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mais l'empereur avait ordonné de la manière la plus précise, que dans le cas où, par défaut de confiaucedans les motifs du mouvement, les troupes ne se joindraient pas sur-le-champ aux habitans, on devrait éviter toute mesure qui pourrait mettre les soldats aux prises avec la garde nationale, négocier et attendre les nouvelles du continent qui leveraient toutes difficultés. On résolut de ne point agir. La junte expédia seulement l'ordre de former des camps en avant de Corté, Ajaccio, de Bastia et de Calvi. Ce système réussit parfaitement: les sieurs Hyacinthe, Arrigli, Bartholi et Goffori, principaux habitans de Corté, parviurent à pénétrer auprès de la garnison du château et à lui prouver que la junte n'agissait que pour l'empereur et d'après ses ordres.

Dès ce moment, te pavillon tricolore fut arboré, et la junte, qui choisit pour son président l'ex-préfet Pietri, entra dans Corté, où elle fut installée aux acelamations des citoyens et des soldats. La journée se passa dans les fêtes et la ville fut illuin inée.

Le général Casalta et MM. Colonna, Ceccaldi fils, Buttafoco, capitaine ; Petrignani, J. C. Saliceti, Agostino Ciattoni, Michele Buttafoco, F. L. Cassabianca, A. Campo Casso, Pierantonj, D. F. Pompei, P. Petrignani, Luigi Ciavaldini, Dezio Giamarchi, Cesare Grimaldi, Antonio Cristini, Martino Mariotti, Filippi, A. M. Limarola, Pico, Emmanuelli, G. F. Sebastiani, Guerrini, Felice Mariotti, M. Vittini, Biadelli, Francesco Saverio Luigi, Giuseppe M. Saliceti, Paolo Luigi Prete Vinciguerra, Saverio Suzzarini et don Giovanni, qui commandaient le camp de Bastia, composé des gardes nationales d'Unebbio, de Cassinca, de Cervione et des provinces environnantes, entrèrent en communication avec M. Vaunucci, maire de la ville, et avec les principaux habitans, auxquels ils donnèrent connaissance de leurs ordres et particulièrement de celui qui était relatif à l'arrestation du sieur Bruslart. Le sous-préfet Stephanini et le maire convoquérent alors une assemblée des habitans, à laquelle ils appelèrent les officiers de la garnison. Cette assemblée ayant pris communication des ordres de l'empereur, arrêta les mesures nécessaires pour l'arrestation de Bruslart, et le drapeau tricolore fut arboré dans toute la ville; mais aussitôt que cet arrêté eut été pris, Bruslart se jeta dans un petit bateau, et se réfugia à bord d'un bâtiment sur lequel il quitta l'ile. Le maréchal-de-camp Simon prit le commandement militaire des troupes et de la division, qui lui fut déferé par les autorités civiles et militaires de Bastia, et que la junte confirma.

Le pavillon tricolore se trouva ainsi arboré, et l'autorité qu'exerçait la junte au nom de l'empereur reconnue dans toute l'ile, et sans qu'il fût survenu aucun événement important. Les discussions qui se sont prolongées pendant une quinzaine de jours Ces troupes

n'ont coûté la vie qu'à deux ou trois personnes.

Ou a compté pendant ces quinze jours 30,000 gardes nationaux rassemblés, et tous parfaitement armés, et approvisionnés. Cependant la pupulation de l'ile entière n'est pas de 170,000 habitans,

L'empereur avait ordonné qu'aussitôt que son autorité serait établie dans le département, les troupes de ligne fussent envoyées sur le continent, et que la défense des places fortes et du territoire fût confiée aux gardes nationans. sont arrivées en France.

Le duc de Padoue, gouverneur, et les généraux Simon, Casalta, et Moroni, chef d'état-major, commandent dans la 23e division.

S. M. a ordonné au ministre de l'intérieur de lui faire un rapport sur les citoyens qui ont montré le plus de dévoueinent à la patrie et à l'empereur, afin qu'il leur soit accordé un té. moigoage de satisfaction ou des grades dans la légion-d'honneur, ou d'autres récompenses. Les membres de la junte, le général Casalta, le général Moroni, le préfet Giubeca, l'expréfet Petri et MM. Batholi, Gaffori, Gaffori l'avocat, commandant des gardes nationales des côtes, et Nuncio Costa, capitaine de gendarmerie en retraite, se sont particulièrement distingués.

Le ministre de l'intérieur a prescrit au préfet de réunir surle-champ le collége électoral de département et les colléges: électoraux d'arrondissement pour procéder à la noinination des députés du département de la Corse à la chambre des repré

sentans.

M. le lieutenant-général Lecourbe a passé en

revue les gardes nationales formant la garnison de Béfort. « Il est im possible, écrit ce général au ministre de la guerre, de voir une troupe plus belle et mieux disposée. Sous peu de jours elle rivalisera avec les corps de la ligne. Les butaillons qui coinpose'nt la garnisop de Béfort proviennent des départemens du Doubs et du Jura.”

25 Mai, 1815.

Paris, le 24 Mai.
DÉPÊCHES TÉLÉGRAPHIQUES.

Lyon, le 24 Mai à cinq heures du soir. Le préfet du Rhône à S. Exc. le ministre de l'intérieur.

Le prince Jérôme, Madame' et le cardinal Fesch soit arrivés à Juan, le 22, à neuf heures du matin, sur la frégate la Dyrade.

Un aide-de-camp du prince Jérôme passe en ce moment à Lyon, et se rend directement près de l'empereur.

ler Juin, 1815.

Paris, le 31 Mai. Lorsqu'un état a subi des vicissitudes aussi extraordinaires que celles dont la France a été le théâtre depuis dix-huit mois, ce serait un prodige de vertu vraiment surhumaine dans les hommes soumis à ces vicissitudes, que tous eussent gardé un caractère, ou au moins une conduite immuable au milieu de tant de perturbations. Qui sera assez injuste pour refuser de faire la part de la faiblesse humaine, surtout dans les révolutions Mais, de ce que quelques individus ont alors cédé à la mobilite des tens, ou à leur mobilité personnelle dans les circonstances qui purent bien uu moment paraître irrésistibles, en conclura-t-on que tous ceux qui ont conservé des emplois sous un gouvernement éphémère ne soient pas susceptibles de retour, et qu'ils soient coupables à jamais ? Telle est l'opinion que voudraient répandre plusieurs individus qui demandent des places, contre tous ceux qui les occupent actuellement. A entendre ces gens délicats en civisme, les emplois sont tous au pouvoir des royalistes ; et tout est perdu si tout n'est à l'instant changé partout. De pareilles décla. mations ressemblent beaucoup à celles qu'on a entendu pendant dix mois répéter tous les jours qu'il n'y avait partout que des Bonapartistes. Les répétitions diffamatoires que l'on entend aujourd'hui ne viendraient-elles pas des mêmes auteurs se présentant sous des noms différens, mais avec le même but?

Il serait également dangereux de se livrer à cette opinion, qu'il n'y a partout que des royalistes, ou à celle qu'il n'y a des royalistes nulle part. Le gouvernement est loin de méconnaître qu'à la suite d'une prétendue restauration qui fut l'ovrage de l'étranger, il ait dû pénétrer beaucoup d'élémens hétérogènes dans la plupart des fouctions publiques, et qu'il faut les en expulser; le gouvernement de l'empereur a agi trop franchement dans le sens de cette conviction, pour qu'on puisse l'accuser de ne s'être pas assez activement occupé depuis le 20 Mars de l'épuration et du renouvellement des autorités. Mais en même tems qu'il a senti le besoin comme le devoir d'opérer une véritable régénération, le gouvernement n'a pas dû se livrer éperduement aux conseils qui auraient voulu trop vivement accélérer sa marche dans cette direction réformatrice. Au lieu de relever l'ordre social de l'état de désorganisation, où il le trouva au 20 Mars, le gouvernement aurait précipité la France vers une dissolution non moins funeste. Quand on remplace un gouvernement qui, comme celui de la restauration, avait tout défait, il faut sans doute tout refaire, tout recréer, tout réorganiser, c'est à cause de cela même qu'il est bien important de sentir la différence qu'il y a entre la réorganisation et la désorganisation ; l'une

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est le salut, l'autre est l'écueil même. La juste mesure à oba server dans cette situation est celle qui dirige le gouvernement; il y a pour lui une appréciation de services véritables, rendus à la patrie, qu'il ne veut jamais perdre de vue, et qu'on ne peut lui faire oublier. Ce sentiment tiendra constamment le gouvernement en garde contre les passions qui veulent se substituer à la raison. Il promet protection contre la calomnie et la diffamation, aux fonctionnaires probes et éclairés qu'il voit dans des tems orageux remplir leur devoir avec honneur et fidélité. Il ne laissera point accuser et travestir devant lui comme défaut de patriotisme, la justice et la modération des administrateurs estimables ; ces vertus véritables sont de tous les tems, même les plus difficiles; la justice et la modération sont loin d'exclure la force et l'énergie, elles sont la seule garantie du triomphe de la liberté.

2 Juin, 1815.

Paris, le ler Juin. Jamais fête plus nationale, jamais spectacle plus imposant et plus touchant -la-fois n'a frappé les regards du peuple français, que l'assemblée du Champ-de-Mai. Tout ce qui saisit et élève l'âme, les prières de la religion, le pacte d'un grand peuple avec son monarque, la France représentée par l'élite de ses citoyens, cultivateurs, négocians, magistrats, guerriers, rassemblés autour du trône, une immense popula. tion couvrant le Champ-de-Mars et s'unissant par ses veux aux grands objets de cette magnifique cérémonie, tout excitait l'enthousiasme le plus vif, dont les époques les plus mémorables nous aient laissé le souvenir.

Nous ne ferons pas aujourd'hui la description détaillée des constructions qui avaient été ordonnées pour cette solennité. Nous nous bornerons à en indiquer les dispositions générales. Le trône de l'empereur s'élevait en avant du bâtiment de l'école-militaire et au centre d'une vaste enceinte demi-circulaire dont les deux tiers formaient à droite et à gauche de grands amphithéâtres où 15 mille personnes étaient assises. L'autre tiers en face du trône était ouvert. Un autel s'élevait au milieu ; au-delà et à eu viron cent toises, s'élevait un autre trøne isolé, qui dominait tout le Champ-de-Mars.

L'empereur rendu au Champ-de-Mars avec le cortége, dont l'ordre a été publié, a paru sur son trône au bruit des accla. mations universelles. La messe a été célébrée par Mgr. l'archevêque de Tours, qu'assistaient S. Em. Mgr. le cardinal de Bayanne, et quatre autres évêques.

La messe étant dite, MM. les membres de la députation centrale des colléges électoraux de la France se sont avancés au pied du trône, dont ils ont monté l'escalier pour voir de

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plus près l'empereur et pour être mieux vus de lui; ils étaient au nombre d'environ cinq cents ; ils ont été présentés à S. M. par S. A. S. le prince archi-chancelier de l'empire. Alors, l'un des membres de la députation a prononcé d'une voix forte et animée l'adresse suivante nom du peuple français.

• Sire,

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“ Le peuple français vous avait décerné la couronne, vous l'avez déposée sans' son aveu ; ses suffrages viennent de vous imposer le devoir de la reprendre.

“ Un contrat nouveau s'est formé entre la nation et V. M.

" Rassemblés de tous les points de l'empire, autour des tables de la loi, où nous venons inscrire le võeu du peuple, ce veu, seule source légitime du pouvoir, il nous est impossible de ne pas faire retentir la voix de la France, dont nous somnies les organes immédiats, de ne pas dire, en présence de l'Europe, au chef auguste de la nation, ce qu'elle attend de lui, ce qu'il doit attendre d'elle.

Nos paroles seront graves comme les circonstances qui les inspirent.

“ Que veut la ligue des rois alliés avec cet appareil de guerre dont elle épouvante l'Europe et afflige l'humanité ?

Par quel acte, par quelle violation avons-nous provoqué leur vengeance, motivé leur agressions

" Avons-nons, depuis la paix, essayé de leur donner des lois ? ous voulons seulement faire et suivre celles qui s'adaptent à nos meurs. « Nous ne voulons point du chef que veulent

pour ennemis, et nous voulons celui dont ils ne veulent pas.

" Ils osent vous proscrire personnellement, vous, Sire, qui, maitre tant de fois de leurs capitales, les avez raffermis généreusement sur leurs trônes ébranlés ! Cette haine de nos ennemis ajoute. à notre amour pour vous. On proscrirait le moins connu de nos citoyens que nous devrions le défendre avec la même énergie : il serait, comme vous, sous l'égide de la loi et de la puissance française.

“ On 'nous menace d'une invasion! et cependant resserrés dans des frontières que la nature ne nous a point imposées, que long-tems et avant votre règne, la victoire et la paix même avaient reculées, nous n'avons point franchi cette étroite enceinte, par respect pour les traités que vous n'avez point signés et que vous avez offert de respecter.

" Ne demande-t-on que des garanties. Elles sont toutes dans nos institutions et dans la volonté du peuple français unie désormais à la vôtre.

“ Ne craint-on pas de nous rappeler des tems, un état de choses nagnères si différent et qui pourrait encore se reproduire !

nous nos

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