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Des députations de plusieurs ville environnantes accourent à Lyon, pour déposer aux pieds du S. M. l'hommage du dém vouement et de la fidélité de leurs concitoyens. Napoléon à l'ile d'Elbe n'avait point perdu sou empire; il y rentre après onze mois d'absence, et déjà il règne dans tous les lieux où a pénétré la nouvelle de son retour rniraculeux.

Les deux théâtres de Lyon ont retenti le soir des mêmes acclamations qu'on ne cesse de faire entendre dans toute la ville, et qui redoublent chaque fois que l'empereur se mono tre. Continuez, Lyonnais, d'honorer un grand homme et un grand monarque. O Français, chérissez à l'envi le héros que vos mains reconnaissantes ont couronné empereur, et dont le génie vous est redevenu nécessaire pour protéger vos droits, vos libertés, et votre indépendance politique.

M. Fourrier, préfet du département de l'Isère, membre de l'institut, vient d'être appelé par S.M. aux fonctions de préfet du département du Rhône. Tout le monde sait que M.Fourrier a accompagué le général Bonaparte en Egypte, où il occupa la place de secrétaire de l'institut établi par les Français dans cette contrée célèbre, d'où les sciences ei la civilisation sont exilées depuis plus de deux mille ans.

Hier 8, l'empereur a travaillé toute la matinée et a reçu le corps municipal. S, M. a passé une revue générale, qui a duré depuis onze heures jusqu'à quatre, et a admis auprès d'elle la cour impériale, le clergé, le couseil de préfecture, les tribunaux civils et de commerce, l'académie, l'état-major, les officiers à la suite, et autres fonctionnaires civils et militaires. Plusieurs citoyens ont entendu de la bouche de S.M. l'expres. sion de la satisfaction qu'elle a daigné témoigner, et oot recueilli l'assurance de son dévouement au bonneur et à la prospérité de la France.

L'empereur a, en quelque sorte, dévoilé lui-même le fond de toutes ses pensées, en répétant : Nous devons oublier que avons été les maîtres des nations. Mes droits ne sont que ceux du peuple. Tout ce que des individus ont fait, écrit ou dit depuis la prise de Paris, je l'ignorerai toujours.

Dans les diverses audiences accordées par S. M. elle a fait connaître qu'elle était bien convaincue que les destins de la France ne pouvaient s'accomplir que par les soins d'un gouvernement libéral; que les Français étaient nés pour fournir l'exemple d'une nation heureuse par la conservation de la liberté publique et l'affermissement des principes de l'égalité des droits et des devoirs, S. M. s'est informée avec une sole licitude particulière de l'état des campagnes, et a dit : Je viens éloigner d'elles pour toujours les souvenirs du régime féodal, du servage et de la glèbe ; je ne leur apporte que

des bienfaits.

nous

Partout, sur toute la route, depuis son depart de l'ile d'Elbe, l'empereur n'a trouvé que soumission, respect et dévouement, Tous les départmens qu'il a déjà traversés ont accouru au, devant de ses aigles; et ce second retour au milieu des Français, inespéré comme le premier qui le leur ramena des sables de l'Afrique, a été pour S. M. une nouvelle occasion de recueillir l'hommage de leur admiration et de leur amour.

Grenoble, le 9 Mars, 1815. Relation des événemens qui se sont passés à Grenoble depuis

le 4 Mars. Une estafette qui avait traversé la ville dans la nuit du 3 au 4 Mars, avait attiré et occupé l'attention publique. Un courrier arrivé du 4 ne fit que l'exciter plus vivement encore, et le lendemain 5 il fut conno de tout le monde que l'emper reur avait débarqué le 1er Mars au soir dans le voisinage de Fréjus ; qu'il était accompagné de sa fidèle garde; qu'il avait d'abord occupé Grasse, et qu'il s'était dirigé, dès le 2, vers les Hautes-Alpes. Des avis successifs ne permirent plus de douter que S. M. ne dût faire de notre ville le lieu de son premier séjour.

Une garnison nombreusé y était requise. Des braves qui devaient trouver des compagnons de gloire dans cette même garde qui ramenait Napoléon hésitèrent d'abord à y reconnaitre des ennemis, et cette première pensée de leurs caurs devint la règle de leur conduite. Quelques tentatives pour les engager dans une entreprise à laquelle ceux qui étaient charo gés de donner des ordres ne s'associaient peut-être qu'à regret, furent inutiles, et ne parurent point obtenir de succès. La garnison fut augmentée; le 7e et le lle régiment de ligne le 7 arrivèrent de Chambéry; le 4e des hussards entra peu de tems après dans la vilie, quittant sa garnison de Vienne. La popu. lation entière se porta sur les remparts et dans les lieux pu. blics, entrainée par ses væux et par ses espéranccs.

L'empereur était à La Mure dès le 6 au soir; le 7, ses avantpostes occupaient Vizille de bonne heure : ce dernier bourg n'étant qu'à trois lieues de Grenoble, on ne douta pas que l'en trée de S. M. n'eut lieu ce même jour.

Elle tørdait trop au gré de ses soldats, et ses soldats coururent au-devant d'elle ; à quatre heures après-midi, le 7e régiment sortit de la ville, ayant à sa tête le colonel Henry de la Bedoyère, qui courut offrir à l'empereur sa personne et son réginient.

Une partie du 5e avait déjà rejoiot Sa Majesté dans la même journée, à cinq lieues en avant de la ville; et le reste de la garnison ne tenait plus : la nuit arriva, et le résultat de ces évé, Demeus paraissait devoir encore être attendu jusqu'au lende

main, lors qu’à huit heures et demie, une avant-garde de lan.ciers polonais se présente à la porte de Bonne, qui était fermée, et demande qu'elle soit ouverte.

Les troupes qui occupaient le rempart répondent par les cris de vive l'empereur! la porte s'ouvre ; l'avant-garde entre; tous les citoyens accourent à la lueur des flambeaux, et presque aussitôt l'empereur paraît, seul, à la tête et en avant de son armée.

Une foule immense se précipite sur son passa ze ; tout se mêle, soldats et citoyens, et tous confondent leurs cris et leurs sentimens dans l'enthousiasme qu'inspire la pré-ence du souverain. S. M. alla occuper l'hôtel des Trois-Dauphins, que la foule n'a cessé d'entourer, en faisant retentir l'air des cris de son allégresse.

M. le maire de la ville et plusieurs autres fonctionnaries se présentèrent aussitôt à S. M. Au même instant ou distribua les proclainations de S. M. qui furent répandues dans tous les quartiers de la ville,

ORDRE DU JOUR.

Le Maréchal prinee de la Moskowa aux troupes du son

gouvernement. Officiers, sous-officiers, et soldats, La cause les Bourbons est à jamais perdue! La dynastie légitime que la nation française a adoptée va remonter le trône: c'est à l'empereur Napoléon, notre souverain, qu'il appartient seul de régner sur notre beau pays ! Que la noblesse des Bourbons prenne le parti de s'expatrier encore on qu'elle con. sente à vivre au milieu de nous, que nous importe ? La cause sacrée de la liberté et de notre indépendance ne souffrira plus de leur funeste influence. Ils ont voulu avilir notre gloire militaire; mais ils se sont trompés : cette gloire est le fruit de irop nobles travaux, pour que nous puissions jamais en perdre le souvenir.

Soldats ! les tems ne sont plus où l'on gouvernait les peuples en étouffant tous leurs droits : la liberté triomphe enfin, et Napoléon, noʻre auguste empereur, va l'afferunir à jamais. Que désormais cette cause si belle soit la nôtre et celle de tous les Français ! Que tous les braves que j'ai l'hou. neur de commander se pénètrent de cette gravde vérité !

Soldats ! je vous ai souvent menés à la victoire, maintenant je veux vous conduire à cette phalange immortelle que l'empereur Napoléon conduit à Paris, et qui y sera sous peu de jours; et là, notre espérance et notre bonheur serout à jamais réalisés. Vive l'Empereur ! . Lous-le-Saulpier, 13 Mars, 1815.

Le maréchal d'empire, (Signe) PRINCE DE LA MOSKOWA,

22 Mars, 1815.

Paris, le 21 Mars. S. M. par décret d'hier 20, voulant donner au général Care not un témoignage de sa satisfaction pour la défense d'Anvers, l'a nommé conte de l'empire.

Par décret du même jour, M. le général comte Carnot a été nommé ministre de l'intérieur,

DÉCRETS IMPÉRIAUX. Napoléon, par la grâce de Dieu et les constitutions de l'empire, empereur des Frauçais, etc. etc. etc.

Sur le rapport de notre ministre secrétaire-d'état, ministre de l'intérieur par interim;

Nous avons décrété et décrétons ce qui suit:

Art. ler. Les corps de garde nationale mobilisés en vertu de l'ordonnance du 9 Mars 1815, seront mis en non activité.

2. Les corps de volontaires formés en exécution de la même ordonnance, rentreront dans les cadres d'où ils ont été extraits.

3. Les objets d'armemement et d'équipement qui auraient été fournis des magasins de l'état, y seront réintégrés par les soins des préfets.

4. Nos ministres de l'intérieur et de la guerre sont chargés de l'exécution du présent décret. Douné au château des Tuileries, le 21 Mars, 1815.

(Signe)

NAPOLÉON.
Par l'empereur,
Le ministre secrétaire-d'état,

(Signe) le duc de BASSANO.

Extrait des minutes de la secrétairerie-d’état.

Au palais des Tuileries, le 21 Mars 1815. Napoléon, par la grâce de Dieu et les constitutions de l'enipire, empereur des Français, etc. etc. etc,

Nous avons décréte et décrétons ce qui suit :

Art. Ier. La session extraordinaire des conseils généraux des départemens convoqués par ordonnance du 11 Mars, cessera au reçu du présent décret.

2. Les attributions inusitées qui leur ont été données par la même ordonnance sont révoquées; l'administration sera rendue uux préfets, conformément aux lois et réglemens en vigueur.

3. Notre ministre de l'intérieur est chargé de l'exécution du présent décret.

(Signé)

NAPOLÉON.
Par l'empereur,
Le ministre secrétaire-d'état,

(Sigué) le duc de BASSANO,

PRÉFECTURE DE POLICE. On se rappelle qu'un sieur de Maubreuil, ci-devant attaché à la coor de Westphalie, en qualité de chambellan, fut arrêté au mois d'Avril, dernier, pour avoir volé à main armée, près de Montereau, les diamans de la reine de Westphalie; livré aux tribunaux avec ses complices, il avait été incarcéré avec beaucoup d'éclat et y attendait l'instruction publique et le jugement. Par un ordre secret du dernier gouvernement, il a été mis en liberté avant-hier 19 Mars.

Le nommé Stevenot, connu par ses brigandages et les atrocités qu'il a commises dans les départemens de l'ouest, avait été il y a quelques semaines arrêté en vertu d'ordres de l'an

gouvernement, donnés avec une sorte de solennité. C'était au moment où, sous le nom de légion royale, il cherchait à embaucher des assassins. Cet ancien facteur de la petite poste avait obtenu dans l'ouest le grade de colonel, et il était décoré de la croix de Saint-Louis. Peu après son ara restation, les journaux le signalerent comme un évadé du bagne de Brest, où il avait été envoyé par jugement du mois de Novembre 1792, pour avoir volé de l'argent, des armes et des objets précieux, et pour avoir brisé des scellés. Le dete nier gouvernement vient aussi de le nettre secrètement en liberté dans la nuit du 19 au 20 Mars.

cien

23 Mars, 1815.

Paris, le 22 Mars. L'empereur instruit que le peuple en France avait perdu . tous ses droits acquis par vingt-cinq années de combats et de victoires, et que l'armée était attaquée dans sa gloire, résolut de faire changer cet état de choses, de rétablir le trône impériał qui seul pouvait garantir les droits de la nation, et de faire disparaître ce trône royal que le peuple avait proscrit comme ne garantissant que les intérêts d'un petit nombre d'individus.

Le 26 Février, à cinq heures du soir, il s'embarqua sur un brick portant 26 canons, avec 400 homes de sa garde. Trois autres bâtimens qui se trouvaient dans le port, et qui furent saisis, reçurent 200 hommes d'infanterie, 100 chevau-légers polonais, et le bataillon des flanqueurs de 200 homines. Le vent étoit du sud et paraissait favorable. Le capitaine Chautard avait espoir qu'avant la pointe du jour, l'ile de Capraia serait doublée, et qu'on serait hors des croisières françaises et anglaises qui observaient de ce côté. Cet espoir fût déçu. On avait à peine doublé le 'cap Saint-André de l'ile d'Elbé, que le vent mollit, la mer devint calme ; à la pointe du jour, on n'avait fait que six lienes, et l'on était encore entre l'ile de Capraïa et l'ile d'Elbe, en vue des croisières.

Le péril paraissait imminent. Plusieurs marins étaient d'opinion de retourner à Porto-Ferraio. L'enspereur ordonna

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