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noblesse par Mgr ile Caumartin, en 1668, les actes produits furent cependant argués de faux et la qualification de noble y aurait été substituée à celle d'honorable homme. Denis Aubertin était, en 1512, marié à Marguerite Cauchon, et garde des sceaux de la prévôté de Sainte-Menehould en 1541 : son fils lui succéda en 1565 et épousa une Lhoste, d'où naquit Claude Aubertin, conseiller au baillage de Vitry, qui mourut en 1608 marié à un Hoccart. Il laissa : Christophe, grenetier au grenior å sel de Sainte-Menehould, dont : François, capitaine au régiment Dampierre en 1653 ; Louis, seigneur de Woillon, succéda à son père et continua la lignée ; Madeleine épousa François Baillet, seigneur de Planches; Claude, seigneur de Jonchery; Nicolas, seigneur de Bouain, Jonchery, lieutenant-général au baillage de Châlon, épousa vers 1644 Madeleine Beaugier, fille de Edme, conseiller-enquesteur au baillage du Vermandois, et de Madeleine de Watronville, d'où naquit une fille mariée le 4 mars 1666 à François d'Espinoy, baron de Songy, capitaine de chevau-légers : leur fils aîné, dit le comte d'Espinoy, mestre de camp du régiment Villars, chevalier de S. Louis, mort en 1736, épousa le 16 mars 1731 Louise de Lannoy, fille du comte de Lannoy et de la princesse Louise de Furstemberg. De cette union naquit, en 1733, Renée de Lannoy, mariée le 1er février 1755 à Jean-Baptiste Thomas, marquis de Pange, morte en 1780, arrière-grand-mère du marquis de Pange, actuellement chef d'escadron d'artillerie.

L'HOTEL DE L'INTENDANCE DE CHALONS. – L'hôtel de l'Intendance de Châlons, actuellement hôtel de la Préfecture, est certainement un des monuments civils les plus parfaits qui aient été construits à la fin du règne de Louis XV. Il nous a paru intéressant de relever les dépenses qu'il a occasionnées, d'après les comptes conservés aux archives départementales et de noter ce qui est particulièrement relatif aux travaux artistiques qui y ont été exécutés.

Une maison existait rue Sainte-Croix, au coin de la rue SaintMartin, ayant sa façade interrompue par le logement du commandeur de La Neuville-au-Temple. Elle appartenait à Antoine Paris, écuyer, qui la vendit, le 14 juin 1720, pour quatorze mille livres au comte d'Argenson, garde des sceanx, lequel la céda, le 28 septembre 1730, à M. Papillon d'Auteroche, président - trésorier de France à Châlons, lequel la louait à l'Intendant.

Ce bâtiment, dépourvu de toute valeur au point de vue de l'architecture, présentait un corps avancé avec deux parties en retraite, dont l'une terminée par un pignon : il n'était ni commode, ni surtout suffisant pour un haut fonctionnaire appelé à recevoir souvent des souverains, Châlons étant sur la route d'Allemagne à Paris. En 1734, on commença à s'inquiéter d'une reconstruction totale. Le 3 septembre 1756, M. d'Auteroche vendit son immeuble à l'Etat pour 40,000 livres, « ayant toujours été

possédé en franc-alleu et chargé seulement d'une rente de 22 livres 10 sols au profit du chapelain du château de Cernon », qui fut régulièrement désintéressé. Il fallut en outre acheter successivement divers autres immeubles pour agrandir l'emplacement; décider le commandeur de La Neuville à abandonner son logis, ce qu'il fit après beaucoup de difficultés, moyennant deux fermes, sises à Saint-Etienne-au-Temple, acquises du si Courtalon au prix de 3,700 livres (1er août 1760); une petite maison cédée en 1766, par Pierre Menil pour 6,760 livres, d'autres constructions élevées sur l'emplacement de l'ancienne Monnaie, etc. La ruelle dite de la Monnaie, séparant l'hôtel du couvent de Sainte-Marie fut supprimée par décision du bureau des Trésoriers de France, du 14 novembre 1764 ; une autre en revanche fut ouverte, ou du moins rendue plus praticable à l'extrémité opposée.

Les travaux furent commencés en 1758 et la direction en ful attribuée à M. Le Gendre, inspecteur général des ponts et chaussées en Champagne, remplacé en 1770 par M. Colluel qui fit bâtir le théâtre l'année suivante. La construction dura quatorze ans — jusqu'en 1771 et le résumé du compte général s'élève à la somme de 613, 765 livres, 13 sols, 7 deniers, ainsi divisée : Démolition.

1.378 livres. Fouilles de terre, maçonnerie.

247.562 Couverture.

10.088 Plomberie .

14.791 Ferblanterie .

1.415 Plafonds, cloisons.

12.420 Marbrerie

6.087 Menuiserie.

68.009 Vitrerie.

7.111 Peinture en impression.

37.918 Au sr Villetard pour toisé de la dite.

610 Ferrure ,

31.458 Sculpture

9.131 Boisseaux de terre cuite (sic).

52 Cuivrerie.

1.158 Clouterie,

.

.

1.123 Pavage

4.300 Hollandage au jardin

3.823 Pour les jardins.

8.214 Dépenses diverses.

8.323 Passage de la Reine.

1.920 Dépenses particulières (sic)

3.153 Miroiterie

26.842 Tables de marbre.

3.739 Tableaux.

2.942 Systèmes (sic)

200 Poëles de fayence.

2.000

.

.

400

Pompes

412 Passage du roi de Danemarck.

1.959 Passage de la Dauphine.

16.496 Dépenses diveres.

13.693 Ebénisterie.

4.584 Achat de maisons.

25.387 10 0/0 à l'entrepreneur et intérêts. 41.230 Honoraires du si Le Gendre. ..

22.013 Au si Peletier, conducteur des travaux de

1767 à 1770. .. Tracés généraux de toisé.

3.0001 Les maitres ouvriers employés furent: Dubois, sculpteur, poélier à Paris; Chevalier, miroitier à Paris ; Cornu, marchand de bois à Vitry; Bovet, plombier à Reims; Berthélemy, sculpteur sur bois à Paris; Presle, peintre du roi à Paris, peintre en bâtiments; Pestiaux, marbrier à Pontavert; Laval, menuisier, à Reims, Fixon, sculpteur à Paris. Le dossier constate que les paiements furent longs à faire; il est rempli de lettres de plaintes douloureuses et de réclamations aiguës; en 1779, tout n'était pas encore réglé. Presle avait encore 10,067 livres à recevoir en 1769; « le désespoir où je suis, écrit-il, contraindroit à romper les bornes de la délicatesse où jusqu'à présent m'a retenu mon caractère... » La veuve de Berthélemy, le 25 janvier 1776, ne dissimulait pas qu'elle était dans un état de pauvreté qui ne lui permettait plus d'attendre; Dubois réclamait en 1775; Chevalier, en 1780.

Nous avons retrouvé dans une liasse une pièce particulièrement intéressante au point de vue artistique. C'est l'original du traité passé entre M. Le Gendre, le 14 février 1765 et Jean-Simon Berthelemy, élève de l'Académie de peinture, pour l'exécution des tableaux du palais. L'artiste s'engageait à exécuter :

Pour la chambre de l'Intendant, au rez-de-chaussée, deux pastorales, au-dessus de la cheminée et en face, « genre Boucher » à 60 livres l'une; plus deux « en gaze», représentant des enfants et des guirlandes, au même prix.

Pour le cabinet de travail, deux tableaux : la Paix (Numa Pompélius fesant bâtir le temple de la Paix), la Libéralité (Auguste et les chevaliers romains), à 80 livres l'un.

Salon au premier étage, cinq dessus de portes; quatre représentant les Saisons; le dernier en face des fenêtres, représentant les Passions (le vin, le jeu, l'amour, l'ambition), à 80 livres l’un.

1. Le corps compris entre le corps principal à la rue actuelle de Jessaint a été bâti en 1846 et 1847.

L'hôtel renfermait une salle pour jouer la comédie, munie de tout son mobilier, dont une partie existe encore, croyons-nous, dans quelque coin du grenier.- Et une chapelle ou l'évêque autorisa la célébration de la messe, par décret du 9 août 1769, sauf aux six grandes fêles et à la Dédicace.

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Chambre de l'Intendant : deux dessus de portes cintrés; deux au-dessus de la cheminée et en face; les quatre heures de jour : l'Aurore (le temple de Memnon), Midi (Apollon et Daphné), le Soir Apollon rentrant au sein de Tbétys); la Nuit (Diane et Endymion), à 80 livres l’un.

Boudoir : dans la niche ovale, un tableau représentant la Curiosité (Psyché et l'Amour endormi), 100 livres.

Ces toiles devaient être soumises, avant d'être reçues, à l'approbation de Hallé. Mais Berthélemy ? repassa presque aussitôt son traité, avec l'approbation de M. Le Gendre, au peintre Godefroid, qui fut chargé d'un tableau de plus, la Politique arrêtant la guerre. De plus encore, il exécuta quatre tableaux faits à l'occasion du passage de la Dauphine, en 1770. En 1779, on lui devait oncore les 400 livres stipulées à cet effet. Y

1. Noël Hallé, 1711-1781, membre de l'Académie de Peinture, surintendant des Manufactures de Tapisseries, directeur de l'Ecole de Rome.

2. Simon-Jean Berthélemy, né à Laon, 1743-1811 : élève de Hallé, peintre estimé. Il y a dans l'église Notre-Dame, de Châlons, une Assomption peinte par lui.

Le Secrétaire Gérant,

LÉON FRŚMONT.

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