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faut néceffairement ou que les faits rapportés foient faux, ou qu'on en ait fait une mauvaise application. Ceux qui ont contredit M. Bruhier ont choifi la premiere partie de cette alternative. Elle eft fans doute la moins raisonnable; mais c'étoit ce qui éxigeoit le moins de travail : il n'eft donc pas étonnant que ce parti ait été préféré à l'autre qui auroit prefcrit beaucoup de recherches, & qui ne peut être foutenu que par la voye laborieufe de l'éxamen & de la difcuffion.

Une des principales objections qu'on ait faite à M. Bruhier, eft de ne recevoir la plupart des faits qu'il a allégués, que comme des hiftoires hazardées ou ingénieusement controuvées pour amufer les femmes & les enfans. Les événemens dont parlent Plutarque, Apulée, Platon, font à la vérité fort fufpects: ceux qu'on cite

d'après Pline ne doivent pas être beaucoup mieux reçûs. L'Abbé Desfontaines a taxé fpécifiquement de faux quelques faits, & M. Bruhier convient lui-même qu'on peut reprocher à plufieurs le défaut d'autenticité. Il eft vrai que de la fauffeté de quelques-uns, on concluroit affez mal

રે propos que tout ce qu'on a avancé fur ce fujer eft fabuleux. M. Bruhier obferve fort judicieusement qu'un fait bien conftaté, fut-il le feul de fa nature, fuffit aux perfonnes prudentes pour faire une impreffion qui les tient continuellement fur leurs gardes or on ne peut raifonnablement refufer de croire quelques-unes des hiftoires que cet Auteur a rapportées; mais il prétend qu'elles méritent toutes d'être crues. Le fecond volume de fon Ouvrage a été principalement compofé dans la vie de prouver qu'on doit ajouter foi aux hiftoires

rapportées dans le premier. M. Bruhier affure qu'il y a une extrême différence entre un fait faux & un fait qui n'eft pas prouvé. L'importance de la matiere fembloit cependant éxiger qu'on n'avançat que des fairs bien conftatés; car la même pareffe d'efprit qui porte le vulgaire à croire les chofes les plus extraordinaires fans preuves fuffifantes, produit un effet contraire dans les perfonnes fenfées. Elles jugent d'un fait par un autre; & la puérilité d'un conte fait tort à l'histoire qu'on lui a affociée.

Je me garderai bien de conteffer la vérité des faits avancés par M. Bruhier; je veux paroître ajouter foi à ceux mêmes qui ont le moins de vraifemblance. It y a de la prudence à éviter les qualifications de stupide ou de mal-honnête-homme. Oui, Monfieur, on fe deshonore par le cœur ou par l'efprit fi l'on ne croit pas ce

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que cet Auteur a écrit. Les traits d'hiftoire qu'il rapporte »> ne peuvent être attaqués que par une prévention aveugle qui deshonore l'homme d'efprit, ou par une mauvaise foi incompatible avec l'honnête-homOn ne peut rien dire de plus fort; & les Livres Saints ne traitent pas plus mal les effrénés qui nient l'éxiftence de l'être fuprême. Dixit infipiens in corde fuo. Trouvez bon que je ne m'expofe pas à un pareil reproche, & que je me borne à mettre ici deux points en évidence. Le premier, que parmi les faits rapportés par M. Bruhier, pluGeurs prouvent directement la certitude des fignes de la Mort ; & en second lieu, que les éxemples des perLonnes qui ont été réputées mortes, ou qu'on a enterrées vivantes, le

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*Préface de la feconde édition du premier volume, pag. xx.

nombre en fut-il plus grand, ne prou. vent pas l'incertitude de ces fignes. L'éclairciffement de ces deux chefs pourra fixer vos doutes, s'il vous en reftoit encore.

*,, Une perfonne de diftinction, » c'est M. Bruhier qui parle, demeu»rant à Paris, attaquée d'une de ces » maladies dont on guérit tous les jours bien qu'elles foient mortelles » de leur nature, mais où la mort ne

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» vient pas brufquement, étoit traitée

» par un Médecin de la faculté dont » on n'a pu me dire le nom. Il laiffa » le foir le malade en danger, mais » fans avoir lieu de craindre qu'il le » vit pour la derniere fois. Lorsqu'il » vint le lendemain on lui dit que le » malade étoit mort la nuit. En con

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féquence on l'avoit mis fur la paille » & enfeveli. Le Médecin affura po

Pag. 66. premier vol. feconde édition du Traité de M. Bruhier.

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