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lorsque la république des Juifs prospérait, et de le nier lorsque les rois d'Égypte ou de Perse l'opprimaient.

Nous avons déjà dit combien d'efforts les Samaritains firent du temps de Cambyse pour empêcher ou retarder la reconstruction du temple de Salomon; et depuis on vit continuellement ces deux parties du royaume de David se livrer à des querelles souvent suivies d'hostilités.

Malgré ces dissensions intérieures, la république des Juifs se peupla, s'accrut, s'enrichit et jouit d'une prospérité assez éclatante jusqu'à la mort d'Alexandre le Grand ; mais elle devint ensuite le théâtre des combats que se livrèrent les successeurs de ce conquérant, et finit par être la victime de leurs sanglants démêlés.

Les temps ou les peuples sont heureux et paisibles sont ceux qui laissent le moins de souvenir à la postérité. Ce sont les jours d'orages qui brillent dans la nuit des temps : à une si grande distance, nous ne distinguons ce qui se passait dans ces contrées antiques qu'à la lueur de la soudre qui les ravageait. Aussi l'histoire ne nous a conservé presque aucun détail certain de la longue époque où les Juifs ont vécu tranquilles, depuis Cyrus et ses deux premiers successeurs, jusqu'au partage de l'empire d'Alexandre.

Le calme dont jouissait Jérusalem fut d'abord interrompu sous le pontificat de Jean, fils de Juda et petits-fils d'Éliazib. Jean imita le crime de Caïn ; excité par l'envie et la haine, il massacra Jésus son frère dans le temple. Ce meurtre et ce sacrilége indignèrent les étrangers comme les Juifs. Artaxerce envoya des troupes à Jérusalem, fit périr le prêtre coupable dans le temple qu'il avait profané, et imposa sur la Judée de nouveaux tributs. Jaddus remplaça Jean son frère dans le sacerdoce usurpé par celui-ci sur Jésus. Dans le même temps Sanaboleth, Cutéen de nation, et nommé gouverneur de Samarie par Darius, roi de Perse, donna pour époux à sa fille un des prêtres de Jérusalem nommé Manassé, espérant que ce mariage lui concilierait l'affection des Juifs; mais cette al

liance d'un lévite et d'une idolâtre produisit une très-grande fermentation dans la ville sainte ; et cette infraction aux lois de Moïse excita le courroux du grand-prêlre Jaddus, qui ordonna à Manassé de répudier sa femme. Manassé, n'y voulant pas consentir, se retira à Samarie, où son beau-père lui fit espérer que Darius le protégerait et lui permettrait de bâtir sur la montagne de Garizim un temple rival de celui de Salomon, et dont il serait le grand-sacrificateur.

Darius ne put réaliser cette espérance; il fut vaincu par Alexandre et périt. Ce dernier, après avoir conquis la Perse, attaqua les Tyriens, et demanda des troupes aux Juifs. Jaddus, lié par le serment prêté à la famille de Darius, refusa fièrement les secours qu'exigeait ce conquérant. Sanaboleth et Manassé, profitant de cetle circonstance, lui amenèrent huit mille Samaritains. Pour prix de ce service, Manassé obtint le sacerdoce, dressa un autel à Garizim, et commença la construction d'un temple.

Malgré cette querelle, l'Écriture rapporte, et tous les historiens s'accordent à dire qu'Alexandre, loin de persécuter les Juifs, les protégea, et montra une grande vénération pour le Dieu qu'ils adoraient. Josèphe va plus loin : il prétend que ce prince vint lui-même à Jérusalem, et rendit hommage au Dieu d'Israël. Nous allons faire connaître cette anecdote, comme curieuse, et non comme un fait avéré.

L'auteur juif assure qu'Alexandre s'étant approché de Jérusalem à la tête de son armée, le grand-prêtre Jaddus, au lieu de lui opposer quelque résistance, fit joncher de fleurs les rues et les chemins. Revêtu de ses ornements sacerdotaux, il sortit en pompe de la ville, à la tête des prêtres et des lévites, et marcha ainsi à la rencontre du vainqueur de l'Orient. Alexandre, saisi de respect à la vue de ce cortège auguste et religieux, s'inclina profondément devant le pontise. Parménion lui en ayant marqué sa surprise, le roi lui répondit : «Ce n'est point le « prêtre, c'est son Dieu que je salue. Ce Dieu m'est apparu a lorsque j'étais en Macédoine ; il m'a encouragé dans mon

« entreprise, en m'annonçant la victoire et me promettant la « conquête de la Perse. » Josèphe dit qu'Alexandre, entré pacifiquement à Jérusalem, sacrifia lui-même dans le temple du Seigneur, et que Jaddus lui montra la célèbre prophétie par laquelle Daniel annonçait ses triomphes et l'établissement de son empire. Il ajoute que le héros accorda aux Juifs beaucoup de faveurs, de priviléges et de liberté.

Jaddus termina sa carrière, et fut remplacé par son fils Onias.

Après la mort d'Alexandre à Babylone, les chefs de son armée partagèrent son empire et l'ensanglantèrent par desguerres longues et cruelles. La Judée devint souvent le théâtre de ces combats;

mais pendant les trente années qui s'écoulèrent depuis cette époque jusqu'au règne d'Antiochus Épiphane, la république, tantôt favorisée, tantôt maltraitée par les vainqueurs, conserva son indépendance. Nous n'avons point de guides certains pour nous conduire au milieu de cette multitude d'événements. Josèphe est le seul historien qui les rapporte avec détail, et sa partialité a souvent fait douter de la vérité de ses récits.

Nous dirons seulement que Ptolémée Soter traita les Juifs avec rigueur : il en envoya cent vingt mille en Égypte.

Ptolémée Philadelphe, son successeur, protégea la république, lui rendit ses bannis; el, comme il s'occupait avec soin d'enrichir la bibliothèque d'Alexandrie de tous les manuscrils curieux, il demanda au grand-prêtre Éléazar de lui envoyer soixante-douze Hébreux pour traduire la loi de Moïse.

On lut publiquement cette traduction, et le roi d'Égypte fit de riches présents au temple de Jérusalem. Il survint entre l'Égypte et la Syrie de longues guerres qui désolèrent la Judée. Le grand-prêtre Onias, neveu d'Éléazar, mécontenta les Égyptiens par son avarice, leur refusa le tribut ordinaire, et altira de grandes calamités sur son pays.

La Judée fut conquise par Antiochus le Grand, qui protégea les Juifs, leur témoigna une grande confiance, sc servit de

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leurs troupes avec succès, et leur accorda le droit de fourgeoisie à Antioche et dans plusieurs villes de l'Asie.

Ptolémée Épiphane reprit la Judée sur Antiochus, qui s'en empara de nouveau, et la céda ensuite pour faire partie de la ciot de Cléopâtre sa fille, qui devint la femme de Plolémée et le gage de la paix.

Plolémée Évergètes, ne pouvant obtenir d'Onias l'argent qu'il demandait, menaça Jérusalem d'une destruction totale. Un riche Hébreu. nommé Joseph, fils de Tobie, apaisa son courroux par de magnifiques présents, et acquit un grand crédit en Égypte et en Judée, malgré la rigueur avec laquelle il leva les impôts pour satisfaire le roi.

Hyrcan, fils de Joseph, rendit de grands services à sa patrie, et lui conserva la faveur de Ptolémée ; mais sa puissance et ses richesses excitèrent la haine de ses frères, qui voulurent l'assassiner. Il leur résista, en tua deux, sortit de Jérusalem, et se retira au delà du Jourdain, près de Hessédon, où il construisit une forteresse, d'où il sortait souvent pour faire la guerre aux Arabes. Il conserva sept ans son indépendances; mais lorsque Antiochus Épiphane conquit la Judée, craignant le courroux de ce prince, il se tua.

Les Romains ayant déclaré la guerre à Antiochus le Grand, ce prince perdit contre eux une bataille dans laquelle il fut fait prisonnier. On l'obligea à payer un tribut énorme; et de trois fils qu'il avait, le premier et le dernier restèrent à Rome pour y être élevés, et pour y répondre de la fidélité de leur père.

Antiochus, obligé d'accabler la Syrie d'exactions pour acquitter son tribut, périt de la main de ses sujets. Séleucus Épiphane, le second de ses fils, lui succéda et laissa régner en son nom la reine Laodice, sa mère.

Dans ce temps la république des Juifs était gouvernée par le grand-prêtre Onias, troisième pontife de ce nom. Onias, par sa piété, sa justice et son inflexible fermeté, maintenait l'ordre dans la république, et la faisait respecter au dehors; sous son administration, la Judée vivait heureuse et florissante.

Un lâche factieux troubla cette tranquillité. Ce misérable, nommé Simon, de la tribu de Benjamin, n'était ni lévite ni prêtre; mais, chargé de la police extérieure du temple, son emploi lui donnait quelque crédit. Il voulut s'en servir pour favoriser des Juifs corrompus, et pour introduire quelque relâchement dans l'exécution des lois : la rigueur d'Onias fit avorter ses projets. Simon, irrité, vint trouver Apollonius, gouverneur de Phénicie, et lui dit secrètement que le temple de Jérusalem renfermait d'immenses trésors qui n'étaient point employés au service public. Séleucus, informé de cette nouvelle, résolut d'en profiter. Il chargea Héliodore, intendant de ses finances, d'aller à Jérusalem, et de s'emparer de ce trésor.

En vain le grand-prêtre Onias s'efforça de persuader à l'envoyé que Simon l'avait méchamment trompé; Héliodore voulut s'en assurer par ses yeux, et déclara qu'il entrerait lui-même dans le temple, au mépris des lois divines qui défendaient à tout profane l'accès de ce lieu sacré.

A cette nouvelle, toute la ville est remplie de consternation. Ses habitants jettent des cris, versent des larmes ; les prêtres sont prosternés au pied de l'autel; toutes les mains sont levées vers le ciel ; toutes les voix adressent au Seigneur d'ardentes prières. Héliodore, à la tête de ses gardes, se prépare à forcer la porte du temple. Tout à coup parait un cavalier d'un aspect formidable, couvert d'une armure d'or; son coursier frappe Héliodore des deux pieds de devant, et le renverse '. Deux jeunes hommes, pleins de majesté, et richement vêtus; le frappent sans relâche à coups de fouet ; l'impie est jeté à demi mort hors de l'enceinte du temple, et Jérusalem passe subitement du désespoir à la joie.

Héliodore, saisi de la crainte de Dieu, le remercia d'avoir épargné sa vie. Il revint près de Séleucus, le détrompa, et fut depuis aussi zélé pour servir les Juifs qu'il s'était montré d'abord ardent pour les persécuter.

· An du monde 3828. - Avant Jésus-Christ 176.

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