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réduisait ses forces par la déduction de tout ce qu'il aura à laisser dans ses places fortes, sur les Alpes, sur les côtes, et on en concluait qu'il ne pourrait pas présenter depuis Dunkerque jusqu'à Hupingue plus de 60,000 hommes et de 20,000 chevaux.

Ce calcul soutenait le courage; et l'espoir d'être 6 contre 1 leur faisait seul entrevoir des chances de succès dans une guerre où ils veulent se précipiter avec tant d'imprudence. J'ai entendu dire dans des sociétés de Vienne, à des gens

d'af. faires effrayés de la baisse du change, “6 mais avant de se livrer à des armemens si dispendieus, ne serait-il pas plus naturel de proposer à Napoléon de ratifier le traité de Paris ? S'il ne ratifie pas, la guerre au moins aura un but; mais s'il veut ratifier, la guerre n'en a plus.”

On assurait à Vienne que l'archiduc Charles avait refusé de prendre un commandement; il se confirme qu'il a dit; le danger n'est pas du côté de Saint-Pétersbourg. En marchant contre Napoléon, on marcherait contre toute la France; les plus simples notions le prouvent. Comment serait-il possible qu'un homme contre lequel, depuis un an, on a débité tant d'injures, qu'on s'est appliqué à discréditer de tant de manières, eût pu arriver seul et s'emparer de toute la France, s'il n'avait pas eu la nation pour lui ? Je ne veux pas me mêler de cette guerre: je n'y vois que des désastres. Sire, dit-il à sou frère, empressezvous de reconnaître votre gendre ; envoyez-lui sa femme et son fils, et s'il ratifie le traité de Paris, que les armemens cessent de part et d'autre. L'Europe sera tranquille et vous aurez évité de grands malheurs.

Le 4 Avril, malgré ce que lui avait dit le général Vincent et M. de Bombelles, M. de Metternich était encore dans l'opinion que l'empereur n'avait encore pour lui

que l'armée. Aussitôt que le prince Talleyrand a su l'empereur à Grenoble, il a dit: dans son intimité : Tout est perdu! Mais ses discours officiels sont dans le sens de son rôle, et il pousse à la guerre ! Plusieurs 'membres de la légation française, qui sont plus royalistes que les Bourbons, témoignent souvent par des sarcasmes leur inécontentement des discours de mépris qui échappent à chaque instant à l'empereur de Russie contre cette famille.

Rapport à S. M. par le maréchal prince d'Esslingo Sire, Les ordres de Votre Majesté ont éprouvé des retards insurmontables dans ma position.

Les mouvemens excités dans la 8e division, et particulièrement à Marseille, s'y maintenant par la présence du duc d'Angoulême, par la mauvaise composition des premières autorités civiles, par les

rapports constans qu'entretenaient les ageus des princes avec des ministres étrangers, et par des nouvelles controuvées, toutes:

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plus alarmantes les uns que les autres, pour les paisibles citoyens.

D'un autre côté, le duc d'Angoulême qui déjà m'avait enlevé trois régimens, voulait encore prendre ceux qui étaient à Toulon, et il m'a fait dire par M. de Rivière que son intention était de donúer ce port en dépôt aux Anglais, qui fourniraient en retour de l'argeul au roi de France.

Dans une situation aussi difficile, je me déterminai, après avoir mis Antibes en état de siége, pour la soustraire à l'autorité du préfet du Var, à me rendre à Toulon, afin d'y conserver à V. M. cetle place et sa marine.

Enfiu, le 10 Avril, j'avais eu connaissance que le 6e régiment, à Avignon, avait repris les couleurs nationales ; j'ordonnai au général Leclerc de le maintenir dans la discipline et de lui or. donner de se tenir prêt à faire un mouvement.

Le 10, j'ai fait la proclamation dont copie est ci-annexée (voyez le moniteur d'hier.) Une estafette l'a portée dans les quatre départemens de la division, avec ordre de la faire publier et afficher à sou de trompe et au bruit de 21 coups de canon, de faire flotter le pavillon national sur les forts, les municipalités, les bâtimens de l'état, et de faire reprendre la cocarde tricolore aux troupes de terre et de mer.

J'ai donné ordre aux préfets dans toute la division, de dissoudre les gardes nationales levées par le duc d'Angoulême, de réintéger leurs armes dans les arsenaux de l'empire, et les objets d'habillement et d'équipement qu'ils avaient reçus dans les magasius militaires.

J'ai fait défense aux préfets et aux receveurs-généraux de faire aucune solde aux gardes nationales, aucun paiement qui ve serait pas dans l'intérêt de votre service, et d'obtempérer à aucun ordre des commandans au nom du roi.

J'ai envoyé à Draguignan le baron de Sivray, mon chef d'étalmajor, pour y faire arrêter et transférer au fort La Malgue M. de Bouthilier, préfet du Var, qui s'est montré ardent dans ce parti, et qui avait pris des mesures violentes et auxquelles j'ai été obligé de résister.

J'ai fait provisoirement remplacer ce préfet par le sous-préfet Ricard. J'ai ordonné que tous les actes judiciaires, administratifs, contrats notoriés, publications, etc, eussent lieu au nom de l'empereur, ainsi que les prières que l'église doit faire pour le souverain.

Le 11, les couleurs pationales ont été arborées dans Toulon et dans tout le département du Var, aux acclamations mille fois * répétées de vive l'empereur.

Rien ne pourrait peindre la joie franche qu'ont manifestée les troupes de terre et de mer ; la fête s'est prolongée pendant deux jours.

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J'ai fait mettre en liberté à Toulon les grenadiers de la garde impériale, qui avoient été arrêtés à Autibes.

Je les ferai diriger sur Lyon. J'ai également fait élargir tous les détenus par des motifs d'opinions.

J'ai envoyé de Toulon au château d'If une goélette, avec l'ordre au commandant du château de remettre à celui de la goélette tous les détenus par les mêmes motifs.

M. le contre-amiral de Gourdon, chargé du commandement de la division des frégates, m'ayant paru suspect, en ta qualité de lieutenant-général de Votre Majesté, j'ai chargé le préfet maritime de le faire débarquer, et de confier le commandement des trois frégates et corvettes au plus ancien capitaine de vaisseau M. Senes.

J'ai aussi confié à ce même capitaine le commandant de l'Adriane, en remplacement du sieur Carat.

M. le commandant de Toulon, le comte Lardenoi, étant du nombre des éınigrés compris dans le décret de V. M., du 13 Mars, je lui ai fait délivrer un passeport pour se rendre à Nice.

J'ai donné par estafette, à tous les commandans de ce département, l'ordre de se conformer aux dispositions des dépêches du ministre de la guerre, sous les dates des 25 Mars et 8 Avril.

J'ai prévenu M. l'amiral Gantheaume de venir à Toulon prendre le commandement de la marine comme commissaire extraordinaire. A son arrivée, je lui ai donné connaissance des instructions de V. M.

Le 11 au soir, la ville de Marseille ne s'était point encor soumise. Je lui fixai la journée du 12; j'annonçai que je m'y rendrais le 13; en effet, mes dispositions étaient faites à Toulon et à Avignon, mais je n'ai pas eu besoin d'agir.

Le 12, le conseil municipal de Marseille a député trois de ses membres auprès de moi, pour me porter la soumission de cette ville.

J'ai accueilli cette députation, et dans la nuit du 12, le préfet des Bouches-du-Rhône m'a annoncé par estafette que le drapeau tricolore flottait à l'Hôtel-de-Ville, à la préfecture, sur les forts et sur les bâtimens de l'état, que le plus grand calme régnait dans cette place, qu'il avait fait .passer mes ordres et mes proclamations aux sous-préfets, afin de faire suivre, par toutes les communes du département, l'exemple du chef-lieu.

J'ai ordonné qu'on tâchât de se saisir de la personne de MM. de Bruslard et de Rivière.

J'ai fait cesser ses fonctions au préfet des Bouches-du-Rhône, à son secrétaire-général et au maire de Marseille et je les ai remplacés provisoirement.

J'ai ordonné que l'imposition extraordinaire de 25 centimes, réglée par le conseil général du département, pour le service du

duc d'Angoulême, continuat d'être perçue au profit du trésor impérial.

j'ai appelé à Toulon le maréchal-de-camp Eberlé pour prendre le commandement de cette place en remplacement de M. Lardenoy.

J'aurai l'honneur d'adresser à Votre Majesté le tableau présentant les changemens qui auront eu lieu dans l'administration.

L'habitude que j'ai du pays me met à mêine de ne faire qu'un choix d'hommes bien famés et dévoués à V. M. Je la supplierai d'y donner son approbation.

J'ai cru, Sire, ne pas devoir me rendre de suite à Paris, comme m'y autorise S. Exc. le ministre de la guerre, ma présence étant encore nécessaire dans la 8e division, pour y consolider l'heureux changement qui vient d'arriver.

Le ministre m'y laissait l'initiative d'y aller moi-même, ou d'y envoyer le comte Miollis, je ne puis dissimuler à V. M. combien j'ambitionne l'honneur de la revoir, pour l'assurer de mon dévouement sans bornes,

Je suis avec un profond respect,

Sire,
De Votre Majesté,

Le très-fidèle et très-dévoué serviteur,
Le maréchal duc de Rivoli, lieutenant-général de
l'empereur dans les 8e et 23e divisions militaires,

(Signé) Le prince D'ESSLING. Toulon, le 14 Avril, 1815.

20 Avril, 1815.

Paris, le 19 Avril. Nous avons pensé que nos lecteurs accueilleraient avec intérêt une notice succincte sur les discussions du gouvernement du comte de Lille avec Rome.

Le dernier gouvernement avait jugé couvenable de faire revenir le Saint-Siège sur les dispositions du concordat. Le motif qu'il mit en avant fut la nécessité d'augmenter bre des diocèses, qui lui paraissait insuffisant, et de rétablir dans leurs fonctions d'anciens titulaires qui étaient encore dém possédés.

Deux partis différens pouvaient conduire à ce but, et ce fut sur le choix à faire entre l'un ou l'autre que s'ouvrirent des discussions entre l'ancien gouvernement et la cour de Rome.

Le Saint-Siège désirait que l'on se bornât à lui indiquer ceux des diocèses supprimés dont on demandait le rétablissement. Il était disposé à y consentir: cette augmentation ne détruisait pas le concordat; elle permettait de remettre en place les évêques qui avaient perdu leurs diocèses, et suffisait au but qu'on paraissait avoir en vue.

Mais le gouvernement royal demanda que le Saint-Siége rétablît d'abord tous les diocèses tels qu'ils étaient en 1789, et avec la circonscription qu'ils avaient. Quand cette opération aurait été faite, on aurait examiné quels étaient les siéges qu'il convenait de supprimer: on aurait procédé à leur suppression, et ils auraient été réunis aux arrondissemens conservés, dont les évêques auraient reçu de nouvelles nominations de la part du roi.

Ce système proposé par le gouvernement royal n'a point été agréé par la cour de Rome. Elle a regardé comme contraire à sa dignité un projet qui faisait considérer comme nul le concordat qu'elle avait couclu; elle a regardé comme trop compliquée, et même contradictoire une mesure qui rétablissait tous les anciens évêchés pour en supprinner ensuite une partie; enfin les droits des titulaires actuels lui ont paru blessés par l'intention où l'on était de les nommer de nouveau, puisque le privilége de nommer entraînait aussi celui d'exclure.

Cette opposition du Saint-Siège au système qui lui était proposé par le gouvernement royal, a été successivement développée dans deux notes de ses commissaires, l'une du 25 Novembre, l'autre du 2 Janvier dernier.

Ces notes ont été communiquées à une commission, qui avait été chargée par le roi de déterminer les bases de la négociation ouverte avec la cour de Rome, et les réponses qui pouvaient être faites à ses propositions. Cette commission, composée de M. l'ancien archevêque de Rheins, de M, de Bausset et de M. l'abbé de Latyl, qui était alors aumônier du comte d'Artois, relevait du ministère de l'intérieur. Celui des affaires étrangères n'avait pas

à s'immiscer dans le fonds même de ces discussions.

Mais il a cru devoir faire part au ministre de l'intérieur de son opinion sur les résultats politiques que tous ces changemens pouvaient produire en France. Il les lui a représentés dans deux lettres contidentielles du 28 Janvier et du 11 Février, comme pouvant amener de graves discussions dans les deux chambres législatives, des inquiétudes dans l'opinion publique, un surcroît de dépenses dans le budget, et comare devant éprouver à Konie l'opposition la plus forte, puisque le Pape et ses conseils s'étaieni déjà formellement prononcés contre ce systême de renversement du concordat.

Ces observations u'ayant amené aucun changement dans les dispositions du roi, qui s'en référait au travail de la commis. sion nommée par lui, et qui l'avait approuvé, ce travail a été adressé, au commencement de Mars, à l'ambassadeur du roi à Rome; mais M. Jules de Polignac, que le roi avait fait charger de cet envoi, n'ayant pu poursuivre son voyage au-delà de

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