifiteurs: mais on n'y fit femblant de rien; de peur que fi on eût temoigné du chagrin contre cet ouvrage, on n'eût infpiré à trop de gens l'envie de le La pro- lire. C'étoit un abregé de l'histoire de la perfecution, où on en tre voyoit toutes les horreurs, quoi qu'elles y paruffent en petit: & en An- on trouva plus à propos de diffimuler cette injure; que d'en tirer une vangeance publique: de peur que trop de monde ne vit un livre fi dangereux. Mais le Roi d'Angleterre, qui étoit abfolument dans les maximes & dans les interêts de la France, pric

teftation

gleterre.

la

la cause pour elle, & fit condamner le livre au feu, comme con- 1685. tenant une doctrine contraire à l'autorité des Rois. Cette action 1686. lui reüffit mal; & ce fut peut-être une de celles qui fervirent le &c, plus à ouvrir les yeux de fes peuples, & à leur faire connoître malgré l'inclination qu'il temoignoit pour la tolerance, jufques où il porteroit un jour fes deffeins contre les loix & la Religion de l'Etat, s'ils le laiffoient faire.

tique.

Il parut un plus gros livre deux ans après fur le même fujet, Histoire où il y avoit plus de faits, & plus de reflexions. Il portoit le apologetitre d'Hiftoire apologetique ou defenfe des libertez des Eglifes Reformées de France &c. L'Auteur la divifoit en trois parties, dont la premiere étoit generale; & traitoit en abregé de l'hiftoire des Reformez, & des proprietez de l'Edit de Nantes. La feconde rapportoit à douze articles les divers moyens par lesquels la perfecution s'étoit exercée. Ces douze articles fe reduifoient à peu près aux fix dont Claude avoit compofé fes plaintes: & ne differoient en nombre, que parce qu'on faifoit ici plufieurs articles de certaines chofes qu'il avoit renfermées en un feul. La troifiéme contenoit plufieurs particularitez des fuites de la revocation de l'Edit: & principalement l'ample refutation de ce que les Auteurs Catholiques avoient la hardieffe de debiter, touchant la douceur des moyens par lesquels on avoit travaillé aux converfions. En effet les louanges de cette pretenduë douceur devenoient la matiere de tous les livres, de toutes les harangues, de toutes les épitres dedicatoires. Les Ecrivains de tous les ordres donnoient dans ces basses flatteries, & vouloient faire paffer les dernieres cruautez pour des effets de clemence. Les Moines & les Prêtres feculiers, les Evêques, les Predicateurs, les Historiens fe jettoient dans ces excés; & pendant que la terre fumoit du fang de plufieurs milliers de malheureux qu'on maffacroit tous les jours, ils faifoient retentir par tout l'éloge de la bonté qu'on avoit en France pour les Heretiques. Mais entre les autres, Bruëis de qui j'ai déjà parlé dans un autre lieu, & qui ayant Brueis établi folidement la verité de fa Religion, contre les illufions de refusé. l'Evêque de Meaux dans fon Expofition de la doctrine Catholique, n'avoit pas laissé de l'abandonner pour gagner quelque penfion: Bruëis, dis-je, avoit entrepris de repondre aux plaintes des Proteftans: & il avoit eu affcz de confiance en fon efprit, pour s'imaTome V. Dddddd

giner

Livre de

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