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paraitre cette tache et rendre tout leur éclat à l'honneur et à la gloire de la France.

“ Soldats de la garde nationale, ce matin même le télégraphe de Lyon m'a appris que le drapeau tricolore flotte à Antibes et à Marseille. Cent coups de canon, tirés sur toutes nog frontières, apprendront à l'étranger que nos dissentions civiles sont terminées ; je dis les étrangers, parce que nous ne connaissons pas encore d'ennemis. S'ils rassemblent leurs troupes, nous rassemblerons les nôtres. Nos armées sont toutes composées de braves qui se sont signalés dans plusieurs batailles, et qui présenteront à l'étranger une frontière de fer; tandis que de nombreux bataillons de grenadiers et de chasseurs des gardes nationales garantiront nos frontières. Je ne me mêlerai point des affaires des autres nations : malheur aux gouvernemens qui se mêleraient des nôtres ! Des revers ont retrempé le caractère du peuple français; il a repris cette jeunesse, cette vigueur qui, il y a vingt ans, étonnait l'Europe.

« Soldats, vous avez été forcés d'arborer des couleurs proscrites par la nation. Mais les couleurs nationales étaient dans vos ceurs. Vous jurez de les prendre toujours pour signe de ralliement et de défendre ce trône imperial, seule et naturelle garantie de nos droits. Vous jurez de ne jamais souffrir que des étrangers, chez lesquels nous avons paru plusieurs fois en maîtres, se mêlent de vos constitutions et de notre gouvernement. Vous jurez enfin de tout sacrifier à l'honneur et à l'indépendance de la France.”

Nous le jurons ! tel a été le cri unanime de toute la garde nationale.

Ce discours a été fréquemment interrompu par les marques du plus vif enthousiasme qui avait éclaté dès le commencement de la revue et qui s'est manifesté pendant toute sa durée.

Quoique la garde nationale marchåt au pas accéléré, elle a mis plus de deux heures à défiler devant l'empereur.

18 Avril, 1815.

Toulon, le 11 Avril. Notre ville est animée du plus vif enthousiasme. Toutes les campagnes du Var partagent les sentimens du reste de la France. L'explosion de leur joie est d'autant plus forte qu'elle avait plus long-tems été consprimée. On est heureux

enfin de pouvoir laisser éclater cette affection unanime et pro; fonde que dans la ville surtout on ne pouvait munifester que dans l'intérieur des familles.

Marseille est dans l'étonnement. Nous savons qu'elle conçoit à peine cette résistance qui n'aurait pas eu de durée sans les précautions prises avec une adresse persévérante pour tromper ses habitans et leur cacher tous les événemens.

Voici la proclamation du prince d'Essling. Elle produit le plus grand effet:

Habitans de la 8e division militaire ! Un événement, ' aussi heureux qu'extraordinaire, nous a rendu le souverain que nous avions choisi, le grand Napoléon.

Ce doit être un jour de fête pour tous les Français.

Il est remonté sur son trône sans qu'il y ait une goutte de gang répandu.

Il est revenu au sein d'une famille qui le chérit.

Français ! il n'y a pas une ville dans l'empire où il n'y ait un monument qui atteste ses bienfaits. Bénissons le ciel qui nous l'a redonné.

Le militaire revoit en lui le héros qui l'a constamment conduit à la victoire,

Les sciences et les arts retrouvent leur protecteur. Faisons des væux pour la conservation de ses jours et de sa dynastie.

Vive l'empereur ! Toulon, le 10 Avril, 1815. Le maréchal d'empire, duc de Rivoli, gourerneur de la 8e division militaire,

(Signé) Le prince d'ESSLING.

Paris, le 17 Avril. Par décret de ce jour, M. le lieutenant-général comte Grouchy a été nommé maréchal de France.

Lettre du lieutenant-général comte Grouchy à l'Empereur.

Au quartier-général à Avignon, le

13 Avril, à deux heures après midi. SIRE, J'ai l'honneur d'annoncer à votre majesté que la ville de Marseille a arboré la cocarde vationale hier matin ; et qu'ainsi le drapeau tricolore flotte sur tout le territoire de l'empire.

Notre avant-garde est en marche d'Orgon sur Aix. Je crois devoir arrêter son mouvement, et je me concerte avec le marechal prince d'Essling sur ce qu'il convient de faire main, Tenant pour l'affermissement, de la tranquillité publique. Je me rends en conséquence à Marseille, où je prie votre vrajesté de m'adresser ses ordres. Si j'ai été assez heureux, Sire, pour justifier la confiance dont vous n'avez honoré, en me destinant à étouffer dans leur germe les troubles civils du Midi, daignez croire que la récompeuse que j'ambitionne le

plus, est d'être rappelé près de Votre Majesté pour pouvoir lui:
offrir de nouvelles preuves de ma fidélite et de mon dévou-
inent.
Je suis avec respect,

De Votre Majesté,
Sire,

Le très-fidèle sujet.
Le général eu chef,

(Signé)

GROUCHY,

19 Avril, 1815.

Munich, le 12, Avril. Nous attendons incessamment le roi, qui revient dans sa capitale; diverses personnes attachées à sa cour le précèdent et viennent d'arriver. On doit concevoir facilement combien on était ici impatieyt de recueillir de leur bouche des détails positifs sur ce qui se passe à Vienne dans les circonstances si imprévues et si extraordinaires où se trouve l'Allemagne ; les notions suivantes ont été données par l'une de ces personnes les plus à portée de mieux savoir, et les mieux reconnues pour leur circonspection et leur véracite.

J'ai vu, dit cette personne, S. M. l'Impératrice Marie-Louise, jouissant de la meilleure santé. Elle était à Schoenbrün, et se promenait dans le parc avec madame Horan, l'une de ses femmes rouges. Depuis qu'on savait l'empereur de retour à Paris, la foule des curieus redoublait autour d'elle, et le public de Vienue se plaisait à l'accueillir aux cris de vive l'Impératrice des Français !

Sou fils était logé au palais de Vienne dans l'appartement qu'avait occupé le roi de Wurtemberg: Madame Souflot, l'une de ses gouvernantes, et Madame Marchant, sa berceuse, étaient auprès de lui. Son service se composait du maître-d'hôtel français, du cuisiner français et des domestiques attachés à sa maison. L'impératice allait tous les jours à Vienne voir son fils; elle passait deux heures avec lui, après quoi elle passait deux lieures cliez son père. Le reste de la journée, elle restait à Schoenbrün. Les gens de l'impératrice portaient toujours leur livrée verte! il n'y avait rieu de changé dans sa maison.

Le vice-roi n'avait pu rien obtenir du congrès pour ce qui le regarde personnellement. Ainsi le congrès a violé à son égard le traité de Fontainbleau comine il l'a violé dans tous les autres points. Ce prince avait d'abord paru être dans l'intimité de l'empereur de Russie, mais depuis qu'on a reçu la nouvelle que l'empereur Napoléon était à Paris, l'empereur Alexandre a cessé de le voir; il lui a dit lui-même que les affaires politiques l'en empêchaient. L'empereur de Russie paraissait être le plus animé. Il déclarait à toute occasion qu'il n'en voulait pas aux Français, qu'il méprisait les Bourbons, que c'était une race dégénérée, mais qu'il ne consentirait pas à ce que l'empereur Napoléon régnat sur la France, que son honneur y était engagé.

On raconte que tenant ce propos dans une société, Mme. Bagration, qui était connue par l'inimitié qu'elle portait à l'empereur Napoléon dans le tems de sa grandeur, mais qui depuis a bien changé et est devenue un des panégyristes de ce grandhomme, profitant du droit de tout dire qu'elle s'est arrogé dans le monde, avait répondu à l'empereur Alexandre : Mais, Sire, si vous considerez ceci comme une affaire d'honneur avec Napoléon, que ne lui envoyez-vous un cartel ? Du caractère qu'il a moutré, je ne douterais pas qu'il ne s'y rendit, et vous n'auriez pas besoin de mettre de nouveau en marche contre la France des armées de 100,000 hommes, 10,000 cosaques et des trains immenses d'artillerie.

La princesse d'Esterhazi,et beaucoup d'autres dames qui étaient dans la société, applaudirent. Les gens sensés à Vienne trouvent en effet ridicule de faire marcher tant d'hommes armés quand on déclaré qu'on n'en veut qu'à un seul; ces préparatifs même semblent élever au-dessus de l'humanité l'homme qu'on veut attaquer.

Dans plusieurs maisons de banque, j'ai entenu dire: L'empe reur Napoléon est revenu; tant mieux ! Celui-là sait gouverwer et a véritablement en vue de soutenir les intérêts des peuples.

Il avait été d'abord question d'arrêter le prince Eugène et de l'envoyer dans la forteresse de Comorn; mais l'empereur de Russie s'y est opposé. On lui a demandé sa parole qu'il ne servirait pas du moins l'empereur Napoléon; il s'y est refusé avec indignation, et il a été décidé qu'il resterait pendant les événemens dans le château de Bayreuth.

On raconte que lord Stewart, l'un des ministres d'Angleterre, à la nouvelle de l'arrivée de l'empereur Napoléon à Paris, entendant discuter s'il avait eu le droit de violer le traité du 11 Avril, avait dit que puisqu'on parlait de droits, l'empereur Napoléon les avait tous; qu'on n'avait tenu aucun engagement envers lui ui sa famille ; qu'il en avait fait dix fois l'observation; que cela n'avait servi; à rien; que cependant, en fait de justice, il n'y avait qu'une balance.

En général, les aines généreuses, dans toute l'Allemagne, se sont révoltées contre cette déclaration du congrès, du 13 Mars, qu'on a répandue partout avec profusion. On a trouvé également misérable cette distinction qu'on veut faire entre la France et l'empereur Napoléon ; et la réponse de Mme. Bagration, qui circule dans toute l'Allemagne, est géneralement approuvée,

La contenance de la cour de Vienne est plus froide.

On M. de Montron qui s'est échappe de Paris pour porter des papiers importans au prince de Bénévent n'a pas pu s'empêcher,

T

reuses.

ainsi que M. le comte de Vincent, ambassadeur d'Autriche à Paris, et M. de Bombelles, de déclarer que c'était une grande erreur de croire que l'empereur Napoléon se trouvait enfermé dans les Tuileries ; qu'il était constant que la France en masse était pour lui, et ne voulait que lui, et que des millions d'hommes avaient le bras levé pour soutenir leur indépendance et l'homme de leur choix.

A cela on opposait des espérances de guerre civile dans la Vendée, car on ne voulait pas croire que M. le duc de Bourbon se fût embarqué; du côté de Toulon et de Marseille, on comptait beaucoup sur M. de la Tour-du-Pin, qui s'était rendu de Vienne à Marseille; mais les gens de bon sens pariaient qu'à son arrivée, il trouverait Napoléon établi partout. En Prusse comme en Allemagne, il y a beaucoup d'idées géné

On y désire une constitution libérale et solide, et ces immenses préparatifs de guerre qui ne s'adressent qu'à un seul homme paraissent absurdes. Ceļa achève de tuer dans l'opinion le congrès, qui s'était déconsidéré aux yeux des peuples par les scènes ridicules qui s'y sont passées depuis un an.

Les Polonais étaient daus la plus vive indignation. On avait levé une forte armée polonaise composée de patriotes, en les fatlant de l'espoir de relever la Pologne; mais cette espérance avait été bientôt deçue.

Un émigré français se trouvant dans une société et entendant parler du mépris de l'empereur de Russie pour les Bourbons, avait dit; Que voulez-vous donc, si vous ne voulez ni du souverain légitime ni de l'autre ?' voulez-vous que l'anarchie règne en France ? ou bien est-il vrai que vous voulez imposer à la France le prince royal de Suède pour sétablir en Suede votre neveu ? Du moment qu'il ne s'agira plus des Bourbons, personne ne pensera plus à contester les droits, ni les titres de Napoléon; moi-même je me déciderai alors pour l'empereur, et toute l'ancienne noblesse partage cette manière de voir. Si vous ne voulez pas soutenir les Bourbons, laissez au moins la France tranquille !

Cette conversation qui a eu lieu la veille de mon départ, rendait beaucoup plus circonspects les faiseurs d'incartades et les diseurs de vaines déclamations.

Les Anglais qui sont à Vienne, et dont un grand nombre a été à l'Isle de l'Elbe, sont en général, dans la société, très-favorables à l'empereur Napoléon. Ils se récrient avec indignation contre les prétentions des Bourbons sur la légitimité. En ce cas, disent-ils, les Ştuarts sont donc nos maîtres légitimes !

Du reste, où avait à Vienne des idées fausses sur la France, On ne supposait pas à l'empereur plus de 100,000 'hommes et de 20,000 chevaux. On ne contestait pas l'attachement des anciens soldats qui l'ont vu sur le champ de bataille; mais on

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