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MÉMOIRES

SUR LA CAUSE DE LA MORT

DES NOYÉS.

****** N grand nombre de faits

U dont la vérité ne peut être

**** révoquée en doute, assurent que des personnes qui avoient eu le malheur de tomber dans l'eau, & d'y rester plusieurs heures , ont donné, au moyen de différens soins affez long-tems continués, des lignes qu'elles n'étoient pas réellement mortes. Les devoirs de l'humanité ne permettent donc pas qu'on abandonne ces infortunés. Mais la connoiffance exacte & précise de la cause

doit regler

qui leur donne la mort, l'administration des secours qu'ils exigent. Sans cela: l'application des moyens capables de les secourir ne se fera pas toujours avec assez de justelle ; & faute d'avoir suivi l'ordre qu'il convenoit de mettre dans l'afa. ge des secours les mieux indiqués , l'on peur, avec beaucoup de zéle, rendre certaine une mort qui ne seroit qu'apparente.

La cause de la mort des Noyés a toujours été regardée comme une chose qu'il imporcoic fort de connoitre: elle a mérité l'attention des Phyficiens & des plus habiles Anatomistes : les occasions malheureusement trop fréquentes d'ouvrir des Cadavres de noyés, & la facilité de faire des expériences sur les animaux, permettencelles de croire qu'il y ait des doutes sur cette question. Qui croiroit que sur un point ausli facile à saisir,

& où il ne faut

que
des

yeux pour connoître le vrai, les Auteurs n'ayent fait que des observations fausses ou peu

exactes : leurs raisonnemens ne s'accordent presque jamais avec leurs expériences;le jugement qu'ils portent est souvent contraire au témoignage de leurs

yeux,

& rarement d'accord avec celui de la nature.

La nécessité de l'entrée & de la fortie libre de l'air dans le poumon a fait croire que le défaut de respiration est la vraie cause de la mort des Noyés. M. Gauceron de la Société Royale de Montpellier, a fait à ce sujet des expériences très-curieuses, rapportées dans un Mémoire qu'il a tu à la séance publique de cette Compagnie le 17. du mois d'Avril 1728. M. Gauteron muzela un chien uniquement pour l'empêcher de mordre & non d'avaler : il fit une ouverture entre deux anneaux de la trachée

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artére * de cet animal. Il adapta à cerce ouverture un tuyau d'argent qui se joignoit avec un autre tuyau de même espéce , par une bonne vis à écroue. Ces deux tuyaux joints enfemble faisoient environ quinze pouces de hauteur. On a plongé le chien ainsi accommodé à fond d'une cuve pleine d'eau, ensorte

que

le

tuyau furmontoit l'eau de quelques pouces. Le chien a resté plus d'un quart d'heure dans cet état respirant toujours par le tuyau qui étoit adapté à sa trachée arcére: après quoi il a été délié & mis en liberté. Le chien

parut étourdi

par

l'humidité & la froideur qu'il avoit contractées ; mais peu de tems après il a secoué les oreilles, & s'est sauvé en courant dès qu'il a fenti qu'il étoic libre.

* La trachée artére est un tuyau cartilagineux situé au milieu de la partie antérieure du col qui donne passage à l'air qui entre & qui sort de la poitrine dans la respiration.

alors un peu

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