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mît au grand jour le mécanisme secret des 1800. opérations compliquées avec lesquelles on em

ployait les agens subalternes, sans qu'ils connussent eux-mêmes les chefs qui les mettaient en æuvre. Ils eurent recours, pour lui rendre sa liberté, à une expédition aussi hardie que romanesque.

Le sénateur Clément-de-Ris, homme d'un caractère doux, mais connu pour avoir des liaisons ayez Sieyes, était allé faire les vendanges dans une terre qu'il possédait à quelques lieues de Tours; il

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fut enlevé , le premier jour de vendémiaire , par un petit nombre d'hommes masqués , qui lui volèrent son argent et son argenterie , le placèrent dans une voiture, en déclarant à sa femme et à ses domestiques , qu'il l'emmenaient comme un otage, et qu'on lui destinait le même traitement que

le chevalier de Coigny recevrait à Paris.

Malgré les recherches les plus multipliées, et beauconp d'argent répandu , il fut impossible au gouvernement de se procurer le moindre indice de la prison dans laquelle Clémentde-Ris se trouvait renfermé. Il passa pour constant que, pour calmer les inquiétudes d'une famille désolée, et celles des principaux fonctionnaires publics , menacés du même sort qu'éprouvait ce sénateur , le gouvernement fut contraint d'ouvrir les portes du Temple au chevalier de Coigny ; il se réfugia en Angleterre avec sa famille ; et Clément-de-Ris fut An g. ramené jusqu'aux portes de sa maison, par les mêmes hommes masqués qui l'en avaient arraché dix-neuf jours auparavant, et qui se dispersèrent dans les campagnes.

Les contre-révolutionnaires n'ayant plus rien à redouter des révélations qui auraient pu échapper au chevalier de Coigny , pressé par les interrogations d'hommes adroits, donnaient une telle extension à leurs complots, qu'il était impossible de s'apercevoir que leur correspondance avait été interceptée. De nouveaux brandons de discorde étaient lancés parmi les habitans de la Vendée ; des chefs , nouvellement arrivés d'Angleterre , parcouraient ces malheureuses contrées, le fer et la flamme à la main : ils publiaient que l'armistice subsistant en Allemagne et en Italie, allait être rompue; que des armées innombrables , promises par toutes les puissances du nord de l'Europe, se préparaient à franchir la barrière du Rhin , tandis que des germes de contre-révolution se développaient dans les provinces méridionales de France, et

que les Anglais , réunissant toutes leurs forces , allaient faire le siège de Brest par mer et par terre ; ils sommaient les Vendéens, les chouans bretons , de reprendre les armes , dès que la rupture de l'armistice serait connue, et menaçaient de la

dévastation de leurs champs, de l'incendie de 1800. leurs maisons et du meurtre de leurs familles,

ceux qui seraient les derniers à se présenter sous l'étendard royal ; ils employèrent jusqu'au meurtre et à la fusillade pour recruter par la terreur.

CHAPITRE VIII.

Cruautés commises par une bande d'assassins

connus sous le nom de chauffeurs. Assassinat de l'évéque Audrein.

Ex même tems , des hordes de scélérats qui semblaient sortir de la terre , et y rentrer à un signal donné , infestaient toutes les routes, toutes les campagnes ; quelques-uns d'eux ne volaient

que les deniers publics; mais d'autres se livraient aux dernières atrocités , sur-tout envers les acquéreurs de domaines nationaux. Ma plume se refuse à tracer les abominables horreurs commises

par

de nombreuses troupes de brigands connus sous le noms de chauffeurs ; ils ne se contentaient pas d'assassiner simplement les individus qu'ils voulaient voler , mais le crime était accompagné des circonstances les plus horribles. Sous prétexte de forcer ces infortunés à leur livrer des sommes d'argent, que souyent ils ne possédaient pas, les tortures

; on

les plus recherchées étaient mises en usage ; on brûlait les pieds et les jambes des hommes, An 9. on arrachait les mamelles des femmes égorgeait les enfans les uns après les autres, en présence de leurs parens. Ces atrocités, cent fois renouvelées, sont constatées dans les greffes criminels, elles attestent le dernier degré de dépravation auquel les hommes sont capables d'atteindre.

D'autres brigands en voulaient principalement aux prêtres attachés à la révolution. L'exconventionnel Audrein , évêque du Finistère, allait, par la voiture publique, de Quimper à Morlaix , pour y prêcher l'avent : le 26 brumaire, vingt-cinq hommes armés entourent la voiture, à cinq quarts de lieue de Quimper. Celui qui paraissait commander la troupe , appèle Audrein par son nom, lui ordonne de descendre : on le fusille en présence de ses compagnons

de voyage, qui s'attendaient au même sort , et auxquels on ne fit aucun mal. Un grand nombre d'autres prêtres assermentés furent assassinés dans leurs maisons, ou au milieu des champs ; sur-tout dans les départemens de l'ouest, les chouans traitaient les prêtres constitutionnels, en 1800, comme les jacobins avaient traité les prêtres inconstitutionnels au mois de septembre 1792 : le crime était vengé par le crime, sur des victimes innocentes,

Enfin , plusieurs tentatives furent faites pour

assassiner Bonaparte. Le plan contre-révolu1800. tionnaire, dont j'ai donné le précis, se dé

veloppait dans toutes ses parties. Quelquesunes de ces entreprises criminelles furent dérobées à la connaissance du public; mais les circonstances qui accompagnèrent deux d’entr'elles , ne permettaient pas à Bonaparte de les couvrir du voile d'une indulgence intempestive. Leurs auteurs furent livrés aux tribunaux , et périrent sous le glaive des lois.

L'un de ces crimes fut préparé par les jacobins, l'autre par les chouans ,

les chouans , si les uns et les autres ne fournirent pas des complices aux deux attentats.

CHAPITRE I X.

Tentative pour assassiner le premier consul.

Le premier devait être exécuté le dix-huit vendémiaire. La police était instruite qu'un nommé Demerville avait distribué de l'argent à des hommes qui se chargeaient d'assassiner Bonaparte à la sortie de l'opéra. Bonaparte , informé de toutes les circonstances du projet, se rendit dans sa loge , sans témoigner la moindre inquiétude. Deux des conjurés, Diana et Ceraci furent arrêtés dans les couloirs de l'opéra, au moment qu'ils se préparaient à

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