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hommes, dont 1000 prisonniers. Notre perte est de 10 hommes tués et de 80 blessés, la plupart des escadrons de service qui ont fait les charges, et des trois escadrons du 20e de dragons, qui ont aussi chargé un carré avec la plus grande intrépidité. Notre perte, légère quant au nombre, a été sensible à l'empereur, par la blessure grave qu'a reçue le général Letort, son aide-de-camp, en chargeant à la tête des escadrons de service. Cet officier est de la plus grande distinction ; il a été frappé d'une balle au bas ventre, et le chirurgien fait craindre que sa blessure ne soit mortelle.

Nous avons trouvé à Charleroy quelques magasins. La joie des Belges ne saurait se décrire. Il y a des villages qui, à la vue de leurs libérateurs, ont formé des danses, et partout c'est un élan qui part du cœur.

Dans le rapport de l'état-major-général, on insérera les noms des officiers et soldats qui se sont distingués.

L'empereur a donné le commandement de la gauche au prince de la Moskowa, qui a eu le soir son quartier-général aux Quatre-Chemins, sur la route de Bruxelles.

Le duc de Trévise, à qui l'empereur a donné le commandement de la jeune garde, est resté à Beaumont, malade d'une sciatique qui l'a forcé de se mettre au lit.

Le 4e corps, commandé par le général Gérard, arrive ce soir au Châtelet. Le général Gérard a rendu compte que

le lieutenant-général Bourmont, le colonel Clouet et le chef d'escadron Villontreys ont passé à l'ennemi.

Un lieutenant du lle de chasseurs a également passé à l'ennemi.

Le major-général a ordonné que ces déserteurs fussent sur le champ jugés conformément aux lois.

Rien ne peut peindre le bon esprit et l'ardeur de l'armée. Elle regarde comme un événement heureux la désertion de ce petit nombre de traitres qui se démasquent ainsi.

DÉPÊCHE TÉLÉGRAPHIQUE,
Trnsmise de Lyon, le 17 Juin 1815 au matin.

Montmélian, le 15 à 9 heures du soir.
Le duc d'Albuféra à S. Exc. le ministre de la

guerre. L'ennemi a été atraqué ce matin. Nous lui avons fait six cents prisonniers, parmi lesquels se trouvent un colonel et un major; et nous lui avons tué deux à trois cents hommes.

(Signé) le duc d'ALBUFERA. Rapport à l'empereur par le duc d'Otrante, ministre de la police générale de l'Empire.

Paris, le Juin 1815. SIRE, Chargé par V. M. de lui faire connaitre la situation de l'empire, sous les rapports de l'ordre el de la sûreté publique : c'est d'après cette connaissance que les chambres pourront apprécier les mesures que le gouvernement a prises, et délibérer sur celles que la crise actuelle rend nécessaires.

Tandis que V. M. marche à la tête des armées françaises pour repousser des forces étrangères, elle a le droit d'attendre de l'énergie et de la fidélité des représentans de la nation les moyens légaux d'arrêter ou de punir les entreprises des ennemis intérieurs.

Toutefois, Sire, les ennemis, aujourd'hui comme précédemment, sont peu nombreux : ils ne s'agitent que dans quelques départemens ; et dans ceux où ils ont le plus de succès, la masse de la population les rejette, les désavoue, et n'aspire qu'à s'en séparer.

Sire, je dois vous dire la vérité toute entière. Nos ennemis ont de l'activité, de l'audace, des instrumens au-dehors, des appuis au-dedans ; ils n'attendent que le moment favorable pour réaliser le plan conçu, depuis 20 ans, et depuis 20 ans déjoué, d'unir le camp de Jales à la Vendée, et d'entrainer une partie de la multitude dans cette conspiration qui s'étend de la Manche à la Méditerranée.

Dans ce système, les campagnes de la rive gauche de la Loire, dont la population est plus facile à égarer, sont le principal foyer de l'insurrection, qui doit, à l'aide des bandes errantes de la Bretagne, se propager jusqu'en Normandie, où le voisinage des iles et les dispositsons de la côte, rendent les communications plus faciles ; elle s'appuie d'un autre côté sur les Cévennes pour s'étendre jusqu'aux rives du Rhône, par les révoltes qu'on peut exciter dans quelques parties du Languedoc et de la Provence. Bordeaux est depuis l'origine le centre de direction de ces mouvemens.

Ce système n'a pas été abandonné. Il y a plus, le parti s'est grossi, à chaque phase de notre révolution, de tous les mécontens que les événemens produisaient, de tous les factieux encouragés dans leurs projets par la certitude de l'amé nistie, de tous les ambitieux qui désiraient acquérir quelque importance politique dans les changemens qu'on présageait: De sorte que si on considère aujourd'hui les élémelis hétérogènes dont ce parti se compose, si on observe la diversité d'opinions, de vues et d'intérêts qu'il renferme, on ne peut le qualitier de royaliste, qu'en ce sens qu'il est l'ennemi du gouvernement; car il n'a point de but fixe et déterminé dans ses intentsons ultérieures, et par conséquent point de carac. tère uniforme et général.

C'est ce parti qui trouble maintenant la tranquillité intérieure ; c'est lui qui agite Marseille, Toulouse et Bordeaux : Marseille, où l'esprit de la sédition anime jusqu'aux dernières classes de la population, où les lois ont été méconnues; Tou..

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louse, qui semble eneore sous l'inffuence de l'organisation révolutionnaire qui lui fut donnée il y a quelque mois ; Bordeaux où reposent et ferınentent avec intensité tous les germes de révolte; Bordeaux, où la patrie trouva jadis de si nombreux défenseurs, où la liberté excita de si généreux sacrifices et de si nobles dévouemens ; Bordeaux qui récèle maintenant des apôtres de la guerre civile !

C'est ce parti qui, par de fausses alarmes, de fausses espérances, des distributions d'argent et l'emploi des menaces, est parvenu à soulever les paisibles cultivateurs dans tout le terris toire enclavé entre la Loire, la Vendée l'Océan et le Thouet. Oo y a débarqué des armes, des munitions de guerre. D'anciens voms, des hommes nouveaux paraissent sur ce sanglant théâtre ; l'hydre de la rébellion renait, se produit partout où il exerça jadis ses ravages, et n'est pointabattu par nos succès d'Esnai, de Saint Gilles et de Palluau. De l'autre côté de la Loire, des bandes désolent le département du Morbihan, quelques parties d'Ile-et-Vilaine, des côtes du Nord et de la Sarthe, elles ont 'un moment envahi les villes d'Aurai, de Rhédou, de Ploermel, les campagnes de la Mayenne jusqu’uux portes de Laval ; elles arrêtent les marins et les militaires rappelés ; elles désarment les propriétaires, se grossissent des paysans qu'elles font marcher de force, pillent les caisses publiques, anéantissent les instrumens de l'administration, menacent les fonctionnaires, s'emparent des diligences, saisissent les courriers, et ont intercepté un ins tant les communications du Mans à Angers, d'Angers à Nantes, de Nantes à Rennes, de Rennes à Vannes.

Sur les bords de la Manche, Dieppe, le Havre, ont été agités par des mouvemens séditieux. Dans toute la 15e division, les bataillons de milice nationale v’out été formés qu'avec la plus grande difficulté. Les militaires et les marins ont refusé de répondre aux appels, et u’ont obéi qu'aux moyens de contrainte. On oppose aux mesures que les circonstances exigent une résistance condamnable, ou uue force d'inertie plus dangereuse et plus difficile à vaincre que la résistance. Caen a été troublée deux fois

par

des réactions royalistes, et dans quelques arrondissemens de l'Orne, des bandes se forment comme en Bretagne et dans la Mayenne.

Enfin tous les écrits qui peuvent décourager les hommes faibles, enhardir les factieux, ébranler la confiance, diviser la nation, jeter de la déconsidération sur son gouvernement ; tous les pamphlets qui sortent des presses de la Belgique ou des imprimeries clandestines de France ; tout ce que les journaux étrangers publient contặe nous, tout ce que les écrivains du parti composent, se distribue, se colporte, se répand impunément par le défaut de lois repressives, et l'abus de la liberté de la

presse.

Inébranlable dans le système de modération qu'elle avait adopté, V. M. crut devoir attendre la convocation des chambres, pour n'opposer que des précautions légales aux manoeuvres que la législation ordinaire ne punit pas toujours, et qu'elle ne pouvait ni prévoir ni prévenir.

Ce n'est pas qu'en remontant à des époques antérieures à votre avénement, il n'eût été facile de trouver des lois nées dans des circonstances analogues, et qu'une politique moins sage et moins éclairée que la vôtre eût pu croire applicables aux circonstances où nous-nous trouvons maintenant.

Saisir les biens, poursuivre les familles des coupables qu'on ne peut atteindre, frapper en masse, proscrire des classes sous des dénominations imaginaires, punir la qualité plutot que le crime des individus, sont des mesures usées qui aujourd'hui que l'expérience en a fait sentir l'inutilité, n'ont pas même la puissance de la menace.

Les teins d'ailleurs sont changés, et si les dangers qui nous environnent sont les mêmes en apparence, ils ont toutefois une cause différente, ils sont d'une autre nature, et l'opinion publique les juge d'une autre manière.

Dans tous les cas, V. M. m’a ordonné de veiller à ce que les citoyens paisibles ne puissent être inquiétés: l'autorité n'a rien à demander à celui qui obéit à la loi.

La révolution française n’ent point son origine dans l'excès de la tyrannie ; le gouvernement qui l'a provoquée n'a pas su en tirer avantage; il n'avait que de l'orgueil et de la faiblesse. Elle n'est point le résultat du fanatisme de quelques sectes religieuses, de l'ambition de quelques grands seigneurs, ou des complots de quelques conspirateurs obscars ; elle fut le fruit lent et préparé des lumières ; elle fut entreprise dans des vues de justice et d'ordre jusqu'à l'instant où les fureurs d'une opposition insensée obligěrent ses fondateurs à mettre leur ouvrage sous la garde de la multitude, alors le but fut manqué, la révolution dévia de ses principes ; aucune force humaine n'était capable d'arrêter ce torrent.

Il fut de la sagesse d'en suivre et d'en adoucir la marche ; et quelque sévère que soit le jugement que les contemporains ont porté sur cette époque de notre histoire, la postérité pensera peut-être que les hommes qui contribuèrent alors à soutenir l'honneur français, à défendre l'indépendance nationale, à sauver la liberté publiqe de l'abiine où la fureur des partis et la tyrannie des factions allaient l'entraîner; la postérité, dis-je, pena sera que ces hommes ne manquaient ni de courage, ni des vertiis qu'exige l'amour de la patrie. Tout était exécutable alors parce que tout se faisait par

le peuple même ; tout s'excusait par l'état d'anarchie, et l'impossibilité de résister aux passions du plus graud nombre; inuis aujourd'hui le peuple n'est pas dans une majorité pureMent numérique, l'opinion de l'universalité des citoyens se

reur.

forme sur celle des gens calmes et éclairés de la France et de l'Europe. Aucune classe de la société ne rêve aux chimères politiques qu'on poursuivait dans les tems d'exaltation et d'er

Dans les rangs mêmes du parti qui s'agite, on ne trouve plus les préjugés et le fanatisme qui soutenaient les premières rébellions : c'est la liberté civile, et la jouissance paisible de tous ses droits que réclame l'immense majorité des Français. On ne s'arrête plus à de simples abstractions ; on veut une liberté positive et pratique fondée sur les lois usuelles, et surtout garantie par l'opinion et la moralité du gouvernement : aucune des mesures employées jadis par l'anarchie ne peut donc convenir.

D'ailleurs, V. M. ne veut pas renouveler l'effroi des me sures révolutionnaires, elle n'a pas même voulu généraliser l'emploi de l'autorité militaire ; elle l'a assujettie au pouvoir civil qui se trouve en majorité dans les commissions de hautepolice. Cela doit-être ainsi, sauf des exceptions rares ; car partout où le pouvoir militaire est en première ligne, il n'y a plus de seconde ligne.

Le général de l'armée de la Loire a seul reçu des pouvoirs extraordinaires pour le pays en insurrection, parce qu'il faut opposer la guerre à la guerre.

Cependant, dans la situation des choses, nous avons de nous velles règles d'une législation nouvelle: chez tous les peuples, il y a un code particulier pour les tems de crise, La liberté in dividuelle ne peut être la même dans toutes les situations de l'état. Il est essentiel de se pénétrer de cette vérité. Tout danger de l'état oblige de circonscrire la liberté individuelle ; tout cas d'aggression intérieure et de troubles civils forcent chaque citoyen à faire le sacrifice momentané d'une partie de sa sûreté personnelle, afin que le gouvernement ait le moyen de garantir la sûreté générale.

La puissance législative est alors réduite à cette alternative ; il faut qu'elle livre l'état à l'anarchie, en laissant la révolte sans frein, ou bien que, pour trouver des moyens possi. bles de répression, elle rende chaque citoyen plus accessible à l'atteinte de la force publique.

Il ne s'agit pas pour cela de lui retirer le bénéfice du pacte social, ni de l'abandonner à sa faiblesse individuelle vis-à-vis de l'autorité : autant vaudrait-il établir la tyrannie: mais il s'agit de quelques sacrifices qui deviennent légitimes parce que la loi les ordonne, qu'elle seule en determine l'étendue et qu'elle veille avec soin à ce que les limites ne soient jamais dépassées.

Les principes qui dictent ces exceptions sont aussi purs que Jes principes mêmes de la liberté. Dans les tems ordinaires, le danger pourrait venir de l'autorité ; c'est pour cela que la réaction et la vigilance se tournent contre elle. Le danger yient-il de troubles intérieurs, il faut aider l'autorité loin de la

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