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connue.

du 20 du même mois, est dans le monde politique un si prodigieux. phénomène, que les puissances ont pu être emportées comme malgré elles, et par la force de ses circonstances sur-humaines, à des mesures qui sortent de tous les principes du droit, de toutes les règles de l'usage des nations ; mais il est une loi plus sacrée que toutes celles établies par les peuples et par les, gouvernemens, une loi antérieure à toutes les organisations sociales, la loi de la nature, la loi de famille; et cettre loi sacrée, ce n'est point par S. M. l'empereur d'Autriche, par le meilleur des époux, par le plus tendre des pères, qu'elle peut être mécon

L'Empereur écrit de nouveau à S. M. et sa lettre sera remise à Votre Exc. par la même personne qui est chargée de celle-ci. Les sentimens de l'Empereur doivent, prince, vous être maintenant bien connus. Ils désire le bonheur de la France, il désire le maintien de la paix, il désire le retour de son épouse et de son fils. Il ne craint pas de révéler hautement tous ces veux de son âme, et la nation française s'y associe avec lui. L'accord parfait de la France avec son souverain, l'acceptation très-prochaine d'une constitution libérale qui va le fortifier encore, en offrant au peuple et au monarque une mutuelle garantie ; l'énergie du sentiment national qui eu est déjà la suite, et qui double toutes les forces du gouvernement, ne permettent pas de se méprendre sur les motifs du prix que met S. M. à se voir replacée dans les rapports d'une heureuse intelligence avec tous les cabinets, et surtout avec celui de S. M. l'empereur d'Autriche. Il serait superflu d'en dire plus à la raison éclairée de Votre Exc. La sagesse de son jugement ne peut manquer d'apercevoir les résultats qu'un nouveau choc pourrait avoir pour l'ensemble de l'équilibre général.

Je saisis avec empressement cette occasion de vous renouveler, prince, l'assurance de la haute consideration avec laquelle je suis,

De Votre Excellence,

Le très-humble et très-obéissant serviteur,
(Signé) CAULAINCOURT, Duc de Vicence.

No. 9.
Message de S. A. R. le prince-régent à la chambre des pairs et

à celle des communes. S. A. R. le prince-régent, agissant au nom et de la part du roi, croit devoir informer ses fidèles communes, qu'en conséquence d'événemens qui ont eu lieu récemment en France, en contravention aux traités conclus à Paris dans le cours de l'année der. nière, S. A. R. a jugé nécessaire, de concert avec les alliés de S. M. de former des engagemens contre l'ennemi commun, pour prévenir le retour d'un système, dont l'expérience a prouvé l'incompatibilité avec la paix et la sûreté de l'Europe. S. A. R. a ordonné que des copies de traités conclus avec les alliés fussent

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mis sous les yeux de la chambre pour son instruction, et elle compte, fermement que ses fidèles communes lui prêteront leur appui, et la mettront en état d'en remplir les stipulations, et de prendre conjointement avec ses alliés les mesures qui seront jugées indispensables dans cette importante crise.

No. 10. Proclamation de S. M. le roi de Prusse. Lorsque dans le tems des dangers j'appelai anx armes mon peuple afin de combattre pour la liberté et l'indépendance de la patrie, toute la jeunesse se rassembla avec empressement autour des drapeanx, prête à se soumettre aux privations et aux fatigues auxquelles elle n'était pas accoutumée et bien décidée même d'aller au-devant de la mort. A cette époque la force du peuple se mit avec intrépidité dans les rangs de mes braves soldats, et mes généraux conduisirent avec moi au combat une armée de héros qui se rendirent dignes du pom de leurs pères, comme héritiers de leur gloire. Ce fut ainsi que nous et nos alliés, conquimes, accompagnés de la victoire, la capitale de l'ennemi ; nos drapeaux flottaient à Paris ; Napoléon renonça à l'empire et la liberté était rendue à la patrie germanique, ainsi que la sûreté au trône et l'espérance d'une paix durable au monde.

Ces espérances ont disparu, il faut que la lutte recommence. Une conspiration perfide a ramené en France l'homme qui pendant dix ans a répandu sur les peuples des malheurs infinis. Le peuple étonné n'a pas été à même de résister à ses partisans armés ; il fait si peu de cas de son abdication, quoiqu'il l'eût déclarée un sacrifice volontaire porté au bonheur et à la tranquillité de la France, dans un tems où il était encore en possession d'une armée considérable, qu'il n'en fait de tout autre traité ; il se trouve à la tête de soldats parjures qui veulent éterniser la guerre ; l'Europe est de nouveau menacée ; elle ne peut pas souffrir sur le trône de France l'homme qui a tou. jours proclamé la souveraineté universelle comme le but de ses guerres constamment renouvelées ; qui n'a cessé de bouleverser le inonde moral par sa mauvaise foi, et qui par conséquent ne pourra jamais étre garant de ses intentions pacifiques.

Aux armes donc encore une fois ! La France elle-même a besoin de notre secours et l'Europe entière est notre alliée. Vous, braves Prussiens, entrerez dans une guerre nécessaire et juste, alliés avec nos anciens compagnons de victoires, 'renforcés par de nouveaux compagnons d'armes, avec moi, avec les priaces de ma maison, avec des généraux qui vous ont déjà conduits à des victoires. La justice de la cause pour laquelle nous combations, nous garantit la victoire.

J'ai ordonné un armement général qui sera exécuté dans

tous mes états, en vertu de mon ordonnance du 3 Septembre 1814. L'armée permanente va être complettée, des divisions de chasseurs volontaires seront formées et la landwehr sera assemblée. La jeunesse de la classe civilisée, à compter de l'âge de vingt ans accomplis, a le choix de servir dans le pre, mier ban de la landwehr ou d'entrer dans le corps de chasseurs de l'armée., Tout jeune homme depuis l'âge de 17 aos ac, complis peut joindre l'armée à son gré, pourvu qu'il en post sède les forces physiques nécessaires. Je donnerai à cet égard une ordonnance particulière. Quant à l'organisation des corps individuels et de la landwehr, les autorités dans les diverses provinces sont chargées de faire les publications qui y ont rapport.

C'est ainsi que nous entrerons encore une fois dans la carrière, armés avec l'Europe entière contre Napoléon Bonaparte. Aux armes donc ! avec Dieu, pour la tranquillité du monde, pour l'ordre de la moralité, pour le roi et la patrie. Vienne, le 7 Avril 1815.

(Signé) FRÉDÉRIC-GUILLAUME.

No. 11. Manifeste qui expose les motifs de justice, d'importance et de

nécessité par lesquels le roi, notre seigneur, se trouve obligé de s'opposer à l'agression de l'usurpateur Bonaparte, de faire renaître le repos et la tranquillité en Europe, et de protéger les droits de l'humanité et de la religion, en alliance et conjointement avec les sou verains qui ont signé à Vienne la déclaration du 13 Mars de l'année courante.

LE ROI.

Un des meilleurs rois que la France a jamais eus tomba vico time d'une cabale de cruels régicides ; le monde vit avec bor, reur la France avec la plus profonde douleur, la série des souverains de la dynastie des Bourbons ainsi interrompue; de ces souverains que l'histoire nous représente avec les surnoms de pieux, de justes, de chéris, de pères de leurs peuples ; de ces souverains qui adorant Dieu, et le faisant adorer, ont maintenu leurs royaumes en justice, en paix et tranquillité, en quci consiste la tranquillité des états, et à quoi tend toų. jours le but d'un gouvernement: de ces souverains qui reconnaissent qu'ils sont responsables à leurs peuples de leur tems, de leurs soins et de leur amour; de ces souve. rains enfin qui, mettant leur gloire dans le bonheur de leurs états, ont élevé leur royaume du degré d'une puissance dų second ordre, au rang distingue de puissance prépondérante en Europe. Le coup d'un glaive meurtrier trancha le fil de la vie de Louis XVI: abandonnant la France, ses vertus royales cherchèrent un asile dans le coeur de Louis XVIII; et dès ce moment, ce royaume malheureux devint le théâtre san, glant d'anarchie et de factions. Ces factions, déguisées sous différentes formes, out eté toutes d'accord dans le système de sacrifier la prospérité publique à leur propre conservation ; et se succédant l'une àfl'autre, elles avortèrent entin de la tyrannie de Bonaparte, et coucentrèrent dans ses mains l'arbitraire qui, juque-là, avait été exercé par plusieurs personnes à-la-fois.

A force de séductions, de supercheries et de violences, ce fils des partis parvint à se faire proclamer Empereur par les peuples de la France; et favorisé par les succès de la guerre, il réussit à se faire reconnaître pour souverain par différens Etats d'Europe, qui cependant n'avaient pas le pouvoir d'altérer les principes éternels de la justice, et encore moins l'obligation de les maintenir jusqu'à l'extrémité, au point de risquer l'indépendance et la couservation de leurs sujets, première considération de tous les gouvernemens. L'Espagne enseigna à tous les peuples l'art de perdre le perturbateur du monde, et, à son exemple, après avoir étouffé les rivalités particulières, les puissances parvinrent à se liguer contre l'ennemi commun, et à faire la plus juste des alliances, pour rendre à la France son souverain légitime et désiré, et pour précipiter du haut de son trône le détenteur sacrilége. Celui-ci, toujours fertile en ressources, jamais délicat sur le choix de ses moyens, et accoutumé à donner le nom de traités à des conventions faites par la fraude et la violence, crut pouvoir conjurer l'orage en traitant avec moi à Valençay; le fruit de ses fourberies a été pour lui l'humiliation de les voir échouer. Cet insensé croyait qu'il pouvait tromper deux fois, ou bien que mon cæur pouvait souffrir l'idée d'acheter la liberté en sacritiant le bonheur de mes peuples, et en troublant la tranquillité de l'Europe. Le ciel ne pouvait que favoriser l'entreprise des souverains légitimes, si réclamée par la morale, par la religion et par l'humanité ; tout le monde commenca à respirer librement, en voyant leurs droits sanctionnés par le traite de Paris. Voilà les titres sur lesquels Bonaparte fonde son droit à la couronne de France, et ses prétentions de la recouvrer; il se voit soutenu par la partie démoralisée de la nation, au plus grand désespoir de la plus saine partie qui soupire après le bonheur de vivre sous le sceptre du juste, du clément Louis XVIII.

Du moment où les efforts de la fidélité et de la valeur de l'Espagne, aidés par ceux des autres puissances, étaievt parvenus å briser les chaines qui m'attachèrent à Valençay, je partis de cet endroit, pour me rendre au milieu de mes sujets, comme un père au milieu de ses enfans. Espagnols ! au plaisir de me yoir au milieu de vous se réunissaient la résolution et le doux espoir de réparer par une longue paix les maux causés par la guerre la plus dévastatrice et la plus sanglante. Rien ne m'affligeait, si ce n'est la difficulté de l'entreprise. La guerre avait dépeuplé les provinces, converti en déserts les terres les plus fer

tiles, anéanti le commerce, affaibli les arts industriels, corrompu les meurs, porté atteinte à la religion, et énervé les lois. Quels objets, de quelle importance et combien dignes d'occuper l'attention d'un souverain qui n'est pas venu au monde pour lui-même, mais pour travailler à la prospérité des peuples que la divine providence a confiés à ses soins et à sa vigilance! Ah! qu'il faut peu de tems pour détruire l'ouvrage des plusieurs siècles; et combien de difficultés ne trouve-t-on pas à le réparer! Je m'étais promis de les vaincre toutes, à force de persévérance, à l'aide d'une paix durable, et par les soins d'un gouvernement paternel, protégés par la providence ; mais ses suprêmes et incompréhensibles desseins ont permis à Buonaparte de revenir pour troubler l'Europe, et pour s'en déclarer l'ennemi, en vioiant le traité de Paris. Ainsi la nouvelle guerre provoquée par lui a pour objet le maintien des principes éternels de bon ordre, qui justifient les démarches des cabinets, et affranchissent les alliés de toute responsabilitié.

Le bonheur ou les avantages de la France, ainsi que la tranquillité générale, voilà l'objet de ces transactions : C'est pour cela que les alliés avaient rétabli sur son trône la dynastie dépouillée ; qu'ils y avaient placé Louis XVIII, le juste, le désiré de ses peuples, le conciliateur, le pacifique ; qu'ils avaient délivré le monde d'un conquérant qui, ne connaissant d'autre gloire que celle de la guerre, avait ruiné la France pour porter la dévastation au sein des nations qu'il a voulu subjuguer,

Enfin la guerre, provoquée par l'agression de Buonaparte, se trouve justifiée non-seulement par l'obligation imposée à tout souverain de maintenir ses garanties et ses alliances, mais encore par les devoirs que lui impose l'établissement des souverainetés, La

guerre est un mal affreux ; aucun gouvernement ne doit la commencer, si ce n'est pour sauver ses peuples de calamités encore plus grandes que la guerre elle-même. Voilà le cas, Espagnols, où nous nous trouvons. Après son agression contre la France et son souverain légitime, après avoir

violé le traité, qu'il avait signé, Buonaparte prétend qu'il n'a fait tort à persopne ; qu'il a recouvre ses droits légitimes; que les souve rains ne pourront pas mettre ses droits en question ; et qu'il veut vivre en paix avec tout le monde. Ce n'est pas la paix que demande cet usurpateur; au contraire, il cherche à se débarrasser de la surveillance des étrangers, pour employer la partie armée de la nation française contre la partie plus grande et plus saine, mais qui se trouve sans armes.

Pour ne négliger aucune espèce d'insulte, il veut qu'on croie que son intention est de travailler à la paix et à la prospérité de l'Europe; comme si l'Europe avait pu oublier que dès le moment où il prit les rênes du pouvoir, elle a vu constamment se renouveler les guerres les plus terribles, s'épuiser les sources

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